‹ Le manoir mystérieux, ou, Les victimes de l'ambition [microforme]Chapitre 41 sur 63 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

DÉLIBERATION

Ie rouverneur et sa suite étaient arrivés au com.uencement de la soirée, au milieu des acclamations de la population de la ville'et des paroisses environnantes accourue pour jouir du spectacle de la circonstance. Après que les hôtes distingués de M. le commandant Bégon eurent pris le souper qui les attendait, les amusements commencèrent et se prolongèrent jusqu’à une heure avancée de la nuit. Maître Apollon Jacques en était l'organisateur en chef. La marquise et Mile de Beauharnais semblèrent v prendre intérêt, surtout à la représentation de chefs de tribus sauvages venant renouveler alliance avec le grand Ononthio,—père des blancs. Mais le marquis avait l'air pensif et préoccupé. En effet, il l'était.

Lorsque la foule se fut retirée du jardin et qu'il ne resta plus au château que les personnages auxquels le gouverneur y avait donné rendez-vous, on se réunit dans la grande salle, et le gouverneur communiqua à la réunion les dernières nouvelles qu’il avait reçues de France. Ces nouvelles faisaient pressentir ce qui allait bientôt arriver : la reprise des hostilités entre l'Angleterre et la France. En prévision de cette éventualité, il s'agissait de préparer le Canada à une nouvelle lutte contre les colonies anglaises de l'Amérique. C'est dans ce but que, en rendant visite à M. Bégon, le gouverneur général avait en même temps rassemblé un bon nombre de notabilités militaires et civiles du pays pour délibérer sur la situation.

184 LE MANOIR D'abord, M. Hoc

intendant, donn

on de Longueu jor Rigaud de

Pour informer la u pays, S des renforts.

Il Passé deux heures après minuit lorsque le conseil se leva. Hocq e chez I docteur Ala . Bégo

au château

ailleurs en ce moment.

Avant de

€ son + S'adressant à M.

MYSTERIEUX 185 de

—Pendant que j'v pense, dit-il, nous n'avons pas vu madame Deschesnaux ce soir.

N'est-elle pas encore arrivée ?

L'intendant pâlit et, pour toute réponse, appela Deschesnaux, qui était dans une pièce voisine.

—M. Deschesnaux, dit-il, expliauez pourquoi cette dame (il ne pouvait se décider à dire ‘‘votre femme’) n’a pu venir présenter ses hommages à Leurs Excellences.

Deschesnaux s’avanca et vint expliquer ( ce qu'il croyait à cette heure) que sa femme était, par suite de maladie, dans la complète impossibilité de se rendre aux Trois-Rivières.

—Voici, continua-t-il, le message que je viens de recevoir ce soir même du docteur qui soigne ma femme, et qui m'annonce qu'il est inutile de l'envoyer chercher, qu’elle ne peut entreprendre un voyage de plusieurs lieues dans l’état où elle se trouve, ajoutant qu’elle a besoin avant tout de tranq” ité et de repos.

—C'est différent, dit le g. :verneur en jetant les veux sur le papier que Deschesnaux venaît de lui mettre entre les mains. Dans ce cas, M. DuPlessis, vous direz au divne M. Pezard de la Touche que, n'ayant pu voir, comme je m'y étais attendu, cette dame, à cause de sa présente indisnosition, je suis obligé de remettre à plus tard mon dernier mot dans l'affaire dont il m'a saisi.

—Avec la permission de Votre Excellence, dit DuPlessis (oubliant la promesse qu'il avait faite à Joséphine), ce message est faux.

—Coniment le savez-vous, reprit le ouverneur sur un ton dont il était difficile de deviner au juste la signification ; pourquoi mettezvous en doute la parole de M. Deschesnaux et ce message qu’il a reçu ?

DuPlessis se souvint tout à coup de sa promesse, et il baissa la tête d’un air embarrassé.

186 LE MANOIR Do — OR

Le ROuverneur, voyant au’il tie répondait rien, continua :

—Votre démenti m'a étonné, M. DuPlessis, et maintenant votre silence m'étonne encore davantage.

—Excellence, répondit enfin DuPlessis confus, je ne suis Pas libre de dire tout ce que je sais avant vingt-quatre heures.

—Alors, vous auriez aussi bien fait de ne Pas hasarder votre contradiction, ajouta Je ROuverneur, puisque vous n'êtes pas capable de l’appuyer de preuves,

En disant ces mots, M. de Beauharnais se retira dans les appartements qui lui avaient été préparés, et chacun se sépara.

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