‹ Le manoir mystérieux, ou, Les victimes de l'ambition [microforme]Chapitre 38 sur 63 · LE MANOIR ——. È È ) LE MANOIR · texte numérisé non relu

LE MANOIR ——. È È ) LE MANOIR

—Hélas ! Joséphine, le misérable auquel vous avez joint si inconsidérément votre sort, Vous a-t-il donc abandonnée ?

Elle le rerarda à son tour avec des veux où la colère étincelait à travers les larmes, et se contenta de répondre avec l'accent du mépris :

—"Le misérable !”’

—Mais, continua DuPlessis, comment vous trouvez-vous ici, dans ma chambre ?

—Dans votre chambre ! s’écria-t-elle en partant précipitamment pour sortir.

Mais elle s'arrêta sur le seuil de la porte en Mmurmurant d'une voix suffoquée :

—Hélas ! je ne sais où aller !

—Josénhine, dit DuPlessis ému, vous avez besoin de secours ; oui, vous avez besoin d’un Protecteur, Eh bien ! vous ne resterez pas sans défense. Je représente votre père : nous irons ensemble au-devant de Son Excellence, vous oserez lui confier ce que vous ne voulez pas me dire, et son premier acte, en arrivant aux Trois-Rivières, Sera un acte de justice. Je Cours trouver M. Bégon Pour qu'il me prête son appui.

—Au nom du ciel ! n’en faites rien, M. Du- Plessis, Vous êtes généreux : accordez-moi une grâce... Vous voulez me Sauver de la misère, de l’humiliation, du désespoir ; eh bien ! ac. Ccordez-moi ce que je vais vous demander... Je suis la plus malheureuse des femmes, entraînée sur le bord du précipice par un Concours de cir- Constances imprévues, extraordinaires, par le bras même de celui qui pense m'en sauver.

par le vôtre ! Par Vous que j'estime. que je respecte comme le représentant de mon bon vieux père...

Il y avait dans ses gestes, dans sa voix, un appel si touchant à la générosité de Du Plessis, qu’il en fut profondément touché. Il l'engagea à se rassurer.

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—Je ne le puis, dit-elle, non, je ne le puis, tant que vous ne m'aurez pas accordé ma demande. Ecoutez-moi : j'attends ici les ordres de quelqu'un qui a le droit de m'en donner... L'intervention d’un étranger... la vôtre surtout, me perdrait sans ressource. Attendez vingt-quatre heures sans vous mêler en rien des affaires de la malheureuse Joséphine. . .

DuPlessis ne répondit pas ; mais, réfléchissant qu’elle était aux lrois-Rivières et qu'elle n'avait rien à craindre dans un château que Son Excellence honorait de sa présence, il comprit que ce serait un mauvais service à lui rendre que d'implorer le gouverneur pénéral sans son consentement. Au bout d’un moment de réflexion il lui dit :

—Je vous abandomne à votre sort pendant vingt-quatre heures, puisque vous me le demandez ou plutôt me l’ordonnez, et malgré ce qu’il m'en coûte de vous faire une semblable promesse, à cause de ce que votre tendre père attend de moi par rapport à vous.

—Donmez-moi votre foi de gentilhomme, insista-t-elle, que vous ne vous occuperez en rien de moi, quoi que vous puissiez voir ou entendre dire, et quelque besoin que je paraisse avoir de vous. Vous me le promettez ?

—Oui, Joséphine ; mais, ce délai écoulé...

—Ce délai écoulé, vous serez libre de faire ce que vous jugerez convenable.

—N'y a-t-il rien que je puisse encore faire pour vous, Joséphine ?

. —Non, rien, que de me quitter et. je rougis d’être réduite à cette demande... de m'abandonner pour vingt-quatre heures votre appartement.

DuPlessis s’inclina et partit.

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