CHAPITRE XXVIII LETTRE PERDUE
‘DuPlessi: sortit dans le parterre de derrière, ne sacha:it que penser de son étrange entre- Vue avec Jséphine, et doutant qu'il eût eu
De quel droit aussi, se demandait-il, aurait-il pu détruire, par une démarche précipitée, les espérances de bonheur domestique qui restaient
che ? Il résolut donc d'observer religieusement la promesse qu’il venait de faire, et que l’hon-
deux pas de lui, il était à portée de veiller sur elle, d'observer toutes ses actions, et de voler à Son secours au Premier appel. lendant qu’il réfléchissait ainsi, il fut soudain accosté par Taillefer.
—Grâce au ciel! dit ce dernier, je vous trouve enfin. Ia Pauvre dame s’est échappée, avec mon secours, du manoir ou plutôt de sa prison. Elle est ici.
—Je le sais, répondit DuPlessis, je viens de la voir. Mais comment se trouve-t-elle dans mon appartement ?
— J'ai été assez heureux Pour avoir affaire à quelqu'un qui savait où vous logiez, lorsque ie me suis informé de Vous sans qu’elle m'’entendît ; car elle n’eût certainement pas voulu aller dans votre chambre. Elie n’a plus sa tête
ing
à elle, la nauvre dame ; elle défend qu’on lui parle de vous, et elle est sur le point de se mettre sous la protection de M. l'intendant Hocquart. 1
—Quel est son projet ? Espère-t-elle que l’intendant emploiera son influence Sur sou infâme confident, et qu'il le déterminera à ne plus éloigner Joséphine de son vieux père ?
__Je ne saurais vous le dire, monsieur ; mais elle m'a charsé de remettre une lettre à M. Hocauart. je lui ai bien promis que j'allais le faire; mais j'attends vos ordres pour cela. Tenez, la voici. mais non... Peste soit de la lettre ! je l'aurai oubliée dans le chenil qui me sert de chambre à coucher.
—Pourvu que vous n'ayez Das perdu ce papier important ?
__Perdu ? non monsieur. Je l'ai soigneusement renfermé dans mon sac avec plusieurs autres objets à mon usage. Je vais le rapporter dans un instant.
Allez vite. Soyez fidèle et je vous récompenserai généreusement. Mais gare à vous, si J'ai quelque raison de vous soupçouner. Dans Ce cas, un chien battu serait moins à plaindre que vous.
Taillefer partit avec un air d'assurance, mais il tremblait au fond de l'âme. Ce n'était
as sans raison, car la lettre était perdue. Ele pouvait tomber en de mauvaises mains et
dévoiler l'intrigue où lui-même se trouvait engagé. En outre, il était vivement blessé de l'accès de mauvaise humeur de son maître.
.—Oui-dà ! pensait-il, si c'est de cette monnaie qu’on me paie pour des services où il v va de ma tête, il est temps que je songe à moi.
J'offense ici, j'ai tout lieu de croire, le maître de ce château, lequel peut m'envoyer en prison aussi facilement qu’on éteint une chandelle, ie tout pour une femme folle et son défenseur, qui, parce que je perds un chiffon de papier,
Parle de me traiter comme un chien, J'ai, de Plus, à craindre Deschesnaux et le redoutable docteur. Ma foi, je veux 1
mieux vaut encore la liberté gent, et je me Sauverai avant d’avoir reçu la
Cependant, cette Pauvre femme me fait compassion. Décidément,
chambre lui avouer que sa lettre est perdue, C plus franc. Elle écri
lui parut bre avait disparu. Il monta quelqu et se trouva en face d’une porte entr'onverte,
ait passer ou redescendre, la porte s’ouvrit toute grande et. Michel Lavergne s’offrit à
—Qui, diable ! es-tu ? s'écria celui-ci. Entre dans cette chambre que je te parle.
—Je ne suis pas un chien qui obéit au premier coup de sifflet, entendez-vous ? dit Taillefer, affectant une confiance qu’il n'avait pas
—Tu raisonnes, je crois ? A moi, le gardien !
Un gros gaillard, mal bâti, aux yeux louches, et dont la taille avait plus de six pieds,
Parut à la porte, pendant que Laveryne continuaïît :
se
—Allons, réponds-moi : qui es-tuet que viens-tu chercher ici ?
—Je suis un pauvre jongleur.
—Et quelle jonglerie prétends-tu faire ici, alors que tes camarades sont réunis dans l'aile du château en arrière ?
—Je “’iens voir ma sœur, à laquelle M. Du- Plessis a cédé sa chambre.
—Ah ! reprit Javergne d'un air soupçonneux, M. DuPlessis cède sa chambre à la sœur d'un jongleur | Ecoute, maraud, si tu ne sors d'ici à l'instant imême, je te jette par la fenètre, pour voir si, par quelque tour de ton métier, tu peux faire le trajet sans te briser les os.
—Je n'ai qu'un mot à dire à ma sœur, poursuivit Taillefer.
—De par tous les diables, décampe au plus vite et sors à l'instant du château et de la ville, sinon tu auras de mes nouvelles, tu m’entends ? Pas de réplique. Gardien, amenez ce vaurien, et mettez-le hors des dépendances du château.
Le gardien prit Taillefer par le bras et, suivi de Lavergne, le conduisit vers la porte retirée par où DuPlessis était entré. Pendant le trajet, notre jongleur se creusait la cervelle pour trouver un inoyen d'avertir la pauvre dame de ce qui venait de lui arriver. Mais lorsqu’il eut été chassé par le gardien sur l’ordre de Lavergne, qui s’arrogeait une autorité qu'il n'avait pas dans ce château, il leva les yeux au ciel pour le prendre à témoin qu’il avait tout fait en son pouvoir pour défendre la malheureuse opprimée, et, tournant le dos au château, il
se mit en route pour trouver un asile plus humble et plus sûr.
En rentrant au château, le gardien dit à Lavergne, qu'il prenait, à ses airs de grandeur, pour un personnage important de la suite du gouverneur général
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
LS
EFFF FF
FEEFEFEE n ©
EF a L12