‹ Le Manoir de Villerai [microforme]Chapitre 3 sur 30 · CE · texte numérisé non relu

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— Ah! mais nous ne pouvon quand Mademoiselle de Viller nous précède, quels que soi et les inconvénients de ] vicomte avec le plus gr Blanche, sans f; nière phrase, suiv recevoir les

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S que suivre, ai elle-même ent les dangers à route, répondit le acieux des saluts,

üre attention à cette derant sa manière compliments de M.

dit à Mademoiselle donnerait le temps de

ordinaire de de Noraye, de Morny qu’elle lui

faire sa toilette, si elle était réellement désireuse de l'accompagner.

Comme de raison, mademoiselle de Morny répondit aflirmativement. et après une demi.

heure d’ennuyeuse attente, on la vit revenir, vêtue d’un sombre costume d'hiver faisant bien ressortir a blancheur de son teint.

Ils furent bientôt en route, le vicomte de Noraye <e Consolant lui-mé à la belle Montréaliste, Souvent mademoiselle d

mat de la Sibérie était doux en COMparaison de celui du Canada, et qu'il s’étonnait que la mère patrie n’eût Pas choisi cette colonie Comme lieu de détention Pour ses criminels ;

des motifs de miséricorde seuls, ajoutait-il, ont dû l’en empêcher,

me en assurant comme il] mommait 6 Morny, que le cli-

56 = MANOIR DE VILLERAI.

Ils arrivèrent en peu de temps à la jolie petite église, déjà décorée de feuillages et de festons produisant un effet simple mais charmant. Près de l’un des autels latéraux, on avait formé une niche avec des branches de sapin, et c’est là que mademoiselle de Villerai, après une courte prière au maïtreautel, dirigea ses pas. Le travail d’une main de femme habile et attentive l’avait sans doute précédée, car la petite alcôve était admirablement bien ornée de fleurs artificielles et de rubans aux gaies couleurs, tandis que dans une crèche de paille reposait une figure en cire de l'Enfant Jésus. C’est là que plus d’une pieuse mère de famille avait souvent emmené ses petits enfants ; et tandis que leurs jeunes yeux regardaient avec une respectueuse admiration la crèche de Noël, elle leur avait raconté tout bas la merveilleuse naissance de ce prodige d'amour, et surtout les ouvrages encore plus merveilleux de l’enfant de Bethléem.

La dernière main, toutefois, restait à donner aux décorations, et pendant que Blanche s’en occupait, de Montarville s’efforcait de se rendre aussi utile que le lui per-

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ee mettaient ses faibles connaissances en ces matières. Le vicomte de Noraye, au contraire, et sa belle compagne s’amusaient ensemble à examiner les échantillons extra-

ordinaires de sculpture de bois que leur.

offrait la petite église, et à en rire. Il faut avouer que ces pièces n'étaient pas peu grotesques dans leur genre. On y voyait des Chérubins aux yeux singulièrement ronds etaux joues énormément bouffes ; des saints aux traits implacables et menaçants, jurant d’une manière ridicrle avec la placidité de leur caractère, et disant que si la piété et le zèle du sculpteur avaient été bien grands, son habileté au moins était en défaut.

Blanche de Villerai, toutefois, croyait avec raison que rien ne peut excuser l’irrévérence dans un lieu de prière, et après avoir enduré pendant quelques instants les chuchotements continus et les rires à moitié étouffés des deux critiques, elle se tourna subitement vers le vicomte et lui dit à voix basse :

— M. de Noraye aura la bonté de se rappeler qu’il est dans une église, et non dans un théâtre.

— Ciel! quelle bigote! soufila quelque

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où LE MANOIR DE VILLERAI.

temps après de Noraye à mademoiselle de Morny, qui lui fit connaître son assentiment en inclinant la tête silencieusement et en souriant. Ce sentiment un peu pénible qui commençait à se glisser dans le petit groupe, fut en partie dissipé par l’arrivée de la jolie villageoise, Rose Lauzon, portant dans sa main un bouquet de géraniums et d’autres humbles fleurs domestiques ; car le manoir ne pouvait se vanter de posséder une serre.

Rose s’approcha timidement, mais gracieusement, sans même jeter un regard sur aucun des membres du groupe distingué au milieu duquel elle se trouvait en ce moment ; mais avec une habileté et une promptitude qui montraient bien que les autres décorations de la niche lui étaient dues en grande partie, elle s’occupa d’entreméler ses fleurs avec le vert sombre des sapins. Une fois, en se penchant en avant, la fleur qu'elle tenait à la main tomba par terre. Prompt comme la pensée, de Montarville s’approcha pour la ramasser, et en la présentant à la jeune fille avec la même gracieuse courtoisie qu’il aurait déployée auprès de mademoiselle de Villerai

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elle-même, leurs yeux se rencontrèrent pour la première fois, Ah! Rose, gentille et jolie petite Rose! ne plongez pas trop souvent vos regards dans ces yeux noirs et avides, mais repoussez l’ardente admiration qu'ils expriment, car, que pouvez-vous avoir de commun avec l’illustre de Montarville. l'amant fortuné de la seigneuresse de Villerai ?

En quittant l'église, de Noraye, qui se ressentait encore du vif reproche de Blanche, et qui de plus se piquait d’être tant soit peu philosophe, s'écria d'un ton moqueur, déguisé sous le prétexte de s'instruire :

— De grâce, mademoiselle de Villerai, pourriez-vous me dire quelle intention on a eue en placant cette poupée de cire dans un lieu si apparent? Est-ce pour répandre le goût des beaux-arts parmi le peuple, ou'seulement pour le divertir innocemment ?

— Ni l'un ni l’autre, vicomte. Il faut que Vous ayez entièrement oublié les leçons que, comme catholique, vous avez dû sans doute recevoir pendant votre enfance ; autrement vous ne manqueriez pas de vous ressouvenir que l’image dont vous parlez est un de ces simples symboles qui instruisent 1 Jeunesse

et même le cœur de l’homme mûr plus eflicement que ne le pourraient faire des heures de prédication. C’est le grand mystère du Fils de Dieu descendu du ciel pour se charger de nos fautes, et endurant pour nous des souffrances indicibles.

Silencieux, sinon convaincu, de Noraye ne répondit rien, tandis que de Montarville, évidemment en proie à une profonde préoccupation, ne pouvait s'empêcher d’admirer en lui-même le courage tout à fait chrétien et la foi vive de la jeune fille.

Maïs nous n’en dirons pas davantage de la messe de minuit, quoique des artistes eussent aimé à contempler cette scène solennelle, étrange et touchante. La lueur tremblante des flambeaux, luttant contre une obscurité de minuit, une faible et douteuse lumière éclairant les coins et les angles obscurs du petit temple, et formant de beaux effets d'ombre et de demi-jour; le maîtreautel richement illuminé au milieu de nuages d’encens semblables à de légères rapeurs jouant autour de lui, emblême touchant des hommages qui s’élevaient alors de tous les cœurs vers l’homme de Galilée,

LE MANOIR DE VIILERAI. 41 me qui, à la même heure, quelque dix-huit siècles auparavant, était né dans une étable pour enseigner l'humilité à l’homme déchu; tel était le spectacle à la fois simple, sublime et artistique que présentait l’église paroissiale de Villerai.

Cette touchante cérémonie terminée, l’assemblée se dispersa aussitôt, et la scène au dehors devint aussi joyeuse et aussi animée que celle du dedans avait été sérieuse et solennelle.

C'était une de ces nuits magnifiques, éclairées par la lune et qu’on ne rencontre que dans les climats du Nord. Des myriades d'étoiles brillaient et scintillaient dans un ciel bleu d'azur; tandis que, dans une autre partie des cieux, une aurore boréale déployait ses rideaux phosphorescents sans cesse en Mouvement et d’où de vifs jets de lumière S’élançaient brusquement et s’étendaient d’une partie du firmament à l’autre. La réunion était aussi nombreuse qu’à l'office du dimanche matin, et toute la place devant l’église était remplie de carrioles et de trafneaux de toutes les formes et de toutes les couleurs imaginables. Les chevaux, res

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couverts d’une couche épaisse de frimas, hennissant et mordant leurs attaches, laissaient échapper de leurs naseaux des nuages de vapeur: tandis que leurs maîtres se donnaient mutuellement de chaleureuses poignées de main, ou échangeaient d’innocentes plaisanteries avec cette imperturbable gaieté qui semble être un droit de naissance chez l'habitant canadien, tant elle lui est naturelle. Et ce spectacle à minuit, à la lueur des étoiles, par un froid de 25° au dessous de zéro, exaspérait au suprême degré le vicomte de Noraye, tout transi et tout frissonnant, qui, avec un dédaigneux mouvement d'épaules, murmurait d’une voix tremblante:

— Quel singulier peuple! Qui peut le comprendre ?

Mais ce qu’il comprit peut-être un peu mieux, ce fut la délicieuse collation ou réveillon de Noël qui les attendait à leur retour à la maison. Aussi, après avoir absorbé deux ou trois verres d’excellent bourgogne, il déclara hautement qu'après tout ce n’était pas une si mauvaise coutume, surtout comme tlle ne revenait qu’une fois l’an.

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Peu de jours après Noël, de Montarville proposa au «déjeuner une promenade à Ja raquette. La croûte, disait-il, qui avait été formée par un léger dégel sur les chemins et les champs, rendait l'occasion excessivement favorable pour prendre cet exercice salutaire et fortifiant, De Noraye, comme d'ordinaire, sourit en signe de dédain, mais

, (rustave, sachant que la seule manière de le

gagner où de le faire taire, était de piquer son amour-propre, dit indifféremment :

— Oh! je conseillerais au vicomte de Noraye de ne pas se Joindre à nous, car toute simple et aisée que peut paraître À ceux qui l’ignorent la marche à Ja aquette, elle est cependant difficile et fatigante, sans être dangereuse, pour ceux qui n’y sont pas habitués,

— Difficile, mon cher, répéta le vicomte.

Il faut certainement un effort d'imagination pour le croire. Quoi! tout le secret consiste à se tourner les orteils en dedans, à prendre une démarche lourde, gauche et maladroite, à endosser un capot de couverte blanche et une singulière livrée. Mais j'en jugerai mieux par moi-même, si vous pouvez organiser l’expédition.

— Oh! ce ne sera pas diflicile, reprit un chœur de joyeuses voix. Nous en sommes tous.

Peu de temps après, on pouvait voir tous nos excursionnistes en face du manoir, les hommes agenouillés, comme de galants cavaliers doivent faire en pareilles circonstances, fixant et attachant les courroies des raquettes aux pieds des demoiselles délicatement chaussées de mocassins. Quelquesunes portaient des mitasses de flanelle blanche, garnies de ‘franges rouges. Cet ornement, dans une telle occasion, paraissait tout à la fois confortable et pittoresque.

La matinée était magnifique. De superbes cumulus parsemaient le firmament. Le léger dégel qui avait eu lieu pendant la nuit précédente et le froid subit qui l'avait suivi, avaient produit plus de merveilles et plus de beautés que le génie arabe ne peut en concevoir avec ses impossibles talismans. Chaque arbre, chaque branche, chaque rameau était revêtu d’une couche inimitable de diamants étincelants, dans lesquels la lumière du soleil se réfractait en répandant de superbes rayons. Enchanteur et féerique était

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