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Au lieu de calculer sur l'ébranlement de l'édifice actuel, nous devons apporter notre contingent d'efforts, de travail et de bonne volonté, à sa consolidation. C’est le devoir du moment ; devoir manifeste, que de vagues appréhensions, ou des théories plus ou moins plausibles, ne sauraient nous autoriser à perdre de vue.
Or, ce serait concourir à cette œuvre de consolidation—faire notre devoir, par conséquent—que de nous multiplier sur tous les points du Dominion, ou tout au moins, de fortifier les groupes déjà formés, de façon à les placer à l'abri d'entreprises intempestives et injustes contre les immunités qui leur sont garanties par la constitution.
Dans les états, la paix est un bien qui indique l’ordre, la satisfaction, et favorise l'accroissement de la prospérité.
La paix n'existerait pas dans la Confédération, si dans une partie ou l’autre, on voulait nous molester. La province de Québec a déjà montré jusqu’à quel point elle se sentirait blessée, jusqu’à quel point elle pourrait se soulever, si l'on persistait à ne point nous rendre justice.
Or, ces agitations propres à paralyser le développement graduel du pays, à retarder la consolidation de nos institutions, peuvent être prévenues. Il nous suffirait d’être numériquement assez forts pour imposer le respect là où nous existons. Dans ces conditions, on peut en être sûr, nous n’aurions rien à craindre pour ce que nous avons coutume d'appeler des droits et des privilèges, mais que nous croyons être tout simplement d'immenses bienfaits pour la population entière du Canada.
Les uns, n'ayant plus rien à redouter ; les autres, sentant l’inutilité de se faire agresseurs ; tous, débarrassés de ces préventions qui étouffent souvent avant leur éclosion, les meilleurs projets, finiraient par accepter sans arrière-pensée une situation qui, pour n’être point peutêtre celle de leur choîx, ne serait cependant pas sans exemple sur le continent américain, ni sans quelques avantages, Et, dès lors, ne voit. on pas quelle puissance de mouvement recevraient les intérêts généraux du Canada de cette harmonie entre les races diverses, forcément ancrées, les unes à côté des autres, sur ce sol nouveau. Une fois bien entrés dans cette voie, nous verrions chaque jour se consolider l’œuvre qui s'élabore sous nos yeux ; nous nous acheminerions rapidement vers l'unité nationale, nécessaire à la vie d’un grand peuple.
L'unité, elle n'existe pas encore dans toute sa force entre les provinces ; les heurt: qui viennent de droite et de gauche, nous le disent assez.
Deux grandes divisions, avec des intérêts qui ne sont pas tous homagènes, sont à se créer : l'Est et l'Ouest.
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Nous sommes en voie de remplir l'Ouest d’immigrants étrangers, n'ayant rien de commun avec l'Est Quand leurs intérêts parleront trop fort, n'est-il pas à craindre qu'ils n'obéissent qu’à cela, puisque leurs sympathies seront nulles. D'où, un danger.
Si chacune des provinces de l'Est avait au Nord-Ouest un groupe important de leurs habitants, les conditions d’existence de l'Ouest à l'égard de l’est ne seraient pas les mêmes. Les souvenirs du premier âge, les sympathies naturelles que l’on conserve toujours pour les lieux où s’est écoulée la première partie de la vie, les relations de familles, les intérêts même qu’un grand nombre conservent toujours au pays natal, l'éducation, les traditions, l'attachement aux idées et au vieux drapeau, tout cela formerait comme une soupape qui empêcherait l'esprit sectionnel, l'esprit d’antagonisme, de se développer démésurément et d’éclater. On craindrait davantage de heurter la province que chacun regarderait comme sa mère-patrie. Il se produirait un courant, toujours en mouvement, assez semblable à l’affinité qui retient ensemble les molécules des corps.
Serait-ce suffisant ? Assurément non. Il faudrait encore une force supérieure, procédant d’un principe unique. Il faudrait une race qui servît de dernier ciment à cette œuvre. Or, nulle race n’est plus propre que la nôtre à remplir cette mission, Nulle n’est plus loyale, nulle n’a plus de force d'expansion, nulle n’est plus juste, plus généreuse, plus stable ni plus sympathique ; nulle n’a plus de droit à ce beau rôle, puisque ses enfants ont été les premiers occupants du sol ; nulle n’est plus attachée à ce sol et aux institutions qui le régissent.
C'est ainsi que s’exercerait sans esprit d’exclusivisme, sur des bases larges, et admettant toutes les coopérations, une influence dont notre pays tout entier, et toutes les races qui l’habitent, ressentiraient les heureux effets.
Saurons-nous le remplir, ce rôle ? Il est, en tous cas, digne de nos aspirations. Et le peuple qui a de semblables aspirations, possède une intelligence de ses devoirs, un fonds de loyauté et d'esprit national qui doivent l’élever au-dessus des misérables visées de l’égoïsme ou de l’ostracisme.
Qu'on ne nous reproche point ces obiervations comme une digression trop étendue.
De nos jours, on rabaisse volontiers toutes les questions, toutes les causes ; le sentiment national lui-même subit quelquetois des atteintes au contact d’une idée purement industrielle ou commerciale, Il est bon de ramener de temps à autre les esprits aux choses supérieures, aussi réelles que le terre-à-terre.
Nous avons été transplantés sur le nouveau continent pour y fonier