‹ Le Manitoba [microforme]Chapitre 27 sur 33 · LETTRE DE M. LABBÉ D. GÉRIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LABBÉ D. GÉRIN

M. l’abbé D. Gérin, curé de St. Justin, Diocèse des Trois-Rivières, est allé en septembre dernier visiter l’ouest canadien.

Son mérite comme écrivain et son autorité comme agronome, donnent à sa lettre une importance toute particulière :-—

‘Mon cHER Monsieur,

«Je m’empresse de répondre à votre lettre.

‘ Vous êtes, me dites-vous, dans l'obligation de vous déplacer et vous me priezde vous dire franchement ce que je pense du Manitoba comme pays agricole.

‘6 Nos villes et les Etats-Unis ne vous sourient pas. Vous voulez continuer à cultiver, à demander à la vie des champs, pour vous et vos enfants, la santé, la tranquillité et l’indépendance. Vous êtes heureux d’avoir des goûts aussi sages, à une époque

où le bruit, les jouissances matérielles et le décor de nos grandes cités séduisent et trompent tant de pauvres malheureux.

‘ Vous êtes également bien inspiré, je crois, en tournant vos regards vers le Manitoba.

«Je viens de visiter attentivement cette province, j'ai étudié son sol, sa population, son marché, ses industries, son climat, et je n’hésite pas à vous dire, en vous priant de le répéter à ceux qui se trouvent à peu près dans votre situation: /e Manitoba est le pays de l'avenir, au point de vue agricole, lu fortune tend les bras à tous ceux qui, doués de cœur et d'intelligence, iront y dresser leur tente.

‘ Son sol est d’une fertilité incomparable. C’est de la graisse plutôt que de la terre. Aussi vous pouvez constater par les statistiques officielles quel rendement merveilleux y obtiennent les céréales et les légumes. Des champs cultivés depuis un grand nombre d’années semblent n’avoir rien perdu de leur fécondité. Lorsqu'il faut ici cinq et même dix ans pour amener une terre nouvelle à faire vivre une famille, là, dès la deuxième année, vous pouvez compter sur une bonne récolte.

‘< Pas de fossés, de rigoles, de clôtures, de chemins à faire. Vous savez mieux que moi quelle somme de travail est par là épargnée au colon. Par la brochure que je vous adresse, vous verrez combien peu il en coûte pour changer une prairie en un champ de blé, à quelles conditions faciles l’on se procure les bois de construction et de chauffage, ainsi que le fourrage pour l’hivernement du bétail. L'industrie laitière y est florissante. Le prix du fromage a été, pendant la dernière saison, plus élevé à Winnipeg qu'à Montréal. Les œufs, le lard, le bœuf, etc., tout s’y vend à des prix rémunérateurs. Le surplus de la consommation locale prend

mere ee

re

e décor tant de

‘ois, en

te pronarché, à vous se troutoba est

la forcœur el

, C’est ssl VOUS les quel ‘éales et n grand erdu de Ême dix e vivre )usS pou-

de chequelle bn. Par eZ COMie en un l’on se auffage, bétail.

prix du us élevé lard, le aunérae prend

le chemin de la Colombie Anglaise, pour de là être expédié dans l'Alaska, le Klondike les Indes, la Chine et le Japon. Je n’ai pas été peu surpris de rencontrer dans lPOuest un Japonais venu pour y acheter des vaches devant soutenir une beurrerie qu’il possède dans son pays.

‘6 Au reste rien ne prouve mieux le brillant avenir réservé à cette contrée que ces nombreuses voies ferrées dont elle est déjà sillonnée en tous sens. Croyez-le, ce n’est qu'après avoir bien observé, tout calculé que les financiers ont engagé là leurs capitaux. Voyez cette foule d’émigrants qui accourent de toute part, même du fond de l'Europe. L’an dernier seulement, 25,000 ont entré leurs noms à Winnipeg. La population qui, en 1870, n’était que de 12,000 âmes, s'élève aujourd’hui à 200,000. Les Anglais, auxquels on prête tant de flair, que l’on dit si bien renseignés sur.les moyens de faire fortune ici-bas, forment la très grande majorité. La plupart sortent de la province d’Ontario, où l’on a pourtant encore de vastes terrains à coloniser.

‘6 Dites-moi, n’est-il pas infiniment regrettable de voir tant de richesses passer en des mains étrangères, à des hommes souvent ennemis de notre foi et de notre nom? Pourtant ce pays est plus à nous Canadiens-français qu’à tout autre, puisque ce sont nos missionnaires, nos religieuses et uos hardis pionniers qui l’ont conquis à la civilisation. Dans quelques années, quand l’évidence éclatera, nous nous jetterons de ce côté. La crème sera prise ; nous devrons nous contenter du petit-lait. C’est notre histoire qui se continue. Nous n’avons jamais su que nous dépenser pour faire la fortune des autres. Au commencement de septembre dernier, j'ai fait la connaissance de vingt-cinq beaux jeunes gens pleins de vie et d’illusions, en route pour le

Page 1