PAR UM. THÉAULON ET CAPELLE
Reprëiw ntée, poor la première Ma, sur le théâtre du Vanderille, le 34 mai 4813.
Le rôle d'Arlequin, assez gentiment tenu par M. Bonnet, était joué par un artiste depuis longtemps oublié.
C’était Laporte, le seul homme, me disait Levassor, capable de rendre arec un talent aussi remarquable le personnage le plus fantastique de la comédie italienne.
Il avait la spécialité de cet emploi, et les auteurs de l’époque se seraient bien gardés d’écrire une pièce dans laquelle n’eât pas paru Laporte sous les traits du fantoche de Bergame.
Son succès, d’ailleurs, fut si grand, si complet dans Arlequin afficheur, qu’il faut compter par centaines les représentations qu'on donna de cette pièce, chose d’autant plus extraordinaire, qu’au commencement de ce siècle les affiches n'étaient point stéréotypées comme de nos jours.
Un spectacle d’un mois fournissait une carrière honorable et
enviée. Maintenant, cent représentation» passent inaperçues, et les pièces, huit jours après qu'on les a vues, s'elTacent de la tné. moire. Heureusement I
Au mois de janvier dernier, un- incendie terrible dévorait en quelques heures le mobilier de notre confrère d'Ennerj.
On craignit, pendant un moment , que le feu ne gagnât le théâtre de la Porte Saint-Martin, dont notre homme est le plus proche locataire.
Le mal n’eût pas été aussi grand qu’on le peut croire.
Le charpentier dramatique du boulevard Saint-Martin, en communiquant un peu de son feu à certains artistes de la troupe dont M. Mare Fournier est le général en chef, eût acquis par cela même, dans l'estime des habitués du théâtre, une place qui reste encore vacante à l’heure qu’il est. .
La chose la plus iriste, dans tout cela, c’est que l’auteur de la Grâce de Dieu est réduit, depuis ce temps, à la plus affreuse misère. Ses petites économies ont été détruites sans qu'on ait pu même essayer de les arracher au brasier.
On avait parlé d’ouvrir une souscription nationale pour offrir, à celui qui fit le Médecin des enfants, un meuble en acajou pour le consoler de la perte de l'ancien.
— Qu’on l’achète en noyer, répondit simplement le père du Château de Pontalec en apprenant cette nouvelle, car le noyer seul est à l’abri du feu.
Montrons-nous indulgent pour le mot; il s’agit ici d’un homme cruellement éprouvé; la cervelle ne résiste pas à des assauts semblables.
11 parait qu’au plus fort du désastre, deux ours monstrueux s'étaient échappés du logement embrasé et parcouraient le macadam au grand effroi des directeurs, qui passaient au même instant.
- Stti —
iNos iovesligations nous autorisonl à déclarer ()u il n en est résulté aucune calaslropbe.
Les deux ours, poursuivis à outrance, ont été anéantis par Delaage.
Jusqu’ici, le fameux écrivain spirite n’avait encore tué que des mouches ; ce coup d’essai dans la chasse à la grosse hôte le place au premier rang de nos illustrations cynégétiques.
Après ceci, que puis-je raconter?
L’histoire du paravent de mademoiselle Boisgontier.
Ce n’est ni long, ni moral. Deux chances de plaire.
L’aimable soubrette, étant aux Variétés, jouait un rôle qui l’obligeait à changer de costume dans la coulisse, à deux pas du pompier. Elle se déshabillaitde la tête aux pieds et se rhabillait des pieds à la tête. '
Pendant quelques soirs elle ne se plaignit pas, bien qu’on eût n^ligé de lui placer un paravent pour abriter ses charmes, mais après plusieurs représentations, et sa pudeur étant alarmée, elle demanda le régisseur.
— ; Ab çà, mon petit, lui dit-elle, est-ce qu’il n’y aurait pas moyen d’avoir un paravent derrière lequel je pusse me cacher î Ce n’est pas pour moi, mais c'est pour le pompier 5 tous les soirs il voit mon cou, et ça peut le gêner, c’t’hommel
Je retrouve dans un recueil intitulé : Le Papillon, recueil qui s’imprimait au commencement de ce siècle, un curieux spécimen de critique théâtrale.
J’en donne ici quelques extraits qui pourront intéresser mes lecteurs.
Le premier concerne le Théâtre-Français.
Le Tuici dans toute son intégrité :
La société qui gouverne ce théâtre, n’a donné cette année que einq pièces, dont quatre ont eu une chute complète. La cinquième, qui avait eu du succès, a dû être retirée par l’auteur, pour des raisons particulières.
Autrefois les comédiens français montaient quinze à vingt pièces par an, sans compter les remises. Ils n’étaient pas plus de trente-deux ; aujourd’hui qu’ils sont cinquante-trois ou ein* quante-cinq, ils ont de la peine à monter quatre pièces et dix à douze remises. Cette paresse tient à plusieurs causes.
l” Les congés. Autrefois on n’en donnait qu’à cinq ou six chefs d’emploi; aujourd'hui on en donne à tout le monde, de- t puis le premier rôle jusqu’au confident. Ces absences font des vides dans une pièce montée, qu’il faut alors suspendre. Les premiers partis sont à peine de retour, que les autres s’en vont faire aussi une petite récolte en province; et, depuis Florence jusqu'à la souveraine Raucourt, chacun veut en tâter.
10 Le défaut de règlement, ou 1a facilité de l’enfreindre. Autrefois les gentishommes de la chambre avaient l’autorité nécessaire pour le faire exécuter. Ils fixaient les représentations des pièces nouvelles, et les acteurs obéissaient. Un mois suffisait pour apprendre et monter une tragédie en cinq actes; aujourd’hui il en faut cinq, et encore n’est-t^lle pas sue.
11 nous serait possible d’indiquer d’autres causes de cette négligence, mais nous ne voulons'pas fouiller jusqu’au fond du sac.! Nous attendrons les règlements qu’on annonce, pour voir s’ils seront mieux observés, et si le public n’aura plus à se plaindre de voir, quatre jours de la semaine, le spectacle rempli par des pièces usées, et toujours confiées aux doubles.
La Maison donnée, comédie en un acte, représentée le 24 vendémiaire. Malgré les acteurs, qui ont montré la plus grande opiniâtreté pour faire aller cette pièce jusqu’à la fin, elle n’y est pas arrivée, les sifflets l’ont emporté, et la comédie est tombée.
Chute complète et méritée. L’auteur a gardé l’anonyme.
Alhamar, tragédie en cinq actes. Le 5 frimaire. Cette pièce.
loale faible qu’elle était, s’est traînée jusqu'au cinquième acte, et s’est achevée au milieu dn trouble et des sifQcts.
Édouard en Éoosse, drame historique en trois actes. Le 29 plu* vidse. Vaincu à la bataille de Culloden, le malheureux Édouard, poursuivi à travers les rochers, se déguisant de mille manières pouréchapperà ses ennemis, ne parvient, qu’après mille dangers et comme par miracle, à regagner les vaisseaux français, et à se soustraire à une mort infamante.
Des ordres supérieurs ayant arrêté les représentations de cette pièce, nous n’en rendrons pas compte.
Le Roi et le Laboureur, tragédie en cinq aotes. Le 46 prairial. Laissons en paix les morts.
JuHette et Bekourt, comédie en trois aetes et en vers libres. Le 19 prairial. C’est la même pièceque le Banquier, comédie en trois actes et en prose, donnée, il y a cinq ans, au théâtre Montansier. Seulement on l’a mise en vers, et quels vers ! SifOée à la première représentation, Julietie osa. se remontrer une autre fois, et ne fut pas plus heureuse. Son père prit le sage parti de la retirer et de la condamner à l’oubli.
Ne dirait-on pas que tout cela est écrit d’hier?
Au moment d’achever ce livre, je cherche, mais vainement, quelque chose qui soit un épilogue.
S’il commence à peine, il finit encore moins. Les lecteurs s'en contenteront-ils?
Mon effronterie me le fait espérer.
Dieu veuille que cela suffise I