IGOR., X
U autorité et la libené sont deux éléments constitutif de notre vie morale. On les retrouve dans toutes les conditions : dans la nation , dans la famille , dans les relations de chef à ouvrier, de maître à domestique.
Il faut la liberté pour conserver à chacun sa responsabilité individuelle.
Il faut l'autorité pour que notre liberté ne nous devienne pas fatale à nous-mêmes.
Le protestantisme possède ces deux éléments dans leur plus grand développement.
L'autorité religieuse , je veux dire l'objet , la source de la foi, la règle souveraine de la con-
duite , le but suprême de toute aspiration , se trouve , pour le protestant , en Dieu et en Dieu seul.
Par condescendance pour notre faiblesse. Dieu a rendu cette autorité accessible , humaine , en Jésus-Christ, Et comme Jésus-Christ n'a pas voulu perpétuer son règne d'une manière visible sur la terre , il a consigné Texpression de sa vérité et de sa volonté dans la sainte Ecriture ^ de laquelle un de ses apôtres a dit « qu'elle est tout inspirée et propre à enseigner, à corriger, à convaincre et à formef l'homme à la justice (1). »
Dans l'origine les prophètes et les apôtres proclamèrent de vive voix la Parole de Dieu ; mais Dieu, qui connaît les faiblesses de notre infidèle mémoire et les écarts de notre imagination mensongère , a voulu laisser au milieu de ses enfants un monument inaltérable de sa vérité en la confiant à des écrits qui ont été transmis d'âge en âge sans aucune altération importante. Ces écrits s'appellent la Bible ou le Livre , la sainte EcriPure, Ils se composent , comme chacun sait , de V Ancien Testament , contenant la première alliance donnée à Israël , ancien peuple de Dieu , et le Nouveau Testa-
(l)SJTim.,ffl, 16,
ment, contenant les conditions de la nouvelle alliance de grâce donnée au peuple chrétien , qui est aujourd'hui le véritable Israël du Seigneur.
Il y a bien aussi une tradition vivante de la vérité ; je veux dire que dans tous les âges il y a eu de vrais chrétiens qui annoncent la pure vérité par leur parole et par leur vie , et qui se succèdent , non par la génération naturelle , non par un ordre politique ou sacerdotal , mais par une filiation spirituelle , c'est-à-dire parce qu'ils croient aux mêmes vérités et sont enfants du même Père suprême , et frères dans la même grande famille ; mais comme il nous faut une règle pour discerner cette voix de la vraie Eglise de Jésus-Christ et pour la distinguer de tant de voix humaines qui retentissent autour de nous, comme il nous faut une pierre de touche pour séparer l'or pur de tant de métaux sans valeur, comme il nous faut une loi suprême entre tant d'interprétations de la pensée de Dieu , le Seigneur nous a donné le Livre auquel nous pouvons en référer pour savoir où est la vérité salutaire. Cette règle , cette loi suprême , cette autorité irrécusable , c'est la Parole de Dieu.
Aussi , lorsqu'on nous demande quel est le chef qui nous gouverne dans notre religion , nous répondons : Jésus-Christ , unique et divin
Fils de Dieu, expression de la présence et de l'amour de Dieu, est notre seul chef. Et quand on nous demande où nous pouvons nous instruire de ses volontés et de ses promesses^ nous répondons :
La Bible , toute la Bible , rien que la Bible (1).
Voilà notre autorité : nous n'en vouions point d'autres. Qu'on examine nos croyances et nos pratiques à l'aide de cette règle souveraine. Si l'on nous prouve que nous nous sommes égarés , soumis à l'autorité de la Parole de Dieu , nous ne craindrons point de nous rétracter ; mais tant que nous pourrons justifier notre foi , la Bible à la main , nous marcherons avec assurance dans notre voie, et nous persisterons à (ffoire que nous sommes dans la vérité évangélique et dans le bon et sûr chemin de la vie éternelle.
Mais afin que cette autorité produise sur ses enfants une influence salutaire , moralisante , Dieu nous donne la liberté, c'est-à-dire qu'il
(i) Par une confusion, dont nous ne comprenons pas bien Porigine, une foule de personnes entendent par la Bible seulement Thistoire de rAncien Testament. Je prie le lecteur de se rappeler que dans tout le cours de cet ouvrage nous prenons ce mot dans son vrai sens , à savoir , toute la Parole de Dieu contenue dans les livres canoniques de YAnden et du Nouveau Testament,
nous propose la vérité ; mais il ne nous l'impose pas ; il veut notre soumission , non par crainte , mais par amour ; il veut régner , non sur dei^ esclaves , sur des cadavres , mais sur des âmes vivantes qui se donnent le voulant et le sachant. Aussi Jésus-Christ disait-il à ses apôtres : <c Je ne vous appelle plus serviteurs , car Tesclave ne sait <% que son maître fait, mais je vous appelle mes omis, parce que je vous ai enseigné tout ce que j'ai appris de mon Père (1).» Et cette contrainte que Dieu ne veut pas exercer sur nous, à plus forte raison n'autorise-t-il aucun homme à l'exercer sur ses semblables.
Aussi , laissant au milieu de nous sa Parole , il nous a donné la liberté de la lire , de l'étudier, de la sonder, afin que notre conviction soit fondée sur une connaissance personnelle , sentie , approfondie de la vérité même. C'est pourquoi les prophètes et les apôtres ont rédigé les saints livres en langue vulgaire , c'est-à-dire dans les langues le plus généralement comprises de leur temps : l'Ancien Testament en hébreu , le Nouveau en grec. Voilà aussi pourquoi les réformateurs les ont traduits dans les langues parlées dans les pays où ils voulurent propager ces saintes vérités ; Luther les traduisit en alle-
(1) Jean, XV, 15.
— ao —
mand pour les Allemands , Wiclef en anglais pour les hommes de son pays , Calvin en français pour notre patrie ; et voilà pourquoi la grande Société biblique ^ qui embrasse le monde entier dans sa propagande chrétienne , a fait traduire et imprimer la Bible en près de deux cents langues différentes. Cacher la Bible au peuple , c'est l'asservir ; c'est substituer aux élans d'une foi libre , spontanée , cordiale , les influences énervantes d'une religion de vaines pratiques et d'obscurantisme. Cacher la Bible au peuple , c'est faire injure à l'humanité en lui dérobant un privilège que Dieu lui a conféré ; c'est faire injure à la religion qui, au lieu de repousser la lumière , doit l'appeler et la répandre , et qui n'a le droit de se cacher que lorsqu'elle a peur, c'est-à-dire lorsqu'elle a tort ; c'est faire injure à Dieu en doutant de la clarté, de l'efiBcacité , de la suflSsance de sa Parole pour convaincre et sauver ; c'est élever le commentaire au-dessus du texte, la tradition au-dessus de la loi écrite , l'œuvre de l'homme au-dessus de l'œuvre de Dieu , le prêtre au-dessus de Jésus-Christ.
Nous reconnaissons , il est vrai , que la Parole de Dieu renferme encore des obscurités et des mystères ; et où n'en trouve-t-on pas ? Les interprétations de ceux qui s'annoncent pour
infaillibles en sont-elles donc exemptes î Nous reconnaissons aussi que sous le régime de la liberté les chrétiens pourront interpréter TEcriture sainte de diverses manières ; et peut-on l'empêcher, et les interprètes qui se donnent pour infeillibles sont-ils donc à l'abri de toutes variations ? Mais nous estimons que fermer le Livre ou le soustraire aux yeux de ceux qui ont le droit de le lire et de l'étudier n'est point un moyen d'atténuer ces diflBcultés. S'il est des révélations obscures, remarquez qu'elles le sont surtout pour ceux qui ne cherchent pas à s'en instruire ; la Bible sera-t-elle plus claire pour les Français parce qu'ils ne la liront qu'en latin , ou parce qu'on ne leur permettra d'en lire que des fragments? La Bible contient des obscurités ; mais ces obscurités touchent à l'essence de Dieu qui est mystérieuse par elle-même , et faut-il, à cause de ces ombres, se priver des clartés, des enseignements simples et accessibles dont elle abonde et qui font à la fois du Livre divin la nourriture saine et substantielle des esprits élevés , le lait léger et doux des enfants et des hommes simples ? fleuve , comme le dit un chrétien des premiers âges , assez profond en certains lieux pour permettre à un éléphant d'y nager, et pas assez ailleurs pour qu'un petit agneau ne puisse le traverser à gué.
La Bible.
A la loi et au témoignage I EsAïB, vn,20.
Je vous conseille avant tout , mon cher lec^ teur, de vous procurer une Bible (1). Sans ce précieux volume, vous serez complètement impuissant pour décou\Tir et comprendre la vérité chrétienne. Tant que vous ne pourrez recourir à ce témoignage irrécusable, vous serez également désarmé pour repousser Terreur qui s*est glissée dans le christianisme traditionnel et pour accepter, avec une entière confiance , la vérité qui domine dans le christianisme vraiment évangélique. Croyez-moi , sans Tétude de la Bible , vous resterez dans le vague et dans l'incertitude sur la grande question religieuse, sinon dans une déplorable et stupide ignorance.
Possesseur de la Bible , ayez soin de vérifier les diverses citations que nous empruntons au texte sacré.
(1) On Verra plus loin, dans le chapitre intitu^ la Bibliothèque deê protestants^ comment on peut se procurer des Bibles de tous formats et à tous prix.
— SS- II est dit de la Bible qu'elle est divinement inspirée (1) , c'est-à-dire que les écrivains des divers livres qui la composent n'ont point été abandonnés aux inspirations de leur propre génie, ni livrés aux incertitudes de leur mémoire d'homme ; mais que l'Esprit de Dieu était en eux , leur dictant ce qu'ils avaient à transmettre aux âges futurs y et donnant à leurs écrits la forme la plus propre à faire comprendre à tous sa suprême pensée. C'est par le Saint-Es-* prit qu'ils ont rappelé , avec une entière certitude , les événements cachés dans les ténèbres du passé et ceux que l'avenir recèle dans son sein ; c'est par le Saint-Esprit qu'ils ont rendu témoignage avec une admirable simplicité de ce qu'ils avaient vu et entendu eux-mêmes ; c'est par le Saint-Esprit qu'ils ont proclamé le conseil de Dieu, les promesses de sa grâce, les vérités émanées de la sagesse suprême.
La Bible est composée de soixante-six livres , répartis en deux groupes importants. V Ancien Testament, ou livre de l'alliance de to toi, en contient trente-neuf, qui ont pour but de nous transmettre les faits qui se sont accomplis et les vérités qui ont été révélées avant la venue de Jésus-Christ au monde. Le Nov/oeau Testa-
(l)2Tim.,IIl, 16.
ment, ou livre de Talliance de grâce , en contient vingt-sept, qui nous rapportent l'histoire de Jésus-Christ , les actes des apôtres et les dogmes et préceptes caractéristiques du christianisme.
Les livres de l'Ancien Testament sont : historiques , savoir : la Genèse , V Exode , le Léoitique y les Nombres, le Deutérorimne , Josué, les Juges f Ruthj deux livres de Samuel, deux Ivores des RoiSj deux livres des Chroniques, Esdras , Néhémie et Esther ; moraux : Job , les Psaumes, les Proverbes, YEcclésia^te, le Ca/ntique de Salomon ; prophétiques : Esaïe , Jérémie, les Lamsntations de Jérémie , Ezéchiel, Daniel, Osée , Joël, Amos , Abdias, Jonas , Michée , Nahu/ïïi , Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie etMalachie.
Les livres du Nouveau Testament sont : historiques : les quatre Evangiles rédigés par sairtt Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean , et le livre des Actes des apôtres rédigé par saint Luc; moraux ou dogmatiques : les Epitres, ou lettres, aux Romains, deux aux Corinthiens, aux Galates, omx Ephésiens, aux Philippiens , aux Colossiens , deux aux Thessahniciens , deux à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux , de saint Jacques , deux de saint Pierre , trois de saint Jean , de Jude ; prophétique : Y Apocalypse de samt Jecvn^
Ces livres forment ce qu'on appelle le canon des saintes Ecritures , ce qui signifie qu'ils constituent la règle ou la loi sur laquelle les chrétiens fondent leur foi , leur conduite et leurs espérances.
La collection des écrits de l'Ancien Testament a été formée et arrêtée par les Juifs , qui en avaient été chargés spécialement par l'ordre de Dieu (1), et celle des livres du Nouveau Testament par le consentement général des premiers chrétiens, au milieu desquels le Saint-Esprit agissait d'une manière si puissante pour leur donner le discernement des esprits (2).
C'est donc par une double tradition qui se contrôle elle-même et qui se complète , que nous possédons la Bible. Toutefois , ce n'est point en aveugles que nous acceptons cette tradition : elle a été étudiée, critiquée, jugée avec un soin extrême. Le caractère et les bornes de ce petit ouvrage ne nous permettent pas de donner même le plus léger aperçu de ces immenses travaux ; qu'il suffise de dire que toutes les Eglises chrétiennes s'accordent à reconnaît
(1) Rom. , m, 2. Les oracles de Dieu leur ont été confiés. Ils nous les ont transmis avec une scrupuleuse fidélité que nulle Eglise chrétienne n*a jamais révoepiée en doute.
(2) Actes, II, n. Vos fils et vos filles prophétiseront. — 1 Cor , X1Y, 32. Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes.
tre pour divinement inspirés les écrits dont j'ai donné les titres ci-dessus.
On trouve , dans quelques éditions de la Bible, des livres non compris dans ce catalogue. On les nomjne livres apocryphes. Quelque intérêt que ces ouvrages puissent présenter au point de vue historique et moral , nous les rejetons avec soin des éditions en usage dans nos Eglises , parce qu'ils sont étrangers à la Parole divine à laquelle il est défendu de ne rien ajouter. Ni les Juifs, chargés de conserver les oracles do Dieu , ni la primitive Eglise ne les ont acceptés pour inspirés (1). Jésus-Christ ne les a jamais cités, et lorsqu'il parle des livres de l'Ancien Testament il nous en donne le catalogue complet en se bornant à la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Ils portent en euxmémos le caractère évident de leur origine tout humaine. L'auteur desMaccabées s'excuse auprès de SOS lecteurs s'il a tenu un langage peu élevé ou s'il s'est écarté de la vérité. Il admet dans ses ouvrages des erreurs et des contradictions patentes ; il y préconise le suicide , comme nous voyons l'approbation du mensonge dans Tobie.
(i) Parmi les Pères les plus illustres , nous citerons M^liton, Justin Martyr, Origône, Tertullien, Eusèbe, Jérôme, Athanase, Hillaire, etc., auxquels il faut ajouter les décisions expresses du concile de Laodicée (A. D. 364).
Telles sont , en abrégé , les raisons qui ont décidé les protestants à ne point admettre les apocryphes au rang des livres inspirés de Dieu , et à conserver le livre divin pur de tout alliage , comme le faisaient les chrétiens des premiers âges.
Quant à la vraie et complète Parole de Dieu contenue dans les livres canoniques de TAncien et du Nouveau Testament, les protestants se font un devoir de la posséder dans leurs familles et de la répandre autour d'eux. C'est leur droit, c'est leur devoir. Nous avons des éditions du saint Livre pour tous, pour les pauvres comme pour les riches, pour les vieillards dont la vue est affaiblie et même pour les aveugles. Lorsque nos jeunes gens font leur première communion, l'Eglise leur donne un Nouveau Testament. Lorsque nous bénissons des mariages, nous remettons aux époux un exemplaire de la Bible ; nous la lisons dans nos Eglises , nous la lisons dans le secret de notre cabinet , nous la lisons chaque jour dans l'assemblée de la famille , nous pouvons la lire en voyage ; car nos sociétés bibliques l'ont fait imprimer sous un très-petit format portatif; nous avons des lecteu/rs de la Bible qui vont de lieu en lieu lisant la Bible au pauvre peuple illettré , dans les chaumières et dans les champs , et
jusque dans les bivouacs et sur les vaisseaux. Cacher la Bible ou l'ensevelir dans le silence serait pour nous un péché. « On n'allume point une lampe pour la mettre sous un boisseau , disait le Maître , mais on la pose sur un chandelier , afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison (1). »
Nous lisons la Bible avec un saint respect :
c'est la Parole de notre Dieu. Nous la lisons avec humilité ; qui sommes-nous pour avoir été les objets d'une si grande faveur ? Nous la lisons dans un esprit de prière , demandant à Dieu qu'il nous donne , par son Esprit , une claire intelligence de sa révélation , et surtout qu'il pénètre notre cœur de ses saints préceptes ; nous la lisons avec diligence et en appliquant à cette étude toutes nos connaissances déjà acquises, toutes les facultés intellectuelles et morales dont Dieu nous a doués-. Nous la Usons avec foi ; car Dieu ne peut nous tromper, et nous sommes sûrs que , si nous nous en tenons à l'intelligence simple et naturelle de l'enseignement de Dieu , nous marcherons dans la voie de la vérité. On a dit que chaque protestant avec sa Bible était un pape ; on voulait se moquer en parlant ainsi ; toutefois , il y a aussi
(l)Matai.,T, is,
quelque chose de vrai et de sérieux dans cette parole plaisante. Le chrétien simple de cœur, mais peu instruit, pourra facilement se tromper dans Texplication des passages obscurs ou contestés ; mais sûrement il ne s'égarera point sur ce qu'il y a de fondamental et de salutaire pour son âme dans la révélation de Dieu, «t Sondez diligemment les Ecritures, disait Jésus- Christ ; car vous estimez avoir par elles la vie éternelle , et ce sont elles qui rendent témoignage de moi (i). »
Or, voici ce que nous avons trouvé dans la Bible :
Dieu.
Un senl Dien et Pire de toas.
EPBâs. . IV, 6.
Nous croyons en un Dieu personnel, toutpuissant , éternel , infini , invisible , présent partout , spirituel , indépendant , souverain , tout sage , saint , juste , bon , miséricordieux , fidèle et parfait en toutes choses.
La Bible nous donne de Dieu les idées à la
(1) Jean. V, 39.
fois les plus élevées et les plus accessibles lorsqu'elle dit que Dieu est esprit, Dieu est lumière , Dieu est vérité , Dieu est amour.
Dieu est unique dans son essence. Dans sa personnalité, il s'est manifesté dans le Père , dans le Fils , dans le Saint-Esprit ; souveraine et adorable trinité qui est un mystère comme tout ce qui se rapporte à la nature et à l'essence de Dieu , pour l'exposition de laquelle les expressions manquent, que nous connaissons mieux par son œuvre dans nos cœurs que dans son principe céleste , et qu'un apôtre a révélé dans son action sur les chrétiens , quand il les représente comme élus^ selon la prescience de Dieu le Père, par l'Esprit sanctifiant , pour obéir à Jésus-Christ et pour obtenir V effet de V aspersion de son sang (1).
« L'Ecriture sainte nous enseigne , dit notre antique confession de foi, qu'en cette seule et simple essence divine que nous avon& confessée , il y a trois personnes : le Père , le Fils et le Saint-Esprit. Le Père , première cause , principe et origine de toutes choses ; le Fils , sa Parole et sa science éternelle ; le Saint-Esprit , sa vertu puissante et efficace. Le Fils éternellement engendré du Père, le Saint-Esprit pro-
(1) 1 Pierre, 1,3.
cédant actuellement de tous deux : les trois personnes non confuses , mais distinctes , toutefois non divisées, mais d'une même essence, éternité , puissance et égalité. »
Approchons-nous de Tabîme , non pour en sonder témérairement les profondeurs, mais pour pénétrer nos âmes d'un saint respect ; approchons-nous de la montagne sainte, non pour en franchir avec audace les cimes inaccessibles , mais pour nous reposer à son ombre et pour nous appuyer sur ses bases inébranlables ; approchons-nous de Dieu, non pour le « voir et mourir, » mais pour nous pénétrer de son amour et l'adorer I
Nous croirions pécher contre ce Dieu en lui prêtant nos passions , notre partialité , nos haines, nos injustices. Nous croirions lui faire injure en faisant de sa glorieuse personne des images peintes ou taillées, en le trompant par un culte de forme où notre cœur serait étranger et distrait , en attentant à des droits souverains par des actes d'oppression et de violence contre ceux qui ne croient point en lui ou qui blasphèment son nom, en réduisant la religion à des pratiques stériles ou à une foi d'apparence et de paroles, en substituant à ses commandements des commandements d'Eglises , c'est-à-dire des ordonnances d'hommes.
La Provldencse.
Je ne vons abandonnerai point.
HéB.,Xin,5.
Nous appelions Providence le tendre soin que Dieu prend de toutes ses créatures et particulièrement de ses enfants sur la terre. Il s'est montré souverain dans la création ; dans la Providence , il se montre à nous surtout sous les traits d'un père. La Parole de Dieu, depuis la première jusqu'à la dernière page, abonde en passages qui dépeignent la tendresse de notre Créateur sous les aspects les plus touchants : c'est un berger qui conduit , nourrit , défend son troupeau ; c'est un agriculteur qui prodigue ses soins à sa vigne ; c'est un ami qui se tient à côté de son ami pour l'encourager, le consoler, l'instruire ; c'est une mère qui enlace son flls de ses bras protecteurs, qui le réchauffe dans son sein ; c'est un père qui s'irrite , mais qui pardonne , qui éprouve , châtie , mais qui le fait par amour pour corriger et sauver ; c'est le Dieu bon, pitoyable, lent à la colère, abondant en grâces , qui soutient le monde , qui
défend ses élus, et qui « fait luire son soleil sur les justes et sur les injustes... (1). »
Notre Dieu s'appelle le Dieu vivcmt, parce qu'il n'est pas relégué dans le silence et l'inaction ; mais il nous enceint de sa présence ; il agit sans cesse autour de nous et pour nous. Il fit autrefois des miracles pour établir l'Evangile , c'est-à-dire son dessein d'amour et de miséricorde qui est son plus grand miracle , et s'il n'en fait plus de nos jours , c'est qu'ils ne sont plus nécessaires , c'est que la vérité parle d'elle-même, c'est qu'il veut que nous marchions par la foi et non par la vue, ce qui est un progrès' de plus dans la vie spirituelle et morale ; ce n'est pas qu'il cesse d'agir ou qu'il se soit éloigné de nous : bien au contraire/, il agit sans cesse , il agit en nous, il veut faire de notre cœur son temple. Pensée bien douce , pleine de consolation ; pensée grande et terrible aussi , qui remplissait le cœur de David quand il s'écriait :
a Où irai-je loin de ton Esprit , où fuirai-je pour me soustraire à ton regard ? Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche dans le sépulcre , t'y voilà. Si je prends les ailes de l'aube du jour et que je me loge au delà de la mer,
(l)Matth., V,45.
là même ta main me conduira. Si je dis : Au moins les ténèbres me couvriront !... la nuit même sera une lumière autour de moi ; même les ténèbres ne me cacheront point à toi et la nuit resplendira comme le jour, et les ténèbres comme la lumière (1) ! »
Et c'est parce que nous croyons à la Providence, que nous ne croyons point au hasard et que nous ne le craignons point ; c'est parce que nous croyons à un gouvernement du Dieu fidèle et vrai que nous chassons la superstition qui enseigne à craindre un pouvoir inconnu ; c'est parce que nous croyons que Dieu nous entend et qu'il veut nous répondre , que nous le prions ; c'est parce que nous savons qu'il nous voit , que nous marchons avec précaution et avec crainte ; et c'est enfin parce que nous croyons à sa tendresse et à son amour, que nous marchons avec confiance et avec courage.
Il est vrai que nous voyons trop souvent le méchant prospérer sur la terre (2) , que les afflictions nous assaillent et des accidents de tout genre nous menacent ; que nous rencontrons à chaque pas la tentation et l'épreuve (3)... Mais ces accidents appartiennent à un ordre de choses
(1) Ps. CXXXIX, 7-12. —(2) Job, XXI, 7, U. - (3) Jacq., I, ♦3. U.
où Dieu veut laisser les hommes se développer dans la liberté, s'instruire par Taffliction, s'améliorer par le combat. La vie présente est un temps de préparation et d'épreuve. Dieu gouverne , mais il ne contraint pas ; il nous propose la vérité, mais il ne l'impose pas ; sa prescience n'est point un fatalisme ; sa providence n'est point un despotisme : Dieu veut le cœur de ses enfants , mais il veut que ce cœur se donne librement, joyeusement, sincèrement.
I^e salut.
Vous êtes sauvés par grâce.
Ephés. . II . 8.
Le premier homme, Adam, chef de la race humaine , placé sur une terre enrichie de tous les bienfaits de Dieu , a péché contre son bienfaiteur suprême et a entraîné dans sa disgrâce toute sa descendance.
Les honmies de toutes les races et de tous les temps apportent avec eux en naissant des penchants à l'égoïsme , à la sensualité , à la ruse , au mensonge , à la révolte , à l'orgueil.
Tous pèchent contre Dieu, c'est-à-dire qu'ils
«« "^"^ « -aL^ L . .y i^w
suivent leurs propres penchants , de préférence à la volonté suprême du Seigneur.
Le péché est une transgression de la loi (1), » soit que cette transgression se manifeste dans les actions , dans les paroles , soit qu'elle se manifeste dans la pensée et dans les désirs.
Dieu, qui est saint et juste, ne peut traiter le péché avec indifférence. Il n'y a point de petits péchés. Tout péché est détestable à ses yeux. Sa ^ volonté est que nous soyons saints , car lui-^ même est saint.
Dieu réserve un salaire au péché; ce « salaire, c'est la mort (2). »
La mort , ce n'est pas seulement la destruction plus ou moins rapide et douloureuse de notre corps : c'est le tourment et la dégradation de l'âme (3).' L'âme qui pèch^ ne saurait être heureuse (4) ; elle porte en elle-même un ver rongeur, et, pour comble de maux, elle s'associe au péché , elle en fait son aliment , elle en devient l'esclave (5) ; elle avance de chute en chute jusqu'à ce qu'elle tombe pour toujours entre les mains du Dieu vivant , qui la juge et la condamne selon ses mérites (6).
Tous les hommes ont péché (7) , tous se sont
(1) Jean, III, 9. — (2) Rom. , VI, 23. — (3) Ezéch., XVIII, 4.
— (i) Esaïe, LVII, 21. - (5) Jean, VIII, 34. — (6) Apoc, XXII, 11.
— (7) Rom. m, 22.
montrés ingrats envers le Père et rebelles à sa volonté, tous sont condamnés par la justice, tous souffrent en attendant qu'ils meurent.
La sentence est déjà prononcée et n'attend plus que l'exécution.
Dieu aurait pu abandonner les hommes à cet état de misère et à cette chute fatale ; mais il ne l'a pas fait. Il est amour. Il a écouté la voix de sa compassion, le conseil de sa tendresse paternelle.
Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie.
Ce dessein de miséricorde s'appelle I'Evan-
GILE (i).
Il a été accompli par Jésus- Christ : Jésus- Christ , conçu du Saint-Esprit dans le sein de Marie, vierge née à Bethléem, de la race royale de David.
Jésus- Christ a été au milieu des hommes la marque empreinte de la Divinité. Il en possédait toute la plénitude ; il a été déclaré , par la révélation , Dieu sur toutes choses , béni éternellement (2). En lui la Divinité était unie à l'humanité parfaite , ayant été capable de partager toutes nos souffrances et nos infirmités, excepté la souillure et le péché.
(1) Ce mot signifie bonne nouveUe, — (2) Rom., IX, 5. Jean, 1, 1« .
Il est parfaitement homme et parfaitement Dieu.
Le but suprême de la venue de Christ a été sa mort sur la croix.
Sa mort est représentée dans TEcriture nonseulement comme l'exemple du ^lus sublime dévouement , mais comme une expiation. « Jésus-Christ est l'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (1). Il a porté nos péchés en son corps sur la croix (2) ; il est mort,. lui juste, pour nous injustes (3). » C'est pourquoi il a été appelé Jésus, ce qui signifie Sauveur.
Nous avons un témoignage que le Sauveur devient notre Sauveur, lorsque nous croyons en lui (4).
Croire en Jésus- Christ ou avoir la foi en Jésus-Christ c'est reconnaître notre propre misère morale ; c'est sentir que , quelque valeur relative que nous puissions avoir vis-à-vis des hommes , devant Dieu , qui connaît le fond de nos cœurs, nous ne valons rien et nous ne pouvons rien. C'est ensuite lever nos regards vers Jésus-Christ comme on le fait vers un libérateur tout-puissant, accepter sans détour et sans réserve le salut gratuit (5) qu'il nous a mérité par
(1) Jean, 4, 29. - (2) Gai., III, 13. Tite, II , U. — (3) 1 Pierre , ni , 18. — (i) Actes, XVI, 31 . — (5) Ephés., II , 5.
son obéissance et par sa mort. C'est enfin désirer, en retour de tant d'amour que le Père nous a manifesté , de lui donner notre cœur , de lui consacrer notre vie, de nous conduire d'une manière qui lui soit agréable en le glorifiant dans notre corps et dans notre esprit qui lui appartiennent.
Si nous avons une telle foi, nous sommes disciples de Jésus-Christ et nous avons un signe certain que nous sommes enfants de Dieu (1), non enfants déshérités comme ce fils prodigue qui avait abandonné sa famille, mais enfants rétablis dans la faveur du Père, enfants adoptés de Dieu, héritiers de Dieu, héritiers avec Jésus- Christ de la vie éternelle.
Pour nous préparer à la gloire à venir , pour nous rendre capables de la désirer, de la comprendre et de la goûter. Dieu envoie à ses disciples son Saint-Esprit (2). Les enfants de Dieu sont de la race de Dieu ; l'Esprit de leur Père est désormais en eux.
C'est le Saint-Esprit qui , agissant sur leur cœur, les éclaire sur leur état spirituel et leur fait désirer un Sauveur. C'est le Saint-Esprit qui ouvre leurs yeux pour leur faire trouver en Jésus-Christ un libérateur tout-puissant (3). C'est
(1) Rom., vin, 16, 17. — (2) Luc , XI, 15. - (3) 1 Cor., XII, 3,4,6.
le même Esprit qui leur donne l'assurance qu'ils sont du nombre des disciples de Jésus-Christ et des enfants chéris du Père (1). C'est le Saint- Esprit qui incline leur cœur à la vraie piété , c'est-à-dire à l'amour de Dieu et à la soumission à sa suprême volonté (2). C'est le Saint- Esprit qui chasse de nos cœurs l'égoïsme , la sensualité , l'avarice , l'orgueil , l'incrédulité. C'est le Saint-Esprit qui inspire aux chrétiens la patience, la douceur, la charité, le renoncement, la pureté, le courage, la persévérance (3). C'est le Saint-Esprit qui les rend capables d'accomphr les œuvres de justice et de miséricorde que le Seigneur demande de ses enfants , non comme cause méritante de leur salut, ce qui serait détrôner Jésus-Christ, et lui dérober sa gloire , mais comme une preuve que nous sommes à lui , un témoignage de la présence de son Esprit dans nos cœurs , et un moyen puissant de glorifier le Père céleste à la face du monde (4). Enfin, c'est le Saint-Esprit qui nous donne Vassurcmce (5) de notre pardon et de toutes les grâces qui en découlent : grave question à l'égard de laquelle nous ne saurions demeurer dans le vague et l'incertitude , et pour
(1) Rom., Vm, 15, 16. — (2) 1 Jean, lU, 9, 10. — (8) Gai.,. V, 17, 22, 23. — (4) 1 Jean, UI, 9, 10. — (5) Ephés., 1, 13, U,
laquelle nous trouvons dans l'Ecriture inspirée du Saint-Esprit une réponse directe , positive , complète , une absolution certaine , satisfaisante , divine , devant laquelle toutes les absolutions et toutes les condamnations prononcées par les hommes perdent leur puissance et leur valeur (1).
Lecteur! pénètre-toi des principes exprimés dans ces cinq pages. Tu en trouveras la pleine confirmation et le développement dans la Parole de Dieu , notre seule autorité souveraine. Reçois-les donc dans ton cœur , et tu vivras.
Gomment échapperons-nous si nous négligeons un si grand salut ?
luiQ. morale clirétfeime.
Je TOUS donoerai on nooTeaa cceor et un esprit noateau.
EziGB., XXXVI. i6.
La morale ne précède pas la doctrine chrétienne : eUe en est la conséquence et la confirmation. Lorsque le cœur est sous l'influence
(1) Lisez tout le YIII» chapitre de répîtr&anx Romains.
d'une forte conviction , il devient capable de grandes choses. « Faites l'arbre bon , disait le Sauveur , et le fruit sera bon. »
Dans le chapitre précédent, qui nous montre que dans l'œuvre de notre rédemption ou de notre salut tout est grâce de la part de Dieu , nous avons un témoignage éclatant de l'amour de Dieu envers nous. « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui croiront en lui ne périssent point mais qu'ils aient la vie éternelle (1). » « Nous aimons Dieu , parce qu'il nous a aimés le premier (2). » Le principe de la morale n'est donc pas l'intérêt ni la crainte , qui ne produisent rien de bon , mais c'est l'amour. Aussi le premier et le plus grand commandement, celui qui fait la base de tous les autres, est ainsi conçu : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute tu pensée (3). Le second commandement, qui n'en est qu'une conséquence toute naturelle , est : Tu aimsras ton prochain commue toi-même. Tous nos devoirs trouvent leur principe dans ces deux commandements.
A l'école de l'Evangile , le fidèle apprend à cravndre Dieu ; car il est écrit : Dieu est misé-
(1) Jean, III, 16. -(2) 1 Jean, IV, 1». — (3) Matth., XXD,37.
ricordieux , afin qu'il soit craint (1) ; — à se confier en lui , car il est écrit : Déchargez- vous sur lui de tout, ce qui peut vous inquiéter, car lui-même prendra soin de vous (2) ; — à lui obéir^ car il est écrit : Si vous m'aimez, gardez mes commandements (3); — à respecter son nom , car il est écrit : Son nom est saint et terrible (4) ; — à trcwailler à sa gloire , car il est écrit : Faites tout pour la gloire de Dieu (5) ; — à l'adorer, car il est écrit : Servez l'Etemel avec allégresse , venez devant lui avec un chant de triomphe , car il est Dieu (6) ; — à le prier , car il est écrit : Demandez , et il vous sera donné ; cherchez , et vous trouverez ; frappez , et on vous ouvrira (7) ; — à s'humilier profondément devant lui , car il est écrit : Quand vous aurez fait tout ce qui vous avait été commandé, dites encore : Nous sommes des serviteurs inutiles (8) ; — à se soumettre en tout à la direction que Dieu imprime au monde et à dire comme David : Je me suis tu, ô Eternel! et je n'ai point ouvert la bouche , parce que c'est toi qui l'as fait (9) ; — à se dévouer à son service en imitant Jésus-Christ , qui disait : Ma nourriture
(1) Ps. CXXX, 4. — (2) 1 Pierre, V, 7. — (3) Jean, XIV, 15. — (i) Ps. CXI, 9. — (5) 1 Cor., X, 35. — (6) Ps. G, 2, 3. — (7) Matth., VH^ 7. (8) Luc, XVn, 10. - (9) Ps. XXXIX, 9.
consiste à feire la volonté du Père qui m*a envoyé (1).
Mais la loi nouvelle , qui est celle de l'amour et qui nousunit à Dieu par la reconnaissance et le dévouement, comprend aussi tous les hommes dans ses bienfaisants effets , et l'Evangile fait découler de ce principe une foule de devoirs que la charité rend faciles et que l'humilité orne d'une beauté céleste.
. Les paroles suivantes de saint Paul devraient être imprimées en lettres d'or , ou plutôt gravées pour jamais dans nos cœurs :
« Quand je parlerais toutes les langues des hommes et même celles des anges, si je n'ai pas la charité , je suis comme l'airain qui résonne ou comme une cymbale retentissante.
» Quand même j'aurais le don de prophétie , quand je connaîtrais tous les mystères et toutes sortes de sciences, et quand j'aurais assez de foi pour transporter les montagnes , si je n'ai pas la charité, je ne suis rien.
» Quand môme je distribuerais tout mon bien pour la nourriture des pauvres et que je liv^rais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.
(1) Jean, IV, 34.
» La charité est patiente ; elle est douce ; la charité n'est point envieuse ; la charité n'est point insolente ; elle ne s'enfle point d'orgueil ; elle ne se conduit pas malhonnêtement ; elle ne cherche point son propre profit ; elle fie s'aigrit point ; elle ne soupçonne point le mal ; elle ne se réjouit point de l'injustice , mais elle se réjouit de la vérité ; elle endure tout , elle croit tout , elle espère tout , elle supporte tout. La charité ne périt jamais ; maintenant trois choses demeurent : la foi , l'espérance et la charité ; mais la plus excellente est la charité... Recherchez donc la charité (1). >
Sous rinfluenee de ce principe , le chrétien fuit soigneusement Tinjusticè sous toutes les formes, même les plus insignifiantes; il surveille toutes ses actions , de peur que sa probité ne reçoive la moindre atteinte ; il est généreux , expansif, bienveillant, dévoué; il embrasse avec une sainte ardeur les grands intérêts de l'humanité ; il n'est point étranger au bien qui se fait dans le monde ; il y prend une part active selon la mesure de sa fortune y de son influence ou de ses talents ; et quand il n'a plus la pite de la veuve à donner pour les malheureux , il
(1) 1 Cor., XUL
lui reste toujours des larmes de compassion et les prières d'un cœur sympathique.
Une foule de devoirs relatifis découlent de ces devoirs généraux. Le chrétien est attaché à son pays , et il le sert fidèlement en faisant régner autour de lui le bon ordre et la paix. Il se soumet aux puissances établies pour gouverner l'Etat , soigneux de rendre à César ce qui appartient à César, comme il veut rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu. Dans la famille , il est fils respectueux , comme il est écrit : Honore ton père et ta mère (1) ; il est époux fidèle , comme il est écrit : Le mari aime sa femme , comme Jésus-Christ a aimé l'Eglise (2). Il est père prudent et affectueux , instruisant ses enfants dans la vérité , dans la piété et dans la droiture. Dans la société , il est indulgent, sensible , diligent , honnête , tolérant , clément , conformant sa conduite , autant qu'il est possible à la nature humaine de le faire, à l'exemple et aux préceptes de Jésus-Christ.
En se repliant sur lui-même , le chrétien reconnaît enfin plusieurs devoirs qui concernent plus particulièrement l'état, les progrès, la paix de sa propre âme. A l'école de Jésus- Christ, il apprend à supporter les persécutions auxquel-
(1) Exode, XX, 12. —(2) Ephés., V, 25.
les il est exposé de la part des méchants, et les maux qui lui sont dispensés par la Providence, avec courage et résignation ; il vit dans le monde sans permettre que la folie ou l'iniquité du monde le détournent de sa céleste destinée ; mais se conformant aux règles de la sobriété , de la pureté, de la piété pratique , recherchant tout ce qui est véritable , tout ce qui est digne de respect, juste, saint, aimable et de bonne renommée (1) ; offrant à Dieu son corps et son esprit en sacrifice vivant, libre et saint. Au milieu de ces efforts incessants et de cette lutte souvent si douloureuse contre le mal , il ne présume pas de lui-même , comme s'il avait atteint au but : au contraire il cherche constamment en Dieu de nouveaux secours ; il recommence chaque jour le travail et la lutte, et , à l'imitation de saint Paul , il dit avec un mélange d'humilité et de courage : « Pour moi , je ne me persuade pas d'être parvenu à la perfection , mais voici ce que je fais : j'oublie les choses qui sont derrière moi, et, m* avançant vers celles qui sont devant moi , je cours vers le but , savoir , le prix de la céleste vocation que Dieu me propose en Jésus-Christ (2). »
(i) PhiKp., IV, 8. - (i) Philip, m, iâ, u.
La vie à venir.
La mort ne sera pins I
La vie présente est un premier. état qui précède et prépare une vie nouvelle.
Les plus simples données d'une saine philosophie le faisaient pressentir ; le christianisme place ce grand fait en lumière et l'entoure d'une pleine conÔTmation. Pour le croyant , l'attente de la vie à venir acquiert une entière certitude ; il combat , il souffre , il agit en vue de cette glorieuse perspective. II a pour garant de cette attente les promesses de Dieu et le témoignage que le ciel lui a donné dans la résurrection de Jésus-Christ.
Jésus -Christ s'est abaissé jusqu'à notre nature infirme, afin d'élever cette nature à la hauteur de sa gloire.
Vivant en lui , travaillant pour lui , souffrant
et mourant avec lui, nous ressusciterons comme
• lui pour être à jamais glorifiés en lui et par lui.
La mort est uq accident commun à tous, (^ au juste et à l'injuste, à celui qui sacrifie et à ce-
lui qui ne sacrifie pas. » Mais elle ne peut être envisagée par tous de la même manière.
Pour ceux qui vivent sans Dieu dans le monde , présumant orgueilleusement d'eux-mêmes , s'adonnant au péché , vivant selon la chair ,• plaçant leur affection dans les biens d'ici-bas, repoussant Tappel de Dieu et la voix de la conscience , la mort est le roi des épouvantements , l'avenir est une mer ténébreuse et sans rivages ; d'ordinaire ils ne savent où ils vont ; et lorsqu'ils pensent sérieusement , et avec quelque intelligence, de leur état moral et des droits de Dieu , l'horreur les prend ; ils imposent silence à la voix importune d.e la religion ; ils ne veulent pas mourir , parce que , dans le fond de leur cœur , il y a un retentissement de la voix de Dieu qui leur dit qu'un abîme conduit à un autre abîme , que le péché ne peut conduire qu'à la disgrâce et au malheur , et que c'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant (1).
Pour les justes , je veux dire pour ceux qui, de pécheurs qu'ils étaient comme le reste des hommes , sont devenus justes par la foi, la mort revêt un tout autre aspect. Elle peut être encore environnée de terreurs , car elle peut être ac-
(1) Lisez : Matth., XV, il, 46. Marc, IX, 4, 6, 47; VIU, 12.
coinpagnée d'un cortège de douleurs physiques et de cruelles séparations; mais, au point de vue de la vie de Tâme , elle est dépouillée de tout ce qui en fait pour l'incrédule un objet d'effroi. Job peut s'écrier au milieu des étreintes d'une affreuse maladie : <c Je sais que mon Rédempteur est vivant ! » Saint Pierre, en présence des cruelles persécutions qui affligent l'Eglise, peut dire : t Nous attendons. Seigneur, selon ta promesse , de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habite. » Saint Paul , dépassant , par un élan de sa foi , l'horizon si borné de notre vue humaine, contemple les triomphes du Rédempteur et peut dire : « mort ! où est ton aiguillon ? sépulcre ! où est ta victoire ? Gloire à Jésus-Christ par qui nous avons la victoire ! »
Mais que dis-je ? pour le croyant , à proprement parler , la mort n'est plus. Dès le moment qu'il croit , il entre dans la vie. Celui qui croit au Fils , dit l'Ecriture , a la vie. Remarquez cette expression : Il a la vie (1). Il entre, par la foi ,*dans un nouvel élément impérissable de vie , d'activité , de félicité ; état encore imparfait ici-bas, mais qui prendra son glorieux développement lorsque le Seigneur re-
(1) 4 Jean, V, lO-iS.
viendra ressusciter notre chair , enlever ses élus loin de la vue du mal , régner glorieusement au milieu d'eux et les introduire dans une éternité de bonheur indicible...
a Après la mort , le jugement (I). »
Cet état d'étemel bonheur ou d'étemel malheur sera déterminé par le jugement. Ce n'est point une affaire de hasard , de caprice, d'autorité arbitraire , mais de justice , justice infaillible et irrécusable de Celui qui connaît les secrets des cœurs , qui apprécie nos intentions autant que nos actions , qui ne dépassera pas la mesure ni en deçà ni au delà, mais qui rendra à chacun ce qui lui est dû.
Il y a un ciel et il y a un enfer, non comme les hommes nous les dépeignent , selon les couleurs que leur prodigue leur imagination féconde et désordonnée , mais tels que l'Ecriture nous les dépeint , en nous disant et la beauté ravissante de la foi , de l'espérance et de la charité, et la hideuse laideur de la désobéissance , de l'ingratitude , du péché.
Il y a un ciel et un enfer. Il n'est donné ni à la sagesse ni à l'autorité humaine, en dehors de la sagesse et de l'autorité du Seigneur , de nous les ouvrir ou de nous les fermer. Celui
(1) Hâ*., IX, rî.
qui se tient à la porte est Jésus-Christ. c< Il ouvre, et personne ne ferme; il ferme, et personne n'ouvre (1) ; » et , annonçant à chacun les conséquences naturelles, inévitables et fatales de ce qu'il est et de ce qu'il peut attendre , il dit : « Que celui qui est souillé se souille davantage , et que celui qui est juste le devienne encore plus (2). »
Oui , il y a un ciel et un enfer. Il n'y a point d'état intermédiaire qui ne soit ni le bien, ni le mal , ni la vérité , ni l'erreur , ni le bonheur , ni le malheur, ni le ciel, ni l'enfer. Il y a une route large et facile qui conduit à la désobéissance et à l'abîme ; il y a une route difficile et étroite qui conduit au bien et à la félicité. Il n'y a pas une troisième route que nous nous choisirions pour y trouver à la fois les gloires de la piété et les délices du péché. « J'ai placé devant vous , disait Moïse , la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisissez donc la vie, afin que vous viviez à toujours (3). »
Après la mort... le jugement; non le purgatoire. Le purgatoire que Ton place après la mort est une pure invention dont on sait bien aujourd'hui quel étrange profit on peut tirer ; doctrine qui n'a pas pour elle un seul mot de
(1) Apoc., m, 7. - (î) Apoc, mi, H. —(3) Deut,, XXX, 49.
— sala Parole de Dieu et que nous repoussons, nous protestants , comme antichrétienne , puisque toute la révélation confirme la pensée que le jugement suit la mort et précède l'éternité. Le vrai purgatoire, en prenani ce mot dans son sens le plus élevé , s'accomplit sur la terre. C'est sur la terre qu'a lieu la régénération , la conversion, et son fruit béni, la sanctification, a Le sang de Christ nous purifie de tout péché (1). Bienheureux, dès à présent, ceux qui meurent au Seigneur (2). La mort est engloutie par la vie (3). Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu, par Jésus-Christ (4). » Donc, pas de purgatoire après la mort. Travaillons donc pendant qu'il fait jour , et n'attendons pas la nuit pendant laquelle nul ne pourra travailler. Et que chacun de nous dise du fond de son cœur : « Que je meure de la mort du juste et que ma fin soit semblable à la sienne (5) ! »
(1) IJean, 1 , 7. — (2) Apoc, XIV, 13. — (2) 2 Cor., V, 4. (i) Rom , V, 1. — (5) Nomb., XXIII, 10.
I^es anges*
Je me jetai à terre pour me prosterner anx pieds de l'ange qui me montrait ces choses , mais il me dit : Garde-toi de le fliire. car je sais ton compagnon de service et le compagnon de les frères les prophètes, et de ceox qni gardent les paroles de ce livre. . . Adore Dien 1 . . .
Apoc..XXn.8,9.
Les protestants croient à l'existence des anges. Pourrions-nous, en effet, limiter la création de Dieu à l'étroite sphère que nous habitons , et les êtres raisonnables et sensibles , objets de ses tendres soins, à notre race déchue ? En nous parlant de V armée des cieux l'Ecriture ne fait pas exclusivement allusion aux étoiles et aux autres corps célestes , mais elle désigne des myriades d'êtres bienheureux qui peuplent des sphères resplendissantes de lumière et qui jouissent à jamais, dans une sainte activité , d'une gloire sans mesure et sans fin.
Ces êtres intelligents et bienheureux s'appellent anges (messagers), soit parce qu'ils accomplissent la volonté de Dieu saintement , promptement et joyeusement, soit parce que le
Seigneur a parfois choisi quelques-uns d'entre eux pour accomplir des messages spéciaux.
Quelle est la nature caractéristique des anges, leur figure , leur nombre , leur mode d'action , leurs demeures? Ces questions nous feraient sortir du domaine de la grande question qui concerne notre régénération et notre salut pour nous lancer dans le domaine de l'imagination , où tant d'âmes se laissent égarer. Ici la Parole de Dieu ne nous promet plus de nous guider.
Sachons nous arrêter humblement et sagement dès les abords de cette route fertile en écueils.
Les anges sont supérieurs à l'homme , nous ayant devancés dans la création et dans la jouissance des grâces de Dieu ; toutefois , les hommes jugeront les anges (1) ; car un jour toutes les voies de Dieu doivent être justifiées aux yeux de toutes ses créatures. Les anges s'élant identifiés avec la volonté de Dieu se réjouissent des bénédictions accordées à là terre ; c'est pourquoi il est écrit : qu'il y a t)lus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui s'amende que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance (2).
Les anges sont proposés à notre imitation (3), jamais à notre adoration. Pour justifier l'opinion
(i) 1 Cor., VI, 3. -(2) Luc, XV, 7. - (3) Matlh., VI, 10.
des protestants à cet égard, il suffit de rappeler la déclaration formelle exprimée dans l'épigraphe placée à la tête de ce chapitre. L'ange réprouva saint Jean , qui , dans son extase , se prosternait à ses pieds. Je ne suis , lui dit-il , que ton compagnon d'œuvre : adore Dieu !
D'autres anges , créés primitivement semblables à ceux dont nous venons de parler , abusant de leur liberté morale , choisirent la voie de la malédiction en désobéissant à Dieu. Nous ignorons quel fut leur péché. Quelques expressions de l'Ecriture nous donneraient à penser qu'ils se rendirent coupables de calomnie. Le nom de diables, par lequel on les désigne, signifie calomniateurs; dans l'Apocalypse, le démon est appelé V accusateur des frères; le nom de Satan signifie à peu près la même chose.
Jésus-Christ, dans ses discussions avec les Juifs, l'appelle le menteur , le père du mensonge. Les autres noms que l'Ecriture donne aux démons expriment l'idée des vices les plus exécrables. Ici, c'est le destructeur; là, le prince des ténèbres; ailleurs, Vange de l' abîme , le lion rugissant ^ le dragon, le serpent, V ancien serpent, le tourmenteur, le mewtrier , le séducteur, celui qui pécfia dès le commencement.
L'inimitié de Satan contre Dieu se manifeste surtout par sa haine pour les créatures chéries
du Seigneur, que Saint Paul représente comme ayant à lutter contre « les principautés et les puissances, contre ceux qui ont l'empire des ténèbres de ce siècle ,. contre les malins esprits qui agissent à présent dans les enfants de rébellion. »
Les conclusions que les protestants tirent de ces révélations appartiennent à un ordre moral élevé. Gomme ils s'abstiennent de faire des images des anges bienheureux , de peur de porter atteinte à la dignité de qes esprits glorifiés , et surtout de peur de favoriser un culte superstitieux que Dieu a condamné , ils s'abstiennent aussi de donner à l'esprit du mal les formes grotesques dont les artistes l'ont affublé ; car ils craignent, soit d'affaiblir par le ridicule des idées sérieuses et élevées , soit d'entretenir des terreurs qui ont en général un caractère plutôt charnel que religieux.
La contemplation du monde des esprits^ étranger à celui dont nous faisons partie, élève nos idées de la grandeur , de la sainteté et de la justice de Dieu , et nous excite à nous tenir sur nos gardes , afin que nos cœurs ne se laissent point séduire et que nous soyons fidèles à Celui qui est venu écraser la tète du serpent et détruire pour jamais les œuvres des ténèbres.
ILieS IMlIlltB.
Soyes nints , car je sois saint.
IPuimi.Uie.
Avant que les croyants fussent appelés chrétiens^ nom qui leur fut donné à Àntioche plu* sieurs années après la résurrection de Jésus- Gbrist , on les appelait les disciples, les poâ* faits, les saints. Quand donc nous disons saint Pierre, saint Paul, saint Jean, nous voulons simplement rappeler que ces illustres personnages étaient du nombre des premiers disciples : de sorte qu'il n'y aurait aucune irrévérence à retrancher cette épithète , qui ne fut jamais unie au nom des apôtres dans les récits évangéliques ni dans les titres grecs des livres sacrés.
Le mot saint signifie séparé , séparé de Terreur et du mal ; nous croyons que tous les vrais chrétiens, et non quelques-uns seulement, sont, par le fait de leur régénération, sanctifiés, c'està-dire placés sur la route de la sainteté vers laquelle ils progressent sans cesse par les secours du Saint-Esprit.
Quand saint Paul dit que « saDs la sanotiâ*
cation nul ne verra le Seigneur (1) , » quand Dieu dit : « Soyez saint , car je suis saint (2), » la sainteté nous est représentée comme le par* tage de tous ceux qui ont cru , et non de quelques-uns, distingués des autres, élus parmi les élus, aristocratie céleste proposée aux hommages , que dis-je ? au culte du reste de l'Eglise. Ce sont les légendes fabuleuses du moyen âge qui ont défiguré l'histoire des plus illustres seirviteurs de Dieu, entretenant parmi le peuple de dangereuses superstitions, encourageant un culte qui trop souvent touche à une idolâtrie délirante , et ajoutant à la légende des vrais saints des noms qui n'ont jamais eu aucun droit à y figurer.
A ce mal, nous ne voyons de remède que la doctrine simple et sanctifiante de la Parole de Dieu , qui sans cesse nous détourne de la créature pour nous ramener au Créateur, qui nous rappelle sans cesse la nécessité de la sainteté personnelle , la souveraineté de la grâce divine qui la produit en nous, et le salut complet et gratuit que Jésus-Christ nous accorde sans l'intervention des hommes.
En s'appuyant sur ces principes généraux, ainsi que sur les données de la Parole de Dieu,
(1) Héb., XII, 14. — (2) 1 Pierre, 1, 16.
de rhistoire et du bon sens, les protestants repoussent :
1® La pratique de la canonisation des saints ou les décisions ecclésiastiques qui décident, un siècle après leur mort , que tels chrétiens ont été saints. Il n'est pas donné à rhomme de juger les secrets des cœurs et les décrets du souverain. Dieu seul connaît les siens.
2** La pratique du culte des saints , qui autorise les chrétiens à fabriquer et à honorer des images de leurs personnes , à consacrer à leur mémoire certains jours , à élever sous leur invocation des églises et des chapelles, à se prosterner devant leurs reliques, à espérer des guérisons miraculeuses de l'attouchement de leurs os..., pratiques qui nous paraissent complètement opposées aux déclarations de l'Ecriture , résumées dans cette parole de saint Pierre adressée à Corneille , qui , par un mouvement de reconnaissance , se jetait à ses pieds : Lèvetoi ; je ne suis qu'un homme non plus que toi (1) !
3® La confiance dans Vintercession des saints, doctrine qui attribuerait aux saints reçus dans le repos de Dieu la perfection divine de la toute-présence, ou du moins la connaissance de
(1) Actes, X, 26.
ce qui se passe sur la terre, confiance attentatoire à la gloire de Jésus-Christ , qui veut que nous allions à lui directement et sans intermédiaire (1), et qui nous est représenté comme le seul médiateur entre Dieu et nous (2).
Au lieu de nous laisser distraire par un culte que Dieu n'a point commandé , par des intercesseurs qu'il n'a point institués , par des superstitions qui assoupissent les âmes et voilent aux yeux des simples la face céleste du Père , étudions avec intérêt la vie de ceux qui nous ont devancés, l'histoire authentique des enfants de Dieu qui ont marché dans sa crainte ; non pour exalter les hommes , mais pour glorifier Dieu ; non pour nous appuyer sur les créatures, mais pour chercher les grâces qui leur ont été départies auprès de Celui qui les offre à tous ; non pour admirer les chrétiens , mais pour les imiter en tant qu'eux-mêmes ont été les imitateurs de Jésus-Christ, auquel seul revient tout honneur et toute louange.
(i) Matth., XI, 28. — (2) 1 Tim., II, 5.
Ijêl vierge Marie.
Bienbeureose est eelle qui & cra 1 Loo,I,45.
Croyez-vous à la vierge Marie?... On nous adresse chaque jour cette question ; à quoi nous répondons oui et non.
Non , s'il s'agit de la vierge Marie telle que l'a faite l'imagination des théologiens du moyen âge , et telle qu'on la représente de nos jours dans de nouveaux dogmes considérés comme une hérésie par tant de siècles précédents.
Oui , s'il s'agit de Marie de Bethléem , telle que nous la représente l'Ecriture infaillible de Dieu.
Voulez*vous donc vous faire une idée juste de la croyance des protestants sur la bienheureuse mère de Jésus-Christ ? prenez l'Ecriture sainte , et cherchez-y tous les passages qui la concernent.
Dieu dit au Tentateur, après la chute d'Adam : « La postérité de la femme t'écrasera la tête (1). »
(1) Gen., III, 15.
Nous concluons de ces paroles que le Sauveur du monde devait descendre de la postérité adamigue.
<c Voici , dit Esaïe , de la part de Dieu , une vierge sera enceinte , et elle enfantera un fils , et on appellera son nom Emmanuel (1) ; » ce qui nous enseigne que le Sauveur, naissant d'une vieige par la puissance du Saint-Esprit , réunirait en sa mystérieuse nature Tessence d^yine et l'humanité parfaite : ce que signifie le nom d'Emmanuel (Dieu avec nous).
Saint Luc nous apprend que « Dieu envoya l'ange Gabriel à une vierge fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David, et cette vierge s'appelait Marie, et l'ange lui dit : Je te salue , toi qui es reçue en grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre les femmes. Et comme Marie était troublée de son discours , l'ange lui dit : Marie , ne crains point , car tu as trouvé grâce devant Dieu ; tu concevras et enfanteras un fils , à qui tu donneras le nom de Jésus. Alors Marie dit à Tange : Comment cela se fera-t-il , puisque je ne connais point d'homme? Alors l'ange répondit : Le Saint-Esprit surviendra en toi , et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c'est pourquoi aussi le
(1) Esaïe, Vn, 1|.
saint enfant qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu. A quoi Marie répondit : Voici la servante du Seigneur ; qu'il m'arrive selon que tu m'as dit (1). »
Les protestants concluent de ces paroles, ainsi que de celles qui les précèdent et qui les suivent :
Que la prophétie d'Esaïe citée ci-dessus s'est accomplie en Marie de Bethléem ;
Que Marie a été choisie entre toutes les femmes pour être la mère-vierge du Sauveur des hommes ;
Qu elle avait été reçue en grâces, ou, comme il est dit plus loin , qu'elle avait trouvé grâce devant Dieu ;
Que Marie elle-même reconnaît qu'elle n'est que l'humble servante du Seigneur.
Plus loin l'évangéliste nous montre Marie visitant sa cousine Elisabeth ; ces deux saintes femmes se communiquent mutuellement leurs joies et leurs espérances.
« Tu es bénie entre les femmes, s'écrie Elisabeth , et le fruit que tu portes est béni. Et d'où me vient que la mère de mon Seigneur vienne me visiter? Heureuse est celle qui a cru , car les choses qui lui ont été dites de la
(1);Luc, I, 26-38.
part du Seigneur auront leur accomplissement.
» Mon âme magnifie le Seigneur, reprend Marie dans un saint transport ; mon esprit se réjouit en Dieu qui est mon Sauveur, parce qu'il a regardé à la bassesse de sa servante. Et voici que tous les âges m'appelleront bienheureuse , car le Tout-Puissant m'a fait de grandes choses ; son nom est saint (1). )>
Dans ce touchant dialogue , Marie reconnaît que toute la gloire de la rédemption revient à Dieu ; elle déclare que Dieu est son Scmceur , ce qui implique qu'elle-même n'était pas immaculée et qu'elle participait au péché de la race d'Adam. Les âges l'ont depuis déclarée bienheureuse, parce qu'elle a été l'instrument choisi pour introduire Jésus-Christ dans' le monde , et parce que , selon la parole d'Elisabeth , elle a cru à la promesse. Enfin , elle est appelée la mère du Seigneur et non la mère de Dieu , titre qui ne se rencontre nulle part dans l'Ecriture sainte et qui établirait une impossibilité , car nulle ne peut être la mère de son Créateur.
Dans l'Evangile selon saint Matthieu (2), nous apprenons que « Joseph ayant voulu renvoyer Marie en secret , l'ange de Dieu lui fut envoyé pour lui dire : Joseph, ne crains point de pren-
(1) Luc, I, 39-55. - (2) Chap. I.
dre Marie pour ta femme, car ce qu'elle a conçu est du Saint-Esprit ; elle en&ntera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus , car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. Joseph donc, étant réveillé de son sommeil , fit comme l'ange du Seigneur lui avait commandé , et prit sa femme ; mais il ne la connut point jusqu'à ce qu elle eût enfanté son premier-né , et il lui donna le nom de Jésus. »
Les protestants concluent de ces paroles de l'Ecriture que Joseph a légitimement et réellement épousé Marie , de laquelle il a pu avoir d'autres enfants, ce que plusieurs textes subséquents font croire être arrivé réellement.
Saint Jean raconte qu'aux noces de Cana le vin étant venu à manquer, Marie dit à son Fils : « Ils n'ont plus de vin ! » A quoi le Sauveur répondit : « Femme , qu'y a-t-il entre toi et moi? mon heure n'est pas encore venue. »
A ces paroles , Marie , se tournant vers les serviteurs de la maison, leur dit : « Faites tout ce qu'il vous dira (1). »
De ces discours, les protestants concluent que Jésus-Christ n'autorise point l'intervention de Marie dans la distribution de ses grâces et dans l'exercice de son ministère; ils en concluent
(1) Jean,II, l-M.
aussi que, ramenée à une idée plus juste de ce ministère , Marie détourne la confianœ de ceux qui s'étaient adressés à elle pour la diriger tout entière vers le Seigneur en les exhortant à faire tout ce qu'il leur commanderait , vérité qui se trouve confirmée par les deux traits suivants :
Un jour, Jésus étant dans une maison encombrée par la foule, on vint lui dire que « sa mère et ses frères étaient dehors et qu'ils demandaient à lui parler ; à quoi le Seigneur répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères? Alors, étendant la main sur ses disciples , il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de mon Père qui est aux cieux , c'est celui-là qui est mon frère et ma sœur et ma mère (1). »
Une autre fois « un cri s'éleva du sein de la foule : « Bienheureuses les mamelles qui t'ont allaité et les flancs qui t'ont porté* » — Dites plutôt , réplique le Sauveur du monde , bienheureux ceux qui écoutent mes paroles et les mettent en pratique (2).
Plus tard nous retrouvons Marie au pied de la croix ; son divin Fils la confie à son disciple bien-aimé^ et l'Ecriture ajoute qu'il en prit soin jusqu'à sa mort. L'Ecriture fait encore une fois
{l)Matth.,XI.--(2)Luc,XI,27.
— esmention de Marie et nous la représente dans la compagnie des apôtres , des frères de Jésus et des saintes femmes. Elle ne se trouve point au premier rang dans cette assemblée de l'Eglise , mais au troisième ; elle ne réclame pas les prières des fidèles , mais elle se joint à eux pour prier. Elle est à la place que la foi lui a assignée parmi les chrétiens ; chrétienne elle-même, l'objet de notre vénération , de notre imitation , en tant qu'elle a été une chrétienne humble , sincère, bénie de Dieu ; jamais l'objet de notre adoration, jamais notre intercesseur, car Jésus est notre seul intercesseur, lui seul nous sauve et nous bénit directement et sans intermédiaire.
Aucune des épîtres apostoliques destinées à nous faire connaître les doctrines de l'Evangile et les règles de notre conduite ne fait mention de Marie. Saint Paul, saint Pierre, saint Jean , qui la recueillit chez lui , gardent à son égard un silence significatif qui justifie la croyance et les pratiques des chrétiens protestants sur le Marianisme. L'Apocalypse, qui nous révèle l'avenir de l'Eglise , ne parle nulle part de Marie ; le silence que ce livre garde sur ce sujet prouve au moins que l'avenir ne renferme aucun nouveau dogme inconnu aux premiers chrétiens, et imposé à la foi de ceux qui leur succéderaient.
En dehors de ces déclarations scripturaires et authentiques de la Parole de Dieu, tout ce qui a été dit de la jeunesse, de Tassomption et des miracles de Marie , est rangé par les protestants parmi les traditions que le Seigneur placerait , s'il venait encore prêcher au milieu de nous , à côté de celles qu'il reprochait aux scribes de son temps comme obscurcissant les commandements de Dieu.
D'un autre côté , qu'on ne s'imagine pas que si les protestants refusent un culte à Marie , ils agissent en cela par irrévérence ou par incrédulité. Bien au contraire, leur opposition à des pratiques et à des croyances contraires aux déclarations les plus formelles de l'Ecriture de Dieu démontre leur respect pour Celui qui nous Ta donnée comme règle infaillible de notre foi ; et quant à la vénération due à la mémoire de celle qui fut choisie et bienheureuse entre les femmes, les protestants croiraient lui faire injure en lui prêtant un caractère de majesté qu'elle n'a jamais possédé, en lui adressant un culte et des prières qu'elle n'a jamais réclamés, en comptant sur une intercession qu'elle n'a jamais offerte. Les protestants désirent donner à Marie , dans leur cœur et dans leurs croyances , la place qu'elle occupe dans la Parole de Dieu , ni plus ni moins. Que son humilité , sa
docilité, sa douceur servent d'exemple à nos épouses et à nos mères; que sa foi et sa résignation dans les indicibles douleurs qui lui furent ménagées soient un encouragement pour les chrétiens de tous les âges ; mais à Dieu seul soit la gloire du salut par notre seul et toutpuissant médiateur Jésus-Christ !
Oà U y a deiit oa trois personnes a blées en mon nom , je sais an milien d'elles.
MATTH.,XVni.20.
Il règne dans le monde une grande confusion sur l'application du mot' Eglise. Aller à l'Eglise signifie pour tous se rendre dans l'édifice consacré au culte du Seigneur. La puissance de l'Eglise signifie, pour quelques-uns, la puissance des prêtres. Dans son sens évangélique , le mot Eglise signifie assemblée. La véritable Eglise n'est donc ni le temple de pierre , élevé par la main des hommes , ni le clergé ou le prêtre, mais l'assemblée des chrétiens ou des disciples de Jésus-Christ , le peuple de Dieu tout entier. Ainsi le mot France , dans son sens le plus élevé, indique non-seulement le terri-
toire peuplé par les Français , non-seulement le monarque et les magistrats , OEiais l'ensemble de la nation , distinguée par la puissance , l'intelligence et le caractère qui lui sont propres.
Les protestants distinguent l'Eglise visible et l'Eglise iimisible.
L*Eglise visible est composée de tous ceux qui professent par leur naissance , par leur position , par leur adhésion tacite ou ouverte , croire en Jésus-Christ. L'Eglise invisible est composée de tous ceux qui ne se contentent pas d'une profession extérieure, mais qui croieni réellement dans le Rédempteur des hommes.
Si croire et professer étaient une même chose sur la terre , la distinction entre l'Eglise visible et l'Eglise invisible disparaîtrait. C'est ce qui arrivera dans le ciel , patrie glorieuse de l'Eglise triomphante.
Le Seigneur lui-même établit cette distinction dans sa parabole de l'ivraie et du bon grain (1). « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé de bonne semence en son champ. Mais pendant que les hommes dormaient , son ennemi vint , qui sema de l'ivraie parmi le blé et s'en alla. Et après que la semence eut poussé et qu'elle eut produit da
(i) Matth., Xm, 24-30.
jfruit, l'ivraie parut aussi. Alors les serviteurs du père de famille lui vinrent dire : Seigneur, n'as-tu pas semé de bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Et il leur dit : C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui répondirent : Veux-tu donc que nous allions le cueillir ? Et il leur dit : Non , de peur qu'il n'arrive qu'en cueillant l'ivraie vous n'arrachiez le froment en même temps.
Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu'à la moisson ; et , au temps des moissonneurs , cueillez premièrement l'ivraie , et liez-la en faisceaux pour la brûler ; mais assemblez le froment dans mon grenier. »
La même pensée est présentée plus loin sous une autre forme.
« Le royaume des cieux est encore semblable à un filet qui , étant jeté dans la mer, ramasse toutes sortes de choses ; quand il est rempli , les pêcheurs le tirent sur le rivage , et s' étant assis , ils mettent ce qu'il y a de bon à part dans leurs vaisseaux , et ils jettent ce qui ne vaut rien. Il en sera de même à la fin du monde ; les anges viendront et sépareront les méchants du milieu des justes. »
Le filet rempli de toutes sortes de choses , le champ rempli de toutes sortes d'herbes représentent les Eglises visibles. Le bon grain confpndu
pour un temps avec l'ivraie dans le champ , les poissons confondus avec les algues et le limon dans le filet , représentent les vrais croyants , TEglise invisible, Eglise mêlée et confondue pour un temps avec le monde. Le jour de la moisson , le moment où les pécheurs s'assoient sur le bord du rivage , représente le jour du jugement, qui est le moment solennel où l'Eglise véritable, étant séparée de l'Eglise mélangée, deviendra elle-même visible, c'est-à-dire parfaitement pure et glorieuse , prête et parée pour le céleste époux.
Allez à Rome, vous verrez une Eglise catholique romaine ; allez à Genève , vous trouverez une Eglise protestante ; allez à Saint-Pétersbourg , vous trouverez une Eglise grecque dite orthodoxe. Tous les catholiques de Rome sontils de bons et vrais catholiques romains ? Tous les protestants de Genève sont-ils de bons et vrais protestants ; tous les orthodoxes de Saint- Pétersbourg sont-ils de bons et vrais orthodoxes ? Tous ces différents membres de trois Eglises chrétiennes sont-ils de bons et vrais chrétiens? Hélas non! comment discerner les fidèles des infidèles ? Dieu seul le peut ; pour nous » pauvres humains à courte vue , ce discernement est impossible ; l'établir au delà de certaines limites serait un acte de présomption^
Ce que nous voyons c'est une Eglise apparente; ce qui échappe à nos regards , c'est l'EgUse de Dieu. « Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus , » disait Jésus-Christ (1) ; les appelés sont les chrétiens appelés par la naissance /par la prédication , par les sacrements ; les élus se trouvent au milieu des appelés, mais ils ne seront révélés au monde qu'au jour où l'épreuve et le combat auront cessé pour faire place au repos et à la gloire.
Toutefois , quand nous disons de l'Eglise de Jésus-Christ qu'elle est invisible , nous ne le disons pas d'une manière absolue. Car bien que les vrais chrétiens ne soient pas encore complètement manifestés au monde, ils font néanmoins « luire leur lumière devant les hommes (2) ; » ils se séparent de- l'iniquité qui est dans le monde , ils saisissent toutes les occasions qui leur sont offertes de glorifier Dieu à la face de ceux qui le renient. Ainsi nul ne peut nier leur existence et leur foi , mais comme Eglise, comme assemblée , ils sont mêlés et souvent confondus avec le monde, et tant qu'on ne pourra pas produire une assemblée toute composée de vrais chrétiens, nous serons contraints de dire que la véritable Eglise est invisible.
(1) Matth., XXII, li. — (2) Matth., V, lé*
Quelle doit donc être notre conduite dans cet état d'imperfection ?. . .
Nous devons nous unir à celle des Eglises visibles qui se rapproche le plus de ce que la Parole de Dieu nous représente comme l'Eglise véritable. Nous devons chérir l'Eglise de notre naissance si elle possède ces précieux caractères ; nous devons nous en séparer si elle ne les possède pas. Ces caractères distinctifs et essentiels , il importe de les signaler.
Xlll:
I^'E^liee invisible.
Je me suis réservé sept mille hommes de reste en Isra&l, qui n'ont point fléchi leurs genoux devant Banal .
1 Rois, XIX» 18.
Le symbole apostolique nous fournit une exposition suffisante et complète de la véritable Eglise , par cette profession de foi :