‹ Le manoir mystérieux, ou, Les victimes de l'ambition [microforme]Chapitre 45 sur 63 · COMBAT ENTRE I/AMBITION ET L'AFFECTION · texte numérisé non relu

COMBAT ENTRE I/AMBITION ET L'AFFECTION

Lorsque le gouverneur l'eut quitté, M. Hoc- 2 |: quart fit venir Deschesnaux et apprit de lui les | Particularités de l'évasion de Mme Hocquart, ( | | telles que les lui avait racontées Cambrai, qui Li | était arrivé depuis une couple d'heures nour le Met | mettre au courant de cet événement. Mais Desl chesnaux ayant eu &rand soin de passer sous silence la tentative faite contre la santé de 0 E: Mme Hocquart, l’intendant ne put supposer | d'autre motif à la fuite de Joséphine que l’im- | Patience jalouse de prendre publiquement son , Tang d’epouse de l'intendant, au risque de | l'exposer à la disgrâce et à la ruine.

—J'ai donné, dit-il, à cette fille d’un obs-

Cur gentilhomme un nom déjà grand et destiné à devenir encore plus illustre, je lui fais parta- i

ger ma fortune et ne lui demande qu’un peu de

patience Pour proclamer sa £randeur ; et cette ; || emme capricieuse et orgueilleuse préfère ris- i |} quer de ine perdre plutôt que de rester quelque | | temps encore dans l'obscurité où elle vit de- | PUS Son enfance. C'est se jouer de moi.

—Si madame veut se laisser conduire comme les circonstances le demandent, observa

Deschesnaux, nous pouvons encore sortir d’embarras.

il faut qu’elle

; Jusqu'à que le gouverneur et sa famille soient loin d'ici, et plus long-

temps encore ; car jamais ils ne pourraient me pardonner ma Supercherie, s'ils venaient à ap-

prendre, avant d’avoir quitté le Canada, que je suis le mari de Joséphine Pezard de la Touche.

—Cependant, M. l'intendant, il faut prendre un parti.

J] n'y a rien à faire, rénondit celui-ci avec découragement. Je suis comme un homme qui, gravissant un roc entouré de précipices, se voit tout à coup arrêté à quelques pas du sommet, alors que le retour est impraticable ; je touche au faîte, je ne puis l'atteindre, et sous mes pieds s'ouvre un abîme prêt à m'engloutir.

— Jugez mieux de votre position, M. l’intendant. Si nous tenons votre mariage secret, rien n'est encore désespéré. Je vais trouver madame. Elle ine haïit parce qu’elle sait que je vous ai toujours manifesté une vive opposition contre ce qw’elle appelle ses droits. Mais dans ce moment elle m’écoutera probablement, lorsque je lui aur:i exposé le danger dans lequel un mot imprudent peut vous plonger.

—Non, Deschesnaux, j'ai réfléchi : j'irai moi-même parler à Joséphine. Allons, suivezmoi.

Deschesnaux, malgré toute la répugnance qu’il éprouvait à se rendre à cet ordre, fut forcé d’obéir. Ils arrivèrent à la porte de la chambre où la mallieureuse femme était couchée sur un lit de repos. Klle tourna ses regards au bruit de la porte qui s'ouvrait, et, apercevant d'abord Deschesnaux, elle s’écria en se levant debout :

—Misérable ! verez-vous pour exécuter un de vos abominables nrojets ?

; Puis, voyant M. Hocquart, qui semblait hésiter à entrer, comme enchaîné par la honte, elle ajouta en se calmant:

—Mon mari ! mon cher mari ! Ah! si tu savais comme je suis affligée de la scène de ce matin |! Mais en te revoyant, je suis heureuse.

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—Hélas ! balbutia M. Hocquart, tu m'as perdu !

—Moi ! comment aurai-je pu nuire à celui que j'aime plus que moi-même ?

—Je ne veux pas te faire de reproches inutiles, Joséphine, mais n’es-tu pas ici malgré mes ordres les plus formels, et ta présence ne nous met-elle pas en péril tous deux ?

—Serait-il vrai ? dit-elle avec l'accent de la douleur. Oh! Pourquoi y resterais-je plus longtemps ?

—Retourne, Joséphine, :.Lourne de suite au manoir de la Rivière-du-Loup, consens à porter pendant quelque temps encore le titre de Mme Deschesnaux, et tout sera réparé pour le mieux.

—Quoi ! mon mari, tu veux me renvoyer dans cette funeste maison ? et c’est à ta Joséphine que tu donnes le honteux conseil de s’a-

vouer l'épouse d'un autre, et cet autre c’est Deschesnaux !

n’as aucun motif de le mépriser comme tu fais.

—Aucun motif de le mépriser.… répéta-t-elle en rougissant plutôt d’indisnation que de colère ; et c'est mon mari qui me parle ainsi ! Non, non, je ne le reconnaîtrai jamais un instant, un seul instant, pour mon époux. Plutôt l'abandon, plutôt la misère, plutôt Ja mort que ce déshonneur !

—Mais ce ne sera qu’un déguisement motentané, reprit l’intendant, irrité de cette onposition, Tu m'as Compromis par ton désir empressé de te mettre en i auquel je t'ai donné droit à la condition notre mariage resterait secret. Il faut faire à

présent ce que ton imprudence a rendu néces- Saire.

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