En est-il de même quant aux bénéfices probables
Sur ce point encore, nous n'hésitons pas à dire que de tels placements offrent, en autant que les prévisions humaines peuvent escompter l'avenir, des garanties de bénéfices raisonnables.
Nous en donnerons quelques raisons,
(1.) tf Le prix actuel des terrains est, dans la plupart des cas, parement nominal; il varie de 50 centins à 810,00 facre, selon leur position, leur proximité des cours d'eau, des chemins de fer, ou des villes,
selon l'absence, retendue, ou la nature des améliorations qu'on a pu leur faire subir "
{a,} " Ces terrains sont d'une fertilité naturelle remarquable, presque extraordinaire et incontestable» Un grand nombre de voyageurs pratiques, d'agronomes distingués, comparent cette fertilité à celle de n'importe quel pays du monde."
(3,) (t Ces terrains sont en grande partie de vastes prairies , ne nécessitant aucun défrichement, laissant au colon toutes ses ressources pour le genre d'exploitation qu'il adopte, et lui permettant d'obtenir dés la première année de son établissement, non seulement la vie de sa famille, mais même, en beaucoup de cas, un surplus appréciable. 1 *
(4,) éi Ici comme ailleurs, le colon doit travailler pour réussir ; ici, comme ailleurs, nous sommes sujets aux accidents clirnatériques j mais c'est à tort qu'on a cherché â soulever contre notre province des préjugés absolument dénués de fondement,"
(5.) (r Le froid est rigoureux en hiver, mais ta saison d'été est très chaude, et suffisamment longue pour permettre aux grains d'arriver, règle générale, à parfaite maturité. Le froid se supporte facilement à Taison de la sécheresse de l'atmosphère."
(6.) " L'eau ne manque point, et la question du combustible est également résolue tant par la croissance du bois, en différents endroits le long des cours d'eau, que par la découverte et l'exploitation actuelle de mines de charbon réputées inépuisables."
M Le pays offre donc des avantages sérieux à sa population, et à l'immigrant Ces avantages deviennent chaque jour mieux connus/'
u En outre, il est maintenant d'un accès facile par suite des diverses voies ferrées qui convergent vers sa capitale, Winnipeg; d'où partent d'autres routes qui se dirigent dans toutes les directions, et mettent les colons en état d'atteindre les marchés avec leurs produits,"
tl Tels étant les avantages offerts par notre province, telle étant sa situation, est-il téméraire d'espérer, au cours ordinaire des choses, une ère de progrés dans un avenir prochain."
tÉ Nous ne le croyons pas."
rt Des efforts constants sont faits par le gouvernement pour attirer l'attention des immigrants sur notre pays,"
ts La Cie du Pacifique Canadien, si puissante, et si intéressée à hâter la colonisation du Nord-Ouest, et son développement, poursuit ce but avec perse vérence et intelligence."
" D'autres associations intéressées, soit par des acquisitions antérieures de terres, soit par des placements sous forme de prêts, secondent les efforts du gouvernement et de la Cie du Pacifique*"
" De cette action, à la fois diverse et multiple, devra résulter un surcroit d'activité dans le mouvement d'immigration."
4< Chaque année verra se rétrécif l'aire des terrains en disponibilité, la culture se développer, la richesse publique se multiplier ; et en cela nous avons pour exemple les Etats de l'Ouest Américain, auxquels nous n'avons rien à envier.
" A la période de dépression des années dernières, laquelle a été causée par la spéculation effrénée qui en 1881 et en 1882 mit le trouble dans les affaires et dans les têtes, déjà commence à succéder une période d'activité et de progrès"
" Un relèvement appréciable du prix des terrains devra donc se produire avant bien longtemps."
(Signé). — Sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque de Saint-Boniface; l'honorable M. Girard, sénateur ; l'honorable M. Dubuc, juge de la cour du Banc de la Reine ; l'honorable M. LaRivière, trésorier provincial ; l'honorable M. Prud'homme, juge" de comté \ T. A. Bernier, maire de Saint-Boniface et surintendant de l'éducation ; M. J. E. P. Prendergast, député À la Législature Provinciale ; M. Jos. J. Lecomte, député à la Législature Provinciale ; Félix Chénier, examinateur des titres au bureau du régistraire général ; Jos. Turenne, premier commis au département des Terres de la Couronne ; S. A. D. Bertrand, négociant ; H. F. Despars, négociant ; Ed. Lloyd, comptable.
Inutile d'insister sur la portée d'un tel document, dégagé de toute préoccupation autre que celle de donner à des hommes d'affaires, une idée juste des conditions économiques actuelles de notre province. Nous nous contenterons donc de faire ressortir la conclusion qui s'impose de la dernière partie de ces lignes :
" Un relèvement appréciable du prix des terrains, est-il dit, devra donc se produire avant bien longtemps."
Donc, c'est le temps aujourd'hui de venir visiter notre province, et d'y faire des établissements, pour ceux qui ont cette intention.
En 1881 et i822, la spéculation a porté le prix des terrains à un taux dont s'effrayaient les émigrants. Nous ne songeons pas à leur reprocher leur timidité d'alors. Mais nous tenons à leur faire connaître que la situation n'est plus la même. A la suite de ces années de L spéculation, le prix des terrains est retombé à la valeur normale de I ceux-ci ; et sûrement, une, ou deux, ou trois, ou quatre piastres l'acre
n'est pas un prix trop élevé pour des terrains, à proximité des écoles, des églises et des marchés.
Ces conditions d'achat sont en beaucoup de cas rendues plus faciles encore par les termes de paiement que l'acquéreur peut obtenir.
Nous le répétons, l'époque actuelle est favorable à l'immigration ; il faut peu de capital pour s'établir, les sites avantageux sont en grand nombre, et la prospérité est à l'horizon.
Si nous insistons, c'est que nous avons peur de voir se renouveler l'expérience des dernières années.
Il y avait au moins dix ans que nos compatriotes d'ici disaient, presque en vain, à leurs amis d'ailleurs, que le Manitoba offrait des avantages sérieux d'établissement, ou de placement, quand en 1881 et 18S2 se produisirent ces exagérations d'affaires qui firent croire au public qu'on avait découvert l'Eldorado. A ces reflets de clinquant, à ce bruit de vil métal, on accourut de toutes parts ; néanmoins l'heure n'était pas aussi propice pour le colon que dix-huit mois auparavant, car le prix des terrains avait subitement pris une hausse inattendue. Mais le moment favorable est revenu.
Nous en sommes aujourd'hui à l'époque qui s'est écoulée de 1875 * 1 880. Le prix des terrains est à peu près ce qu'il était alors. Les affaires ont repris leur cours normal, et ceux de nos compatriotes qui voudront cette fois prêter une oreille attentive aux renseignements que nous nous efforçons de leur donner, aussi exactement que possible, profiteront, par une détermination immédiate, de la prospérité dont ies premières lueurs apparaissent déjà.
Ce que nous disons ici au point de vue pécuniaire, nous pouvons également le dire au point de vue national ; nous l'avons démontré ailleurs*
L'émigration atix Etats-Unis est-elle un remède ?
Ce n'est pas une étude du grand et funeste mouvement de notre population vers la terre étrangère que nous voulons faire ici. Le cadre de ce travail ne s'y prêterait point. Mais nous voulons montrer à nos compatriotes, sans discussion, par le simple exposé d'une série de témoignages pris aux Etats-Unis mêmes, rendus par des compatriotes fixés là-bas, que la république Américaine, pas plusque le Canada, n'est un pays de cocagne :
Au mois de mars 1879, M. J. D. Montmarquet écrivait dans le 7Yavaillcur y de Worcester :
" Ce qu'il (le cultivateur canadien) n'a .pas calculé, c'est que les " manufactures américaines sont encombrées, comme le sont les rues " de nos villes, et que les salaires y sont tellements réduits qu'ils suffi- " sent à peine aux besoins de chaque jour."
Le Franco Canadien du 30 octobre 1879 contenait le paragraphe suivant :
Un grand nombre de Canadiens-français arrivent tous les jours à Mansville et Woonsocket, R. I., pour chercher de l'ouvrage. A ce sujet : " Tâchez donc d'empêcher les Canadiens de se porter en foule vers les centres manufacturiers des Etats de l'Est. Ceux qui nous arrivent éprouvent beaucoup de difficulté à se procurer du travail et auisent à ceux qui sont déjà fixés par ici"
Dans son discours aux fêtes du congrès national de 1880, Ferdinand Gagnon nous donnait cette bonne leçon, en indiquant les causes de l'abstention des Canadiens des Etats-Unis à ces solennités :
" Ils se sont abstenus par dévouement pour leurs familles, ils se i€ sont abstenus, afin de prouver par leur absence, aux cultivateurs de " cette proviace qu'ils ont tort de s'en laisser imposer par les cm- " baucheurs, et les faux mirages, que la position des émigrés dans la " république n'est pas enviable, et ils n'auraient pu entreprendre ce €i voyage sans s'endetter pour la plupart."
En 188 1, le Moniteur Acadien donnait les renseignements suivants :
c< Tous les jours, il revient des Etats-Unis un bon nombre de ceux qui pour une raison ou pour une autre, ont quitté le pays. Ils 44 croyaient .améliorer leur condition en s' expatriant ; et ils n'ont " trouvé que déception et misère. L'ouvrage manque aux Etats-Unis, 44 et dans chaque centre, il y a des milliers de bras oisifs, et par suite 44 un grand nombre de personnes sont dans la misère et l'indigence."
Au mois d'avril 1881, un commis marchand de Biddeford, Maine, M. Michel E. Lussier, adressait à ses compatriotes du Canada les conseils de rester dans leur patrie.
" Pauvres frères, pour l'amour de Dieu, restez chez vous... ne venez " donc pas ici accroître la misère déjà trop grande de nos compatrio-
11 tes... Si comme à moi, il vous était donné de voir et d'entendre u chaque jour 30 à 40 chefs de famille se lamenter sur la dureté âm " temps et la rareté de l'ouvrage, vous ne penseriez pas à quitter votre " pays pour l'étranger."
Un correspondant de Great-Falls Etats-Unis, écrit an mois de janvier 18S2, au Courrier du Canada, pour mettre les Canadiens en garde contre un embaucheur.
u Le tableau, dit le Courrier, qu'on nous ** transmet des misères 11 que souffrent les Canadiens aux Etats Unis est loin d'être chargé. " Nous apprenons d'autre source que dans plusieurs centres manufac- " tuners les Canadiens sont traités de la manière la plus indigne; u on les chasse des manufactures, on leur refuse du travail, et dans *' certaines villes, on a passé des règlements défendant d'employer '* dans les ateliers les personnes qui ne sauraient pas parler et écrire 41 l'anglais ; cette loi est uniquement dirigée contre no* compatf trioies,' 1
Au mois d'août 1882, la Patrie Nouvelle, de Cohoes, disait s
"Voilà plus de cent jours que les travaux ont été suspendus dans u les fabriques de coton de cette ville, pareeque les propriétaires ont réduit les salaires des ouvriers de 10 pour cent"
Le Courrier de Worcester, du 1er décembre 1882, disait :
" Il y a une remarquable dépression dans l'industrie des fers
* Les ateliers de Lowell viennent de congédier une centaine d'employés ces jours derniers."
La Patrie Nouvelle, du 18 décembre 1883, <h Cohoes, dît :
f * L'industrie du fer prend une dépréciation tellement considérable
depuis quelques semaines que la plupart des usines ont été fermées
L^s hommes d'affaires sont alarmés et redoutent une panique, surtout depuis que les fabricants de tricot, de tissus, de laine et de coton, parlent de réduire les heures de travail de moitié» L'hiver 1884 s'annonce mal pour l'artisan et l'homme d'affaires, et nous ne pouvons trop engager nos familles canadiennes à observer une stricte économie si elles ne veulent pas être prises au dépourvu.
Au congrès national de 1884, à Montréal, le Dr Géd. Archambauh, de Woonsocket, s'exprimait ainsi :
" Je vous dirai franchement toute ma pensée,
" Notre position n'est pas brillante, messieurs ; elle est environnée
de dangers très grands. Il faut l'habiter pour cesser de croire que la terre américaine est un Eldorado, que le miel et le lait coulent devant nos portes, et que nous sommes tous autant de bienheureux, a'ayant qu'à se laisser vivre."
Et M. Archambault nous conjurait d'arrêter l'émigration, par le tableau suivant de la vie dans certains centres des Etats Unis :
"Le train de vie qu'on mène là-bas est navrant, dit-il. Et pour me " servir des expressions d'un journal américain : quelles froides et l * sinistres prisons que ces fabriques de coton de la Nouvelle-Angle- " terre ! Et puis, cette régularité rigide comme celle du moine, mais " sans les consolations du cloître. Cette discipline plus inflexible que " celle du soldat en campagne, mais sans les consolations de la gloire u et du patriotisme, quels boulets ne sont-ils pas au pied des habitants " de ces cachots au seuil desquels il faut laisser toute espérance/ 1
Nous lisons dans Y Abeille, de Lowell, Mass., au mois de mai 1884 ;
w Les journaux de la Province de Québec nous annoncent que cent u cinquante Canadiens-français viennent de s'embarquer pour les w Etats-Unis afin d'y trouver du travail.
u On ne saurait plus mal choisir son temps. Le travail dans la u Nouvelle- Angleterre est presque nul, et dans plusieurs villes il € * manque presque totalement. Des centaines d'ouvriers et des u familles entières voyagent d'une ville à l'autre à la recherche d'où- "vrage. Nos compatriotes du Canada ne devraient pas oublier ces " choses, et ne pas oublier non plus qu'aux Etats-Unis la vie coûte êi énormément cher. Un tiers des classes ouvrières chôment actuelle- " ment."
Le Franco-Canadien, du 7 novembre 1884, recevait d'un correspondant de Fall-River, la note suivante :
41 II y a au-dessus de trente manufactures de fermées a Fall-River, " et nous appréhendons beaucoup de misère.
" Il y a au-dessus de dix mille mains sans ouyrage, ce qui fait u beaucoup de tort au commerce. Les épiciers qui ont des comptes €i ouverts avec ces familles vont certainement perdre.' 1
Le 2 octobre 1885, le Progrès de r Est annonçait la fermeture d'un important établissement industriel, à Woonsocket :
tÇ La Woonsocket (R. I.) Rubber Co., dit-il, a fermé son établisse- €i ment, samedi après-midi, pour un temps indéterminé. Plus de 500 ** employés, principalement des femmes, se trouvent sans emploi»"
Ba l'été 1886, on écrivait de Woonsocket, R. I.
" On se plaint amèrement dans cette localité des moyens peu sem*
" puleux que les Américains emploient pour forcer les Canadiens * fl perdre leur langue, Ainsi, il y a une loi dans le Rhode-Island qui 11 pourvoit à ce que les enfants fréquentent les écoles durant trois " mois de l'année, jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de quinze ans. u Or, ici on exploite odieusement cette loi. Les parents qui veulent 11 avoir Paide du travail de leurs enfants doivent les munir de certifi- 11 cats sur lesquels sont inscrits le nom et l'âge de l'enfant et l'espace *' de temps durant lequel il a fréquenté l'école. Ces certificats doivent 11 Être signés par le maire et par le surintendant de l'instruction, un u : certain rév, M. White. Mais celui-ci se garde bien de les signer si n l'enfant ignore la langue anglaise. Ce qui l'empêche d'avQir de
I ' l'emploi. Peut-on pousser plus loin l'amour des préjugés ? Ces
II bons H Flymouth Rock " donnent une preuve éclatante de la " liberté qu'ils accordent aux étrangers."
Voici, d'après le Travailleur, de Worcester, le sort qui attendait en rSSô les Canadiens émigrant aux Etats-Unis :
" Le Travailleur a toujours eu à cœur les intérêts de nos compatriotes. Son regretté fondateur avait compris, à son début, que l'élément canadien était appelé à jouer un rôle important sur le sol des Etals-Unis. Il avait foi dans la mission que les Canadiens devaient remplir au milieu des éléments hétérogènes qui composent le peuple américain. A cette époque, les industries américaines étaient florissantes ; les ouvriers n'avaient aucun sujet de mécontentement contre les capitalistes, et, pourtant, il n'y avait pas de ces grèves déplorables qui sont en voie de détruire en peu d'années une prospérité péniblement assurée
* Mais depuis, les temps sont bien changés. Ce qui était bon en iSdj ou 1870, ne Test plus maintenant. L'émigration canadienne, qui était alors désirable, au point de vue de l'expansion des idées françaises et catholiques, est aujourd'hui souverainement déplorable. C'est que, depuis prés dun quart de siècle, la situation financière aux Etats- Unis a varié considérablement. L'immigration irlandaise, allemande, suédoise, etc. a pris des proportions gigantesques ; toutes les branches de l'industrie américaine sont encombréees ; de là le mécontentement des ouvriers, qui se font la guerre entre eux au moyen d'une compétition effrénée,
il Partout, l'on n'entend parler que de grèves. En maints endroits les filatures, les usines, etc, sont fermées, par suite des difficultés survenues entre les patrons et les ouvriers ; l'ouvrage fait défaut et des milliers de personnes chôment actuellement.
ff ,..Les affaires sont dans un triste état de stagnation en ce pays... Pourquoi émigrtr ?,,. Pourquoi venir goûter sur un sol étranger les amen unies de l'exil ? Pourquoi changer votre position de cultivateur ?. . .
H Nous voulons le bien de nos compatriotes. C'est pourquoi nous leur conseillons de ne pas émigrer dans un temps de crise économique comme celui que traversent actuellement les Etats-Unis. Notre franc parler aura peut-être pour effet de déplaire à ceux qui" ont l'intention d'érnigrer. Mais nous suivons en cela notre devise : fais ce que dois?*
A l'automne de 1886, la Patrie Nouvelle, de Cohoes, s'exprimait ainsi :
w tes fabriques à tricot de Cohoes sont presque toutes fermées pour li un temps indéterminé. Plus de cinq milles ouvriers se trouvent en " vacance, vacance qui peut durer jusqu'au printemps, au grand détrîu ment de toutes les classes de la société."
En 1886 aussi, Y Indépendant^ de-Fall River, s'élevait contre l'émigration canadienne en ces termes :
44 II nous arrive chaque jour, du Canada, un grand nombre de ct familles... Il est de notre devoir- de prémunir les Canadiens du " Canada contre les dangers qui les attendent ici. Il y a dans tous les 44 centres plus de main-d'œuvre, plus d'ouvriers qu'il n'en faut pour le ** moment. L'avenir est plutôt à ceux qui s'établissent sur les terres €l qu'à ceux qui viennent végéter dans nos centres manufacturiers.*'
Nous trouyons dans les rapports de M. Dodge, employé du département de l'agriculture des Etats-Unis, section des statistiques, les lignes suivantes extraites du bulletin des moissons publié aux Etats- Unis en décembre 1886, et rendant compte de la récolte de 1886 au Dakota :
" Dans la vallée de la Rivière Rouge, on a obtenu une bonne récolte ; dans la vallée de la rivière James, les rapports sont que la récolte est médiocre ou manqué e \ dans les comtés plus à l'ouest, les rapports sont que la récolte est faible : cinq ou six minots de l'acre seulement quelque part. Le rendement par acre pour le blé du printemps, dans le Dakota, a été de 11.5 minots, ce qui est moins que la moyenne totale relevée dans la région des blés.' '
L'agent spécial du Dakota, correspondant avec le département d'agriculture des Etats-Unis, dit lui-même :
u En faisant le relevé de la production du grain pour 1886, la langue et terrible sécheresse qui a si fortement découragé les cultivateurs durant la dernière saison, nous revient de nouveau à l'esprit. Cette sécheresse n'a pas seulement duré pendant le mois d'été et d'automne, mais elle se continue en plein milieu de la saison où prend l'hiver. Il n'y a pas eu de pluie durant le mois de novembre ; les puits et les cours d'eau sont si bas qu'il est très difficile en plusieurs parties du territoire d'obtenir suffisamment de l'eau pour abreuver les animaux. Cependant la dernière tempête nous a fait la faveur de nous laisser dixhuit pouces de neige."
Un autre rapport publié tout récemment par le même département de l'agriculture de Washington, sur la condition du Dakota en janvier et février 1887, dit :
44 Toutes les sortes d'animaux, à l'exception des moutons et des
pourceaux, sont tombés en valeur par suite de la petite récolte de grains de Tannée eL des prix réduits auxquels ces grains se vendent, ce qui fait que les cultivateurs sont obligés de vendre leurs animaux à sacrifices pour rencontrer leurs obligations urgentes."
Au printemps i3S7, le Messager de Lewis ton écrit :
'Il nous arrive continuellement des familles du 'Canada. C'est plus que regrettable, puisqu'il y a ici plus de monde que d'ouvrage. Nous pouvons les compter par centaines ceux qui sont ici depuis un laps de temps assez raisonnable et qui n'ont pu se procurer encore le moindre emploi."
Vers la même époque (printemps 1887) Y Indépendant, deFall River,
s'exprimait ainsi ;
14 Des canadiens nous arrivent en très grand nombre du Canada. Dans tous les centres industriels, des familles viennent chercher de T ouvrage. Malheureusement, le personnel de presque tous les ateliers est au complet, et les émigrants sont obligés d'attendre longtemps, de faire la concurrence aux autres, et souvent, de vivre à leur dépens."
De son côté le Travailleur disait, au mois d'avril 1887 :
'* Compatriotes du Canada qui seriez tentés d'émigrer, demander à nos compatriotes expatriés ce qu'il en coûte de vivre loin du pays qui conserve leur souvenir le plus cher. Restez aux champs qui ont été fécondés des sueurs de ceux que vous aimiez ; emparez-vous des terres fertiles que Pimmigration européenne menace de vous enlever; soyez des colons courageux et fermes, et vos enfants, heureux et prospères béniront plus tard votre mémoire."
Un correspondant de Wauregan, Conn., écrit au Pionnier, de Sherbrooke, une note que ce journal publie dans son numéro du 27 octobre
1887, comme suit ;
" Un de nos abonnés de Wauregan, Conn. nous écrit : Dites donc à nos amis et compatriotes du Canada, de renoncer à la manie de venir aux Etats où il n'y a guère à gagner.
f4 II y a dans les environs de Baltic plus de 1,500 ouvriers sans travail, dans la plus affreuse misère, regrettant d'avoir quitté le Canada, et soupirant vers l'heure du retour ; mais en vain, ils sont à bout de ressources et dans la pauvreté noire."
Voici ce que publiait à ce sujet le Défenseur, d'Holyoke, aumois de novembre 18S7 ;
1 Les populations rurales, au Canada, sont trop souvent dupes de leur ambition ou de leur ignorance des affaires américaines. Si elles savaient généralement que sur tous les points des Etats-Unis, il existe chez la classe ouvrière, un mécontentement perpétuel contre les capitalistes ; qu'il y a surabondance d'ouvriers, dans toutes les industries :
si elles savaient, disons-nous, que le travail est peu rémunéré et très ardu, dans les usines et les fabriques américaines, elles seraient peutêtre moins tentées de quitter le pays natal.
" L'émigration, surtout dans un temps comme celui-ci, est souverainement déplorable. Nous croyons qu'il est du devoir de la presse et des hommes publics, au Canada, de tâcher d'en détourner le courant.
" Compatriotes, restez au pays, si vous ne voulez pas vous exposer à d'améres déceptions 1 "
Et maintenant, lecteurs de bonne foi) dites-nous donc pourquoi vous iriez aux Etats-Unis t
Supposons que votre situation au Canada ne soit pas en tout ce que vous le désirez, vous ne trouverez pas mieux là-bas. Les témoignages irrécusables que vous venez de parcourir, et qui couvrent une période de 10 ans, doivent vous en convaincre.
Si donc votre détermination est prise de changer de lieu, enfoncezvous dans vos forêts de Québec, ou venez prendre place à côté de nous dans les plaines du Manitoba. Ici ou là, vous serez dans votre pays ; et aux jours de votre vieillesse, vous éprouverez un profond sentiment de bonheur à la pensée d'avoir échappé aux graves inquiétudes qui doivent nécessairement surgir dans l'âme de celui qui se demande : mes enfants, ou mes petits enfants, garderont-ils- toujours leur foi, resteront-ils Canadiens-français ?