‹ Le Manitoba [microforme]Chapitre 38 sur 71 · RAPATRIEMENT · texte numérisé non relu

RAPATRIEMENT

L'immigration des races françaises d’outremer, une immigration choisie, prise dans les bonnes couches sociales, est possible; à un certain degré, elle est désiraBle, tant pour elles que pour nous ; il est certain que l’accroissement de ces populations, la condition des pays où elles se pressent, et de la propriété, en est rendu à un point qu’une saignée leur ferait du bien ; le Canada est le déversoir le plus naturel à ces populations ; ensemble, nous pourrions accélérer davantage de par le monde l’expansion de la race, française, le développement de son influence et de ses intérêts.

Voilà nos idées, voilà une théorie ; tout le monde ne les acceptera point, et nous ne voulons pas nous arrêter plus qu’il ne faut à ces beaux projets, d’une réalisation si problématique, pour établir les assises de notre avenir. La timidité des capitaux français ; la distance entre les près fleuris arrosés par la Seine et cet océan de verdure qui s'étend de la rivière Rouge aux pieds des Montagnes Rocheuses, les échecs éprouvés par quelques-uns, les préjugés répandus contre notre pays, et qu’on ne parviendra peut-être jamais à faire disparaître, tout cela doit nous convaincre de la difficulté de déterminer une action qu’on pourrait réellement appeler un mouvement d’immigration venant de France ou de Belgique.

Sans doute, à nos yeux, ces populations ont tort ; mais, il faudrait les en convaincre, en quoi nous ne réussirons point absolument. Il ne sert donc de rien d’épiloguer là-dessus, il nous faut prendre les hommes et les choses tels qu’ils sont, et voir d’où viendra sûrement notre force, où est notre point d’appui.

Notre force, elle est en nous ; le point d’appui de la nationalité canadienne-française n’est pas en dehors d'elle.

Non, nous ne devons pas, systématiquement, attendre de l’immigration étrangère, notre développement, la réalisation de nos aspirations nationales. La nationalité canadienne- française ne doit compter pour cela que sur elle-même

Il est donc bien important d'abord, de garder notre population ; puis, de rapatrier ceux d’entre nos. compatriotes qui vivent à l'étranger.

Un rapatriement général est impossible ; nous nous sommes déjà exprimé là-dessus au congrès national tenu à Montréal en 1884. Nous n'avons pas changé d'idées depuis.

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Non-seulement un rapatriement général est impossible, mais ce serait presque une injustice de notre part de l’exiger.

Une foule de nos compatriotes ont là-bas des établissements, des relations d'affaires ou autres, qu’ils ne peuvent abandonner ni briser.

Ceux-ci sont perdus pour nous ; nous devrions le reconnaître, et en prendre notre parti.

Mais il en est aussi un très grand nombre qui n’y ont aucune attache spéciale ; ils sont là peut-être un peu parceque le courant les y a portés, peut-être parceque les préjugés trop libéralement répandus à notre endroit les ont effrayés ; ils reviendraient volontiers si, d’une part, les notabilités, les hommes influents parmi nos compatriotes des Etats-

Unis, leur presse, leur indiquaient sans trève le chemi:1 de la patrie commune ; si, d’une autre part, nous leur tendions la main.

Un correspondant du Pionnier de Sherbrooke écrivait à ce journal en octobre 1887 :

‘Il y a dans les environs de Baltic (Conn.) plus de 1600 -ouvriers sans travail... regrettant d’avoir quitté le Canada et soupirant vers ‘ l'heure du retour.”

Ce cri de détresse ne nous dit-il rien ! N’est-il pas à la fois navrant ; et plein de signification ? 2 qu

N: us croyons qu’il y aurait lieu pour les gouvernements, fédéral et ;] cul local, conjointement avec quelques sociétés nationales ou de colonisa- de tion, de faire quelque chose en cette matière, de prendre action pour L stir assurer et faciliter un retour de ces compatriotes, qui vaudraient mille 4 lais

fois mieux, à tous les points de vue, que des Islandais. Sur ce terrain, * esp nous ne pouvons cependant que faire des suggestions. san

Mais, parlant au nom de la nationalité entière, nous pouvons sans À par crainte leur affirmer que non-seulement nous leur tendons les mains, ger: mais nous leur ouvrons les bras, et nous croyons sincèrement qu'il plu: serait de leur intérêt comme du nôtre d'accepter nos avances. Nos sité terres, la vie agricole, assureront mieux leur avenir temporel et celui enfi de leur famille ; un champ qu’on possède et qu’on cultive ne produit | gou pas seulement du blé, il donne aussi l’influence, les forces physiques, pas et plus qu'aucun code, (la religion excepté), la moralité. l leve

Nous avons au moins cinq cent mille des nôtres aux Etats-Unis ; À cent mille d’entre eux pourraient être rapatriés si nos efforts s'ap- à ene puyaient sur un plan bien organisé, bien défini. l I

Cent mille de nos compatriotes, revenant au pays dans l’espace d'un ; mo; an ou deux, c’est trop beau pour y croire. Aussi bien, il n’en faudrait 4 Eta pas un si grand nombre pour changer du tout au tout notre situation S

suule et politique au Manitoba. Si seulement nous avions la dixième À fam

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partie de ce monde, si dix mille canadiens-français—la dime de ceux qui sont à l'étranger—nous arrivaient, quel changement cela produirait dans notre représentation nationale, dans notre influence, dans la stabilité de nos institutions particulières et de nos anciens établissements, quel respect ce nombre inspirerait à ceux qui nous entourent ; et nous ajouterons, quelle belle idée donneraient d'eux-mêmes ces rameaux d’une nationalité, venant reprendre leur place, après une longue séparation, sur la souche dont ils s'étaient détachés !

Mais l’on nous crie de toutes parts que nous voguons en pleine illusion ! Hélas! c’est ordinairement ce que l’on oppose à ceux qui ont des idées et visent haut ! et nous n’avons nous-mêmes qu’une foi limitée dans la réalisation de ces vœux. Mais pourquoi cela ne réussira-t-il pas ? C'est parce que tout le monde ne veut pas également ; c'est que l’on désespère avant d'essayer ; qu'on abandonne la partie avant même d’en avoir calculé les chances !

Pourtant, s’il est vrai que le désespoir est le commencement de la défaite” il est également vrai que la confiance est la moitié de la victoire |

Ah ! si tout le monde avait la même bonne volonté : si toutes les classes, du haut en bas de l'échelle sociale ; si, tant aux Etats-Unis qu'au Canada, clergé, laïque, homme de profession, industriel, agriculteur, médecin, notaire, instituteur, juge de paix, le père et la mère de famille, le frère et la sœur, si la presse, si tous se liguaient pour stimuler dans le cœur du canadien l'amour du sol natal, pour ne pas laisser mourir en lui le souvenir de la patrie, ni s’affaiblir dans son esprit l’idée des devoirs que l’on doit toujours à son pays, pour tenir sans cesse ses regards fixés sur ce vaste territoire, colonisé et évangilisé par les nôtres, et qui leur offre, à légal, au moins de tous pays étran-

gers, des ressources abondantes, variées, certaines ; ‘25 institutions plus en harmonie avec ses propres idées, ses hibiti et ses nécessités ; des facilités incomparables pour son salut et ucation de ses enfants ; si l'on faisait mieux la garde contre l’e ichage ; si les gouvernements voulaient y mettre sérieusement la n,il ne serait pas plus difficile de réaliser ces beaux projets que pour le vent de soulever la poussière du chemin.

Ah ! si tout le monde voulait, il y a une autre se qui pourrait

encore se faire |

Il n’y a peut-être pas moins de cinq familles par paroisse en moyenne, qui laisse chaque année les bords du Saint-Laurent pour les Etats-Unis.

Si L'on voulait, on pourrait nous envoyer au moins la moitié de ces familles, sans nuire aux œuvres locales, ni perte réciè pour la pro-

vince de Québec. Car, décidées à partir, nul ne peut les retenir, mais on peut les faire changer de route, les faire bifurquer vers nous. Si pendant cinq ans, la province aînée voulait nous envoyer seulement deux familles par paroisse, non-seulement cela: nous mettrait en état d'exercer ici une influence déterminée, sensiblement supérieure à celle que nous possédons maintenant, mais nous deviendrions un auxiliaire puissant pour elle dans les luttes sociales et politiques qu’un avenir, prochain peut-être, rous réserve.

Mais il faut le vouloir !

Il ne faut point non plus déprécier notre pays | Il faut le dire, souvent, dans le but de favoriser des œuvres locales, ou de garder auprès du clocher natal, certaines familles prêtes à s’en éloignei, on a déprécié le Manitoba. Nous en avons en mains la preuve écrite. Quelle a été la conséquence : ces familles ne sont pas venues ici ; elles ne sont pas restées dans leur paroisse ; elles ne sont pas allées où l’on voulait les envoyer ; elles sont maintenant aux Etats ; Dieu sait si elles en reviendront jamais. Calcul fait : perte totale. 3 Nous disons cela sans amertume comme sans intention de reproche, mais à la seule fin de mettre le doigt sur certains petits défauts contre lesquels il faudrait se garer, dans notre intérêt commun. Nous n’avons point de force * perdre, Les évènements de tous les L jours doivent nous l’apprendre. Ê

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r seuletrait en RER 1 IMMIGRATION EUROPÉENNE s qu’un Le Ce que nous disons ailleurs de notre pays, de ses ressources et de ses désavantages, s'adresse à tout lecteur, qu’il soit du Canada ou qu’il locales, 1 habite les antipodes.

; à s'en j Nos vastes plaines sont ouvertes à l’immigrant européen comme à nains la ‘1 l'enfant du sol ; l’un et l’autre, agissant individuellement, peuvent. jont pas 4 dans les mêmes conditions, tenter les mêmes établissements, compte ne sont sur la même fortune.

ant aux Ë Cette simple allusion aux renseignements disséminés dans ce travail e: perte 4 suffit à la généralité des cas. Mais, nos rapports avec les populations 3 d'Europe qui nous sont sympathiques, nous paraissent susceptibles de eproche, É prendre es formes spéciales que nes voudrions dégager. s contre Nous n'avons jamais trenersé l’océan, jar conséquent, nous : sommes exposé, nous le sentons, à frapper un peu au hasard, et peut ous les être à faux. Nous nous flattons cependant qu'on nous tiendra compte { de cette réserve.

: Nous le comprenons, le colon doit d’abord chercher son intérêt ; à mais pour nous, la colonisation du Manitoba ne se réduit pas à une

simple question d'intérêts matériels ; il s’y mèle des motifs d’un ordre national ; nous visons le développement des intérêts français dans notre province.

Les Canadiens-français ont été les premiers en date au Manitoba ; longtemps ils l'ont été en nombre aussi ; aujourd’hui, nous ne sommes point noyés, mais nous sommes dépassés. Cependant, nous occupons La les meilleures positions dans le pays, les points stratégiques de la province, et avec un levier pour remuer nos compatriotes, des ressources pour nous fortifier, l'avenir nous apparaîtrait sous un aspect tout favorable.

Yi Nos progrès n’ont pas encore atteint les limites de nos aspirations. | Hélas ! nous n'avons point de capitaux ; et c’est uniquement par

à notre travail, notre énergie, et par l’accroissement naturel de notre A population, que nous avons pu assurer les résultats actuels. Avec plus Ni de ressources, nos progrès seraient plus constants, plus rapides, plus

manifestes et plus permanents.

Les autres races se soutieunent entre elles. L’Anglais particulière-

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ment met ses capitaux à la portée de ses nationaux ; il leur ouvre ses comptoirs, transporte ses fonds là où sont ses émigrants, fonde des associations dans un but de colonisation, fait des avances aux pionniers de ses œuvres ; la race et le capital y trouvent leur compte. C'est le secret des succès de l’Angleterre en matière de colonisation ; elle ne laisse point dépérir, faute de ressources,des établissements ayant quelque perspective d'avenir. |

Ne nous serait-il point permis d’aspirer à quelque chose de semblable ?

Déjà, sur d’autres points du Canada, la générosité française parait s'exercer avec une largesse admirable, Les annales de la colonisation sur les bords du lac Témiscamingue rediront la protection que ces contrées ont ainsi reçue ; ce qui leur a permis de vaincre les diffcultés des premiers jours.

Si nos plaines, d’un accès et d’une exploitation comparativement si faciles, possédaient de pareils amis, quels résultats ne pourrions-nous pas montrer, nous ne dirons point en quelques années, mais même en quelques mois !

Il ne s’agit point ici, remarquons-le, d’un engagement de capitaux à titre d'œuvre charitable. Nous comprenons que des capitalistes demandent à faire valoir leurs fonds.

Dans un pays neuf comme le nôtre les placements peuvent se faire diversement.

Il y a les travaux publics, lesquels, tout en offrant comme les entreprises de toute nature, plus ou moins d’aléa, ne laissent point que de commander la confiance des capitaux.

Il y a le placement hypothécaire, pur et simple, sur des garanties de premier ordre.

Il y a les acquisitions de terrains, à des prix modérés.

L'époque actuelle se prête à ces opérations. C’est l’opinion de nos principaux hommes d’aftaires qu’une ère de progrès s’ouvre pour notre province. L'agriculture, soutenue par l'élevage des bestiaux et l’industrie laitière, va prendre des développements imprévus. L’aire des terrains disponibies va se rétrécir, et le prix de la propriété subira Pendant quelques années un relèvement proportionnel et continu, jusqu’à ce qu’il atteigne le niveau de la valeur réelle du sol.

Les placements de ce genre auraient donc le double effet de faire produire des revenus à des capitaux inactifs à l’heure actuelle, et d’a'der la colonisation française.

Que si des propriétaires, atteints dans leur fortune par le phylloxera, ou autres plaies, se décidaient à faire le sacrifice de leur séjour en Franc:—sacrifice dont nous apprécions d’ailleurs toute l’étendue—ils

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pourraient se tailler ici des domaines et se créer des exploitations qui ne leur rendraient peut-être pas complètement leur ancienne situation, mais du moins assureraient à leurs vieux jours, ou à leur famille, une vie honorable, et non sans éclat, quoique dans des conditions nouvelles. Mais pour assurer le succès de cette entreprise, il faudrait, outre ses capitaux—nous le répétons—la présence du propriétaire, ou une personne ayant et méritant à tous égards sa confiance.

Des sacrifices plus douloureux ont été faits: des mères ont consenti à se séparer de leurs fils, jeunes, robustes; mais n'ayant point les habitudes du travail manuel, elles les ont confiés au ciel du Nord-Ouest canadien. Ces essais n’ont pas toujours réussi. A qui la faute ? Certes, ce n’est pas notre rôle de scruter les intentions ou la conduite d'autrui, mais nous osons dire que cette faute n'est pas toute entière au pays, si tant est qu’il soit pour quelque chose dans ces échecs.

On les éviterait peut-être, ces échecs, si les jeunes gens qui s’épren: nent soudainement de notre pays voulaient bien se persuader que ce n'est pas la vie romanesque et aventureuse du chassseur des prairies qu'ils trouveront ici. C’est à l’agriculture qu'ils devront demander leur vie, à l’agriculture avec tout ce qu'elle a de fortifiant, de moral, et même de poétique, mais aussi avec tout ce qu'elle exige de travail, d'énergie, d'économie, de régularité dans la vie, et nous ajouterons, de constance.

L'agriculture ne donne pas la fortune en quelques mois, pas même en quelques années ; ses procédés sont plus lents ; mais à qui sait attendre et persévérer, elle donne ce qu’elle promet.

Nous avons précédemment affirmé la possibilité, pour nos populations, d’une alliance, dans un but de secours mutuel, entre deux ou plusieurs familles, les unes ayant des avances, les autres n’en ayant pœint.

Cette suggestion ne mériterait-elle pas aussi d'occuper l’attention de nos mis d’ Europe ?

L'awenir en Europe est incertain ; des évènements graves, et peutêtre désastreux, se préparent ; le capital et les familles sont anxieux de trouver la sécurité quelque part. Or, notre pays offre cette sécurité.

Nous mous imaginons—est-ce une illusion ?—qu'il y a, en France et en Belgique des familles inquiètes de l'avenir, possédant des capitaux actuellement improductifs ; jouissant, les unes, du prestige de la noblesse, les autres, de la fortune ou de la renommée littéraire ; exerçant autour d'elles une influence acquise autant par leurs qualités d’honnêtes gens, et par leurs œuvres, que par leur situation, et qui

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comptent sur l'affection des bons paysans qui jouissent de leurs bienfaits.

Ces familles ne pourraient-elies pas acquérir dans notre pays, avec une partie de leurs capitaux, des domaines qu'elles coloniseraient avec des fermiers, des paysans choisis, sous la direction d’un membre de la famille, celui-ci, aidé, s’il en sentait le besoin, de l'expérience d’un canadien pris au Manitoba ou dans la province de Québec ?

Le sort des familles ainsi transplantées serait amélioré, les capitaux ainsi mis en activité donneraient des revenus qu’ils refusent aujourd'hui; une forte et grande œuvre nationale s'accomplirait.

Ce membre de la famille ne serait pas nécessairement rivé au sol du nouveau monde ; le sort des familles seules qu’il aurait déplacées serait définitivement arrêté ; pour celles-ci, ce serait évidemment l’expatriation, mais l’expatriation dans un milieu homogène, sympathique de cœur, de mœurs, de langue et de sentiments, où elles pourraient devenir propriétaires, sans cesser d'aimer la France,

Ce n’est qu’une idée—une ébauche d'idée si l’on veut ;—prendrat-elle une forme ? Nous ne saurions le dire. Dans tous les cas, c’est un germe susceptible de développement, et son complet épanouissement serait, selon nous, l'application du patronage chrétien, et la rentrée dans les traditions nationales, dans les traditions françaises.

Jadis, les bords du Saint-Laurent—la Nouvelle-France—furent ainsi colonisés par des gentilshommes français à qui le roi fit des concessions seigneuriales, et qui groupèrent autour d’eux des censitaires, d’où est sorti le peuple canadien—lequel est fier de son origine, de son développement, et se souvient de la France.

N'est-ce pas la même pensée qui animait M. G. de Molinari, lorsqu'il écrivait en 1876, dans ses Zeftres sur les Etats-Unis et Le Canada :

“ Pourquoi l’émigration agricole de la Normandie et de la Bretagne qui a implanté au Canada une population saine et vigoureuse, ne reprendrait-elle pas un essor interrompu.’

La reprise de cette œuvre serait une éclatante réparation des abandons du siècle dernier. Il n’y aurait plus lieu de rappeler le triste épisode du drapeau français repassant les mers et laissant derrière lui une population aux abois.

La France n’y trouverait-elle point aussi quelque soulagement à ses infortunes ?

La Revue du Monde Catholique du mois d'octobre 1887, publiait un article de M. Auguste Geoffroy, sur l’appauvrissement progressif de la Fronce, article plein de cœur, intéressant et instructif au plus haut

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degré, mais article profondément attristant par le navrant tableau qu'il met devant nos yeux :

‘‘ Les unes après les autres, dit-il, j'ai visité toutes ces petites patries découpées arbitrairement dans la grande, et qu'on appelle département ..... J'aurais vivement désiré que ce récit de voyage sur le sol natal ne fût... qu'une découverte, une révélation, une description de sites variés, enchanteurs, de magnificences artistiques innombrables, et ç'avait été mon premier dessein en commençant cette expédition circulaire d’aller à la recherche poétique de coins ignorés, méconnus, pour les signaler à l'enthousiasme des amants du vrai beau, en France, J'ai dû changer d'avis ; faire replier ses ailes à mon imagination pour laisser s'ouvrir davantage mes yeux et s’élargir mon cœur ; avant les jouissances des heureux, les contemplations des oisifs, il y a l'existence nationale, il y a le pain quotidien, il y a le lendemain de ceux qui travaillent et qui souffrent, de ceux qui sont tous, nches où pauvres, les enfants de la même mère, la France, Plus j'allais et plus j'étais frappé de l'angoisse des populations rurales, de la gêne des centres commerciaux, du silence des agglomérations industrielles, angoisse, gêne et silence qui déteignent sur les paysages et sur les monuments, qui assombrissent les uns et accrochent des crêpes aux autres. On dirait que la matière inerte des choses y prend part à la tristesse des hommes ; le cri sublime du poëte latin retentit en écho dans la pensée, et navré, on pleure au surf lacrymæ rerum de la

k : U , patrie française.”

Certes, ce n’est pas à nous d'indiquer à nos ainés ce qu’il leur faut, ni ce qu’ils doivent faire.

Nous comprenons aussi l’attachement au sol natal, les droits qu’un pays conserve sur ses sujets, et le désir des hommes d'ordre de garder la bonne population au sein de la patrie, qui en a d’autant besoin qu’elle se sent davantage épuisée.

Mais avec un tableau de choses comme celui que décrit M. Geoffroy —tableau dont la fidélité nous est d'ailleurs attestée par des français de passage au milieu de nous—il est impossible qu’il n’y ait pas chez un bon nombre l’idée fermement arrêtée de passer à l'étranger pour y trouver une amélivration à leur sort, amélioration impossible en France pour. le moment.

Tel étant le cas, il nous est sans doute permis, non seulement d’exprimer nos sympathies, mais aussi, d’attirer l’attention des races françaises d'outre-mer sur notre pays, lequel, de tous les pays de l'Amérique du Nord, convient incontestablement le mieux à l'émigration de ces races.

Causant in jour de tout cela avec des visiteurs français, ceux-ci nous disaient :

“Il y a pléthore de population en Europe: ni la France, ni la Belgique n’échappent à cette situation. De là, le morcellement à l’infini

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de la propriété, peu protégée par les lois de succession ; de là, ce vague désir d’aller ailleurs, le recours aux expédients, la crainte de nouer des liens de famille, la décroissance de la natalité, en violation de toutes lois divines et humaines.’

‘€ Une saignée dans ce corps malade aurait pour effet de lui rendre un peu de santé, en élargissant les espaces, en ouvrant une nouvelle et rassurante perspective aux populations maintenant trop à l’étroit, mais alors devenues moins compactes, et se décidant, moins soucieuses de l'avenir, à essaimer davantage.”

La moralité tire sa force première des préceptes religieux ; mais les conditions économiques d’un pays ont aussi leur influence. L'intérêt du moment, pressant ; les incertitudes d’un lendemain sombre et apparemment sans issue, conduisent facilement aux illusions, à l’affaiblissement des notions du devoir.

Au surplus, ne vaudrait-il pas aussi bien pour la France ou la Belgique ; ne vaudrait-il même pas mieux pour certains bons sujets, que ceux-ci fussent dirigés vers l’étranger plutôt que de courir le risque d'en faire de mauvais ouvriers, qui deviendraient les soldats de l’émeute le jour où ils manqueraient d'ouvrage ?

Mais dans ce contingent d’immigrants, nous voulons un choix, dans l'intérêt du colon et dans le nôtre. .

Tous ne réussiraient pas parmi nous ; il en est qui ne se trouveraient point dans un milieu favorable à leur vie ou à leurs idées ; ils ne s’acclimateraient point. Leur simple passage pourrait nous être nuisible ; il le serait certainement s'ils demeuraient assez longtemps en contact avec notre population pour la contaminer de leurs idées anti-religieuses et anti-sociales.

Au milieu du r8ième siècle, le peuple canadien-français s’est vu tout-à-coup séparé du pays de ses ancêtres. Livré à ses seules forces, il a trouvé dans sa foi religieuse, dans son clergé, dans ses habitudes d'ordre et de soumission aux autorités légitimes, le secret de se maintenir et de se fortifier comme race et comme nation. Si la France peut aujourd’hui s’enorgueillir du rejeton qu’elle a transplanté sur les bords du Saint-Laurent, elle le doit au catholicisme, à ses évêques et à ses prêtres. Et ceux-là mêmes qui ne partagent point nos idées à l’endroit religieux, ne voudraient pas, nous en avons la conviction, ne serait-ce que pour l’honneur du nom français, compromettre l'avenir de cette France d'outre-mer en lui envoyant des émeutiers, ou des adeptes du socialisme, ces adeptes seraient-ils décorés, ou simplement vêtus de la blouse !

Encore une fois, ces gens ne réussiraient point ici ; à tout le moins, ils sèmeraient le malaise autour d'eux.

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Une immigration prise dans les bonnes couches s’amalgamerait facilement avec nos populations.

Mais comment régulariser un tel mouvement ?

Le contrôler absolument est peut-être impossible. On n’empêche point de passer l'individu qui voyage à son propre compte. Néanmoins, si nous ne nous trompons, les masses subissent l'influence d’une direction plus aisément en Europe qu’en Amérique, où l’individualisme aime à se manifester.

Il y a là pour nos amis de tous les rangs quelque chose à tenter, soit par l'initiative privée, soit par l’association des capitaux, ou seulement, des efforts et des dévouements.

Préciser davantage ne nous est guère possible. Cependant, nous nous hasardons à demander aux associations catholiques si cette œuvre colonisatrice n’ouvre pas un nouvel horizon à leur activité et à leur but ? Elles, si puissantes dans leur organisation, ayant si fort à cœur le bien-être moral et matériel des populations, brulant du désir de faire éclater l'influence et l'honneur français en tous lieux, ne trouveraient-elles pas en outre dans ces suggestions la solution de quelques projets, le germe de quelque fondation, soit comme œuvre principale, soit comme œuvre auxilliaire d’une entreprise quelconque ?

Un philanthrope anglais, le Dr Bernardo, vient d’obtenir de notre gouvernement une concession importante de terrains pour l’établissement d’une ferme modèle, où les jeunes gens pourront aller se former à l’agriculture. Ces concessions ne pourraient se multiplier à l'infini, mais il n’y a pas de raison de croire pour le moment que le gouvernement refuserait d'en accorder de nouvelles dans un but semblable.

On serait sûr d’en obtenir pour la création d’un orphelinat.

A l'origine de la colonie, les dames elles-mêmes s’occupaient du Canada ; de grandes entreprises coloniales ont eu leur protection et plusieurs de nos institutions leur sont dues. Voilà en grande partie pourquoi l’image de la France n’est pas effacée de nos cœurs.

Ce sont des exemples à rappeler ; notre siècle possède aussi des âmes d’élite que les œuvres dignes d’intérêt ont le privilége d’émouvoir ; il suffit de les leur présenter pour obtenir leur concours,

Aussi bien, si la discrétion ne nous imposait le silence, nous pourrions signaler des œuvres actuellement fondées et soutenues par de nobles femmes, dans la pensée desquelles sont généreusement entrés des esprits pieux et éclairés, des courages qui rappellent l’énergique volonté de nos ancêtres. S

Nous osons d'ailleurs exprimer l’opinion que sous le rapport économique les résultats de ces entreprises ne seraient pas sans importance

pour la France.

L'existence dans le nord de l'Amérique, le long de notre grande route transcontinentale, de plusieurs groupes français parfaitement constitués, viables, sympathiques, n’ouvrirait-elle pas de nouveaux horizons à l’industrie et au commerce français ?

I! nous semble qu'avec le temps, le beau pays de France, que nous appelons toujours notre mère-patrie, trouverait dans nos territoires, pour ses abondants produits, un débouché du genre de celui que possède la Grande-Bretagne dans ses colonies.

Ainsi, sans négliger aucun intérêt local ni faire de sacrifices, il serait possible de contribuer de cette façon à l'extension des relations commerciales de notre mère-patrie, et à la consolidation de l'élément français au Canada.

Quelle partie du Canada faut-il indiquer de préférence aux races françaises d'Europe, et aux Canadiens désirant rentrer dans leur patrie,

La France a défriché et colonisé la province de Québec. Ce grand fait historique suffit à démontrer que les français peuvent réussir sur les bords du Saint-Laurent et du Saguenay ou dans les cantons qui s'échelonnent de chaque côté, au delà des vallées arrosées par ces fleuves.

Toutefois, à notre sens, nos prairies, d'exploitation si facile, d'un. rendement si prompt, conviennent mieux que les forêts de Québec, aux races françaises d'outre-mer. Les habitudes de ces populations, leur vie antérieure, ne les ont pas préparées suffisamment aux rudes travaux du défrichement.

C'est aussi beaucoup l'opinion du généreux et infatigable M. Labelle, le curé de Saint-Jérôme, à qui le Canada doit tant de gratitude pour son dévouement à la cause de la colonisation, et pour ses incessants travaux en rapport avec cette œuvre.

En 1884, cet apôtre de la colonisation écrivait à l’auteur de ces lignes :

‘ Si l’on pouvait diriger ces bons cadets chez vous !...Il me semble que la prairie irait mieux à ces jeunes gens que la hache.”

Et plus tard, en 1885, il nous écrivait encore :

“Il faut que les races latines de bonne souche se partagent le Nord- Ouest avec les autres nationalités. ”?

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Et M. Claudio Jeannet, cet ami si distingué du Canada, si judicieux dans ses appréciations, nous écrivait aussi, vers la même date :

‘“ Le grand avenir est au Manitoba et au Nord-Ouest."

Les autres races semblent envisager la question de la même manière, Bien que les provinces maritimes et la provuice d'Ontario leur nffrent des avantages à peu près analugues à ceux que la province de Québec peut offrir à nos nationaux, elles donnent cependant la préférence au Nord Ouest.

L'expérience des races qui sont réputées posséder le sens pratique au plus haut degré, ne peut manquer de nous porter à la réflexion.

Sans être aussi affirmatif pour nos nationaux des Etats-Unis, nous pensons néanmoins leur être trés utile en dirigeant leurs réflexions de ce côté.

Certains mouvements que nous lonons de tout cœur, se sont produits récemment aux Etats-Unis pour le rapatriement de quelques groupes canadiens-français. Les délégations ont visité. dans ce but, les cantons du nord de Québec, et le Manituba. Où ces compatriotes iront-ils? S'ils se dirigent vers Québec, nous applaudirons à leur retour dans la patrie. Loin de vouloir entraver l’actiun des généreux directeurs de la rolonisation dans cette partie du Canada, nous nous réjouissons de toute adhésion qui consolide leur œuvre. Mais nous ne croyons pas manquer à ce que nous devons à la province de Québec, en priant nos compatriotes des Etats-Unis d'examiner si la vie qu’ils ont menée depuis quelques années, ne les a pas déshabitués des rudes travaux du défrichement, et s’ils ne sont pas plus aptes à coloniser un sal en prairie, qui ne demande point de grands efforts, qu’un terrain boisé. :

Nous avons été témoin, dans la province de Québec, d’insuccès amenés précisément parce qu'on avait trop présumé de ses forces.

Des colons désirant sincèrement s'attacher à leur pays, se jetèrent avec ardeur dans li forêt ; la rudesse des travaux excéda leurs forces ; la conséquence fut qu’ils retournèrent aux Etats-Unis, pour n’en plus revenir. Ils sont perdus pour Québec ; ils sont perdus pour le Manitoba, qui les aurait peut-être retenus ; ils sont perdus pour le Canada, et avec eux leurs enfants.

Ce sont des faits que devraient méditer tous ceux qui s’occupent de colonisation ; la volonté des gens, ni leurs aptitudes, ne doivent être forcées ; autrement on s'expose à des mécomptes, à des pertes pour ia nationalité. Il suffirait peut-être de se bien pénétrer de cette vérité pour empêcher les frictions qui se sont parfois produites entre les divers mouvements favorables au retour de nos compatriotes des Etats-

Unis, à la colonisation du Canada. Il n'y a pas, et il ne saurait y avoir d’antagonisme entre ces œuvres.

Nous avons maints endroits où nos compatriotes trouveraient à s'établir, à peu de frais, et à proximité des marchés, des stations des chemins de fer, du bois, de l’eau, et surtout, des écoles et des églises.

On allègue quelquefois qu’il faut un peu plus de ressources pour s'établir au Manitoba que dans certains endroits de la province de Québec.

Nous ne discuterons pas cette hypothèse ; tout établissement nouveau est sujet à tant d’imprévu, de calculs et de combinaisons ; il y a pour le colon tant de manières différentes de s'installer qu’on peut au moins dire que cette assertion est relative. Mais même en l’admettant absolument, il resterait encore à l’immigrant qui, de fait, possèderait les ressources suffisantes pour s'établir au Manitoba, à examiner en quel lieu le rendement est plus prompt. Dans nos plaines, le colon obtient dès la seconde année de son établissement, souvent à la première, la vie de sa famille. A moins d’y consacrer de suite de forts capitaux, on ne saurait en dire autant de la forêt. Il y a, c’est vrai, la ressource du bois des chantiers. Mais, comme équivalent, nous avons le foin de la prairie, abondant, d’un prix de revient presque nul, que le colon trouve à l’état naturel dans les environs de sa demeure, qui se fait dans la belle saison, et rapporte toujours un prix convenable. Les chantiers eux-mêmes ne sont pas fermés à notre population.

Nos institutions leur sont aussi sympathiques que la population ; nos lois concernant les écoles assurent au contribuable catholique l'emploi de ses contributions pour le seul soutien des écoles de sa croyance ; dans aucun cas, ni sous aucun prétexte, il n’est tenu de contribuer au soutien des écoles protestantes.

Quelle partie du Manitoba se recommande davantage à nos nationaux!

Lors de l’excursion au Manitoba des membres du ciergé de la pravince de Québec, l’n d’eux, M. l’abhé Saint-Aubin, curé de Saint- George de Henriville,—agroncme pratique et distingué, —nous disait :

‘ Nous avons dans la province de Quéhec des vallons aussi fertiles

“que votre sol du Manitoba, mais ils sont espacés ici et là ; et si, ‘€ ailleurs, on arrive à obtenir des rendements qui égalent les vôtres,

it

“ ce n’est que par la bonne culture et les engrais. Au Manitoba, au ‘f contraire, c'est uniformément bon, fertile, sans le secours des ‘engrais. Voilà l’une des supériorités de votre province.”

Cette opinion, très juste, fera comprendre au lecteur quel serait notre embarras, s’il nous fallait absolument préciser un endroit où le colon dût aller plutôt que dans un autre. Cependant, de tous les endroits qui se recommandent à l’attention de nos compatriotes, nous indiquerons plus particulièrement les paroisses de Saint Norbert, Saint-Vital, Sainte-Agathe, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Joseph, Saint- Pie, Saint-Pierre de la Rivière-aux-Rats, Lorette, Sainte-Anne, LaBroquerie, Saint-Jaurent, Saint-Charles, Sant-François-Xavier, La Baie Saint-Paul, Saint-Léon, Saint-Alphonse, les Isiets de Bois, le Lac des Chênes (Oak Lake}, et les environs de ces diverses localités.

Dans notre désir de favoriser nos principaux établissements ruraux, nous allions oublier de mentionner Saint-Boniface mème, le chef-lieu des intérêts français et catholiques au Manitoba, et dans le Nord-Ouest.

Du reste, si nous mentionnons notre ville, ce u’est point que nous voulions yattirer les cultivateurs ; à ceux-ci, il faut la campagne. Cependant, les environs de Saint-Boniface (ce qui comprend Saint- Vital), offrent leurs avantages particuliers ; le sol n'y est pas moins fertile qu'ailleurs ; à proximité de la cité %e Winnipeg, avec laquelle ils sont reliés par de magnifiques ponts, 1ls sont d’une valeur toute spéciale pour les colons qui sont habitués à faire la petite culture et qui aiment à porter chaque jour leurs produits sur le marché. Les terrains s’y concèdent de différentes façons ; on peut les acheter ou simplement les louer, à des conditions très raisonnables, mais qui sont susceptibles de prendre des formes si variées qu’il est impossible de préciser davantage.

Il en est dont on peut obtenir la concession, moyennant le paiement d’une rente annuelle de quatre par cent, pendant quinze ou vingt ans, à la suite desquelles le capital deviendrait exigible.

On conçoit que le prix de ces terrains est plus élevé qu'en certains autres lieux ; mais tel terrain que l'on peut acquérir aujourd'hui au coût de dix, quinze, où vingt piastres l’acre, se vendra peut-être, dans dix ans, comme lot de ville, Les progrès dont nous avons le droit d'anticiper la réalisation durant cette prochaine décade, nous per: mettent d'exprimer cette possibilité.

Dans toutes les paroisses que nus avons nommées plus haut se trouvent aussi des terrains en disponibilité, et détenus, en très grand nombre, par des spéculateurs qui en avaient fait l'acquisition durant la période de fiévreuse speculation qui a marqué l’année 1882, ei amené une crise dont nous c2mmençons à sortir, Cesterrains sont

sur le marché et peuvent s'acquérir à des prix variant de cinquante centins à dix piastres l’acre, selon leur proximité des villes, des stations de chemin de fer, des cours d'eau, ou l’étendue des améliorations qu’on leur a fait subir.

Les paroisses de Saint-Norbert, Sainte-Agathe, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Pie et Saint-Joseph, sont situées dans la vallée de la rivière Rouge ; cette vallée est sillonnée de deux voies ferrées, l’une du côté est, et l’autre du côté ouest de la rivière.

Saint-Pierre, quoique située à quelques distance de la rivière, se trouve néanmoins à proximité de deux stations de chemin de fer.

On parle d’une nouvelle ligne qui devra traverser les paroisses de LaBroquerie, Sainte-Anne et Lorette, lesquelles sont actuellement en rapport avec Saint-Boniface par de bonnes routes.

Saint-Charles, Saint-François-Xavier et la Baie Saint-Paul sont longées par la route du Pacifique Canadien, et ont, chacune, leur station.

Saint-Léon, Saint-Alphonse, les Islets de Bois, sont desservies par la ligne du South Western. Saint-Laurent le sera bientôt par un tronçon du chemin de la baie d'Hudson, lequel est déjà terrassé jusque-là.

Que le chemin se construise ou’ ne se construise pas, ce tronçon restera et finira par être utilisé,

Le Lac des Chênes (Oak Lake) est une station du Pacifique.

On le voit, ces différentes localités, où sont principalement groupés actuellement nos compatriotes, sont avantageusement situées, quant aux moyens de communication.

Elles le sont également sous tous les autres rapports ; nous pouvons dire qu’en général nous occupons les meilleures positions dans le pays ; l'histoire a déjà noté dans ses annales l'instinct merveilleux avec lequel nos ancêtres et nos missionnaires ont su distinguer dans leurs longs et périlleux voyages les sites les plus propres à devenir des établissements solides et importants ; cette tradition se retrouve ici, et plus tard l’on reconnaîtra que c’est au choix des localités où se développent maintenant tous ces petits groupes, que nous aurons dû une partie de notre force et de notre extension.

Parmi ces localités, il en est qui sont plus adaptées à la culture des céréales, d’autres, à l’élevage des animaux; cependant, partout, l’on peut faire l’une ou l’autre chose, ou les deux à la fois.

Partout aussi le combustible peut s’obtenir facilement. En certains endroits, on pourrait presque dire que le bois est abondant ; ce n'est pas la belle érable de la province de Québec, mais enfin. c’est du bon bois, tels que le chêne, le frêne, l’orme, l’épinette, l’érable à Giguèëre, le tremble, etc., etc.

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Nous avons aussi d’exceilentes mines de charbon, qui mettent cet article à la portée de tous.

Les immigrants peuvent choisir des terrains boisés ou des terrains en prairie, des lots à l’état vierge, au des lots en état de culture.

Ils peuvent, selon les localités où ils désirent s'établir, les acquérir par voie d’achat, comme dans tous les autres pays, et en devenu définitivement les propriétaires sans aucune condition ni redevance, ou, si leurs ressources ne leur permettent point d'acheter, ils peuvent les louer, ou les prendre à ferme, à de meilleures conditions que dans la province de Québec ; enfin, si ni l’un, ni l’autre de ces modes d’établissement ne leur conviennent, ils peuvent se placer sur des octrois gratuits (homestead) lesquels sont, généralement, de ia contenance de 160 acres,

En beaucoup de cas, l’homme qui possède un capital suffisant, a plus d'avantages à se placer dans nos paroisses déjà organisées, à la peine même d’acheter son terrain, que d’aller se placer sur des 4omesteads ; on le comprend, les Aomesteads ne se trouvent point en plein milieu d’une paroisse établie depuis quelques années ; il n’y a plus de homesteads à prendre sur les bords de la rivière Rouge, et cependant la plaine arrosée par ce cours d’eau, sera.toujours l’une des plus belles parties de tout le Nord-Ouest ; et 11 vaut la peine de faire un léger sacrifice d’argent pour s'y établir ; nous pourrions en dire autant de la vallée de l’Assiniboine, des paroisses de Lorette, Sainte-Anne et Saint-Pierre ; mais enfin, ce ne sont pas les seuls endroits propres à la colonisation. Au Lac des Chênes (Oak Lake), à Saint-Léon, à Saint- Alphonse, à LaBroquerie, au Fort Alexandre, à la Montagne Dauphin, sur les bords du Lac Manitoba, et plus à l’ouest, dans le district de la rivière Qu’ Appelle, c’est-à-dire, à l’est, au centre, à l’ouest, ou au nord de la province, se trouvent des Aomesteads que le colon peut obtenir aux conditions les plus faciles ; en certains cas, la loi donne même au colon un délai de cinq années pour remplir les conditions de culture et de résidence, délai qu’il peut réduire à trois ans, s’il le veut.

On trouve aussi à la Montagne Tortue d'excellentes terres, et des Canadiens-français qui ne demanderaient qu’à être renforcés de quelques familles pour former un groupe fortement enraciné.

Nous avons indiqué nos anciens établissements aux colons, parce que c’est souvent l'intérêt de ceux ci de se placer dans des lieux déjà ouverts, organisés en paroisses et en arrondissements scolaires. Cependant nous ne voulons point détourner leurs regards des avantages qu’il y aurait en certains cas d'ouvrir de nouveaux cantons. Il y a à proximité des établissements actuels et des stations de chemin de fer, d’excellents lopins de terre, où l’on pourrait créer de nouvelles paroisses

d’un avenir assuré. La création de ces nouveaux centres pourrait être l’œuvre d’un diocèse, d'un comté, ou même de quelque association nationale. Il leur en reviendrait une gloire qui donnerait à cette page de leur histoire un éclatant relief.

Enfin, dans un coin ou l’autre de la province, il y a de la place pour nos compatriotes ; cette place les attend, et nous les attendons nous-mêmes avec cette affectueuse anxiété qui n'exclut ni l’ardeur ni la patience.

M. Fred. E. Gauthier, fils d’un ancien consul général de France à Québec, écrivait un jour à un journaliste de la vieille cité de Champlain :

“Ah! si au moins nos Canadiens, au lieu d'aller aux Etats-Unis, voulaient venir ici, comme ils pourraient vivre bien et facilement.’’

Ce cri patriotique et vrai, d’autres avant nous, et nous-mêmes, l'avons poussé bien souvent, nous ne dirons pas absolument en vain, mais point non plus avec les résultats que nous avons parfois espérés, Nous n’en avons toutefois éprouvé ni étonnement, ni découragement. Tous tant que nous sommes ici, nous mettrons autant de constance à faire connaître notre pays, à soutenir les institutions qui nous sont chères, à combattre les préjugés, que nos détracteurs en mettent à poursuivre leur œuvre de dénigrement. La victoire nous restera, et ce sera notre vengeance, |

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