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14 LE MANITOBA Klondike, Ils avaient mis en commun tout leur avoir, formant $12,000 pour payer leurs frais de voyage.
6 Voilà d’excellents sujets à peu près tous perdus pour nous. Que ne s’arrêtent-ils aü Manitoba, me disais-je, pour y fonder une paroisse canadienne et prendre possession de ces terres qui tout-à-l’heure vont devenir la propriété et faire la fortune de ces Galiciens qui encombrent le char voisin ? Et dire que c’est là un fait qui ne cesse de se répéter !
‘ Jai entendu des personnes certainement bien intentionnées s’alarmer de l’émigration au Manitoba. Pourquoi, disent-elles, affaiblir notre province au profit d’une autre ? Il ÿ aurait bien des considérations à faire sur ce sujet. Qu'il suffise, pour le moment, de vous faire remarquer que Québec est et sera toujours à nous ; c’est une province à jamais française. [l me paraît urgent de souger à fortifier surtout notre race au point de vue de la fortune en prenant notre part des biens qui se distribuent là-bas ; de,nous fortifier aussi par le nombre dans un pays appelé à jouer bientôt un rôle important dans la Confédération. Si nos milliers de familles qui ont pris le chemin des Etats- Unis s'étaient plutôt dirigées de ce côté, une grande question et bien d’autres seraient réellement réglées aujourd'hui. On ne saurait approuver le père de famille qui, pour se donner plus d'influence dans sa localité, y retiendrait les siens, sachant qu’ils feraient mieux en s’éloignant.
‘ Comme vous, mon cher ami, je me rends parfaitement compte des sacrifices à faire. Je sais tout ce qu’il y de pénible, de déchirant à laisser le coin de terre où s’est écoulée notre vie. Là où nous avons vécu notre enfance, notre jeunesse, tout est poésie, tout nous parle : famille, amitié, souvenir. Le moindre ruisseau a ses charmes ; avec lui nous
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avons ri ou pleuré, suivant que nous avions du soleil ou de la pluie dans le cœur. Mais je connais quelque chose de plus navrant encore pour un père et une mère. C’est, après avoir élevé nne famille, de passer la vieillesse dans l’isolement, de voir leurs enfants dispersés, loin, bien loin de la maison paterpelle, exposés à perdre leur religion et même leur nom. Là-bas, vous conserverez autour de vous, comme une belle couronne, tous ceux que vous aimez. Vous retrouverez des compatriotes dont, en peu de temps, vous vous ferez des amis ; vous retrouverez aussi l’église avec son zélé pasteur et le Dieu protecteur des familles, vous pourrez réchauffer encore votre cœur an soleil de la patrie, car cette terre du Manitoba est bien canadienne dans le sens que nous donnons à ce nom parmi nous.
‘6 Au cours de mes excursions à travers les prairies, j’ai visité à domicile, au moins cinquante familles. Je n’ai pas entendu une seule voix discordante. Toutes sont contentes de leur sort. On n’y oublie pourtant pas les parents et Les amis d’ici, loin de là. J’ai vu couler bien des pleurs lorsque l’occasion m’a été donnée d'évoquer les souvenirs de la terre natale. Maïs que de bons sourires à travers ces larmes ! Comme les parents sont heureux d’avoir assuré à leurs enfants une vie heureuse et indépendante !
‘€ N'oubliez pas, mon cher monsieur, que le sacrifice est à la base de toute œuvre importante. Il faut déchirer la terre pour la faire produire. Voyez, aux vêpres des apôtres, deux versets que tout colon devrait connaître et méditer: ÆZuntes ibant, etc. etc. Ils s’en allait en pleurant, jetant la semence : Venientes autem..elc., mais ils reviendront, aver des transports de joie, portant les gerbes de leur moisson. L'histoire de nos pères nous en dit long sur ce sujet. Malheureusement nous létudions trop peu.
‘4 Je termine par quelques avis dont je vous prie de tenir compte :
‘1° A moins de grands motifs, ne vous déplacez pas. ‘Bien des malheurs en ce monde’, dit un philosophe, ‘ viennent de ce que l’on ne sait pas ‘demeurer chez soi.’ Rien n’est doux à habiter comme notre belle province de Québec. Mais si vous ne pouvez rester québecquois, devenez sans crainte manitobain.
‘6690 Il faut, pour réussir au Manitoba comme partout, de l’énergie, du travail, de l’intelligence et de l’économie. La paresse, les fausses spéculations, l’inconduite tuent leur homme aussi sûrement là qu'ici.
«3° Ne vous pressez pas d'acheter. Prenez le temps d'interroger et d'étudier.
«4° Défiez-vous des spéculateurs qui, comme des oiseaux de proie, se jettent sur les nouveaux colons dès leur entrée dans le Manitoba. Consultez les curés ; ce sont les plus désintéressés,.
‘65° N’achetez que ce que vous pouvez cultiver avec l’aide de vos enfants. Les terres sont à bon marché; mais les bras pour les cultiver coûtent cher. Vos garçons vous vaudront plus que votre capital.
‘ Si, après avoir pris connaissance de cette lettre et des brochures que jy joins, il reste des points obscurs, venez done me voir ou écrivez-moi de nouveau. Je serai toujours heureux de vous obliger, surtout en faveur du Manitoba.
‘ Agréez mes salutations respectueuses et croyezmoi sincèrement, ‘6 Votre dévoué ami, (Signé) D. GERIN, Ptre.
Saint-Justin, 26 Novembre, 1898.”
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