LE MANITOBA, C'EST AUSSI LA PATRIE
Le Manitoba est une terre canadienne, LaVerandrie et ses fils, partis des Trois-Rivières, en furent les premiers explorateurs. Sur les bords de la rivière Rouge, nous pouvons, à l'égal des saines popula. tions qui habitent la vallée du Saint-Laurent, réclamer nos droits de premiers occupants du sol ; au jour des solennités nationales, nous pouvons, ici comme là-bas, évoquer les ombres de nos ancêtres, et célébrer leur mémoire sur le théâtre de leurs labeurs, dans les champs même où ils ont moissonné leur renommée,
Ces territoites faisaient autrefois partie de la Nouvelle-France, Pendant les luttes du siècle dernier, ils s'en détachèrent pour tomber sous le contrôle de compagnies commerciales, dont la plus puissante est restée la compagnie de la baie d'Hudson.
Aujourd'hui, ces plaines immenses et fertiles ont fait retour au Canada, à la Nouvelle-France, pour ne plus s’en détacher, espérons-le,
Le Manitoba est donc notre pays ; dans ses limites, nous sommes au sein de la patrie ; le drapeau qui flotte à la citadelle de Québec, nous ombrage également, et ses ondulations laissent échapper partout le même langage ; nous jouissons des mêmes droits que nos nationaux des rives du Saint-Laurent et du Richelieu ; leurs intérêts comme les nôtres—intérêts de toutes sortes—nous imposent à tous le devoir de resserrer et de fortifier les liens qui unissent ces deux groupes de Canadiens-français, placés, l’un à la tête de la navigation océanique, l’autre, au seuil du futur grenier d’une grande partie du vieux et du nouveau continent.
Quand nous cherchons à attirer nos compatriotes vers nous, notre action ne peut donc être assimilée à celle dont le but serait d’encourager l’'émigration aux Etats-Unis.
Les Etats-Unis, c'est la terre étrangère, c’est l'exil ; c’est, a dit le vaillant curé Labelle, ‘ le cimetière de notre race.”
Le Manitoba, nous le répétons, c’est la patrie ; c’est une terre sur laquelle notre race, au lieu de s’étioler, de s’amoindrir, grandira, vigoureuse, forte, saine, vaillante, imbue des idées religieuses, sociales, patriotiques et traditionnelles, qui ont créé la nationalité canadienne. française ; c’est un sol dont il faut faire passer une notable partie dans nos mains, dans l'intérêt de notre influence future au sein de la Con-
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fédération aussi bien que dans l'intérêt plus général du Canada, et de toutes les races qui l’habitent, (1)
Oui, c'est à cette hauteur que nous élevons la cause qui nous préoccupe.
Ce n'est pas l'occasion de remettre en discussion la valeur du régime sous lequel sont groupées les provinces britanniques de l'Amérique du Nord.
Le régime existe, accepté de tous ; il existe avec des garanties de liberté et d'influence pour toutes les races, et les institutions qui leur sont propres.
L'intensité des luttes politiques, la diversité des intérêts, les préju gés, pourraient, nous dira-t-on, mettre tout cela en danger |
La stabilité et la souplesse de nos institutions, la vigueur et l’adressedéployées par les hommes d'Etat canadiens français dans le maniement des armes constitutionnelles, la force d'expansion de notre race, nous inspirent une confiance presque absolue,
Mais, soit ! il y a des dangers.
Selon nous, il y au:ait plus grand péril encore à vouloir désagréger l'œuvre. Isolée, la Province de Quebec subirait peut-être trop fortement l'attraction des Etats-Unis, et un jour viendrait où elle serait obligée d'accepter la protection d’un drapeau qu'elle a jadis si fièrement et si loyalement refusée. Notre orgueil national éprouverait ce jour-là une bien profonde humiliation ! Ce serait un jour de deuil pour ceux qui aspirent à la fondation d’une nationalite distincte de celle qui se développe à l'ombre du drapeau étoilé, pour tous ceux qui ne croient pas que le continent américain doive nécessairement graviter autour de Washington.
Au surplus, que devrait nous inspirer l'existence de ce danger, s’il était réel ?
Le découragement ? Certes, nul ne voudrait admettre cette alternative |
Non, ce n’est pas le découragement que doit produire la présence du péril, mais plutôt un redoublement d'intensité dans le devoir.
Nous ne sommes pas les seuls dans la Confédération. Nous avons à l'égard du pays, à l'égard de tous ceux qui l’habitent, des devoirs à remplir—devoirs qui se confondent presque avec notre titre de citoyen.
(1) Depuis la publication de ces articles dans Le Manitoba, le rév, Père Nolin, 8. J. s'inspirant de la même pensée, a dit :
- RERUUR est une Province canadienne, et les Canadiens restent canadiens en s'y portant.
La colonie canadienne du Manitoba qui compose près de 15 pour cent des Manitobains, forme un centre français qu’il importe de développer dans les intérêts de la. nationalité canadienne et de la Province de Québec elle-même.