‹ Le Manoir de Villerai [microforme]Chapitre 2 sur 30 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

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Cédant à la seule menace qui pouvait avoir de l'influence sur lui, car de Noraye, quoique vain et frivole, était brave comme un lion, il adressa à Rose quelques paroles d’excuse et se retira aussitôt en arrière pour la laisser passer. Elle le fit promptement, mais non sans que le regard pénétrant de de Montarville pût contempler de nouveau sa merveilleuse beauté, encore rehaussée par l'agitation qui couvrait sa joue d’une vive couleur.

— Assurément, cette belle créature à la tournure féerique n’est pas une simple paysanne, demanda le jeune vicomte, en suivant avec la plus grande admiration son profil qui ‘disparaissait peu à peu dans le lointain.

— Quoi, est-il possible que vous puissiez l’admirer, vicomte ? répondit de Montarville en riant. Mais c’est une paysanne canadienne, et.

— Oh! mon cher, c’est une houri, un ange, une déesse ! répondit le jeune Français avec enthousiasme. Elle me rappelle ces gracieuses Andalouses que nous voyons quelquefois représentées sur le théâtre à Paris.

— En toute amitié, je vous dirai, vicomte, répondit froidement de Montarville, que nos jeunes paysannes canadiennes diffèrent un peu des femmes que vous avez pu voir sur les théâtres en France. Suivez donc le conseil d’un ami, et ne troublez plus Rose Lauzon.

Il y avait dans ces paroles un air de calme menace qui, en tout autre temps, aurait certainement provoqué un cartel de la part de son fougueux compagnon, qui se contenta de dire:

— Bah! mon cher, vous êtes jaloux. Je voudrais bien savoir comment la belle demoiselle de Villerai aimerait le profond intérêt que vous portez à sa jolie protégée.

Retournons toutefois chez nos amis, car si nous restons ici davantage, nous allons finir par avoir une querelle, et la satisfaction inévitable qui s’en suit.

De Montarville accepta volontiers la branche d'olivier ainsi offerte, et ils s’en retournèrent au manoir, conversant amicalement ensemble.

Pourquoi Gustave fut-il si pensif, si silencieux pendant toute la soirée? Pourquoi, malgré sa grande passion pour la musique,

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D. NE écouta-t-il les SUaVes accents de mademoiselle de Morny avec tant d’apathie et d’'indifrérence, indifférence que sa belle fiancée ne réussissait Pas toujours à dissiper ? Peut-être n’aurait-il] PAS pu répondre lui-même d’une manière satisfaisante.

C'était la veille de Noël, La Journée était excessivement froide, mais un soleil] éclatant qui luisait sur la neige étincelante, en en faisant briller toutes les particules comme des diamants, tempérait pleinement Pair glacé de cette atmosphère d'hiver. Les hôtes du manoir Passaient leur temps à tout ce que leursgoûts individuels Pouvaient leur suggérer, et jouissaient, par-dessus tout, de cet agréable Sans-gêne, de ce parfait laisser-aller ui forme un des Caractères distinctifs de la vie de nos Maisons de Campagne,

Madame de Choiseul et plusieur étaient allés se promener en Carriole, tandis que dans le salon, mademoiselle de Morny et le vicomte de Noraye eXerçaient leur adresse au jeu de bagatelle ; la dame, peutêtre, plus occupée À faire ressortir sa gracieuse taille et ses jolies Mains, qu'intéressée au

Succès du jeu lui-même ; et son Compagnon

évidemment rempli de la même louable ambition. Une autre personne était avec eux dans la salle: c'était de Montarville; mais peu occupé de ses compagnons, il regardait silencieusement par l’embrasure d’une fenêtre.

Tout à coup la porte s’ouvrit, et la jeune hôtesse, couverte de riches fourrures, entra dans le salon.

— Où allez-vous donc, chère Blanche ?

demanda langoureusement mademoiselle de Morny, en la regardant d’un air ennuyé.

— À notre petite église, afin d’aider à faire les décorations pour la messe de minuit.

— Puis-je vous y accompagner? demanda de Montarville, en s’approchant d’elle.

— Et moi aussi? et moi aussi? s’écrièrent le vicomte et sa compagne.

—Je suppose qu’il serait inutile de vous refuser, reprit Blanche en souriant ; mais si je me rappelle bien, vicomte, vous avez déclaré ce matin au déjeuner qu'il n’y avait que des ours ou d’autres animaux pareillement bien protégés par la nature contre le froid, qui pussent s’aventurer dehors par une telle température.

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