‹ Le Manitoba, champ d'immigrationChapitre 31 sur 53 · CHOSES ET AUTRES · texte numérisé non relu

CHOSES ET AUTRES

La classe agricole est celle dont le Manitoba a besoin ; c'est la seule qus nous voulons solliciter.

L*hornme de profession, les commerçants, les ouvriers, trouveront toujours en nous des amis prêts à les aider en toutes circonstances ; le succès n'est pas impossible pour eux, mais nous devons les avertir que leur position est plus précaire que celle du cultivateur.

Le soleil reluit pour tout le monde, selon l'expression populaire ; seulement, nous traversons une période où il n'a assez souvent pour ces classes que des rayons d'hiver.

Les temps peuvent néanmoins changer ; il v a quelques années la classe ouvrière trouvait ici un champ favorable à son activité ; l'ouvrage abondait, et les salaires étaient élevés. Il n'en est plus ainsi, du moins quant à Y abondance de l'ouvrage. Les salaires sont restés assez bons, mais les entreprises publiques et particulières sont plus restreintes, et rien n r exige dans le moment une augmentation de la main d'oeuvre. Se tenir au courant du mouvement des affaires, soit par les journaux, soit par correspondance avec des amis déjà fixés au Manitoba, et régler ses projets sur ces renseignements, voilà ce que nous pouvons dire de mieux à la classe ouvrière.

Il en serait autrement, bien entendu, de l'ouvrier qui se destinerait à l'agriculture. À celui-ci, nous n'hésiterons pas à lui dire : venez, si vous avez des aptitudes pour la vie des champs, et des ressources pécuniaires suffisantes pour vous créer un établissement.

Et certes, parmi les ouvriers, ceux des villes surtout, combien n'y en a4 il pas qui amélioreraient sensiblement leur position en s'adonnant à l'agriculture, eux et leurs enfants ? Les villes et les manufactures exercent sur la multitude une puissance d'attraction qui fait bien des victimes. Mais ni les villes, ni les manufactures ne peuvent, comme le champ du laboureur, donner de fermes assises à la famille, la moralité, et la permanence du travail, qui est la garantie la plus sûre et l'agent le plus constant de l'épargne, et finalement, de la richesse publique et individuelle. Dans une exploitation agricole bien dirigée, il n'y a ni grève ni chômage ; il peut y avoir des accidents, mais jamais, ou du moins très-rarement, ces événements imprévus n'atteignent les proportions d'un désastre irréparable.

Selon nous, ce serait accomplir un grand devoir social, que de diriger l'énergie et les aptitudes de nos populations vers l'agriculture, et de décourager leur affluence vers les villes.

Et en ces matières, l'exemple fait quelquefois plus que les longe discours.

A qui la province de Québec doit-elle ses institutions, ses établisse» ments des premiers jours, ses premiers défrichements? Sans doute à ces pionniers de la civilisation en Amérique, qui furent nos pères î Mais aussi à la libéralité, aux sacrifices d'âmes généreuses, prêtres et laïques, hommes et femmes, familles et communautés, d'outre mer, de la belle France ?

Pourquoi la Nouvelle-France ne feraît-elle pas pour les groupes du Nord-Ouest, ce qu'on a fait pour elle autrefois! Ne pourrak-elle pas, par les mêmes moyens et des intermédiaires analogues, fortifier les . postes existant, ou en créer de nouveaux ? De pareilles œuvres entraîneraient les populations sans entraîner de sacrifices réels, à la différence de celles d'où est sortie notre patrie.

Réussit-on toujours au Manitoba ?

Non 1

Et pourquoi ?

Il y a d'abord une grande raison qu'on ne devrait jamais oublier.

Il y aura toujours des pauvres parmi vous, a dit le Sauveur du monde. Cette parole ne peut point passer.

La pauvreté est une loi de l'ordre chrétien ; les pays les plus riches, les peuples les plus avancés, ont à la subir.

Qu'on jette les yeux sur le monde ; nulle part, la richesse ou le bonheur, ne sont également distribués.

Notre pays n'échappe pas à cette loi universelle, qui va chercher sa raison d'être au-dessus de notre monde, mais qui produit néanmoins ses effets par des causes naturelles.

Ces causes sont multiples.

Tantôt, c'est l'intempérance, tantôt, l'amour du jeu ; celui-ci a horreur du travail, celui-là n'a point les aptitudes de son état ; à l'un, la Providence a refusé les talents ordinaires, à l'autre, elle envoie des accidents. Que sais je enfin ?

N'y en a-t-il pas parmi nous qui ont voulu même se lancer dans la spéculation ? Le malheur leur en a voulu. Leur infortune peut être digne de toutes les sympathies; mais enfin, qui peuvent-ils blâmer, si ce n'est eux-mêmes ?

D'autres étaient des jeunes gens sans expérience de la vie agricole.

qui ont cru qu'on pouvait faire ici de la culture en amateur, jJe leur erreur sont nés leurs déboires. Faut-il s'en étonner ?

D'autres encore ont été imprévoyants; ils se sont endettés outre mesure, soit pour l'achat de terrains, soit pour Tachât d'instruments aratoires. Depuis, il leur a fallu remonter le courant ; tâche ingrate et rude, qui a fait des victimes.

D'autres, enfin, ont sombré quand ils semblaient devoir réussir ; braves gens, laborieux, rangés, ayant des ressources.

Les échecs de ces derniers donnent sans doute à réfléchir, mais d'une autre part, il est constaté que ces sortes d'échecs ne sont pas particuliers à notre pays. Le monde est rempli d'exemples analogues. Par conséquent, ils ne prouvent rien à rencontre des ressources naturelles de l'Ouest Canadien.

11 y a ci beaucoup d'exagération de nos ressources ; ce n'est pas ce qui nous a fait le moins de mal.

On citait des cas de végétation exubérante, que des immigrants ont pris pour la règle générale, tandis qu'ils n'étaient que des exceptions. Il est important de ne pas laisser le public sous une fausse impression a ce sujet.

Il est bien vrai qu'en certains cas, le blé a donné un rendement de 40 à 50 minots à l'acre. Néanmoins, ce serait commettre une grave erreur que de faire de ces exemples la base d'un calcul

D'aussi abondantes récoltes prouvent indubitablement la fertilité du sol. Mais ce même sol ne donnera pas toujours, ni â tous, les mêmes revenus. Qu'on se le tienne pour dit.- Les saisons ne sont pas tonjours également propices ; tous les cultivateurs n'ont pas la même conduite, le même amour du travail, les mêmes aptitudes,

Nous avons répété dans le cours de ces pages que la province de Québec avait un sérieux intérêt à diriger vers nous un bon courant d'émigration. Nous ne voulons pas dire parla que Ton doive arracher mos populations de leurs paroisses pour les jeter sans discernement au Manltoba.

Nous croyons au proverbe qui veut que l'on reste où l'on est bien.

Mais qui est bien, qui ne l'est point ? Voilà où il faut du discernement.

Tel qui se croit au-dessus de ses affairés a peut-être besoin qu'on

l'éclairé sur sa véritable situation, et qu'on lui ouvre de nouveaux horizons.

Il en est d'autres qui sont véritablement à leur aise. Il ne faudrait pas faire naître en ceux-ci le désir d'abandonner des champs qui sont peut-être un patrimoine de famille. Mais si un événement quelconque, si le désir de contribuer à l'expansion de notre» influence et à raffermissement de notre nationalité dans les plaines du Nord-Ouest, suggéraient à quelques âmes d'élite de venir nous prêter le secours de leur énergie, de leur dévouement et de leur fortune, il nous semble qu'il ne faudrait pas non plus étouffer ces généreux projets.

Il n'est pas à craindre que ces exemples exercent un grand empire sur les populations généralement. Ils ne créeront assurément pas d'enthousiasme ; la province de Québec n'en souffrira point. Le départ de ces familles sera à peine perceptible dans les localités où elles ont grandi et prospéré. Au Manitoba, il en sera tout autrement. Ce nouvel et sérieux appoint nous sera d'une utilité inappréciable.

C'est l'un de ces sacrifices auxquels la province de Québec pourrait consentir avec profit pour elle et pour nous.

Combien d'argent faut-il pour s'établir au Manitoba ?

C'est une question qui nous est souvent posée, et à laquelle il est difficile de répondre. Les goûts, les aptitudes, le genre et l'importance des établissements, différent avec chaque colon ; celui-ci réussira avec un capital restreint ; celui-là, avec un capital plus considérable et dans des condit ons plus avantageuses, végétera. En un mot, le succès dépend beaucoup plus des individus que du pays.

Toutefois, c'est notre opinion qu'aujourd'hui, une famille de cultivateurs à laquelle il resterait, une fois rendue au Manitoha, la somme de cinq cents piastres, peut s'établir dans des conditions propres à lui assurer un avenir prospère.

Il est évident qu'avec cette somme on ne peut acheter mille acres de terre dans le voisinage immédiat de Winnipeg. Mais en s'éloignant quelque peu, tout en restant dans nos vieux établissements, on peut trouver des propriétés, convenant, par leur site, leur fertilité, leur étendue et leur prix, à une famille n'ayant pas plus de ressources.

Pour commencer, cette famille aura peut être à travailler davantage — la terre qu'elle aura achetée sera peut être couverte de broussailles — ; elle aura peut-être à supporter quelques inconvénients résultant d'une cause ou d'une autre ; mais si cette famille sait comprendre sa situation, elle admettra que dans aucun pays il ne lui est possible de s'établir

avec une somme de cinq cents piastres aussi bien qu'avec deux mille piastres ; elle comprendra aussi que son travail est pour elle une partie de son capital, non la moindre,— celle qui lui assurera plus sûrement le succès et la prospérité, en quelque lieu qu'elle se fixe.

Il n'est pas nécessaire d'acheter une propriété de 160 acres. Pourquoi ne se contenterait-on pas d'une terre de 80 acres, si Ton n'a d'argent que pour cela? Quatre-vingts acres forment cent arpents; c'est assurément une propriété d'une belle étendue, qui peut donner en peu d'années des revenus suffisants pour solder de nouvelles acquittions si le besoin s'en faisait sentir.

Ne pas confondre le Manitoba avec les territoires du Nord-Ouest.

Parce que le Nord Ouest aura été la victime d'un événement quelconque, il ne s'en suit pas que la population du Manitoba en aura été affectée. Prenons pour exemple l'insurrection de 1885. A cette époque combien ont cru que nous étions, nous, les colons des plaines arrosées par la rivière Rouge, en plein théâtre de l'agitation. Nous en étions cependant à 700 ou 800 milles.

Nous pourrions faire la même réflexion concernant les accidents de température. S'il y a gelée, sécheresse, ou bourrasque quelque part dans l'Ouest, aux pieds des Montagnes Rocheuses ou au lac des Esclaves, il n'en faut pas conclure qu'il y a gelée, sécheresse ou bourrasque au Manitoba, et vice versa. Ces divers points sont à des milliers de milles les uns des autres.

L 1 Ouest canadien est à lui seul plus grand que le reste de la Confédération.

On objecte diverses choses contre le Manitoba. Pour les uns, c'est trop loin ; pour les autres, c'est trop froid; celui-ci s'imagine qu'il n'y a pas de bois, celui là, qu'il n'jp»a point d'eau ; mais d'autres ont peur des sauvages î

Rassurons ces derniers. On ne voit guère plus de sauvages à Winnipeg qu*à Montréal.

Les sauvages de Caughnawagha vont à Montréal vendre leurs ouvrages en rassad es ; les nôtres viennent nous vendre les produits de leur chasse.

Ceux ci sont aussi paisibles que ceux-là.

afc

On a dit que des colons du Manitoba l'avait laissé pour s'en aller au Dakota. C'est vrai ! Mais toute médaille à son revers. Lisez la requête qu'en l'année 1886, adressaient 26 cultivateurs au gouvernement canadien :

"Nous, soussignés, colons du Dakota, dans les Etats-Unis, vous supplions humblement d'ouvrir à la colonisation par homesteaà le township, rang 6, Manitoba. Un grand nombre de personnes résidant actuellement au Dakota, dont quelques-unes ont apposé ieur signature à la présente requête, implorent de vous cette faveur en leur nom et au nom de leurs voisins. La xaison pour laquelle nous faisons cette demande est l'excessive taxation à laquelle le colon est sujet dans le Dakota. Nous payons jusqu'à quatre centins et demi dans la piastre. Ajoutez à cela que tout ici est taxable, non seulement le terrain, maïs les instruments d'agriculture, et jusqu'à la montre que le colon porte dans sa poche. Nous sommes prêts à abandonner nos droits (daims)

au Dakota, pour nous placer sous le drapeau anglais

Et vos requérants ne cesseront de prier :

Joseph Burkitt R. Botterill Robt. Forsyth

Sam. Lawrence William Steele R. Forsyth, Sr.

James Lewis Wil. Botterill Phil. Botterill

T. Lawrence Alex Kehill W. Botterill

R. Wilkinson R. Botterill, Jr. William Keown

Pat. McBride Wm. I. Ridley Alex. Thom

Page 1