IMMIGRATION EUROPÉENNE
Ce que nous disons ailleurs de notre pays, de ses ressources et de ses désavantages, s'adresse à tout lecteur, qu'il soit du Canada ou qu'il habite les antipodes.
Nos vastes plaines sont ouvertes à l'immigrant européen comme à l'enfant du sol ; l'un et l'autre, agissant individuellement, peuvent, dans les mêmes conditions, tenter les mêmes établissements, compter sur la même fortune.
Cette simple allusion aux renseignements disséminés dans ce travail suffit à la généralité des cas. Mais, nos rapports avec les populations d'Europe qui nous sont sympathiques, nous paraissent susceptibles de prendre des formes spéciales que nous voudrions dégager. *
Nous n'avons jamais traversé 1* océan, et par conséquent, nous sommes exposé, nous le sentons, à frapper un peu au hasard, et peutêtre à faux. Nous nous flattons cependant qu'on nous tiendra compte de cette réserve.
Nous le comprenons, le colon doit d'abord chercher son intérêt j mais pour nous, la colonisation du Manitoba ne se réduit pas à une simple question d'iniérets matériels ; il s'y mêle des motifs d'un ordre national \ nous visons le développement des intérêts français dans notre province.
Les Canadiens- français ont été les premiers en date au Manîloba \ longtemps ils l'ont été en nombre aussi ; aujourd'hui, nous ne sommes point noyés, mais nous sommes dépassés. Cependant, nous occupons les meilleures positions dans le pays, les points stratégiques de la province, et avec un levier pour remuer nos compatriotes, des ressources pour nous fortifier^ l'avenir nous apparaîtrait sous un aspect tout favorable.
Nos progrès n'ont pas encore atteint les limites de nos aspirations. Hélas ! nous n'avons point de capitaux \ et c'est uniquement par notre travail, notre énergie, et par 1* accroissement naturel de notre population, que nous avons pu assurer les résuit ats # actuels. Avec plus de ressources, nos progrès seraient plus constants, plus rapides, plus manifestes et plus permanents.
Les autres races se sou Jeûnent entre elles. L'Anglais particulière-
ment met ses capitaux à la portée de ses nationaux ; il leur ouvre ses comptoirs, transporte ses fonds là où août ses émigrants^ fonde des associations dans un but de colonisation, fait des avances aux pionniers de ses oeuvres ; la race et le capital y trouvent leur compte, C'est le secret des succès de l'Angleterre en matière de colonisation ; elle ne laisse point dépérir, faute de ressources, des établisse ment s ayant quelque perspective d'avenir.
Ne nous serait-Il point permis d'aspirer à quelque chose de semblable ?
Déjà, sur d'autres points du Canada, la générosité française paraît s'exercer avec une largesse admirable. Les annales de la colonisation sur les bords du lac Témïscamingue rediront la protection que ces contrées ont ainsi reçue ; ce qui leur a permis de vaincre les difficultés des premiers jours.
Si nos plaines, d'un accès et d'une exploitation comparativement si faciles, possédaient de pareils amis, quels résultats ne pourrions- nous pas montrer, nous ne dirons point en quelques années, mais même en quelques mois !
Il ne s'agît point ici, remarquons-le, d'un engagement de capitaux à titre d' œuvre charitable. Nous comprenons que des capitalistes demandent à faire valoir leurs fonds.
Dans un pays neuf comme le nôtre les placements peuvent se faire di versement*
Il y a les travaux publics, lesquels, tout en offrant comme les entreprises de toute nature, plus ou moins d'aléa, ne laissent point que de commander la confiance des capitaux.
Il y a le placement hypothécaire, pur et simple, sur des garanties de premier ordre.
Il y a les acquisitions de terrains, à des prix modérés. L'époque actuelle se prête à ces opérations. C'est Y opinion de nos principaux hommes d'à flaires qu'une ère de progrès s'ouvre pour notre province. L'agriculture, soutenue par l'élevage des bestiaux et l'industrie laitière, va prendre des développements imprévus. L'aire des terrains disponibles va se rétrécir, et le prix de la propriété subira pendant quelques années un relèvement proportionnel et continu, jusqu'à ce qu'il atteigne le niveau de la valeur réelle du sol.
Les placements de ce genre auraient donc le double effet de faire produire des revenus à des capitaux inactifs à l'heure actuelle, et d'a ; der la colonisation française.
Que si des propriétaires, atteints dans leur fortune par le phylloxéra, ou autres plaies, se décidaient à faire le sacrifice de leur séjour en Francs — sacrifice dont nous apprécions d'ailleurs toute l'étendue — ils
pourraient se tailler ici des domaines et se créer des exploitations qui ne leur rendraient peut-être pas complètement leur ancienne situation, mais du moins assureraient à leurs vieux jours, ou à leur famille, une vie honorable, et non sans éclat, quoique dans des conditions nouvelles, Mais pour assurer le succès de cette entreprise, il faudrait, outre ses capitaux — nous le répétons — la présence du propriétaire, ou une personne ayant et méritant à tous égards sac onfi an ce.
Des sacrifices plus douloureux ont été faits : des mères ont consenti à se séparer de leurs fils, jeunes, robustes; mais a 'ayant point les habitudes du travail manuel, elles les ont confiés au ciel du Nord-Ouest canadien. Ces essais n'ont pas toujours réussi. A qui la faute? Certes, ce n'est pas notre rôle de scruter les intentions ou la conduite d'autrui, mais nous osons dire que cette faute n'est pas toute entière au pays, si tant est qu'il soit pour quelque chose dans ces échecs.
On les éviterait peut-être, ces échecs, si les jeunes gens qui s'épren* nent soudainement de notre pays voulaient bien se persuader que ce n'est pas la vie romanesque et aventureuse du chassseur des prairies qu'ils trouveront ici. C'est à l'agriculture qu'ils* devront demander leur vie, à l'agriculture avec tout ce qu'elle a de fortifiant, de mora^ et même de poétique, maïs aussi avec tout ce qu'elle exige de travail, d'énergie, d'économie, de régularité dans la vie, et nous ajouterons, de constance»
L'agriculture ne donne pas la fortune en quelques mois, pas même en quelques années ; ses procédés sont plus lents ; mais â qui sait attendre et persévérer t elle donne ce qu'elle promet.
Nous avons précédemment affirmé la possibilité, pour nos populations, d'une alliance, dans un but de secours mutuel, entre deux ou plusieurs familles, les unes ayant des avances, les autres n'en ayant point»
Cette suggestion ne mériterait -elle pas aussi d'occuper l'attention de nos amis d'Europe ? ■ >
L'avenir en Europe est incertain ; des événements graves, et peutêtre désastreux, se préparent ; le capital et les familles sont anxieux de trouver la sécurité quelque part. Or, notre pays offre cette sécurité.
Nous nous imaginons — est-ce une illusion î — qu'il y a, en France et en Belgique des familles inquiètes de l'avenir, possédant des capitaux actuellement improductifs \ jouissant, les unes, du prestige de la noblesse, les autres, de ta fortune ou de la renommée littéraire ; exerçant autour d'elles une influence acquise autant par leurs qualités d'honnêtes gens, et par leurs oeuvres, que par lest? situation, et qui
comptent sur l'affection des bons paysans qui jouissent de leurs bienfaits.
Ces familles ne pourraient-elles pas acquérir dans notre pays, avec une partie de leurs capitaux, des domaines qu'elles coloniseraient avec des fermiers, des paysans choisis, sous la direction d'un membre de la famille, celui-ci, aidé, s'il en sentait le besoin, de l'expérience d'un canadien pris au Manitoba ou dans la province de Québec î
Le sort des familles ainsi transplantées serait amélioré, les capitaux ainsi mis en activité donneraient des revenus qu'ils refusent aujourd'hui ; une forte et grande œuvre nationale s'accomplirait.
Ce membre de la famille ne serait pas nécessairement rivé au sol du nouveau monde ; le sort des familles seules qu'il aurait déplacées serait définitivement arrêté ; pour celles-ci, ce serait évidemment l'expatriation, mais l'expatriation dans un milieu homogène, sympathique de coeur, de mœurs, de langue et de sentiments, où elles pourraient devenir propriétaires, sans cesser d'aimer la France.
Ce n'est qu'une idée — une ébauche d'idée si l'on veut ; — prendrat-elle une forme ? Nous*ne saurions le dire. Dans tous les cas, c'est un germe susceptible de développement, et son complet épanouissement se rai t, selon nous, l'application du patronage chrétien, et la rentrée dans les traditions nationales, dans les traditions françaises.
Jadis, les bords du Saint-Laurent — la Nouvelle-France — furent ainsi colonisés par des gentilshommes français à qui le roi fit des concessions seigneuriales, et qui groupèrent autour d'eux des censitaires, d'où est sorti le peuple canadien — lequel est fier de son origine, de son développement, et se souvient de la France.
N'est-ce pas la même pensée qui animait M. G. de Molinari, lorsqu'il écrivait en 1876, dans ses Lettres sur les Etats-Unis et le Canada :
i{ Pourquoi l'émigration agricole de la Normandie et de la Bretagne qui a implanté au Canada une population saine et vigoureuse, ne reprendrait-elle pas un essor interrompu."
La reprise de cette œuvre serait une éclatante réparation des abandons du siècle dernier. Il n'y aurait plus lieu de rappeler le triste épisode du drapeau français repassant les mers et laissant derrière lui une population aux abois.
La France n'y trouverait-elle point aussi quelque soulagement à ses infortunes ?
La 'Revue du Monde Catholique du mois d'octobre 1887, publiait un article de M. Auguste Geoffroy, sur l'appauvrissement progressif de la Franco, article plein de cœur, intéressant et instructif au plus haut
-degré, mais article profondément attristant par le navrant tableau qu'il met devant nos yeux :
u Les unes après les autres, dit-il, j'ai visité toutes ces petites patries découpées arbitrairement dans la grande, et qu'on appelle
département J'aurais vivement désiré que ce récit de voyage sur le
sol natal ne fût qu'une découverte, une révélation f une description
de sites variés, enchanteurs, de magnificences artistiques innombrables, et c'avait été mon premier dessein en commençant cette expédition circulaire d'aller à la recherche poétique de coins ignorés, méconnus, pour les signaler à l'enthousiasme des amants du vrai beau, en France. J'ai dû changer d'avis ; faire replier ses ailes à mon imagination pour laisser s'ouvrir davantage mes yeux et s'élargir mon «œur ; avant les jouissances des heureux, les contemplations des oisifs, il y a l'existence nationale, il y a le pain quotidien, il y a le lendemain de ceux qui travaillent et qui souffrent, de ceux qui sont tous, riches ou pauvres, les enfants de la même mère, la France. Plus j'allais et plus j'étais frappé de l'angoisse des populations rurales, de la gêne des centres commerciaux, du silence des agglomérations industrielles, angoisse, gêne et silence qui déteignent sur les paysages et sur les monuments, qui assombrissent les uns et accrochent des crêpes aux autres. On dirait que la matière inerte» des choses y prend part à la tristesse des hommes ; le cri sublime du poète latin retentit en écho dans la pensée, et navré, on pleure au sunt lacrymœ rtrum de la patrie française."
Certes, ce n'est pas à nous d'indiquer à nos aines ce qu'il leur faut, ni ce qu'ils doivent faire.
Nous comprenons aussi l'attachement au sol natal, les droits qu'un pays conserve sur ses sujets, et le désir des hommes d'ordre de garder la bonne population au sein de la patrie, qui en a d'autant besoin qu'elle se sent davantage épuisée.
Mais avec un tableau de choses comme celui que décrit M, Geoffroy — tableau dont la fidélité nous est d'ailleurs attestée par des français de passage an milieu de nous — il est impossible qu'il n'y ait pas chez un bon nombre l'idée fermement arrêtée de passer à l'étranger pour y trouver une amélioration à leur sort, amélioration impossible en France pour le moment.
Tel étant le cas, il nous est sans doute permis, non seulement d'exprimer nos sympathies, mais aussi, d'attirer l'attention des races françaises d'outre-mer sur notre pays, lequel, de tous les pays de l'Amérique du Nord, convient incontestablement le mieux à l'émigration de ces races.
Causant an jour de tout cela avec des visiteurs français, ceux-ci nous disaient :
" Il y a pléthore de population en Europe : ni la France, ni la Belgique n'échappent à cette situation. De là, le morcellement à l'infini
de la propriété, peu protégée par les lois de succession ; de là, ce vague désir d'aller ailleurs, le recours aux expédients, la crainte de nouer des liens de famille, la décroissance de la natalité, en violation de tontes lois divines et humaines."
*< Une saignée dans ce corps malade aurait pour effet de lui rendre un peu de santé, en élargissant les espaces, en ouvrant une nouvelle et rassurante perspective aux populations maintenant trop à l'étroit, mais alors devenues moins compactes, et se décidant, moins soucieuses de l'avenir, à essaimer davantage."
La moralité tire sa force première des préceptes religieux; mais les conditions économiques d'un pays ont aussi leur influence. L'intérêt du moment, pressant ; les incertitudes d'un lendemain sombre et apparemment sans issue, conduisent facilement aux illusions, à l'affaiblissement des notions du devoir.
Au surplus, ne vaudrait- il pas aussi bien pour la France ou la Belgique ; ne vaudrait-il même pas mieux pour certains bons sujets, que ceux-ci fussent dirigés vers l'étranger plutôt que de courir le risque d'en faire de mauvais ouvriers, qui deviendraient les soldats de Témeute le jour où ils manqueraient d'ouvrage ?
Mais dans ce contingent d'immigrants, nous voulons un choix, dans l'intérêt du colon et dans le nôtre.
Tous ne réussiraient pas parmi nous ; il en est qui ne se trouveraient point dans un milieu favorable à leur vie ou à leurs idées; ils ne s'acclimateraient point. Leur simple passage pourrait nous être nuisible ; il le serait certainement s'ils demeuraient assez longtemps en contact avec notre population pour la contaminer de leurs idées anti-religieuses et antisociales.
Au milieu du iSïètne siècle, le peuple canadien-français s'est vu t ou t-ât-coup séparé du pays de ses ancêtres. Livré à ses seules forces, il a trouvé dans sa foi religieuse, dans son clergé, dans ses habitudes d'ordre et de soumission aux autorités légitimes, le secret de se maintenir et de se fortifier comme race et comme nation. Si la France peut aujourd'hui s'enorgueillir du rejeton qu'elle a transplanté sur les bords du Saint-Laurent, elle le doit au catholicisme, à ses évêques et à ses prêtres. Et ceux-là mêmes qui ne partagent point nos idées à l'endroit religieux, ne voudraient pas, nous en avons la conviction, ne serait-ce que pour T honneur du nom français, compromettre l'avenir de cette France d'outre-mer en lui envoyant des émeutiers, ou des adeptes du socialisme, ces adeptes seraient-ils décorés, ou simplement vêtus de la blouse ï
Encore une fois, ces gens ne réussiraient point ici ; à tout le moins,. ils sèmeraient le malaise autour d'eux.
Une immigration prise dans les bonnes couches s 'amalgamera il facilement avec nos populations.
Mais comment régulariser un tel mouvement ?
Le contrôler absolument est peut être impossible. On n'empêche point de passer l'individu qui voyage à son propre compte. Néan moins, si nous ne nous trompons, les masses subissent l'influence d'une direction plus aisément en Europe qu'en Amérique, où l'individualisme aime à se manifester.
Il y a là pour nos amis de tous les rangs quelque chose à tenter, soit par l'initiative privée, soit par l'association des capitaux, ou seulement, des efforts et des dévouements.
Préciser davantage ne nous est guère possible. Cependant, nous nous hasardons à demander aux associations catholiques si cette œuvre colonisatrice n'ouvre pas un nouvel horizon & leur activité et à leur but ? Elles, si puissantes dans leur organisation, ayant si fort à cœur le bien -être moral et matériel des populations, brûlant du désir de faire éclater l'influence et l'honneur français en tous lieux, ne trouveraient-elles pas en outre dans ces suggestions la solution de quelques projets, le germe de quelque fondation, soit comme œuvre principale, soit comme œuvre auxilliaire d'une entreprise quelconque ?
Un philanthrope anglais, le Dr Bernardo, vient d'obtenir de noire gouvernement une concession importante de terrains pour rétablissement d'une ferme modèle, où les jeunes gens pourront aller se former à l'agriculture. Ces concessions ne pourraient se multiplier à l'infini, mais il n'y a pas de raison de croire pour le moment que le gouvernement refuserait d'en accorder de nouvelles dans un but semblable*
On serait sûr d'en obtenir pour la création d'un orphelinat,
A l'origine de la colonie, les dames elles-mêmes s'occupaient du Canada ; de grandes entreprises coloniales ont eu leur protection el plusieurs de nos institutions leur sont dues. Voilà en grande partie pourquoi l'image de la France n'est pas effacée de nos cœurs.
Ce sont des exemples à rappeler ; notre siècle possède aussi des âmes d'élite que les œuvres dignes d'intérêt ont le privilège d'émou-. voir ; il suffît de les leur présenter pour obtenir leur concours.
Aussi bien, si la discrétion ne nous imposait le silence, nous pourrions signaler des œuvres actuellement fondées et soutenues par de nobles femmes, dans la pensée desquelles sont généreusement entrés des esprits pieux et éclairés, des courages qui rappellent l'énergique volonté de nos ancêtres.
Nous osons d'ailleurs exprimer l'opinion que sous le rapport écono^ mique les résultats de ces entreprises ne seraient pas sans importance pour la France.
L'existence dans le nord de l'Amérique, le long de notre grande route transcontinentale, de plusieurs groupes français parfaitement constitués, viables, sympathiques, n'ouvrirait -elle pas de nouveaux horizons à l'industrie et au commerce français ?
Il nous semble qu'avec le temps, le beau pays de France, que nous appelons toujours notre mère-patrie, trouverait dans nos terri foires* pour ses abondants produits, un débouché du genre de celui que possède la Grande-Bretagne dans ses colonies*
Ainsi, sans négliger aucun intérêt local m faire de sacrifices, il serait possible de contribuer de cette façon' à l'extension des relations commerciales de notre mère-patrie, et à la consolidation de V élément français au Canada.
ftuolle partie du Canada faut-il indiquer de préférence ans races
françaises d'Europe, et aux Canadiens désirant
rentrer dans leur patrie.
La France a défriché et colonisé la province de Québec. Ce grand fait historique suffit à démontrer que les français peuvent réussir sur les bbrds du Saint- Laurent et du Saguenay ou dans les cantons qui s'échelonnent de chaque côté, au delà des vallées arrosées par ces fleuves.
Toutefois, à notre sens, nos prairies, d'exploitation si facile, d'un rendement si prompt, conviennent mieux que les forêts de Québec, aux races françaises d'outre- mer. Les habitudes de ces populations, leur vie antérieure, ne les ont pas préparées suffisamment aux rudes travaux du défrichement.
C'est aussi beaucoup l 1 opinion du généreux et infatigable M Labelle, le curé de Saint- Jérôme, à qui le Canada doit tant de gratitude pour son dévouement à la cause de la colonisation, et -pour ses incessants travaux en rapport avec cette œuvre.
En 1884, cet apôtre de la colonisation écrivait à V auteur de ces lignes :
" Si Ton pouvait diriger ces bons cadets chez vous L..IL me semble que la prairie irait mieux à ces jeunes gens que la hache,"
Et plus tard, en 1885, il nous écrivait encore :
(i II faut que les races latines de bonne souche se partagent le Nord- Ouest avec les autres nationalités."
Et M. Claudio Jeannet, cet ami si distingué du Canada, si judicieux dans ses appréciations, nous écrivait aussi, vers la même date :
" Le grand avenir est au Manitoba et au Nord -Ouest*"
Les autres races semblent envisager la question de la même manière. Bien que les provinces maritimes et la province d'Ontario leur offrent des avantages a peu près analogues à ceux que la province de Québec peut offrir à nos nationaux, elles donnent cependant la préférence au Nord Ouest*
L'expérience des races qui sont réputées posséder le sens pratique au plus haut degré, ne peut manquer de nous porter à la réflexion.
Sans être aussi affirmatif pour nos nationaux des Etats-Unis, nous pensons néanmoins leur être très utile eti dirigeant leurs réflexions de ce côté.
Certains mouvements que nous louons de tout cœur, se sont produits récemment aux Etats-Unis pour le rapatriement de quelques groupes canadiens- français. Des délégations ont v îsité. dans ce but, les cantons du nord de Québec, et le Manitoba, Où ces c uni pal notes iront-ils ? S'ils se dirigent vers Québec, nous applaudirons à leur retour dans la patrie. Loin de vouloir entraver l'action des généreux directeurs de la colonisation dans cette partie du Canada, nous nous réjouissons de toute adhésion qui consolide leur œuvre. Mats nous ne croyons pas manquer à ce que nous devons à la province de Québec, en priant nos compatriotes des Etats-Unis d'examiner sl la vie qu'ils ont menée depuis quelques années, ne les a pab déshabitués des rudes travaux du défrichement, et s'ils ne sont pas plus aptes à coloniser un sol en prairie, qui ne demande point de grands efforts, qu'un terrain boisé.
Nous avons *té témoin, dans la province de Québec, d'insuccès amenés précisément parce qu'on avait trop présumé de ses forces»
Des colons désirant sincèrement s'attacher à leur pays, se jetèrent
• avec ardeur dans la forêt ; la rudesse des travaux excéda leurs forces ;
la conséquence fut qu'ils retournèrent aux Etats-Unis, pour n'en plus
revenir. Ils sont perdus pour Québec ; ils sont perdus pour le Mani-
toba, qui les aurait peut-être retenus ; ils sont perdus pour le Canada,
et avec eux leurs enfants.
Ce sont des faits que devraient méditer tous ceux qui s'occupent de colonisation ;. la volonté des gens, ni leurs aptitudes, ne doivent être forcées ; autrement on s'expose à des mécomptes, à des pertes pour la nationalité. Il suffirait peut-être de se bien pénétrer de cette vérité pour empêcher, les frictions qui se sont parfois produites entre les divers mouvements favorables au retour de nos compatriotes des Etats-
Unis, à la colonisation du Canada. Il n'y a pas, et il ne saurait y avoir d'antagonisme entre ces œuvres.
Nous avons maints endroits où nos compatriotes trouveraient à s'établir, à peu de frais, et à proximité des marchés, des stations des chemins de fer, du bois, de l'eau, et surtout, des écoles et des églises*
On allègue quelquefois qu'il faut un peu plus de ressources pour s'établir au Manitoba que dans certains endroits de la province de Québec.
Nous ne discuterons pas cette hypothèse ; tout établissement nouveau est sujet à tant dlmprévu, de calculs et de combinaisons j il y a pour le colon tant de manières différentes de s'installer qu* on peut au moins dire que cette assertion est relative* Mais même en l'admettant absolument, il resterait encore à l'immigrant qui, de fait, posséderait les ressources suffisantes pour s'établir au Manitoba } à examiner en quel lieu le rendement est plus prompt, Dans nos plaines, le colon obtient dés la seconde année de son établissement, souvent à la pre* mi ère, la vie de sa famille. A moins d ! y consacrer de suite de forts capitaux, on ne saurait en dire autant de la forêt, Il y a, c'est vrai, la ressource du bois des chantiers. Mais, comme équivalent, nous avons le foin de la prairie, abondant, d'un prix de revient presque nul, que le colon trouve à l'état naturel dans les environs de sa de* meure, qui se fait dans la belle saison, et rapporte toujours un prix convenable. Les chantiers eux-mêmes ne sont pas fermés à notre population.
Nos institutions leur sont aussi sympathiques que la population ; nos lois concernant les écoles assurent au contribuible catholique Temploi de ses contributions pour le seul soutien des écoles de sa croyance ; dans aucun cas, ni sous aucun prétexte, il n'est tenu de contribuer au soutien des écoles protestantes.
Quelle partie du Manitoba se recommande davantage à nos nationaux f
Lors de l'excursion au Manitoba des membres du clergé de la province de Québec, T'in d'eux, M. l'abbé Saint -Aubin, curé de Saint- George de Henri ville, — agroneme pratique et distingué,— nous disait :
11 Nous avons dans îa province de Québec des vallons aussi fertiles li que votre sol du Manitoba, mais ils sont espacés ici et là ; et sï, t€ ailleurs, on arrive à obtenir des rendements qui égalent les vôtres,
ce n'est que par la bonne culture et les engrais. Au Manîtoba, au #f con traire , c'est uniformément bon, fertile, sans le secours des *' engrais. Voilà Tune des supériorités de votre province."
Cette opinion, très juste, fera comprendre au lecteur quel serai t notre embarras, s'il nous fallait absolument préciser un endroit où le colon dût aller plutôt que dans un autre* Cependant, de tous les endroits qui se recommandent à l 'attention de nos compatriotes, nous indiquerons plus particulièrement les paroisses de Samt Norbert, Saint-Vital, Sainte-Agathe* Saint-Jean-Baptiste, Saint-Joseph, Saint- Pie, Saint- Pierre de la Riviére-aux Rats, Lorette, Sainte- An ne, LaBroquerie, Saint- J*aurent, Saint^Charles, Saint- François Xavier, La Baie Saint-Paul, Saint-Léon, Saint-Alphonse, les Islets de Bois, le Lac des Chênes (Oak LaWe), et les environs de ces diverses localités.
Dans notre désir fie favoriser nos principaux établissements ruraux, nous allions oublier de mentionner Samt-Boniface même, le chef-lieu des intérêts français et catholiques au Manîtoba, et dans le Nord-Ouest,
Du reste, si nous mentionnons notre ville, ce n'est point que nous voulions v attirer les cultivateurs ; à ceux-ci,, il faut la campagne. Cependant, les environs de Saint-Boniface (ce qui comprend Saint- Vital}-, offrent leurs avantages particuliers ; le sol n'y est pas moins fertile qu'ailleurs ; à proximité de la cité ^e Wmnipeg, avec laquelle ils sont reliés par de magnifiques ponts, ils son* d'une valeur toute spéciale pour les colons qui sont habitués à faire la petite culture et qui aiment à porter chaque jour leurs produits sur le marché* Les terrains s'y concèdent de différentes façons ; un peut les acheter on simplement les louer p à des conditions très raisonnables, mais qui sont susceptibles de p tendre des formes si variées qu'il est impossible de préciser davantage»
Il en est dont on peut obtenir la concession, moyennant le paiement d'une rente annuelle de quatre par cent, pendant quinze ou vingt ans, à la suite desquelles le capital deviendrait exigible*
On conçoit que le prix de ces tenatns est plus élevé qu'en certains autres lieux ; mais tel terrain que Ton peut acquérir aujourd'hui au coût de dix* quinze, ou vingt piastres Uar.re, se vendra peut-être, dans dix ans, comme lot de ville. Les progrès dunt nous avons le droit d'anticiper la réalisation durant cette prochaine décade, nous per> mettent d'exprimer cette possibilité,
Dans toutes les paroisses que nous avons nommées plus haut se trouvant aussi des terrains en disponibilité, et détenus, en très grand nombre, par des spéculateurs qui en avaient fait l'acquisition durant la période de fiévreuse spéculation mjï a marqué Vannée iHBj, et amené une crise dont nous commençons à sortir. Ces terrains s jnt
sur le marché et peuvent s'acquérir â des prix variant de cinquante centïns à dix piastres l'acre, selon leur proximité des villes, des stations de chemin de fer, des cours d T eau, ou retendue des améliorations qu'on leur a fait subir.
Les paroisses de Saint- Norbert, Sain te- Agathe, Saint- Jean -Baptiste, Saint-Pie et Saint-Joseph, sont situées dans la vallée de la rivière Rouge j cette vallée est sillonnée de deux voies ferrées. Tune du côté est, et l'autre du côté ouest de la rivière.
Saint-Pierre, quoique, située à quelques distance de la rivière, se trouve néanmoins à proximité de deux stations de chemin de fer.
On parle d'une nouvelle ligne qui devra traverser les paroisses de LaBroquerie, Sainte-Anne et Lorette, lesquelles sont actuellement en rapport avec Saint Bon ïface par de bonnes routes,
Saint-Charles, Saint -François-Xavier et la Baie Saint-Paul sont longées parla route du Pacifique Canadien, et ont, chacune, leur station.
Saint-Léon, Saint-Alphonse, les Islets de Bois, sont desservies par la ligne du Smith Western. Saint-Laurent le sera bientôt par nn tronçon du chemin de la baie d'Hudson, lequel est déjà terrassé jusque-là^
Que le chemin se construise ou ne se construise pas, ce tronçon restera et finira par Être utilisé.
Le Lac des Chênes (Oak Lake) est une station du Pacifique.
On le voit, ces différentes localités, où sont principalement groupés actuellement nos compatriotes, sont avantageusement situées, quant aux moyens de communication.
Elles le sont également sous tous les autres rapports ; nous pouvons dire qu'en général nous occupons les meilleures positions dans le pays; l'histoire a déjà noté dans ses annales l'instinct merveilleux avec lequel nos ancêtres et nos missionnaires ont su distinguer dans leurs longs et périlleux voyages les sàes les plus propres à devenir des établissements solides et importants; cette tradition se retrouve ici, et plus tard l'on reconnaîtra que c'est au choix des local il es où se développent main* tenant tons ces petits groupes, que nous aurons dû une partie de notre force et de notre extension.
Parmi ces localités, il en est qui sont plu* adaptées a la culture des céréales, d'autres, à l'élevage des animaux; cependant, partout, l'on peut faire l'une ou l'autre chose, ou les deux à la fois.
Partout aussi le combustible peut s'obtenir facilement. En certains endroits, on pourrait presque dire que le bois est abondant ', ce n'est pas la belle érable de la province de Québec, mais enfin, c'est du bon bois, tels que le chêne, le frêne, l'orme, Tépinette, V érable à Giguêre > le tremble, etc., etc.
Nous avons aussi d'excellentes mines de charbon, qui mettent cet article à ia portée de tous.
Les immigrants peuvent choisir des terrains boisés ou des terrains en prairie, des lots à l'état vierge, ou des lots en état de culture.
Ils peuvent, selon les localités où ils désirent s'établir, les acquérir par voie d'achat, comme dans tous les autres pays, et en devenu définitivement les propriétaires sans aucune condition ni redevance, ou, si leurs ressources ne leur permettent point d'acheter, ils peuvent les louer, ou les prendre à ferme, à de meilleures conditions que dans la province de Québec; enfin, si ni l'un, ni Vautre de ces modes d'établissement ne leur conviennent, ils peuvent se placer sur des octrois gratuits (homesteadf lesquels sont, généralement, de la contenance de 1 60 acres.
En beaucoup de cas, l'homme qui possède un capital suffisant, a plus d'avantages à se placer dans nos paroisses déjà organisées, â la peine même d'acheter son terrain, que d'aller se placer sur des home' steads; on le comprend* les komcsteads ne se trouvent point en plein milieu d'une; paroisse établie depuis quelques années; il n'y a plus de hamestecuù à prendre sur les bords de la rivière Rouge, et cependant la plaine arrosée par ce cours d'eau, sera toujours Tune des plus belles parties de tout le Nord -Ouest ; et il vaut la peine de faire un léger sacrifice d'argent pour s T y établir ; nous pourrions en dire autant de la vallée de l'Assiniboine, des paroisses de Iprette, Sainte- Anne et Saint-Pierre; mais enfin, ce ne sont pas les seuls endroits propres à la colonisation, Au Lac des Chênes (Oak Lake), à SainuLéon, à Saint- Alphonse, à LaBroquerie, au Fort Alexandre, à la Montagne Dauphin t sur les bords du Lac Manitoba, et plus à l'ouest, dans le district de la rivière Qu'Appelle, c'est-à-dire, à Test, au centre, à l'ouest, ou au nord de ia province, se trouvent des homesieads que le colon peut obtenir aux conditions les plus faciles ; en certains cas, la loi donne même au colon un délai de cinq années pour remplir les conditions de culture et de résidence, délai qu'il peut réduire à trois'ans, s'il le veut.
On trouve aussi à la Montagne Tortue d'excellentes terres, et des Canadiens- français qui ne demanderaient qu'à être renforcés de quelques familles pour former un groupe fortement enraciné.
Nous avons indiqué nos anciens établissements aux colons, parce que c'est souvent l'intérêt de ceux ci de se placer dans des lieux déjà ouverts* organisés en paroisses et en arrondissements scolaires. Cependant nous ne voulons point détourner leurs regards des avantages qu'il y aurait en certains cas d'ouvrir de nouveaux cantons. Il y a à proximité des établissements actuels et des stations de chemin de fer, d'excellents lopins de fcerre> où Ton pourrait créer de nouvelles paroisses
d'un avenir «surf. La création de ces nouveau* centres pourrait être
nr t rai e a in océse ' d ' un r té ' on merae de ^^«^
natonale. I leur e „ revendrait une gloire qui donnerait à cette page de leur histoire un éclatant relief. P g
Enfin, dans un coin ou l'autre de la province, il y a de la place pour nos compatriotes, cette place les attend, et nous les attendons « mes avec cette affectueuse anxiété qui n'exclut ni l'ardeur niï
M Fred. E. Gauthier, fils d'un ancien consul général de France A Québec, écr,va.t un jour à un journaliste de la vieille cité de Chatn-
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.Ah 1 si au moins nos Canadiens, au lieu d'aller ahv T^feTî b voulant venir ici, comme ils pourraient vivre bien eSilemen"?' '
Ce cri patriotique et vrai, d'autres avant nous, et nous-mêmes Uvons poussé bien souvent, nous ne dirons pas absolument e T va.î ^ s point non plus ayec , es résu]tats que ^^ avons m,
Nous n en avons toutefois éprouvé ni étonnement, ni découragent Tous tant que nous sommes ici, nous mettrons autant de consLce i" fa-re connaître notre pays, à soutenir les institutions qui nous ont chères, â combattre les préjugés, que nos détracteurs en meUenT. poursmvre leur oeuvre de dénigrement. La victoire nous restera, et « sera notre vengeance. •«■*«% « ce