‹ Le Manitoba, champ d'immigrationChapitre 32 sur 53 · I. Steele Joseph Ridley Wm. J. Kehill · texte numérisé non relu

I. Steele Joseph Ridley Wm. J. Kehill

Joseph Ridly M. Keown David Thorn

E. Taylor Charles Thom

Pour être partis, voyez comme ceux-ci s'en mordent les poings I Un M. I. Kelly, de Gananoque, Ont., écrit au Reporter t de cette ville, dans le mois de septembre 1886 :

;< D'après ce que j'ai vu, je considère le terrain au Canada de beau- " coup supérieur à celui du Dakota ; ceux qui écrivent que la fertilité " du sol au Dakota et au Minesota surpasse celle du territoire canadien u sont payés pour écrire ainsi, et ne disent pas la vérité."

On peut multiplier ces témoignages* Ainsi :

Le Woodstock Sentinel Review, journal réformiste, commentant une lettre qu'il avait reçue d'un de ses correspondants établis au Dakota, disait à l'automne 1886 :

" Cette lettre mérite d'être parcourue, non seulement à cause des renseignements qu'elle contient, mais aussi à cause de l'avis qui y est donné aux Canadiens. Elle n'offre aucun encouragement à ceux qui songeraient à aller au Dakota. Si le pays a ses avantages il possède aussi des désavantages. Cette année, selon notre correspondant, plusieurs champs de grain n'ont pas été jugés d'une valeur suffisante pour être coupés à raison de la sécheresse."

M. l'abbé Bitsche, te digne curé de Saint-Léon, disait dans une lettre que j'ai déjà publiée :. '

H Comme il y a partout et de tout temps des hommes qui ne sont pas contents de leur sort, quelques habitants de ma paroisse ont quitté le Manttoba pour s'établir dans le Dakota. Mais ils furent bien trompés. Quelques-uns sont déjà revenus, d'autres reviendraient bien volontiers s'ils en avaient les moyens. Ah ! disaient-ils, si j'avais à recommencer, je serais plus prudent ; maintenant il est trop tard, etc."

M, l'abbé Samoisette, m»' écrivait aussi :

11 Trois familles sont allées s'établir dans le Dakota, pensant sans doute de mieux faire sous le rapport de la fortune ; mais c'est à peine si elles ont pu y passer une année ; aujourd'hui elles sont de retour dans ma paroisse, et bien décidées de ne plus retourner au Dakota.

Deux autres chefs de familles sont partis un jour pour aller se fixer dans le même Etat du Dakota, et après avoir bien examiné. .. ils ont constaté qu'il valait mieux retourner au Maniioba pour bien des raisons/ 1

Nous savons qu'on s'est étonné de la quantité de terrains qui se vendaient pour les taxes.

Quelques explications suffiront à dissiper cet étonnement.

Lors de la fièvre de spéculation dont nous avons été les victimes en 1881 et 1 88 2, une bonne partie du sol est passée entre les mains d'étrangers, les uns domiciliés en Angleterre, les autres aux Etats- Unis, ceux ci dans Ontario, ceux-là dans quelqu'autre province du Dominion. On comprend qu'avec des propriétaires dispersés aux quatre coins du monde, le paiement des taxes municipales se fasse avec négligence, Néanmoins, les municipalités doivent toucher leurs revenus annuellement pour rencontrer leurs obligations et faire les travaux publics nécessaires. Or, elles font vendre les terrains sur lesquels il y a des arrérages de taxes.

La plupart de ces terrains sont rachetés avec le temps. Ainsi, la ville de Saint-Boniface fit vendre une année, environ cent lots ; de ce nombre, deux seulement n'ont pas été rachetés. ^

Ces ventes, pour taxes qu'on a voulu exploiter contre nous, prouvent donc, lorsqu'on veut suivre l'opération jusqu'au bout, que la confiance en l'avenir de notre pays n'est pas ébranlée chez ceux qui y possèdent

des intérêts»

Des touristes, animés d'ailleurs des meilleures intentions, nous expriment parfois leur étonnement de ne point rencontrer ici certaines

améliorations, certains essais qui leur paraissent aussi faciles que désirables.

Les étrangers qui nous honorent de leur visite ne devraient pas oublier que la province n'existe que depuis à peine dix ans. Auparavant elle était isolée du reste du monde, et elle n'avait alors que l'apparence de la vie. Il n'est pas étonnant que sa population n'ait pas encore tiré du sol tout ce que sa fertilité permet d'en attendre* La population est fort peu nombreuse, et disséminée un peu partout ; elle n'a pu ni changer l'aspect du pays, ni se livrer aux expériences. Nous utilisons pour le moment les ressources que la nature met à notre disposition, sans nous engager dans les cultures artificielles, expérimen* taies, ou de pur agrément.

Vous n'avez pas tie mil, nous dira quelqu'un. Non, nous n'en avons point, ou que très peu. La raison en est simple, nous n'en avons pas besoin ; le foin de prairie le remplace avantageusement , et il ne nous coûte rien ; il croît naturellement. Pourquoi dédaignerions-nous cette ressource pour nous adonner à la culture du mil, qui exigerait le .sacrifice d'un lopin de terre où nous pouvons autrement obtenir un rendement de céréales.

Ce n'est point que le mil ne réussirait pas. L'auteur de ce travail connaît un terrain où le mil semé il y a dix ans, persiste à se montrer, bien que ce terrain ait subi, depuis, deux labours.

C'est donc une erreur de dire que le mil ne peut se cultiver avantageusement au Manitoba ; mais c'est vrai pourtant qu'en fait nous ne le cultivons pas, pour la raison déjà donnée : nous n'en avons pas besoin.

Ces mêmes touristes nous diront aussi que notre sol s'épuisera par suite de notre persistance à semer grains sur grains, et que, par mal* heur, on n'a pas encore trouvé les moyens de le relever.

D'abord, le grain sur grain n'est pas général, par conséquent la réflexion manque d'exactitude.

En second lieu, il y a des exemples de terrains semés depuis $o et 40 ans, et qui se sont fort bien maintenus sans engrais. A cela, rien d'étonnant. Un sol recouvert d'une couche de terre végétale et marneuse de deux à trois pieds de profondeur est vraiment inépuisable; il peut cependant avoir besoin de repos. Or la théorie agricole enseigne comment il faut s'y prendre pour reposer la terre. Cette théorie est applicable au Manitoba, comme ailleurs. Elle y est aussi conoue. ' ' 8

Au risque d'étonner plusieurs de nos lecteurs, nous leur apprendrons que notre département d'agriculture est peut être le mieux organisé de tous ceux qui existent dans la confédération, et notre population agricole, celle dont l'attention se tient le plus en éveil sur les procédés agricoles et sur le* altérations possibles de notre soL

Il y a déjà plusieurs années qu'on a commencé à mettre la population en garde contre V épuisement du sol.

Quand il faudra des engraïsj il sera facile d'en avoir ; nous en produisons plus qu'ailleurs, nos troupeaux d'animaux étant plus nombreux ; vu l'abondance du foin, les pailles seront peu utilisées comme fourrage; par conséquent, elles augmenteront la quantité disponible des engrais végétaux.

Le rév. M. Beaudry, dont nous avons déjà invoqué le témoignage, a fait une étude sérieuse de cette question, après sa visite au Manitoba; sa compétence en cette matière^ impose sa conclusion :

11 En résumé» ditH, un sol, la moitié moins fertile que celui da ;t Manitoba, a donné une moyenne de 14 minots à l'acre pendant 1f quarante ans ; ce qui laisserait aux gens du Manitoba au moÎDs un *' siècle devant eux pour chercher un moyen de relever la fertilité de ** leur sol avant d'être descendus à la moyenne du rendement dans la 11 province de Québec.

li L'industrie laitière et F élevage des animaux de boucherie pren- 11 nent depuis quelques années une extension telle dans la province u sœur que le colon du Manitoba peut envisager l'avenir sans crainte,

u D'ailleurs, l'expérience est là pour cdhfirmer cette dernière as- *' sertion."

Nous appelons casser^ donner le premier labour à la prairie. Le gazon de cette prairie est très serré } afin d'en faciliter la désagrégation, on fait généralement un premier labour vers le mois de juin, d'une épaisseur d'environ deux pouces ; à l'automne ou au printemps suivant, cette terre est prête à subir le second labour destiné à recevoir [a semence ; c'est une opération qui ne se fait qu'une fois pour le même morceau de terre ; on défrche le terrain boisé ; on casse la prairie. Une charrue spéciale (la charrue à casser) est nécessaire pour cette opération. Elle est tirée par deux chevaux, ou par une bonne paire de bœufs,

Nous connaissons cependant des colons qui se sont dispensés de cette opération ; ils ont labouré de la prairie neuve, ont semé de suite, et ont obtenu une récolte passable. Dans une année de sécheresse, ce mode serait risqué.

On appelle vieilli tcrrt y celle qui a été cassée.

On trouve ici toutes les machines, les instruments aritoires, et les petits instruments de ferme et de maison. Libre à l'immigrant qui possède déjà ces articles (nous parlons des petits instruments) et désire les apporter avec lui, de le faire s'il le peut sans se mettre à la gêne et sans qu'il lui en coûte beaucoup ; mais s'il devait lui en coûter quelque peu, il vaudrait mieux les prendre ici. Les charmes, etc., doivent s'acheter au Manitoba.

Les endroits où sont groupés les colons de langue française pro~

. duisent généralement du bois convenable pour les constructions. Si la

| situation et les aptitudes du colon sont telles qu'il rie croit pas devoir

utiliser cette ressource, et se bâtir lui-même, il trouve à acheter à

différents endroits de la province, le bois et les autres matériaux de

construction.

Les produits étrangers paient des droits à leur entrée dans le pays. Le colon ne paie aucune contribution à l'Etat.

Le territoire est divisé en municipalités, qui s'administrent elles mêmes et élisent leurs maires et conseillers. Ces conseils ont pour 1 principale attribution de faire exécuter les travaux publics dont le besoin peut se faire sentir dans les limites de leurs municipalités respectives. Pour rencontrer le coût de ces travaux oublies, et les dépenses d'administration, le conseil impose une taxe municipale, dont le taux varie selon les besoins de chaque année. En fait, ce sont les contribuables eux-mêmes qui s'imposent à volonté. Cette taxe.nrinicipale est en moyenne de un antin dans la piastre, ou un par cent.

Dans tout établissement nouveau, l'ouverture des chemins est une question sérieuse. Si l'on colonise au sein de la forêt, il fauf percer des routes ; autrement, les communications deviennent sinon absolument impossibles, du moins très difficiles.

Dans nos prairies, cet obstacle n'existe pas. On communique d'un endroit à l'autre, à travers la plaine; comme on pourrait le faire dans

la province de Québec, si dans les campagnes, l'on enlevait les clôtures et si Ton comblait les fossés.

Un mot de l'octroi gratuit (homestead). Cette gratuité exerce, à notre avis, une trop grande fascination sur l'esprit des étrangers. Sans doute, chacun connaît son affaire et ses ressources, et nous ne saurions prétendre enlever à l'immigrant le droit d'exercer son libre arbitre dans le choix du site de son établissement, Néanmoins, nous l'avons déjà dît, et nous le répétons : en certains cas, et selon la composition de la famiUe de l'immigrant, il peut valoir mieux pour celui-ci d'acquérir un terrain, à proximité des centres, des marchés, que de chercher un homestead où il se trouverait pour quelque temps trop isolé.

On le comprend, dans un pays nouveau, la colonisation fait tous les jours des progrès ; elle m arche et il faut Ja suivre. Le homestead se trouve à la lisière des établissements, mais non au centre.

(Extrait d*tttt rapport de V honorable M. Robîtaiile^ ancien lieutenantgouverneur de Québec, au marquis de Lomé.)

u Nous avons dans le Nord-Ouest, un moyen sûr de détourner des Etats-Unis le courant d'émigration qui, chaque année» entraîne hors

de la province un si grand nombre de ses enfants. Il y a là un

grand avenir agricole IL y a d'excellents pâturages dans les

prairies L*agrïculteur peut donc choisir et pratiquer à son gré,

ou la culture des céréales, ou l'élevage des bestiaux et la fabrication

du beurre et du fromage L'exploitation des richesses naturelles

du Nord-Ouest assurera pour longtemps à tous ceux qui aiment le travail et les bons salaires, une existence plus heureuse que celle de nos concitoyens des Etats-Unis, Et au point de vue politique, la Confédération gardera dans son sein une population dont l'énergie et l'activité lui seront précieuses."

M. Àrchïbald Hudson, qui était au mois d'octobre 1SS6 dans les Etats-Unis, écrivait du Nébraska :

" J T ai été dans le Mani toba ; mon avis, basé sur l'expérience, est que tous devraient aller au Mani toba et dans le Nord Ouest Canadien. Les Etats-Unis de l'Ouest ne sont pas de la moitié aussi bons que les provinces canadiennes pour la culture,"

( Opinion du révérend Père Nolin, S, J. )

* f S'il (le Canadien) ne se sent pas la force de se mesurer avec les géants de la foret, qu'il se dirige vers le Manitoba ; il y trouvera des terres en prairie, toutes défrichées et d'une fertilité extraordinaire ; il aura encore avant de mourir, la consolation d'avoir placé avantageusement ses enfants dans son propre pays."

{Opinion de M, Auguste Bodard.)

" À tous ceux qui seraient tentés de quitter Québec pour aller tra~ vailler dans les manufactures des Etats-Unis, nous disons : ailes au Manitoba et au Nord- Ouest, là est l'avenir. Vous ne le regretterez pas. Travailler pour le Manitoba, c'est encore travailler pour la nationalité française au Canada." «

u Un français, M. Bigot, arrivé dernièrement de Nantes, en France, a acheté un de ces lots de terre. Quand on lui eût montré le terrain qui était devenu sa propriété, il ne pouvait pas le croire- Tout cela est à moi pour £io, disait-il ; ah ! si en France on savait cela^ tout le monde viendrait. Il est à peu près certain que toute la France ne viendrait pas au Canada, mais certainement si les Canadiens, les Belges et les Français connaissaient ce pays, ils arriveraient en grand nombre, car l'exclamation de M. Bigot peut s'appliquer à tout le Canada ; elle prouve que Ton peut y devenir propriétaire à bon compte. Pour quelqu'un qui a un peu d'argent, au lieu de prendre des terres grajaiittÉ^nomesteads) qui sont un peu éloignées, il vaut mieux cependant acheter des terres de $3 et $4. de l'acre ; on a pins dfc^fcoix/'

u Nous défions la personne la plus prévenue qui aura examiné se rieusement la situation de ce pays au point de vue matériel et patriotique, de ne pas admettre que là se trouve l'avenir de la Confédération, et peut être aussi celui de notre race."

M. Bourbeau, ancien député aux Communes, a visité le Manitoba, il y a quelques mois. L'impression qu'il en a rapportée est telle que 1* Union des Cantons de l'Est, se faisant peu de temps après son écho, disait, en s'adressant à nos nationaux :

ct Nous estimons plutôt qu'ils ne connaissent pas encore le Manitoba ni ses richesses agricoles.

u S'ils les connaissaient, ils n'hésiteraient pas et l émigration si Tegrettable de nos familles aux Etats-Unis aurait pris depuis longtemps la direction de l'Ouest canadien, la" terre promise" des habitants du Dominion.

a Ce qui reste à faire pour le journaliste véritablement dévoué à notre pays, est donc, ainsi que nous le disait M. Bourbeau, de faire

connaître le Manitoba, et c'est ce que nous nous proposons de faire chaque fois que l'occasion s'en présentera.' 1

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