LE MANOIR ES
deux voyageurs montèrent à cheval, et lorsqu’ils eurent fait quelques pas, DuPlessis remarqua que sa bête avait plus d'ardeur que le matin.
—C'est, lui fit observer Taillefer, l'effet d’un de mes secrets. D'ici à six heures au moins, monsieur n'aura pas à faire sentir les €perons à sa monture.
Pendant que le maréchal continuait à s’étendre sur l'excellence de sa science vétérinaire, une forte explosion se fit entendre. Ils se retournèrent et s’aperçurent que l’antre du chimiste venait de sauter.
—C'est un tour du lutin, dit Taillefer ; j'aurais dû me douter qu'ayant parlé des intentions du docteur Degarde devant lui, il ne serait content qu'apres les avoir exécutées.
C'est pour le coup que ma forge est aw diable. Mais doubions le pas, car la détonation poutrait attirer les gens des environs.
À ces mots il partit au galop, ainsi que son compagnon de route. Ils continuèrent ainsi l’espace d’une demi-lieue, puis, ralentissant le
as, ils se rendirent sans s'arrêter jusqu'aux Lt PP Prog ls descendirent à l'auberge Lafrenière, où DuPlessis laissa son compagnon de vovage pout aller voir le commandant, M. Bégon. Lorsqu'il revint au bout d'une couple d'heures, il s’aperçut avec étonnement qu'il y régnait une confusion peu ordinaire. On y parlait avec animation d’une nouvelle extraordinaire que l’on venait d'apprendre à l'instant.
—Figurez-vous, monsieur, . dit le garçon d’écurie, interpellé par DuPlessis, qu’il est arrivé ici tout à l’heure un monsieur Gignac, d'Yamachiclhe, qui nous a dit que ce matin le diable a enlevé, avec un bruit épouvantable, à la Pointe-du-Lac, ce maréchal qu’on nommait Taillefer le sorcier, et qui, comme chacun le sait et comme l'événement le prouve, avait un commerce avec Satan.
—J'’'en suis vraiment fâché, reprit un vieux cultivateur ; car qu'il fit commerce ou non avec le diable, il avait d'excellents remèdes pour les chevaux.
—Vous pouvez le dire, ajouta le garçon d’écurie, il n’y avait pas, dans tout le pays, un maréchal aussi savant que lui. 11 a guéri notre cheval d’un mal qu’on disait incurable.
—L'as-tu vu, Baptiste ? demanda l'aubergiste. :
—Et quand je l'aurais vu, notre maître ?
—C’est que l’on serait bien aise de savoir comment le diable est fait.
—Vous le saurez un jour, dit la douce moitié de l’aubergiste, si tous ensemble vous ne cessez pas vos relations avec les agents du mauvais esprit. (Cependant, Baptiste, comment était-il fait, ce diable ?
—Je ne l'ai pas vu, mc me Jafrenière, J'avais fait écrire par le proicsseur Jacques la maladie de mon cheval, et je me rendis près d’un certain coteau, où l'enfant le plus laid que j'aic vu de ma vie me servit de guide et me fit déposer la lettre et l'argent sur une grosse pierre ; puis je m'éloignai, et lorsque, au bout d'environ une .demi-heure, l'enfant me dit de retourner, le remède était sur la pierre. Oui, je crois au’il sera difficile à présent de guérir les maladies de nos chevaux.
L'amour propre du métier faisait oublier à Taillefer le danger qu’il y avait pour lui d'écouter ces louanges flatteuses mais DuPlessis, le tirant à l'écart, lui fit remarquer qu'il serait bon de ne pas rester longtemps dans ce lieu, où il pouvait être reconnu. Après que le maréchal eut pris à la hâte un repas commandé pour lui par DuPlessis, tous les deux se remirent en route pour Champlain, où ils arrivèrent vers le soir au manoir de M. Pezard de la Touche.
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