‹ Le Manitoba, champ d'immigrationChapitre 26 sur 53 · QUI PEUT OU DOIT IMMIGRER AU MANITOBA · texte numérisé non relu

QUI PEUT OU DOIT IMMIGRER AU MANITOBA

L'action de l'immigrant doit avoir une raison et un but.

Les raisons peuvent être diverses ; le but se résume dans le désir d'améliorer sa situation ; ce qui comprend le légitime espoir d'un établissement convenable pour les enfants.

Le sentiment n'est pas à lui seul une raison d'immigrer.

Nous comptons parmi nous des compatriotes que le dévouement à nos intérêts a seul dirigé vers notre province ; ce dévouement, en certains cas, a même été accompagné de sacrifices ; l'exemple n'a pas été contagieux ; la province de Québec n'en a pas souffert, et nos intérêts au Nord-Ouest y ont gagné.

Si nous sommes prêts à accepter encore de pareils recrues, nous sentons d'un autre côté .que nous ne pouvons les demander ; du moins avec trop d'instance. Aussi, ce n'est pas à cette classe que nous nous adressons pour le moment.

Il nous sera néanmoins permis de faire remarquer que c'est une erreur, selon nous, de penser que le pauvre, les familles indigentes, doivent seuls former la classe des immigrants. A vrai dire, ceux-ci ne devraient immigrer, règle générale, qu'en autant qu'ils se sentiraient appuyés par des familles plus à Taise, capables de les employer, de les secourir dans leurs moments de pénurie.

Voilà les conseils qu'il faudrait leur donner, s'ils en demandaient.

Dans la pratique, cela se passe autrement. Tout le monde a le droit d'aller et de venir, chacun à son "gré; on use libéralement de son droit, et nul peut y mettre obstacle. L'indigent, plus que tout autre, sent Timmédiate nécessité d'améliorer sa situation ; voilà pourquoi la moindre lueur d'espérance à l'horizon l'attire ; et jamais l'on n'arrêtera, ni l'on pourra régulariser ces mouvements suivis, d'ailleurs, assez souvent, d'excellents résultats.

Le jeune homme plein de vie, robuste et vaillant, laborieux et économe, réussit presque toujours, dans un pays nouveau, à se tailler avec ses bras, un avenir solide, enviable. Ce que nous disons du jeune homme, nous. pouvons le dire, dans les mêmes conditions, de l'homme à l'âge mûr, des familles elles-mêmes.

Notre pays ne fait pas exception sous ce rapport. Nous avons tous les jours sous nos yeux des personnes arrivées ici n'ayant ni sou ni maille, et jouissant maintenant d'une honnête aisance.

Tout récemment! un cultivateur du Manitoba, M. Dansereau de Saint-Pie, disait dans une conférence donnée à Boucherville :

u On a toujours remarqué que les colons qui *ont allés cultiver au " Manitoba et qui ont le mieux réussi, sont ceux qui commencent " avec peu de ressources."

Et cela se comprend : ce peu de ressources protègent ces colons contre les extravagances auxquelles d'autres plus à Taise croient pouvoir se livrer ; sentant que le travail et l'économie sont pour eux une nécessité, ils acceptent leur lot avec courage, et le succès vient les récompenser.

Le pays n'est donc pas fermé aux colons pauvres.

Mais autre chose est de montrer les résultats obtenus et toujours possibles, autre chose est de conseiller.

Le conseil implique une certaine garantie de succès ; nous ne pourrions aller jusque-là à l'égard de cette classe. Le manque absolu de ressources place le colon dans une situation précaire dont il faut l'avertir ; on peut trouver de l'ouvrage, mais l'ouvrage peut manquer ; la maladie peut venir, et alors, voilà une famille dans la détresse.

Ce serait différent si cette famille pouvait s'appuyer sur une autre famille possédant des ressources. Les deux y trouveraient des avantages ; la première, la sécurité contre la détresse, la seconde, des serviteurs, un appui toujours à sa disposition.

Il y a nombre de familles qui pourraient ainsi s'allier, sur des bases nettement définies, à des conditions arrêtées d'avance entre elles, et mises sur le papier, et se rendre mutuellement des services sans qu'aucune ne fasse de sacrifices réels.

Nos compatriotes de la province de Québec et des Etats-Unis trouveraient peut-être dans cette suggestion un -moyen de résoudre certaines difficultés qui parfois viennent arrêter l'exécution de projets longtemps caressés et finalement abandonnés avec regret.

Ne craignons pas d'envisager cet aspect de la question ; cette alliance du fort et du faible, dans ces conditions, c'est l'assistance mutuelle, laquelle est au fonds des idées chrétiennes. Or, rien n'est plus pratique que les préceptes de notre foi. En eux se trouve sûrement la solution des problêmes nationaux ou sociaux.

Nous pourrions répondre d'un trait de plume à la question placée en tête de ce chapitre : ceux qui songent à quitter la province de Québec devraient venir au Manitoba. Nous croyons cependant, utile de donner plus de développement à notre réponse.

Il y a dans la province de Québec diverses causes qui poussent la population vers les Etats-Unis. L'une d'elles vient d'une de nos qualités. L'accroissement naturel des familles est remarquablement rapide. Cestj pour le développement d'une nation, une force supérieure à toute autre. La raison n'en est pas difficile à trouver. Ce merveilleux accroissement est un effet de la moralité de la population ; cette moralité prend elle-même sa source dans l'esprit religieux. Les préceptes de la religion sont faits pour conduire les peuples, aussi bien que les âmes, à la perfection, par l'effet des vertus viriles qu'ils communiquent*

Il n'y a certes pas à s'affliger de cette fécondité de la famille canadienne. Néanmoins, elle a produit son effet sur la condition de la propriété; effet qui peut être désastreux, si l'on persiste à l'ignorer et à n'en tenir aucun compte, mais effet qui est en lui-même un principe de force et de longévité nationale, si on sait le faire porter au bon endroit.

Les anciens établissements, nos vieilles paroisses, se sont remplis plus vite que n'ont grandi les villes.

Les villes, nombreuses et très peuplées, forment un marché pour l'écoulement des produits de la ferme.

Si la consommation est considérable, la propriété peut souffrir des morcellements dont la famille ne sera pas sensiblement affectée.

Le champ se rétrécit, mais la culture devient plus variée, plus soignée, plus scientifique ; elle rapporte davantage ; le fils peut à son tour élever sa famille comme le père avait élevé la sienne.

Nous n'en sommes pas à ce point. Les petites cultures n'ont pu encore être adoptées, comme en Europe. Elles ne sont pas dans nos mœurs. \J habitant canadien aime la terre, mais il lui faut de larges espaces, pour la culture des céréales et l'élevage des bestiaux. C'est, du reste, grâce à cette disposition que nous nous sommes emparés dû sol, que nous avons accaparé presque un empire avec une populatiom restreint e*.

Ces dispositions se transmettent de père en fils. Mais déjà la propriété est si morcellée,.que ceux-ci s'aperçoivent que le patrimoine du père, divisé entre au moins cinq ou six enfants, ne leur donnera chacun qu'un lambeau de terre, insuffisant à leur ambition. Ils trafiquent souvent de ce lambeau de terre pour un plat de lentilles, et s'en vont à l'aventure chercher la richesse ; l'engouement les porte vers les Etats-Unis, où, jusqu'à leurs succès, sont des pertes pour la nationalité au Canada.

On parerait ce malheur en suivant les conseils du patriotique et dis-

tingué père Lacombe. Dans une adresse aux habitants de la province, il disait en 1880 :

" Aux nombreuses familles de nos paroisses qui n'ont qu'une terre à partager entre leurs enfants, et qui n'ont pas l'intention d'aller se fixer dans les nouvelles colonies de la province de Québec, je leur dis de se séparer et d'en laisser une partie aller s'établir au Manitoba."

Et il accentuait sa pensée par cet autre conseil :

" Non, n'émigrez plus aux Etats-Unis pour vous mettre au service des américains, mais venez plutôt occuper nos belles terres, et vous faire un chez vous, où la santé régnera, et où le boss ne sera pas là pour vous commander."

Ce conseil a été mis en pratique.

La famille Caron, de Louiseville, dans la province de Québec s'est séparée. Un enfant est resté à la maison paternelle ; les autres ont généreusement et sensément dit adieu au clocher de leur village, et sont venus établir leur tente sur le territoire du Manitoba.

Le départ des uns a été un soulagement pour les biens paternels, lesquels ont pu, en retour, donner aux colons du Manitoba, du secours au moment opportun. En un mot, au lieu de se jalouser, de convoiter chacun une parcelle des terres de la famille, on s'est soulagé, on s'est aidé, comme des frères devraient toujours le faire. Aujourd'hui, les uns et les autres bénissent la Providence qui les a si bien inspirés.

L'éminent père Lacombe dit aux familles de se séparer!

Ces séparations sont quelquefois difficiles ; elles ont leur côté pénible. A ceux qui ne pourraient s'y résoudre, nous leur dirons sans hésiter : ne vous séparez pas, que toute la famille, liée comme un faisceau, s'achemine vers les lieux qu'elle a choisis pour son nouvel établissement.

Un semblable déplacement n'est pas toujours facile, nous ne le con testons pas. Lorsqu'il peut se réaliser, il a néanmoins de ses avantages. Il fait éviter les ennuis d'une séparation entre les divers membres d'une famille, ennuis qui paralysent à certains moments l'énergie du colon ; il donne la force qu'on attribue légitimement à l'union ; il procure plus de joie domestique ; la joie fait germer le courage ; le courage dispose au travail et à la régularité des habitudes ; d'où, la prospérité.

Il est une autre classe pour laquelle un déplacement est une nécessité.

Le système du crédit si généralement établi dans la province de Québec, et qui conduit si facilement au luxe, a mis dans la gène un grand nombre de familles.

Ces familles ont contracté des emprunts exagérés ; elles paient des intérêts, non moins exagérés, qui les amèneront infailliblement à la ruine.

Si elles réalisaient aujourd'hui leur avoir, elles pourraient satisfaire leurs créanciers, et conserver les unes, mille piastres, les autres un peu plus ou un peu moins. Avec cette somme, elles s'établiraient au Manitoba mieux qu'elles ne l'ont peut-être jamais été.

Le sacrifice est quelquefois coûteux à faire ; il est pénible de laisser un patrimoine qu'on avait pensé garder toute la vie. Il vaut mieux, toutefois, nul n'en peut disconvenir, faire le sacrifice de bon gré que d'y être forcé par les huissiers.

Au reste, cette douleur, fruit du sacrifice, apporte avec elle de puissants motifs de consolation. Elle fait naître au sein de familles souvent désolées, l'espoir, le repos, l'aisance et le bonheur. Et, à leur mort, les parents jouissent de l'immense satisfaction d'avoir donné à leurs enfants, non pas toujours une fortune, mais au moins un héritage permettant à ceux-ci d'élever et d'établir à leur tour convenablement leur famille.

Un déplacement serait dorfc de la part de ces familles un acte de sage prévoyance, par lequel seraient servis leurs meilleurs intérêts.

Les intérêts du pays et de la nationalité, seraient également bien servis, Le pays aurait le bénéfice du travail de tous ces bras et de toutes ces intelligences ; la nationalité garderait tous ces cœurs, toutes ces personnifications du drapeau planté sur les bords du Saint-Laurent par Jacques-Cartier, et au Nord-Ouest par LaVérandrie.

Nous particulariserons davantage en relevant des résultats plus tangibles que ces avantages généraux.

Dans toutes les vieilles paroisses de la province de Québec, la richesse est diversement répartie. A côté de familles peu favorisées de la fortune, il en est d'autres auxquelles la Providence a fait un meilleur sort ; ce sont presque des familles bourgeoises, constituant la notabilité de l'endroit. Elles pourraient faire souche, établir autour d'elles leurs enfants, — ce qui est dans leur pensée — et devenir comme la moelle de la paroisse.

Mais El y a un obstacle : ou les propriétés disponibles sont rares, Ou le prix en est trop relevé. Le fils de famille que l'on établit, se voit souvent imposer des charges qui prennent pendant une bonne moitié

de sa vie le plus clair de son travail. 11 est usé avant d'avoir pu faire à son tour des économies pour ses enfants. Cette perspective en jette un grand nombre sur la route de l'exil, où ils entraînent à leur suite trop de leurs compatriotes.

C'est un mal qui n'est pas sans remède*

Le déplacement des quelques familles dont nous avons décrit plus haut la situation, amènerait une baisse dans le prix des propriétés ; les familles plus fortunées pourraient, à des conditions raisonnables et proportionnées à leurs ressources, agrandir leur patrimoine, et garder autour d'elles leurs enfants en leur faisant une position plus avantageuse. Ces nouvelles familles essaimeraient à leur tour, et la plaie faite par la saignée se fermerait aussitôt.

La paroisse n'aurait en réalité pas souffert, ni dans le nombre de ses habitants, ni dans la somme de ses productions, ni dans le chiffre de ses affaires. Et cependant, elle aurait donné à quelque groupe canadien, perdu dans les forêts du Nord, ou dans les plaines de l'Ouest, un secours des plus efficaces.

Nous traitons ici d'une assez grave question économique. Elle corn, porterait plus de développements que nous ne pouvons lui en donner dans ce travail. Toutefois, il est nécessaire de le signaler. Il est bon d'enseigner à nos populations que ce qui arrive n'est pas l'effet du hasard. Il y a des lois données de Dieu, qui régissent les sociétés, leur progrès et leur décadence. Tout ne dépend pas non plus des gouvernements^ le peuple lui-même peut beaucoup pour son bien ou pour son malheur. C'est aux classes dirigeantes à l'éclairer là-dessus ; à elles aussi de montrer la route. C'est pour elles un devoir impérieux, dont le compte qu'elles en devront rendre sera d'autant plus rigoureux qu'elles auront plus négligé de s'en acquitter»

Il y a une autre classe dans les rangs^ de laquelle se recrute un assez grand nombre d'émigrants aux Etats-Unis, et qui pourrait fournir au nord-ouest canadien un bon contingent ; c'est la classe des fermiers.

On est sous l'impression qu'en venant au Manitoba, il faut devenir propriétaire !

Avec le temps, il est presque certain que tous le peuvent devenir.

Mais un fermier de la province de Québec qui n'aurait pas de ressources suffisantes pour commencer de suite un établissement à son propre compte, ne doit pas renoncer pour cela au projet de transporter sa tente au milieu de nous.

Il peut obtenir, a des termes faciles, tout autour de Winnipeg, de

Saint-Boni face, dans presque toutes nos colonies canadiennes, des fermes en bonne condition de rapport, quelquefois montées en instruments aratoires, chevaux et animaux.

En ce cas, le partage se fait à moitié, chacun fournissant la moitié des semences.

Nous connaissons des propriétaires de terrains déjà en culture qui se contenteraient du tiers des revenus de la propriété, au lieu de la moitié, comme c'est la coutume dans la province de Québec ; mais en ce dernier cas, le fermier serait requis de se pourvoir à son compte d'instruments aratoires ainsi que des animaux nécessaires à la culture, chevaux ou bœufs.

Les conditions de l'affermage des vaches, poules et autres animaux de ferme, sont à peu près les mêmes que dans la province de Québec.

A ces conditions, un fermier peut espérer se faire en peu d'années une position enviable, devenir lui-même propriétaire plus vite qu'ailleurs.

En partageant au tiers, elles pourraient, avec le temps, tant par la culture que par V élevage des animaux, augmenter leurs ressources. Entre temps, il se présenterait peut-être à elles une bonne occasion d*acquérir quelque terrain, à des conditions avantageuses. A l'expiration du bail qu'elles auraient contracté, elles « pourraient commencer pour leur seul compte, l'exploitation de ce terrain.

La classe des fermiers est nombreuse dans la province de Québec ; il y a pour elle un bel avenir au Manitoba.

Pour cette classe surtout, mais pour tous ceux généralement dont les ressources pécuniaires sont limitées, il convient de faire les remarques qui suivent :

La division des terres est ici de 160 acres par lot. De là l'idée généralement répandue qu'il faut, pour s'établir, faire l'acquisition d'au moins 160 acres.

Pour ceux qui le peuvent, soit ! Mais pourquoi les familles qui n'ont pas assez de ressources pour devenir les propriétaires d'un lopin de terre aussi étendu, ne se contenteraient-elles pas de 80 acres ? Cela fait cent arpents. Or, cent arpents de terre, dans la province de Québec, c'est une belle propriété. Le fait est que la plupart des terres sur les bords du Saint-Laurent ou du Richelieu n*ont pas cette étendue. Et là, le cultivateur n'a d'autres ressources que celles que lut offre sa terre, qu'elle ait 50, 60 ou 100 arpents. Il lui faut la diviser en trois parties bien distinctes pour avoir lo son pâturage, 2o son foin, et 3o sa culture de céréales.

Ici, c'est bien différent. Le cultivateur n'a pas à faire de pareils calculs. N'aurait-il qu'une propriété de 50 ou 80 arpents, il peut, Vil le veut, la cultiver entièrement en céréales, sans s'occuper de ses pâturages ni de son foin.

S'il n'a pas le foin et le pâturage chez lui, il peut l'avoir, gratuitement, (le contraire est une exception excessivement rare) à quelque distance de chez lui, sur des terrains inoccupés.

Ces terrains inoccupés, ces prairies qui s'étendent à perte de vue, offrent cet avantage particulier qu'une famille qui n'aurait pas les ressources suffisantes pour acquérir une terre entière, mais qui aurait suffi samment pour se rendre ici, et s'acheter quelques têtes de bétail, pourrait se livrer avec avantage à l'élevage. Il lui suffirait d'avoir un emplacement pour asseoir ses bâtiments ; le foin et le pâturage seraient à sa portée, gratuitement, tout comme s'il possédait mille acres de terre.

Nous avons des colons qui ne possèdent pas un pouce de terre, et qui cependant ont des troupeaux considérables. Ces colons ont commencé avec presque rien ; bientôt, ils seront en état, avec les revécus de leurs bestiaux, d'acheter une belle propriété.

Avec l'argent pour l'acquisition de 10 arpents de terre, quelques têtes d'animaux, de la conduite et du courage, une famille, se créerait ici, par l'élevage, une jolie position.

Les suggestions que nous faisons à propos du mouvement de la population ne sont pas d'une réalisation difficile ; il suffirait de vouloir dans les lieux d'où part l'influence.

D'un commun accord, faisons, d'une part, la nuit sur les Etats- Unis ; combattons l'embauchage sous toutes ses formes. D'une autre part, répandons des flots de lumière sur nos territoires et leurs ressources ! Le cours des idées changera ; quoiqu'on disent les gens pratiques, c'est par les idées qu'il faut commencer une réaction»

S'il fallait une organisation, serait-ce donc si difficile de constituer à cet effet, dans chaque paroisse, un petit comité composé du curé, des hommes de profession, et des notables ? On forme des comités pour des œuvres assurément d'une moins grande portée que celle-là !

Pourquoi ce comité ne se donnerait-il pas la peine de faire une liste des familles que leurs affaires obligeront en toute probabilité et prochainement à une liquidation ? Ce serait affaire d'un instant !

Il s'agirait ensuite de s'intéresser au sort de ces familles, de les diru ger, de les éclairer sur les ressources que leur offre le Canada, et sur les devoirs que tout citoyen, serait-il le plus humble, doit à son pays.

Pourquoi les cercles agricoles, les sociétés d'agriculture, les conseils municipaux, etc. , ne s'intéresseraient-ils pas à cette œuvre ?

Il ne s'agit pas ici de faire des déboursés ; c'est un conseil à donner, une direction à imprimer, voilà tout !

Faudrait-il d'ailleurs, supporter l'œuvre d'une légère souscription, qu'il n'y aurait pas lieu de s'en alarmer ; le sacrifice serait si peu pour toute une paroisse ! Les résultats qu'on obtiendrait seraient si grands, si beaux 1 !

L'éloquente page qui suit de l'honorable M. Royal, trouve ici sa place :

u C'est un fait connu de tous que les anciennes paroisses de 61 Québec, et par anciennes je veux dire celles dont le curé a marié u trois ou quatre générations, demeurent stationnaires à l'égard de la t4 population. Et cependant, comme les abeilles, elles essaiment tous M les ans,

M Chose admirable 1 il semble que les familles se font plus nom- '* breuses à mesure qu'elles ont plus d'espace autour d'elles. L'his- "' toire des guerres est là pour nous enseigner que dans les années de tL paix qui suivent les grandes batailles, il y a une recrudescence u notable dans les naissances. C'est la saignée qui épure le système en u le déchargeant d'un certain trop plein, et qui le fortifie en y créant 4t une sève nouvelle, pleine d'énergie et de fécondité.

lt Les années de guerre furent autrefois de larges saignées faites aux u nations. Les fortes seules ont résisté et s'y sont régénérées.

" La Providence nous a épargnés à cet égard. Il y a cent vingt-cinq ' 4 ans que les Canadiens jouissent d'une paix profonde. Il faut cepen- " dant que la saignée se fasse, et elle s'est faite, et elle se fait.

u 'Ne craignez donc pas de diriger la cohorte nomade de nos gens 11 vers te Nord-Ouest : leur place, à peine vacante, sera bientôt " prise,

1 £ En penchant le vase si précieux du beau sang français canadien u vers l'ouest, souvenez vous que vous l'empêchez de s'épandre vers la ■* Nouvelle-Angleterre. Ceci est d'expérience actuelle, quotidienne.

(i L'émigration canadienne s'est presque arrêtée de ce côté-là ; lt l'ouest mystérieux l'attire ; quoi que l'on fasse, elle sortira du pays ; * : poussez la donc vers nos grandes prairies, où l'attendent des groupes ir vigoureux de compatriotes déjà établis."

a Sans aucun doute, telle paroisse verra subitement diminuer le u chiffre de ses familles, et de ses habitants ; je le répète, la recru- ** descence s'y fera sentir au plus tôt. Et après quelques années, il fi n'y paraîtra plus, au contraire ; cette paroisse n'aura plus de vides 11 et elle comptera avec un légitime orgueil les autres paroisses que ses " enfants auront fondées à côté d'elle au loin, à l'Est, à l'Ouest, au " Nord, au Sud.

u Telle est l'admirable fécondité du sang canadien. Ceci est de u l'histoire d'hier ; c'est l'histoire d'aujourd'hui ; ce sera l'histoire de *' demain."

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