‹ Le manuel des chrétiens protestants: Simple exposition des croyances et des pratiques qui lesChapitre 4 sur 20 · JE CROIS A LA SAINTE ÉGLISE UNIVERSELLE, LA COMMUNION DES SAINTS · texte numérisé non relu

JE CROIS A LA SAINTE ÉGLISE UNIVERSELLE, LA COMMUNION DES SAINTS

Ici > l'Eglise est distinguée par deux caractères principaux : elle est universelle ; elle est sainte.

Universelle ou catholique (1), c'esf-à-dire qu'elle n'est point circonscrite par les limites d'un pays, par la prépondérance d'une cité, par l'influence d'un gouvernement. Elle échappe à toute distinction de secte , à toute institution d'homme, à toute discipline temporaire , à toute restriction politique. « En toute nation , dit la Bible , celui qui craint Dieu et s'adonne à la justice , lui est agréable. » Tous ceux qui se réclament du nom de notre glorieux Maître, tous ceux qui , en toute sincérité de cœur, l'adorent et le servent , tous ceux qui le prient avec foi et s'attendent à lui pour leur salut , tous ceux qui , le prenant pour modèle, animés de son esprit, marchent sur ses traces et imitent son exemple de charité çt de dévouement, quels que soient, d'ailleurs , les jugements que les chefs des Eglises visibles peuvent porter sur eux , sont membres de l'Eglise invisible , marqués du sceau de Dieu , désignés pour le glorifier ici-bas et pour partager sa gloire dans le ciel.

La terre elle-même ne limite point l'étendue de l'Eglise ; elle mérite doublement encore le titre d'universelle, en ce que non-seulement elle peut s'étendre sur toutes les familles des hommes , par la répartition du don de la grâce ,

(1) Ëntendons-^nous bien : caihotiquej et non catholique romaine.

pendant leur vie de combats et d'épreuves icibas, mais encore parce qu'elle compte des membres nombreux dans les demeures célestes où les enfants de Dieu se reposent de leurs travaux dans la gloire ineflFable du Chef glorieux de l'Eglise. Il en résulte que celui-ci , seul capable de dominer l'univers par son regard immense , peut seul voir et compter les membres de son Eglise , toujours présente à la vue du Seigneur, qui l'a fondée et la soutient pour sa gloire.

L'Eglise invisible doit aussi être sainte. L'Eglise est la famille de Dieu parmi ses créatures morales , et Dieu ne se plaît que dans la sainteté ; toute souillure se dissipe en sa présence comme devant un feu dévorant. « Christ , est-il écrit , a aimé l'Eglise ; il s'est donné lui-même pour elle , afin qu'il la sanctifiât, après l'avoir nettoyée dans le baptême d'eau et par sa parole , afin qu'il se la rendit une Eglise glorieuse, sans tache , ni ride , ni aucune autre chose semblable , mais afin qu'elle iïït saine et irrépréhensible (1). »

Cette sainteté peut être incomplète et gênée pendant les combats de la vie ; mais l'Eglise au moins la possède virtuellement , et , dans son

(1) Ephés., V, 25.

sein , elle possède tous les éléments féconds de la vraie sainteté.

Elle suppose d'abord la possession et la profession de la vérité , et la vérité en religion ne se trouve que dans l'Evangile , parole inspirée de Dieu , révélation seule destinée à nous montrer la route du ciel. Il s'ensuit que toute Eglise où la Parole de Dieu est mise en évidence, présentée' aux fidèles comme seule règle de leur conduite , seule source de leurs espérances et seule base de leur foi , possède en cela un des caractères distinctifs de l'Eglise dont Jésus- Christ est le chef adorable.

La sainteté dans l'Eglise suppose aussi l'amour fraternel. Ce qui ne signifie pas seulement les actes de la bienfaisance et de l'aumône, mais l'affection mutuelle et l'union intime des âmes. Hors de cette disposition , on ne saurait se flatter d'avoir les moindres rapports avec Jésus- Christ ; il l'a dit lui-même : « C'est à ceci que l'on connaîtra que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » Ce n'est pas sans raison que les auteurs du symbole apostolique proposent à notre foi la comrminion des saints, c'est-à-dire l'union qui doit exister parmi les chrétiens, immédiatement après avoir parlé de l'Eglise sainte et universelle. L'Eglise est un corps dont les membres

sont si dépendants les uns des autres, qu'il est impossible qu'un seul des membres souffre sans que le corps entier en soit affecté. Là où se rencontrent les divisions , les querelles , les discussions , les zizanies , l'intolérance, les persécutions , les haines et l'envie , dites : là n'est pas l'Eglise de Jésus-Christ , là n'est pas sa famille de choix.

La sainteté dans l'Eglise se manifeste encore par la séparation coipplète du monde. Visiblement elle est au milieu du monde , et se mêle avec ses enfants ; mais aux yeux de l'esprit elle s'en sépare et tend chaque jour à s'en séparer davantage. C'est ce que saint Pierre demandait, lorsque, dès sa première prédication, suivie des premiers triomphes de l'Evangile , il disait à ses nouveaux frères : « Séparez-vous de cette génération incrédule et perverse ! » L'Eglise est un principe vivant : que deviendrait ce principe, si ceux qui le professent le prostituaient à un monde qui marche chaque jour à sa ruine ? Chaque pas ^ue le chrétien fait dans la vie est un progrès, chaque battement de son cœur correspond à une bonne pensée , chaque idée dans son intelligence est une vérité que le monde ne soupçonnait pas même, et dont il ne voudrait sûrement pas , s'il la comprenait clairement. Il n'y a donc point de rapport ni de sympathie

réelle entre le chrétien et celui qui ne Test pas, entre l'Eglise et le monde. Nul ne peut servir deux maîtres, et celui qui l'oublie s'expose à servir fort mal l'un et l'autre. Et c'est aussi pour l'avoir méconnu que l'on a vu plusieurs Eglises donner au monde le scandale de l'ambition terrestre , de la cupidité , des envahissements , des désordres de tous genres ; et là certainement n'était ni l'Eglise de Jésus-Christ, ni son influence bénie.

Enfin , la sainteté dans l'Eglise se manifeste dans sa soumission entière et exclusive à son chef, Jésus -Christ.

Jésus-Christ ! voilà l'objet de notre foi , de notre confiance et de nos adorations ! Notre nom de chrétien nous rappelle celui du Crucifié, nos enfants sont baptisés en son nom ; nos communions nous appellent à entourer sa table ; nos fêtes nous retracent les circonstances solennelles de sa vie de douleurs et de triomphes ; nos chaires retentissent de son nom : Christ est le chemin , Christ est la vérité , Christ^HBt la vie. Toutes les fois que ce nom saint est méconnu , oublié, partout où il n'est pas mis en évidence, et son salut proclamé dans toute sa simplicité comme dans toute sa gloire , dites encore : là n'est point son Eglise , là son regard ne distingue point les véritables membres de sa famille chrétienne.

I^'E^llse visible.

Pcmr moi et ma mais» , nous lerrironf l'Eternel.

iosoi, XXIV. 45.

Nous avons défini l'Eglise visible : la réunion des appelés ; mais comme les élus sont au nombre des appelés, il s'ensuit que l'Eglise visible renferme aussi toute l^Eglise invisible. Elle est visible, parce qu'en effet, on peut voir ceux qui la composent, les compter, les nommer, et , jusqu'à un certain point, les classer et juger de leur foi par leurs œuvres. Elle a son influence politique et ses forces statistiques, sa position géographique et son caractère national ; elle a ses jours de prospérité et ses revers ; elle est tour à tour oppressive ou opprimée ; tantôt elle se laisse dominer, acheter, affaiblir, dénaturer par la puissance de César ; tantôt elle saisit les rênes, dirige les peuples et fait trembler les dominations.

L'Eglise visible est une école où Dieu instruit ses enfants , et où il fait entendre ses appels à ses élus. Par l'Eglise , il y a un appel comme nous l'avons déjà dit, dans la naissance, dans

les sacrements y dans les instructions religieuses , dans la prédication de TEvangile , dans la possession de la Bible , dans le commerce des chrétiens.

Il y a donc dans l'Eglise visible des éléments très-divers : on y trouve des enfants et des hommes faits, des forts et des faibles , des ignorants et des sages , des croyants , des indifférents , des formalistes et même des impies. Le filet est jeté sur la vaste mer, et il amène au rivage toutes sortes de choses bonnes ou mauvaises ; mais le moment de les tirer n'est pas encore venu.

La Parole de Dieu , qui détermine d'une manière parfaitement satisfaisante les caractères de l'Eglise invisible, admet une si grande liberté dans sa direction humaine , que l'on doit s'attendre à rencontrer dans les différentes communautés qui la composent la plus grande variété , surtout en ce qui concerne leur administration temporelle et leur gouvernement humain ; de là l'existence des sectes.

Nous touchons ici à un sujet aussi délicat qu'important , auquel il convient de consacrer un chapitre tout entier.

I^es secte».

Dans les ehoses importantes, unité ; dans l88 choses dontenses, diversité; en toutes choses , charité.

8a»t Augustin.

On fait grand bruit des sectes qui caractérisent le protestantisme. On en exagère le nombre , les divergences , les inconvénients. Il est sage de ramener ces faits à leur exacte portée.

L'Eglise invisible est une ; c'est-à-dire que tous les vrais chrétiens, quels que puissent être leur apparence extérieure , le nom qu'ils portent , la société à laquelle ils appartiennent , les formes de leur culte , reçoivent dans leur cœur et dans leur vie les mêmes principes fondamentaux qui sont à la base de l'Evangile , et sans lesquels le christianisme cesserait d'être le christianisme. C'est cette unité que Jésus- Christ prophétisait dans cette belle prière : « Père, qu'ils soient un, comme nous sommes un (1). »

L'Eglise visible , institution qui a son côté

(4) Jean, XVII, 22.

humain , terrestre, et par conséquent imparfait, est divisée. Elle est divisée quand on la considère dans Tensemble de la chrétienté. La chrétienté se compose des chrétiens catholiques romains , des chrétiens protestants , des chrétiens grecs, des chrétiens arméniens , des chrétiens coptes , des chrétiens abyssins , etc.

Si Ton prend chacune de ces branches de la chrétienté , on les trouve subdivisées , même celles qui prétendent le plus à une unité rigoureuse. L'Eglise grecque est divisée , comme on le voit surtout dans la Russie méridionale et dans l'empire ottoman. L'Eglise romaine est divisée , sinon dans la forme de son culte , du moins dans le principe même de l'autorité infaillible , que les uns placent dans le pape seul , d'autres dans les conciles, d'autres dans le pape présidant les conciles, etc. Les protestants sont divisés en diverses dénominations qui font le sujet spécial de ce présent chapitre.

Les sectes sont un état de transition inévitable entre l'unité par l'autorité et l'unité par la liberté. Dans cet état, les esprits sont en travail , les âmes sont éprouvées , la foi se forme et s'épure, et le formalisme disparaît.

Les sectes sont presque toujours un signe évident d'un grand réveil religieux. L'harmonie est plus facile dans le sommeil que dans l'ac-

tivité , et le silence plus complet parmi les morts que parmi les vivants.

Il faut de deux choses l'une: ou imposer l'unité de la foi par l'autorité , alors vous aurez l'unité dans le silence et la mort; ou donner la liberté en supportant la diversité , et alors vous aurez des âmes actives, sincères et vivantes.

I Patience I les sectes ne sont que pour un

1 temps ; laissez donc les hommes chercher la

vérité à leur manière ; quand ils l'auront trouvée ainsi , ils n'en seront que plus conscien-

' cieux et sincères. Permettez donc ce que Dieu

permet et ne maudissez pas ceux qu'il n'a pas niaudits ; qui sait s'il ne permet pas ces divergences transitoires pour prouver qu'on peut être un chrétien pieux , un homme saint , un élu du ciel , hors de telle ou telle institution humaine ?

J'ai souvent trouvé dans des ouvrages hostiles au protestantisme des listes des sectes que Ton donnait comme produites par la Réforme ; ces listes étaient empreintes d'une insigne mau-

; vaise foi dont le résultat était de donner à nos

diversités des proportions et un caractère qu'elles sont bien loin de présenter en réalité. C'est ainsi, par exemple , que quelques auteurs s'obstinent

I à nous rendre responsables de Texistence des

mormons, tandis que ceux qui connaissent cette

communauté savent bien qu'elle s'est mise corn* plétement en dehors de la chrétienté, ayant substitué une Bible de son invention à la sainte Parole de Dieu , et que nous ne voulons pas plus accepter comme protestants ces hommes égarés que nous ne voudrions rendre l'Eglise romaine solidaire des flagellants des anciens temps et des saint-simoniens des temps modernes. Les listes auxquelles nous faisons allusion trompent encore les geiis peu éclairés en faisant autant de sectes des noms qui servent à en désigner une seule. Ainsi j'ai remarqué les noms suivants : protestants, réformés, évangéliques, bibliques, calvinistes. En additionnant , nous avons cinq sectes ; or , celui qui écrit ces-pages est tout cela à la fois , bien qu'il n'ait la prétention d'appartenir qu'à une seule Eglise , savoir : l'Eglise réformée de France. Que dirait-on de celui qui prétendrait que les mots catholiques , romains , papistes , ultramontains indiquent quatre Eglises séparées , tandis qu'ils peuvent être revendiqués par une seule personne ? Enfin on calomnie les sectes protestantes quand on les représente toujours comme prêtes à s'anathématiser les unes les autres , tandis que leurs divergences ne les empêchent point de s'unir fraternellement , soit pour travailler en commun à des œuvres de

piété et de bienfaisance, soit dans Tintimitè plus étroite encore de la prière et de la communion. L'Eglise réformée de France , en particulier, est heureuse d'offrir ses chaires aux prédicateurs fidèles de toutes les dénominations protestantes ; et la grande réunion œcuménique de l'Alliance évangélique a pour objet spécial de rapprocher les chrétiens de toutes sectes sur le ; terrain conmiun de l'orthodoxie évangélique ,

mettant ainsi en himière le grand principe de c< l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. >

Du reste , ce fait .apparaîtra d'autant moins surprenant que l'on saura mieux apprécier l'histoire des sectes et leur caractère distinctif. Une étude approfondie de ce sujet important montrera que les dififérences qui existent entre les protestants tiennent soit à des origines historiques , aux caractères nationaux divers , soit à des divergences relatives au gouvernement ecclésiastique ou à la célébration extérieure du culte , éléments que les protestants considèrent comme étant d'un ordre secondaire quand on les compare aux grands principes fondamentaux i de la foi chrétienne qui concernent directement

! la vie de l'Eglise. Les protestants d'Angleterre

! sont gouvernés par des évêques , ceux de France

le sont par des presbytères ; les premiers se mettent à genoux quand ils communient , tan-

dis que les protestants de France se tiennent debout ; les uns ont de longues liturgies, d'autres en ont de courtes , d'autres n'en ont pas du tout. De bonne foi , écartez ces différences, qui sont peu importantes quand il s'agit du salut et de la vie , et les divergences qui existent entre les Eglises pit)testantes se réduiront à bien peu de chose, comme le prouve d'ailleurs le rapprochement chaque jour progressant qui fait de l'ensemble de ces familles protestantes une grande et compacte unité, que le réveil religieux , l'instruction , le développement de la charité et la bénédiction de Dieu rendent chaque jour plus éclatante et plus féconde.

Eglise rérormée de France.

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