MYSTERIEUX 201 RL A D
—M. l'intendant, dit alors Deschesnaux, madame est malheureusement trop prévenue contre moi pour prêter l'oreille à mes avis ; néanmoins, voici ce aue je propose : madame a de l'influence sur le capitaine DuPlessis et pourrait obtenir de Jui qu'il l'accompagnät jusqu'à Champlain, où elle resterait en sûreté jusqu’à ce que le temps permit de dévoiler ce mystère.
—De votre vie, Deschesnaux, qu'il ne vous arrive plus de parler de confier mes secrets à DuPlessis, répliqua M. Hocquart presque ‘lors de lui-même.
—Et pourquoi non ? demanda Joséphine, à moins que ce ne soient des secrets que l’on ne puisse confier à un homme d'honneur, J'ai manqué à la foi que j'avais jurée au capitaine DuPlessis pour t'épouser, mais je lui dois cette justice de dire que cet homme est l'honneur même. Ah ! plût au ciel que je fusse chez mon père ! Quand j'ai abandonné son toit, je ne croyais pas abandonner l'honneur et la paix de l'âme.
Ces paroles furent suivies de quelques instants de silence. L'intendant, confus et indécis, était pénétré dans le fond de sa conscience de l'injustice de ce qu’il demandait. Deschesnaux baïssait les yeux, affectant une douleur hvnocrite. Ce fut en ce moment aue Joséphine déploya une énergie de caractère qui eût fait d'elle, si le sort l’eût permis, un noble ornement du rang qui lui était dû. Elle s’avança vers M. Hocquart avec un air de dignité et un regard où se réflétaient à la fois la fierté et l'affection, et lui dit :
—Tous les malheurs qui nous environnent, mon mari, n’ont qu'une cause unique : ils viennent de cette duplicité dont on te force à t’entourer. Déiivre-toi de ces honteuses trames, sois toi-même, sois un vrai gentilhomme qui regarde la franchise comme l’abanage de l'hon-
neur et pour qui l'honneur est ce qu’il y a de plus digne d'ambition. Prends ta malheureuse <pouse pa: la main, conduis-la devant Son Excellence, dis-Ini que, charmé par une beauté dont, hélas ! il ne reste plus de trace, tu t'es uni pour la vie à Joséphine Pezard de la Tou- Che. Par là tu me rendras justice, et tu sauve- TaS ton honneur. Et si la puissance du gouverneur t'oblige à te séparer de moi, j'irai, sans déshonneur au moins, cacher mon désespoir dans l’obscure retraite d’où tu m'as tirée.
lle s'était exprimée avec tant de noblesse que M. Hocquart sentit toutes ses émotions Bénéreuses se réveiller dans son âme, Ses yeux se dessillèrent, et il vit sous un vrai jour sa conduite à l’épard de son épouse infortunée.
—Joséphine, répondit-il, je ne suis pas di- &ne de toi, puisaue j'ai pu hésiter un instant entre l'ambition et un Cœur comme Je tien.
Sois Sans'crainte, je vais Préparer les voies Pour annoncer notre mariage secret au gouverneur, afin qu'il ne pousse pas trop loin son ressentiment, incité qu’il y sera sans ‘oute par...
M. Hocquart allait dire—par Ja marquise et Mlle de Beauharnais, mais il s'arrêta à temps pour ne pas laïsser Josénhine sounconner que cette demoiselle comptait devenir un jour son épouse. Il embrassa sa femme en lui disant qu’il avait besoin de sortir et au'il reviendrait auvrès d'elle aussitôt après son entrevue avec M. de Beauharnais. Etil se retira, suivi de Deschesnaux.
Celui-ci rerarda Jcsénhine aver sion haineuse et se dit à lui-même:
—C'est elle qui me pousse... l’un de nous deux doit périr, le sort en est jeté !
une expres-