CHAPITRE XXX DANS L'ATTENTE
La malheureuse Joséphine, enfermée dans la chambre que lui avait abandonnée DuPlessis, parvint, à force de raisonner, à prendre patience. Elle pensa que, dans une circonstance comme celle-là, il était possible, d’abord, que la lettre n'eût pas été remise de suite à M.
Hocquart, et ensuite que, lors même qu'il l’eût reçue, il eût été empêché par les devoirs de sa charge de venir la visiter. Néanmoins, elle ne cessa pas un moment d'être aux écoutes, et chaque bruit qu’elle entendait lui semblait le pas de l’intendant qui accourait à elle. La fatigue qu’elle avait éprouvée et l'agitation causée par une incertitude si cruelle, commençaient à ébranler ses nerfs. Elle craignit un instant de ne pouvoir supporter plus lonytemps ses angoisses. Mais bien qu’elle eût été élevée comme une enfant gâtée, elle avait l’âme courageuse. Elle appela la prière à son secours, et sentit son énergie revenir. Lorsque la nuit commença à se faire et que sa chambre fut inondée de flots de lumière par les feux d'artifice qui se croisaient dans l'air, il lui sembla qu’elle en sentait la chaleur. Elle fit un effort sur elle-même et se leva pour se placer près de la fenêtre et fixer ses veux sur un Spectacle qui, dans toute autre circonstance, eñt charmé son imagination.
—Mon Dieu ! se dit-elle, ces vaines splendeurs ne sont-elles pas l’image de mes espérances ? Mon bonheur n'est-il pas une étincelle qui sera bientôt engloutie dans une mer de ténèbres ?
188 LE MANOIR me
la pauvre fem-
espérant que M.
ue tout serait fini.
ais il ne vint pa alheureuse J oséphi-
ne, épuisée de fatigue et d'émotion, se jeta sur
son lit, où elle finit Par s'endormir, malgré ses efforts pour rester éveillée,
Lorsque le bruit du dehors la réveilla, il
était jour.
crainte et d’espér —Est-ce toi, — Oui, murmura tr Elle ouvrit en disa —Ce n'est pas vot
Lavergne, Ah |! ah!
vous êtes malade au
» M. Deschesnaux.
oignez-vous, misérable ! s’écria La malheureuse, affolée de terreur. /
—Vraiment que je m’éloigne ? Sans doute, je vais m'éloigner, mais avec Vous, madame, et pour vous mener à votre époux, qui a tant regretté, dit-on, de ne Pouvoir se présenter avec vous devant Leurs Excellences hier soir.
—Laissez-moi ! lais.ez-moi ! cria José- Phine. Je veux rester ici. Au secours ! au secours !
—Criez tant que Vous voudrez, je ne soucie d’une femme qui crie comme d'un chat qui Mmiaule.
Cependant les cris de la pauvre femme fui amenèrent un défenseur inattendu. Le gardien
dont nous avons déjà fait la connaissance, les ayant entendus de la cour, arriva en disan.:
Quel est ce tapage ? Que fait ici cet homme ?
—Descends bien vite, chien d'ivrogne, répins Lavergne, et ne te mêle pas de mes afaires.
—Bon monsieur, s'écria Joséphine, sauvezmoi de ce misérable, qui veut m’entraîner hors d'ici ; sauvez-moi, au nom du ciel, ayez pitié de moi !
—Allez-vous-en ! dit le gardien à Michel.
—Je ferai plutôt un boudin de ton corps, répondit ce dernier, en portant Ja main sur son épée. Ainsi, prends garde à toi, vicille autruche !
Le gardien saisit le bras de Lavergne pour l'empêcher de mettre sa menace à exécution.
Pendant que celui-ci le repoussait, Josénhine s'élança vers la porte et descendit précinitamment l'escalier. A peine avait-elle fait quelques pas, qu’elle entendit les deux combattants tomber à terre. Elle s'enfuit en frémissant et gagna le parterre de derrière, qui lui parut le lieu le plus favorable pour éviter d'être poursuivie.
Pendant ce temps, le gardien et Michel roulaient sur le plancher et juttaient avec rage. Le gardien trouva moven de lancer son paquet de grosses clefs au visage de Lavergne, et celui-ci, pour se venger, serra si violemment le cou de l’autre que le sang se mit à lui sortir
ar la bouche et le nez. Un officier, attiré par € bruit, monta précipitamment et les sépara, en cherchant à leur faire honte pour avoir fait tant de tapage dans la maison du commandant, surtout au moment où il donnait l’hospitalité à des hôtes si illustres.
, Comme nous l'avons dit, Joséphine s'était réfugiée dans le parterre situé en arrière du
ss LE MANOIR
de * coin, a la com-
CHAPITRI KXXI