‹ Le manuel des chrétiens protestants: Simple exposition des croyances et des pratiques qui lesChapitre 6 sur 20 · IGOR., XIV · texte numérisé non relu

IGOR., XIV

Au-dessus des conseils presbytéraux se trouvent les consistoires. Ils ont leur siège dans les chefs-lieux autour desquels sont groupés un certain nombre d'Eglises pu paroisses. Ils sont composés du conseil presbytéral du chef-lieu, plus un nombre égal de membres laïques délégués par les paroisses avec leurs pasteurs respectifs. ,

Les consistoires transmettent au gouvernement, avec leur avis, les délibérations des conseils presbytéraux ; il3 veillent à la célébra-

tion régulière du culte, au maintien de la liturgie et de la discipline, et à l'expédition des affaires dans les diverses paroisses de leur ressort; ils surveillent l'administration des biens des paroisses et administrent les biens consistoriaux ; ils acceptent , sous l'approbation de l'autorité supérieure, les legs ou donations faits au consistoire , ou indivisément aux Eglises du ressort ; ils arrêtent les budgets , vérifient et approuvent les comptes de ces conseils ; enfin^ les consistoires nomment aux places- de pasteurs qui viennent à vaguer dans les Eglises de leur ressort, et proposeot au gouvernement la création de places nouvelles.

Comme les conseils presbytéraux, les consistoires sont renouvelés par moitié tous les trois ans.

I^es synodes.

Qae celai qui préside le fasse a?ec soin.

R0M.,xn,8.

On a vu , par les deux chapitres précédents , que les conseils presbytéraux sont les représentants de chaque paroisse , et que , par le gro.upement d'un certain nombre de paroisses

foirniaiit lune » circon»ôriptiOTi ', le ^ coHsistèîte ' dè^vèeiDt rorgaae>etile représentan^'de'^leafs inté^réWcommciDs^ Aai^didssas^ dès>coQsi<d4éri?e9 dé¥(* ser trouver une laatearitèJ centrale qui ^ coof doniïe'' leBRftîtravauxre^^règle lêBsqnafeBttom d'im'îirtérêt généoalJ.Geicorpe s'appelIé^'^yMiodë natienaV II fornaBàlîautre&ktsi le^- faite* de*^ l'édîflée'éle^è'par la(isag0Bser et la piété'tle^ no8 pères.' Lews^as-isembléèsi veillèteai)' pendant tfoîà»^ siècles ^ atPX ' dôriHflttîéesH ôm^ nm iEglisesv Ltongtemps ' ellès' filtrent > cou voqwîée» i à - la*: faîce' • des' = perséèirtftins' efr ' non^iloiii 'desi Mofaersi et < dés'éèhafeudsi Tenus^, utteiout" deuxi fois^ pap'an ', dâns^ lès^ villes 'désignées à cet efifet, les synodes > réunissaient lés* déimtés envoyésipapile»! synodes provinciaux , cful' y apportaient < leuï»<<iahieps"on ménjoîw»;' Ces assemblées solennelles décidaient en dër-^ nier ressort les grandes questions qui intéressaient l'Eglise ; la conféssion de foi et la discipline générale leur étaient confiées.

D'après la loi qui iious régit, le synode national ne peut se tenir sans l'autorisation spéciale du gouvere^qaent* Or, depuis la restauration des |

cultes , cette autorisation n'a pas encore été ac- 1

cordée ç ntais le^moment/ n'èstpas toin où lé gou- ,

veraement, qui seimontr^si ibrenveiHantpotir nos Eglises i âcoompHraen leur faveur cet ^cië daijusticQ destiné àtacb^ver 'leur •recensti'uotion-

ef • r asébfer Tortf^fe 'et la^ rééùia!-Hè dàns'lé'ur exWteiii^' cîVUe ' ëi ' dâîis' lèiïi-^ 1^6^^' ià^é^leuV. ' Uû cioTiiëtt cfe)i*rûF^', 'riômttfè i^t lë'^'ùvéVn'e- ' méïît*; ' et ci'ùipdsS'- dè^ pfersôÏÏtfé'^' dfetîtig\seeS', seri ahjètir(rtftff de^ lîèti oWèîeài^ etftrè'' l'Etàf et'nô'sEgKsèS?

Christ a donné les uns opur Mre apôtres . 1«anân» pôtff èiie pit»RhèUi^ iM^^iuiéMpéiii^W évangéiistes , et les antres ponr être pasteon et docteurs. iJiiii .) i,

Eprb8.,IV.11.

Un ' pakeiit efel 'un''h'ô*mth4' qtti/lûi-mSlnfe côi^rëttï au Sèîgiéur , coûiiialîâïàtit 'et Wyànf là' ' vente de- rËvàtt^il^' et ' atiîmë^ d'ii'tl • pt^titt' aMour'poui^^lés ââiëk hiliiiiaraës l 'se' déV^b'^à" leui* sdtVice , sclîtf 'pdtir cbii vërtir ' cèïlës (jut sdrif ^ encôife' dais le pfefcté et l'eirétir, soit pbiir 'réveiller celles qui vivent dans rindififérence,;feiîit* pour 'dïKgër , éflîttër et nBurAî'^cè'irelpqarsôtt déjà' entrées 'dSns les 's^rl tiers ''de 'la 'vie chré- ' tieniiie'

Le pèistéiii^'est uh mWiùtrèj c''eât-â-\iii*è un sêivîteuT^ de Ûeii ' dans l'Eglise c'eèi ub frère' au milieu de ses frères. Sa consécration est la reconnaissance par l'Eglise , c'elt-ti-dlFiJ 'par

l'assemblée des fidèles, des dons qu'il a reçus pour la prédication de l'Evangile et pour le soin qu'il devra donner aux âmes. L'autorité pastorale est tout intérieure et mprale ; elle s'exerce par la puissance seule de la Parole de Dieu, dont le pasteur est le simple messager. « Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié , » disait saint Pierre (1) aux pasteurs ; « veillant sur lui , non par contrainte , mais volontairement ; non pour un gain désh'onnéte , mais par affection ; non comme ayant domination sur les héritages du Seigneur» mais en vous rendant les modèles du troupeau. »

Les pasteurs protestants ne font point corps à part dans l'Etat et dans la socié;té. Tout entiers à leur ministère ils s'éloignent des folies du siècle , ils s'abstiennent de tout travail étranger à leur vocation, mais ils se rattachent à la famille humaine, par leur caractère de citoyen dans l'Etat et de père de famille dans la société.

L'Evangile leur permet et même leur recommande le mariage, c II faut , » disait saint Paul , c( que l'évêque (le surveillant ou pasteur) soit mari d'une seule femme et qu'il gouverne bien sa propre famille, tenant ses enfants dans la

(l)tPierre,V,2,3,

soumission et en toutesorte d'honnêteté (1). » Et ailleurs il écrit aux Corinthiens : » N'avonsnous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme d'entre nos sœurs » comme font les autres apôtres , et les frères du Seigneur» et Céphas (saint Pierre) (2) ? »

Le pasteur doit se distinguer par la pureté de ses mœurs, l'élévation de son caractère» la profondeur de sa science chrétienne.

Dans ce but, il doit avoir dirigé, dès ses jeunes années, toutes ses études et toute son attention vers la connaissance des saintes lettres et de la théologie évangéligue , sans toutefois négliger aucune des sciences gui peuvent servir au développement de son intelligence , et rendre son ministère acceptable dans un siècle de progrès et d'instruction.

Deux facultés de théologie sont ouvertes à ceux de nos jeunes gens gui se destinent au saint ministère en France. L'une est située à Montauban , l'autre à Strasbourg.

Montauban , gui avait possédé une école de théologie dès 1560, doit à Napoléon P*" le rétablissement de cette illustre académie. Mon vénéré père fut appelé, en 1809, à jeter les premiers fondements de la nouvelle institution

(1) 1 Tim., m, 2, 4, - (2) 1 Cor., IX, 5.

et à en ^mdëtnè cètfàfeîl^ peft^ato dô^nditi^brëtfite é't oragéttéfes' atiriéésV

La faèrflté'dè Strasbdurg'efet'plus sp&àiéltë'^ metot^ d^tinéè à rinstractSéh dé^' nos' frétés d* là'cotféSfeîé'n d^Âugsltoîirg. Un arfdïteë fr^h-' çais y est cependant annexé'; nos' jèTiSfes" étudiants 'y sdnt' coriv6nàï)fëiîùéfit pïàcéë-poUr se faMiliàriseif'a^teb la' lâîigue'et' la littérature t^U- ' gieuse de rAUemàèné.

Les^jeùûe^ géùs 'q^ï isè destînebt aW 'sài'n^ niînis!èi*fri'a()rèé avoir reçu, chez eux'oii' daii^lés collé^fe ' piiblife^, les' c6îiiiaîs^âi!icëk nécessaire^' pôii^'l'bftbMïoïi du^ g^àcfé ' de bfeiëheïîer es lettres; sttnïfeidfcWddnâ'raii'difoîire de pbîlofeôphie' annexé aux'fàbulDéS^de' théologie. Là'ilk se* livrent ' à' ' de"nbUveaîi5t ' tràiaiix ' pi^èiikràtàîréfe 1 à ' l'aide desquels ils appttSftJiillîssënt lés "étudéfe-dé' la phlIoà6phiy"natttî*elle'tet ràtioânelïe , lés'mkthématîqués! la' hiiti té* 'latinité, là' litt'èlrattire grecqrié',' et rhébréuv Oii'exîjgé, d*brdinaire'; la prolongation des^ étddès' préïiniinailres *pendaût dëtist' anSi L^examefa qtii les ' téi-nllii'e , s'il test jugé satisffàisjatit , aflniët'Tétiidiafat diatris l'auditoire de' théoidgië. Ici, il reçoit pendant trois 'OU iqiiati^ âris des leçobs' de 'théologie dogmatique'; de morale évàngSlièftieV de critique' sacrée , d'apologétique , d'exégèse , d'histoire ecclésiastique et *d'hébmiJ^A^a^ jffih'Vle'bliaîc(ue

semestré, l^'étÔdKaïil^subit 'dés exameiîft t[m décident' de sa prôtnblionf an de son riètaM , et', danis^ le' courô dé'sfes études', il s'exeipce à là' prédication pfar là campositfori et'la récitation d& six sertttônô sur des textes de TEcriture; qui reçoivent là cfiticftie ' de^ ses* condisdptes et dé' ses professeurs. A la fin" de la troisième année, réttidîant estiadmfeâ'stibîr ses derniètes 'épreuves': felles'se térîninèût pdit l'oMentîoti dii' gt&ûè de' bachdSer' en théologie. Pdur y parvenir, l'étudiant compose et fait impritaieruné' thèse cpi'il ^soatîent en •dlséUài^Ton publique cofitte les attaques des'étudîàtttà'dè sa votée, désèspï^ôfesseurs, et même de tout éfràft'ger qui désirerait prendre part à ces débats. L'étudiant doit aussi composer et réciter^ un sermon en quatre jours. Ces épreuves terminées , l'étudiant devient ccmàidaU^au saint ministère. Lorsqu'il a atteint l'âge de vingt-cinq ans, et s'il continue à .présenter toutes les garanties morales conven8btes/'-il' peut se faire consacrer par une cérémonie dont nous donnerons ailleurs une description détaillée .

La consécration coiifei*e au caildidèlt lé titré dé minime Uu saint Evangile , le droit dé prêcher 'l'Evangile partout où le Seigneur l'aippellèra; et d'a'dminlstrer les sacrements seldn le^s croyances et les coutUttiës dd l'Eglise réformée.

Le ministre devient pasteur quand il a été appelé dans une Eglise et chargé de la conduite d'un troupeau; cet appel, ou vocation^ est proposé au nom de l'Eglise par le conseil presbytéral , et l'élection est feite par le consistoire, selon les formes fixées par la loi. L'élection achevée , le résultat en est soumis à l'approbation du gouvernement , qui la sanctionne par un décret. Une. cérémonie àHnstallation solennelle présente définitivement le pasteur à son troupeau.

Le reste est une vie de travaux , de dévouement , d'épreuves et d'amour dont Dieu seul connaît tout le secret...

I^e ministère laiciue.

Plût à Dien qae tout braSI flit prophète !

NaMB.,XI.89.

La sacrificature , considérée comme intercession efficace, autorité suprême, est toute concentrée en Jésus-Christ. Il l'exerce constamment , et directement par l'influence et l'opération, du Saint-Esprit qui agit dans les fidèles. Si on la considère comme un ministère , une adminis-

tration de la vérité de l'Evangile et une influence pastorale, bien qu'elle soit spécialement confiée à des hommes choisis et mis à part sous les titres de ministres, pasteurs et docteurs, elle ne leur est pas exclusivement dévolue, et sous l'économie de TEvangile , tous , c'est-à-dire tous les croyants , grands et petits , jeunes et vieux, pasteurs etlaïques , sont sdcrificateurs et rois (1).

Saint Paul compare l'Eglise à un corps (2) composé de divers organes qui tous doivent, par leur action, contribuer au bien général.

Une Eglise ne mérite ce titre (assemblée) qu'autant que la vie et l'activité se manifestent dans tous ses membres. Toutefois Dieu ne veut pas qu'il y ait confusion dans son œuvre excellente, et B'il y a des institutions qui règlent les études et les fonctions des ministres , il peut , il doit y avoir une discipline qui règle aussi l'activité des fidèles. Le ministère laïque prend des formes diverses selon les circonstances où il s'exerce ; et nous trouvons des ministres de Dieu dans les membres des consistoires, dans les conseillers presbytéraux , qui maintiennent l'ordre dans l'Eglise ; dans les évangélistes, qui vont de lieu en lieu porter le bon message de la Parole ; dans les colporteurs de la Bible ,

(1) 1 Pierre, H, 9. — (2) 1 Cor., Xn.

humbleà ef actifs chrétiens quî , sous ïé' régaM protecteuf* de' la loi , pénétreût dans les de'rnierê hâméalux de l'Empiré pour y offrir le sainlt livre de Dieu ; dan^les înstituteufs et les institutrices' dei écoles ; datas lés directeur^ des écoles du' dimanche ; d'àiis l'es diacides et les diaconesses, qui offreùt des éoitos affectueùîi aux pauvres' et au^ màîàde^; dani^ les écrivÊfins (fui coné^àcï^ent leur tàieiit à l'a dlêfense dé la vérité ; dans les hotnmeS distingués', qui cômposiBlit et dirigent les cb'tfii'lféS' adïnitolsli^dteuV's de ribS afei- Ife^ ef dis' nos Sociétés chi^ètiéïme^ ; dfantf les cBefe^dé fllthilïe, qiiï célèbreiit chaque jb'iiV Vé culte d'aris ïetff famille ;' dkris chaTqtle' chrétieil' et dàiis chal^ùë'éht^étibnné, qUV « en tétri^s et Hors de t'ômpé' » dxefcent' aùloui* d'eui une* influence béîiiè' pour étfeiidl*e le règne dé'liiëù dans les' â'nles.

Dans une Eglise Bien réglée , ce précieux nlinlStèfe, eifëifeé' {iai^ les! Mquës% île vient^ point' se substituer au ministère régulier des pasteurs; il ëii'deVietit'rauxiHaire'et'le comjilénient, chacun rëstUHt' daU^ la jiôsition sjléciàlfe qUé'lui a afeSîgiîôè'la Providence.

xxiir.

iL<e culte.

A. Ea ptiêr&.

Tont «6 qw tM* dèttlaïUnM tfn iMtnt'. A' Tons croyei , foiu le recevrez.

liAVIlB..OiXI. Stt.

Le culte étant le tribut d'adoration que les chrétifetis l'endiôût à* le'ar' Difeu- S&uVèiit, lia' f^riôre en est Kêléniënt principal. .

Lfit- prière est uû élan spontanô'db* Kâtne Vièt*s' Bieu. par tequei^ le* fidèle épattche' seâ douleu'rsv con-fesise ses fautes , exprime èùû amour et- sa^ reconnaissances et sollicite du Père dëi^lliïiiiérefj' des grâces nouvelles:

La» prlèife ne s'adresse qu'à Dieu seul par la seules intercession» de Jésus-Christ'.

Pou^ être agréable' à Dieu , il faut' que- la prière soit» fervente , confiante et i^nioère , et accompagnée' d*un' esprit de' sainte activité-.

Le^' pmtest»nti^' nMmposent jamais la^ prière comme- une tâoHeou une 'punition : ils la' donsidèrent comme un dbuK et précieuk privilège , et croiraient offeuser» Celui à' qui ils» s'adt^^ sent s'ils en faitôiept une dceasion d'dntiUi' et'

de douleur. Toutefois , il n'est rien de plus solennel que la prière , et les protestants croiraient commettre un acte de profanation , soit en prononçant leurs prières dans des carrefours et au coin des rues , soit en usant de vaines redites que le Seigneur a condamnées. Ils pensent que nous devons prier , comme Ta si bien dit un chrétien éminent :

Avec la liberté d*un fils devant son père

Et le saint tremblement d*mi pécheur devant IHeu.

Il résulte de ces principes que les oraisons récitées par les mendiants aux coins des rues , Tusage du chapelet, les prières en langues inconnues du peuple, les longues litanies, les supplications adressées aux images , à la croix et aux saints , sont des pratiques que les protestants ne sauraient approuver et auxquelles ils se gardent bien par conséquent de se joindre.

La prière individuelle pourrait à la rigueur ne s'exprimer par aucune parole, puisqu'elle est un mouvement de l'âme bien plus qu'un acte extérieur et cérémonieh Mais dans notre état d'infirmité terrestre les paroles fixent nos idées, donnent une plus grande réalité à nos sentiments, et il est à craindre que celui qui ne prierait jamais que mentalement ne finisse bientôt par ne pas prier du tout,

La prière orale ou exprimée par des paroleô peut être ou improvisée , c'est-à-dire émanant spontanément du cœur sans en avoir prémédité l'expression , ou être dirigée et soutenue par des paroles écrites qu'on lit ou qu'on récite de mémoire.

Gomme il s'agit ici moins d'un principe que d'une méthode , on devra choisir celui de ces deux procédés qui facilite le plus les élans d'une piété sincère.

La prière spontanée ou improvisée est bien celle qui paraît la plus favorable à l'expression d'une vraie dévotion. De l'abondance de votre cœur laissez parler vos lèvres; soyez assurés que l'expression naïve de votre foi et de votre douleur sera bien plus douce au cœur du Père que les phrases les plus sublimes que nous empruntons à la piété d'un autre. Il faut , avant tout , être simple , sincère , confiant , fervent. Les enfants, mieux que les docteurs, nous enseignent à prier.

Toutefois, rien ne nous autorise à exclure des moyens propres à nourrir la dévotion chrétienne l'usage des prières composées par des chrétiens éminents , ou que nous-mêmes nous aurions composées dans les moments les plus solennels de notre vie. L'usage de ces prières , quand il est fait avec intelligence et avec cœur,

m (knt pfts être confondu av^ un hypocrite forwali^me qui consisterait à feipe de ces prières ce que le Seigneur appelle de vaines redites. Nqus pouvons, daus uue certaine mesure, ujiettre nos seutiimButs à Tunis^oo des sentiments exprimés dans une liturgie chrétienne, etoen'eôt pas sp,ni^ mison que le Seigneur nous ^ donné rOrai^oQ dominieale et qu'il a cousigné dans sa Pi^role lep prières des Mofee , des David , d^ Daniel , et autres hommes éminents ! On verra plus tard que dans notre culte public nous ^voxis ^çlmis une ^^uccession d'actes dont les nm sout arrêtés d'une manière liturgique , tandis que d'autres sont abandonna à la discrétiou du pasteur , combinant d'une manière heureuse , à notre avis , les deux méthodes indiquées plus haut.

Chez les protestants , la prière , comme tous les attires aot^s du culte , se dit en langue vulgaire. Nous réservons le chant pour les psaumes et les cantiques. La prière doit être pronoucée d'une manière naturelle. La prière est dit|^ ii^différemment debout et à genoux. Cette dernière position est d'ordinaiire réservée pour le culte de famille ou particulier ; nous n'attachons d'ailleurs, qu'une importance très-secondiaire à ces formes extérieures- Dans plusieurs do nos Eglises» il est interdit

de circuj^er pen.d|ant ^actç de }£f ppèpe , ftûn de lui conserver tOjUte sa sojiennitjè .e,t de ppotéger rédijQcation (Je ceuç qui priep.t.

Il n'y a point ^e règle qui 4é!terniinie fi'unQ manière ^bpolu.e les heures q^\ ^Pi^^^* P'T^ consacrées à la prière particulière ; tpjajrefois, nous enseignons à nos enfants à prier soif pt matin ; il en est de même du culte de famille ; aux repas, le chef de la fanaille rend grâces à Dieu de ses bienfaits.

Nous avons appris de la Parole de Dieu qu'il lui est agréable de nous voir prier les uns pour les autres ; non à titre d'intercession , c'est-àdire avec l'idéie que nous ayons aucun naérite devant Dieu sur legupl nous puissions pous appuyer pour solliciter des grâces en faveur de nos frères jj non avec la prétention de croire que nos prières valent mieux que celles des autres, Jésus-Ghris^t sei;| étant notre intercesseur peut spul offrir les mérites infinis que réclame notre pardoA , mais parce que les prières des chrétiens pour leurs ffères sont des actes de charité et de sympathie qui plaisent au cœur du Père céleste.

Nous prions pour ceux qui nousi gouvernent; nous prions pour nos pg^steurs , pour nos parents , pour nos chefs , pour tous les chrétiei^s, pour nos amis , même pour nos enneniis.

— lU —

Nous ne prions pas pour les morts ; leur sort est immuablement fixé ; ils sont entre les mains du Seigneur, qui est leur juge. Entre Téternel bonheur et Téternelle mort , il y a un grand abîme que nul ne peut franchir.

Travaillons et prions « pendant qu'il fait jour.. ))

B. Le culte public.

C'est ici la maison de Dieu , c'est ici la porte / dn ciel.

GBN..XXVm,17.

Naguère nos pères adoraient Dieu au désert, c'est-à-dire au milieu des bois ou à l'ombre des rochers, à fe lueur des torches ou sous l'ardeur du soleil brûlant. Dans ces lieux agrestes, il semble que la pensée des fidèles devait plus aisément s'élever vers le Dieu Sauveur, qui tantôt les délivrait, comme par miracle, des atteintes de l'ennemi, tantôt, dans des vues incompréhensibles, les abandonnait au feu de la persécution. Alors la vie chrétienne était agitée par toutes les vicissitudes et les dangers de l'apostolat ; le culte avait aussi revêtu un caractère particulier de solennelle rudesse et de pieuse exaltation ; mais nul doute qu'il était fréquemment distrait par l'inquiétude , la crainte des

fj^

surprises , les dangers des temps et les intempéries des saisons. Dans ces assemblées tumultueuses, l'ordre et le silence étaient diflBciles à obtenir , et le recueillement devait en souffrir beaucoup.

Aujourd'hui, grâces en soient rendues à Dieu, il nous est permis de l'adorer en toute sécurité dans des édifices convenablement disposés , où Tordre , la propreté , la décence tiennent la place de plus riches ornements , et dans lesquels chacun de nous doit apporter de saintes dispositions à la prière et au recueillement.

Nous donnons habituellement le nom de Temples aux édifices consacrés au culte, et nous réservons le nom d'Eglise à l'assemblée chrétienne qui s'y réunit. Toutefois, ce langage n'est pas absolu .

Ceux qui sont étrangers à nos coutumes remarqueront dans nos temples l'absence de toute image peinte ou sculptée. Ce soin scrupuleux que nous avons d'exclure toute représentation des objets de la foi tient au principe spiritualiste chrétien et découle des ordres positifs que Dieu a donnés à son peuple. Gomment pourrions-nous , sans une flagrante inconséquence, pour ne pas dire une coupable infidélité, admettre les images dans nos temples et inscrire sur leurs murs ce second commandement de la

loi : « Tu ne te feras aucune image taillée , ni aucune ressemblance des choses qui sont làhaut au ciel, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux plus basses que la terre; tu ne te prosterneras pas devant elles et ne les serviras pas (1). »

■Que les fidèles , en franchissant le senil sacré, se rappellent que le temple est une maison de prière, la maison de Dieu, où il reçoit ses enfents pour les nourrir des enseignements de sa Parole, et que ce lieu saint peut devenir, pour ceux qui y cherchent le Seigneur, la poTte du ciel , en leur offrant l'occasion de se convertir pour être sauvés.

Le fidèle se rend à sa place accoutumée en gardant le plus profond silence, soigneux de ne point troubler le recueillement de ses frères déjà réunis ; il adresse , dans le fond de son âme , une prière à Dieu pour lui demander l'assistance de son esprit pendant le cutte atiquel il déâre se livrer ; après cet acte , il s'assied et prête au service divin toute l'attention dont il est susceptible, sans oublier le précepte de l'Apôtre (1 Cor. , XI) : « L'homme ne doit point tenir sa tête couverte, car celui qui couvre sa tête déshonore son chef , qui est Jésus- Christ. »

(1) Exode, XX, 4,5.

-Ht-

Le chant religieux , qui coïïiiïieîicé et entrecoupe les parties distinctes du service divin , tient aux coutumes les plus anciennes et lefe plus respectables. Dans tous les âges, les hom* mes ont éprouvé le besoin d'expritnfer letir ad^ miration pour le Créateur et pour ses œuvres par des dbants solennels. Moïse entonna plusieurs fois les louanges de TEternel ; David descendait souvent de son trône pour saisir la harpe et chanter des hymnes qui, dans tous les ôges, servirent d'interprètes aux âmes pieuses ; Jésus-Christ sanctionna cet usage en chantant le ccmtique ou grand Hallel , après avoir célé- Iwré la Pàque avec ses disciples.

La traduction des psaumes bibliquei^ qui composent notre recueil est due originairement à Clément Marot, l'un des premiers et des plus célèbres poètes français; ils ont depuis été retouchés par Théodore de Béze, et plus tard par les docteurs de TEglise de Lausanne. Les airs sont dus à un musicien d'un grand mérite , nommé Goudimel , qui a été le maître de Palestrina et peut être considéré comm^ le père de la' musique française ; à ces psaumes, empreints de grandeur et de gravité, on a ajouté des can* tiques empruntés aux plus grands maîtres. Dn bon recueil , composé de ces divers éléments , a été publié par une commission nommée

danâ ce but. Les fidèles doivent se pénétrer de l'esprit de recueillement et de sainte joie avec lesquels il faut chanter les louanges de Dieu ; cet acte équivaut à une prière, et, quoique nous n*en prenions point ici l'attitude, notre âme s'élève vers le Très-Haut pour exalter ses perfections , adorer ses voies , admirer ses œuvres, et implorer ses grâces les plus signalées.

Après l'invocation du saint nom de Dieu , le pasteur lit les commandements de Dieu. C'est la loi du Sinaï dans toute sa noble et terrible simplicité , sans commentaires , sans retranchements. Le peuple l'écoute, debout, dans l'attitude du respect , et comme en présence du Seigneur, qui la publia de sa montagne sainte avec tout l'appareil de sa gloire et de sa sainteté. Chacun doit faire un sérieux retour sur luimême pour sonder son cœur , interroger sa vie passée et ses sentiments de chaque jour , pour voir s'ils sont conformes à la sainte volonté de Dieu, exprimée dans cette loi : « Celui qui a violé le plus petit de ses commandements , dit Jésus , sera tenu le plus petit au royaume de Dieu ; et celui qui a violé la loi en un seul point , ajoute un apôtre , est coupable de toute la loi. » Ces déclarations et tant d'autres aussi clairement exprimées sont de nature à jeter

Tâme du fidèle dans un état de trouble et de confusion tel, qu'il éprouvera le besoin de s'humilier profondément devant Dieu ; et c'est pour répondre à ce besoin que le pasteur prononce , au nom du peuple , la confession des péchés snivante :

« Seigneur Dieu , Père éternel et tout-puissant, nous reconnaissons et nous confessons, devant ta sainte majesté , que nous sommes de pauvres pécheurs , nés dans la corruption , enclins au mal , incapables par nous-mêmes de faire le bien, et qui transgressons tous les jours et en plusieurs manières tes saints commandements, ce qui fait que nous attirons sur nous, par ton juste jugement, la condamnation et la mort. Mais, Seigneur, nous avons une vive douleur de t'avoir offensé , et nous nous condamnons, nous et nos vices , avec une sérieuse repentance , recourant humblement à ta grâce et te suppliant de subvenir à notre misère.

Veuille donc avoir pitié de nous. Dieu trèsbon , Père de miséricorde , et nous pardonner nos péchés pour l'amour de ton Fils Jésus- Christ, notre Sauveur. Accorde-nous aussi et nous augmente continuellement les grâces de ton Saint-Esprit , afin que , reconnaissant de plus en plus nos fautes et en étant vivement touchés, nous y renoncions de tout notre cœur,

et que oous portions des frudts de sainteté et de justice q^ui te soient agréables par Jésus- Christ, notre Seigneur. Amen! »

Cette belle prière est l'ouvrage de Théodore de Bèze. On pense qu'il la proféra pour la première fois au colloque de Poissy , alors que la coar de France appela en sa présence les docteurs de l'Eglise romaine et ceux de l'Eglise réfornjée pour les entendre discourir sur les sujets théologiques qui distinguaient leur croyance. La conférence commençait, lorsque Théodore de Bèze rappela bmx, augustes assistants qu'il convenait d'ouvrir la séance par l'acte saint de la prière , et il prononça , dit-on , aussitôt l'invocation dont lie texte a été conservé jusqu'à nos jours, et où l'on retrouve la substance, sinon presque toutes les expressions, de la confession des péchés , telle qu'elle est en usage dans notre culte public.

Cette prière est , comme on l'a très-bien dit, le recours de la misère de l'homme à la miséricordje de Dieu. Elle exprime le jugement que nous portons sur nous-mêmes, la description de mtre natu4*e déchue , l'aveu, de nos fautes , de notre douleur et de notre repentir. Après s'être ainsi abaissé en présence de la sainteté redoutable de Dieu , le fidèle se jette dans les bi;a9 de 9f^ miséricorde , appuyé sur les mérites

de Jésus-Christ, notre seul Intercesseur et Saur veur. auprès du Père ; il supplie enfin le Seigneur d'achever en lui sa bonne œuvre , en lui accordant les grâces de son Saint-Esprit , par lequel seul le chrétien peut offrir à son Dieu des fruits qui lui soient agréables.

Après le chant religieux et la lecture d'un ou deux chapitres de la Parole de Dieu, que l'on place, dans plusieurs Eglises, au coouaaencernent du culte , le pasteur of&^e à Dieu une prière d'actions de grâces et de louange ; puis il prononce un sermon.

Un sermon est l'explication , le développement et l'application d'une portion de la Parole de Dieu que l'on appelle le texte. Le prédicateur expose ,, d^^ son discours ,. le résultat de ses études et de ses plus profondes méditations ; il exhorte , il censure , il conseille , il console , il instruit, il édifie; à cet effet, il met en œuvre tout ce que Dieu lui a donné de talents , de savoir et d'éloquence. Son but est de convaincre, de, réveiller, de convertir et d'amener les âmes à Jésus- Christ, et il ne néglige aucun moyen pour y parvenir. Les fidèle , à leur tour, écoutent avec attention et docilité, soigneux de s'appliquer à eux-mêmes, aux besoins de leur âme et aux exigences de leur position particulière les exhortations^ pastorales qui leur sont adrea-

sées. Ils doivent être plus désireux d'entendre d'utiles vérités que des paroles agréables ou émouvantes ; et ils sont appelés , par les intérêts même de la vérité , à imiter la conduite des fidèles de Bérée , qui consultaient soigneusement les Ecritures pour s'assurer si les prédications qu'ils entendaient étaient conformes à leurs déclarations.

Dans la prière liturgique qui suit le sermon , les vœux du peuple de Dieu deviennent plus pressants encore ; il semble qu'à l'imitation du patriarche des anciens temps, il s'écrie : Seigneur! je ne te laisserai point aller que tu ne m'aies béni ! Conformément aux ordres de l'apôtre saint Paul , le pasteur prie pour le monarque , pour les magistrats chargés d'administrer la justice ; il prie pour les pasteurs, pour les Eglises, pour les pauvres, lès malades et les affligés , et pour le troupeau réuni au nom de Dieu. Et , comme les prières de l'homme sont imparfaites, le peuple de Dieu ajoute à celle que le pasteur lui dicte celle que Jésus-Christ , notre souverain Docteur , nous a lui-même enseignée : modèle admirable qui exprime à la fois tous les besoins de notre faible nature et toutes les richesses de la grâce de Dieu.

Le Symbole des apôtres, qui suit l'Oraison dominicale , est la déclaration franche et posi-

tive des croyances qui sont communes aux chrétiens de tous les âges , et qui nous servent à nous-mêmes de point de ralliement. Cette déclaration est convenable ; car il faut que quiconque entre dans nos temples sache et que nous sachions bien nous-mêmes quels sont les principes qui nous unissent dans un sentiment unanime d'amour chrétien et de conviction religieuse. Le Symbole des apôtres date , comme le titre le porte, des temps apostoliques. Dans l'origine , il constatait uniquement la croyance des chrétiens au Père, au Fils et au Saint-Esprit. La fin est, dit-on, de date plus récente.

La bénédiction , que le pasteur ne donne pas , mais qu'il implore, est empruntée à l'ordre même que Dieu donna à Moïse , quand il lui dit : « Tu béniras le peuple , et tu diras : Que V Etemel te bénisse et te garde; que r Eternel te regarde d'u/n œil favorable et te fasse grâce ; que r Eternel tourne vers toi sa face et te dorme sa paix. Et il arrivera alors que je bénirai mon pétille, » A quoi serviraient et nos chants , et nos prières , et nos génuflexions , si Dieu ne les bénissait et ne les acceptait dans sa miséricorde et dans sa grâce? Que le fidèle courbe donc humblement la tête , qu'il se recueille sérieusement, qu'il demande, et pour lui-même et pour ses frères assemblés , et pour le pasteur qui les édifie, la sainte béné-'

dictioQ du Seigneur; qu'il se retire en silence, soigneux de^ conserver en son cœur les salutaires émotions que Dieu y a produites. A la porte du temple , un dernier acte l'attend, et c'est un acte de charité ; il entend la voix pieuse des diacres de l'Eglise qui s'écrient : Souvenez-vous des pauvres , au nom de Dieu ! et chacun dépose dans le tronc une of&ande proportionnée à la meswre de ses ressources et de sa charité , comme un premier témoignage que la foi crée, dans le cœur de l'homime, un principe d'amour abondant en toutes sortes de bonnes œuvres,

Voilà notre culte dans toute sa majestueuse simplicité. Il a ses défectuosités comme toute institution humaine ; il nous reste à en retirer le plus grand profit pour nos âmes en l'entourant de notre respect et en le pratiquant dans un esprit de sinoéfité, de recueillement et de foi évangélique , nous rappelant le précepte de^ l'Apôtçe :

Qu& tout se fasse amec ordre et bienséance !

G. Réunions religieuses.

Tont«t les fois qa» d«ox ou trois sont „ .

blés en mon nom, je suis an mllien d'eox.

Mattu. . XIU , 90.

On est convenu de nommer , chez nous , réunion religieuse une assemblée de chrétiens

appelés par un sentiment commun de foi évangélique; assemblée plus intime que le culte public, moins restreinte que le culte de famille. Les réunions religieuses sont nées du réveil spirituel qui signale nos temps modernes ; les progrés de la liberté en ont &vorisé l'extension ; les obstacles que quelques niembres de nos Eglises , timorés ou indifférents , ont cru devoir leur opposer, loin de les détruire ou de les restreindre , en ont seulemient fait ressortir la nécessité et les heureuse& conséquences.

C'est surtout dans les réunions religieuses que s'est fait ressentir l'influence des laïques pieux et leur ministère évangélique ; ministère dont il ne faudrait pas exagérer l'étendue, mais dont il convient de reconnaître la légitimité et l'utile influence.

La manière dont les frères s'édifient dans les réunions religieuses ne saurait être déterminée par aucune forme liturgique ; car la spontanéité en fait , avec la ferveur , le charme principal ; d'ailleurs , il n'y a pas grand danger de s'égarer quant aux formes, quand tout l'appareil extérieur se réduit à la lecture de la Parole de Dieu, aux communications fraternelles, à l'a prière et au chant des louanges de Dieu.

Il convient que , dans ce culte , la Parole do

Dieu domine, comme élément essentiel et prépondérant ;

Que les développements qu'on ajoutera à cette Parole sainte soient simples et donnés avec autant de discernement que d'onction ;

Que les prières soient courtes , intimes , sincères ; quelles consistent plutôt en demandes humbles et ferventes qu'en longues expositions et en vaines redites ;

Que le chant soit grave, pénétrant, choisi avec goût (1) , exécuté avec soin.

Les réunions religieuses sont l'aliment d'une piété ^expansive et ardente ; elles pourraient servir de voile aux empiétements d'un esprit sectaire qui disparaîtra plus sûrement sous l'influence d'un mouvement religieux et consciencieux que sous les coups d'une exclusion mesquine ou d'une injuste persécution.

Loin de nous l'idée que les réunions religieuses nuiront à la célébration du culte public. Le culte public durera autant que le monde, parce qu'il y a une tendance constante et naturelle chez les hommes à apporter la sociabilité la plus grande et la plus pompeuse dans l'expression de l'adoration et de l'action de grâces.

(1) Plusieurs réunions emploient un recueil intitulé Chants chré* tiens , que nous nous plaisons à désigner comme réunissant des paroles édifiantes et des airs très-beaux.

L'observation a prouvé que les âmes qui recherchent avec avidité les émotions douces et salutaires que Ton puise dans le cercle étroit de quelques amis chrétiens, sont aussi celles qui se plaisent à grossir les assemblées solennelles, et à rendre ainsi à leur Dieu-Sauveur rhommage le plus ostensible et le plus éclatant de leur amour et de leur reconnaissance.

D. Culte de famille.

Pour moi et ma maison nous servirons l'Eternel.

JesuÉ.XXIV.lS.

Il existe chez nous une pieuse et touchante coutume à la pratique de laquelle nous ne saurions apporter trop de soin , et qui , dans tous les âges , a été pour les membres de nos Eglises une source de bénédictions et de progrès spirituels. Je veux parler du culte de famille.

Chaque jour le père de famille réunit ses enfants et ses serviteurs autour de la sainte Parole de Dieu, et cette petite Eglise, étroitement liée par le sang et l'affection, se présente devant le Seigneur pour lui rendre grâces de ses bienfaits et s'instruire de ses révélations célestes.

Ce culte , si simple et si touchant , est à la fois le symptôme et l'aliment d'un vrai déve-

loppement de vie religieuse. Il fut la forée et la consolation de nos pères pendant les mauvais jours : il sera un élément de progrès et de bénédiction pour nos enfants s'ils en conservent la précieuse tradition.

C'est encore ici un de ces actes qui demandent l'élan de la ferveur bien plus que le frein d'une forme liturgique ; néanmoins quelques précautions , dictées par l'expérience , peuvent lui imprimer un caractère précieux de durée et d'utilité pratique : choisir une heure qui contrarie le moins possible l'ordre habituel de la maison, afin qu'on ne soit point tenté par certains dérangements de suspendre le culte ou de ne le célébrer que d'une manière irrégulière. — Se bien dire d'avance que de la même manière que , dans une maison bien réglée , les repas ne souffrent aucun retard , la prière de famille , repas substantiel des âmes , ne doit , en aucune manière, être interrompue ni contrariée. — Considérant que ce n'est pas la multitude des paroles qui nourrit les âmes, mais l'excellence de ces paroles , la bénédiction d'en haut qui les accompagne et les dispositions morales avec lesquelles on les reçoit , il convient que le culte de famille soit fort court. Il peut consister dans la lecture d'un chapitre ou même d'une portion d'un chapitre de l'Ancien ou du

Nouveau Testament , accompagné d'une prière dans laquelle le chef ou Tun des menal^res de la &niille appelle sur les siens et sur lui-même la bénédiction de Dieu. — Le dimanche soir on pourrait ajouter la lecture de quelques pages d'un livre d'édification, où les vérités de l'Evangile seraient exprimées d'une manière trèssimple et frappante (1). Il convient que la chambre où se réunit la famille soit disposée avec l'ordre et la propreté qui annoncent, de la part de ceux qui la changent momentanément en un temple saint, un profond respect pour l'acte religieux qui doit y être célébré.

Chrétiens, n'oubliez pas que Dieu accorde des bénédictions spédales aux &milles qui se réunissent pour le servir et Tadorer!...

L<eB Bdcrements.

Le mot sacrement ne se trouve point dans la Bible. Ce fait seul devrait calmer toutes les discussions dont il a été l'occasion.

Nos théologiens définissent le sacrement un

(1) Nous indiquerons plus loin le titre de quelques ouvrages propres k servir d*a]iment au cuHe de fomUle.

signe ou une action visible qui sert à désigner une grâce cachée, et que Jésus-Christ a ordonné à tous ses disciples comme sceau de ses promesses et aussi comme gage de leur attachement à sa personne et à la foi qu'il leur a communiquée. De là trois caractères qui constituent essentiellement le sacrement :

1** Ils doivent être le signe visible d'une grâce cachée ;

2* Etre institués par Jésus-Christ lui-même ;

3* Etre obligatoires à tous les membres de l'Eglise.

Nous ne connaissons que deux cérémonies qui réunissent tous ces caractères essentiels : le boùptéme et la sainte cène. En les décrivant , nous ferons connaître successivement et leur sens moral et leur forme traditionnelle.

A. Le baptême.

Le baptAme qui nous sauve n'est pas celai qui coDâiste à nettoyer les ordures da corps, mais la réponse d'une bonne conscience devant Dieu.

1 PiiRRi.m.Sl.

Destiné à représenter le renouvellement de l'esprit et du cœur , le baptême appartient, par son origine , aux premiers âges du monde.

Nous en retrouvons les traces traditionnelles

dans les ablutions que pratiquent tant de peuples idolâtres issus des races asiatiques, et dans les purifications imposées sous la loi de Moïse aux prosélytes qui désiraient jouir des privilèges de l'alliance. Lorsque Jean-Baptiste vint au monde , il prêcha « le baptême de repentance, » non-seulement aux prosélytes, mais aux pharisiens qui se disaient « enfants d'Abraham , » montrant par là que le changement du cœur ou la conversion est nécessaire à tous , quelle que soit leur origine nationale et religieuse.

Jésus-Christ trouva donc ce rite tout établi au milieu du peuple ; il Je sanctifia par son exemple, il l'expliqua par sa parole, il le recommanda par des prescriptions positives. Il lui donna une destination plus complète, plus spirituelle; il l'accompagna d'une grâce plus efiBcace ; il était venu lui-même pour baptiser les siens du SainP- Esprit et de feu.

L'usage de l'Eglise apostolique et les coutumes d'une tradition vivante ont apporté jusqu'à nous, sans interruption, à travers la succession des siècles, la pratique essentiellement évangélique du saint baptême. Cependant nous ne pouvons dire que cette forme sacramentelle soit parvenue à nous sans altération. Dans Torigine le baptême était administré par immersion,

c'est-à-dire que les néophytes étaieat plongés en entier dans l'eau, soit dans un fleuve, comme il arriva à l'eunuque d'Ethiopie , soit dans une piscine ou un baptistère , comme il est à présumer que cela arriva à Corneille et à ceux de sa maison. Le baptême étant confié à ceux qui donnaient des signes de foi et de renoncement au péché, les adultes seuls y furent d'abord admis. Mais lorsque les premiers chrétiens eurent des enfants, ils éprouvèrent le besoin de les consacrer , dès leurs plus tendres années , par cet acte extérieur , comme les Juifs le faisaient par la circoncision. Mais comme les enfants des fidèles , à cause de leur âge débile , ne pouvaient prononcer eux-mêmes cette réponse d'une bonne conscience, que saint Pierre déclare seule rendre le baptême efficace , on leur donna des repondants ou parrains qui contractèrent en leur nom les promesses qu'ils devaient apprendre plus tard à accepter pour eux-mêmes, lorsque, instruits des vérités de l'Evangile, ils confirmeraient à la face de l'Eglise le vœu fait lors de leur baptême. Le baptême d'aspersion fut bientôt substitué au baptême d'immersion , pour des causes de prudence hygiénique que chacun comprend.

D'après nos croyances protestantes , l'enfant présenté au Seigneur par ses parents, accompa-

gné des prières des fidèles, baptisé au nom trois fois saint du Père , du Fils et du Samt-Es^ prit , reçoit , aux yeux de l'Eglise , les sceaux de la nouvelle alliance, et devient enfant de l'Eglise, l'objet de sa sollicitude maternelle. Elle veillera sur ses premiers pas avec un tendre intérêt ; elle le nourrira du lait de l'instruction , et plus tard de la nourriture plus substantielle qui est dans la Parole*; elle le protégera contre les ennemis de son âme ; elle le conduira comme par la main jusqu'à ce qu'il ait atteint à la stature d'homme fait. Jésus- Christ a promis de baptiser son peuple du Saint-Es^ prit ; l'enfant consacré par le baptême est confié à la garde du Saint-Esprit qui ne fait jamais défaut à ceux qui l'invoquent.

Les enfants, qui par suite de la négligence de leurs parents ou par suite de toute autre circonstance, mourraient sans avoir été baptisés, seraient-ils condamnés devant Dieu?... La Parole du Seigneur ne le dit nulle part, et nous autorise à être sans aucune inquiétude à cet égard.

Quant à la forme qonsacrée dans nos Eglises pour la célébration du baptême, elle est fort simple , comme tout ce qui appartient au protestantisme français. Peu de temps, et quelquefois immédiatement après l'enregistremeat à

Tétat civil , les enfants sont présentés au temple, où Ton a soin de consigner dans un registre presbytéral leurs noms et prénoms , ceux de leurs père et mère et de leurs pan^ains. Il est d'usage que les parrains ne soient choisis que parmi des personnes de notre communion, ayant elles-mêmes ratifié le vœu de leur baptême.

Le service se fait dans le temple , l'assemblée des fidèles y ayant forme d'Eglise. La formule du culte est toute liturgique. Un préambule expose la corruption du cœur humain, la nécessité de la nouvelle naissance , la purification du cœur opérée par la grâce du Saint-Esprit , dont Teau est le signe visible, les promesses attachées au baptême, qui seront dispensées aux enfants dès leur baptême, et multipliées sur eux, à mesure qu'ils avanceront dans la vie chrétienne. Puis le pasteur prie en ces termes : « Seigneur Dieu , Père éternel , puisqu'il t'a plu , par ta bonté infinie , de nous promettre que tu seras notre Dieu et le Dieu de nos enfants , nous te supplions d'accomplir cette promesse dans, l'enfant ici présent. Nous te l'offrons ; nous te le consacrons < ô notre Dieu ! daigne le prendre sous ta protection et le recevoir dans ta sainte alliance. Et comme toute la postérité d'Adam est dans un état de^ corruption et de misère, qu'il te plaise de te déclarer le

Dieu et le Sauveur de cet enfant , et de le sanctifier par ton Esprit , afin que , dès le moment où son âge lui permettra de te connaître, il t'adore comme son seul Dieu , et que, fidèle à la communion de ton Fils , il obtienne toutes les grâces promises dans l'Evangile ; qu'il soit purifié de ses péchés ; qu'il devienne une nouvelle créature formée à ton image, dans la sainteté et dans la justice, et qu'il reçoive, enfin, le céleste héritage que tu destines à tes enfants ! Exauce-nous , Père de miséricorde ! Nous t'invoquons au nom de ton Fils Jésus-Christ ,' notre Seigneur. Amen. >

Après cette prière , le pasteur fait contracter aux parrains les promesses d'usage, qui consistent à faire connaître à l'enfant , à mesure qu'il avancera en âge , la doctrine chrétienne , et à l'engager à vivre selon la règle que le Seigneur nous a donnée dans sa loi. Il descend alors de la chaire ; puis , s'approchant de l'enfant, il verse sur sa tête quelques gouttes d'eau pure, en prononçant cette parole sacramentelle : N., je te baptise au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Amen. Puis il prononce une bénédiction sur l'enfant , sur les parents et sur le peuple chrétien, qui se retire en silence, déposant comme de coutume des offrandes à la bourse des pauvres.

B. Ratification du vœu baptismal.

Le baptême , tel que l'Eglise le confère aux petits enfants , est une dispensation conditionnelle à laquelle il manque , pour la compléter , la participation personnelle de celui qui en reçoit le bienfait. Il importe donc que Tenfant , admis dans l'Eglise extérieure et visible par l'eau sainte, apprenne à connaître les conditions attachées à son admission dans l'Eglise invisible. L'insti'uction religieuse attend l'enfiint dés ses premiers pas dans la vie. A part les leçons d'un père et d'une mère, qui manqueraient au plus doux comme au plus respectable de leurs devoirs, s'ils négligeaient de le conduire dans les voies du Seigneur, il rencontre à la salle d'asile , à l'école proprement dite , et à l'école du dimanche , un enseignement essentiellement empreint de religion ; on met à sa disposition une foule d'excellents ouvrages empruntés à l'Angleterre , à la Suisse , à l'Allemagne , ou produits par des chrétiens nationaux aussi distingués par leurs lumières que par leur piété. Dans plusieurs Eglises, les pasteurs réunissent , en un jour de la semaine, tous les enfants des écoles , pour leur adresser des instructions très-simples et adorer avec eux ce Sei-

gneur plein d'amour, dont la parole était :

Laissez venir à moi les petits enfants , et ne les empêchez point.

Mais ces soins ne sont encore que les préliminaires d'une œuvre plus sérieuse et plus complète. L'Adolescent , parvenu à l'âge de quinze ou seize ans , est admis à faire son insPruction religieuse ; c'est l'expression reçue. A cet effet , il est spécialement confié à un pasteur , qui , pendant un temps plus ou moins long, un an environ, rarement moins de six mois, l'appelle auprès de lui, l'admet à un cours suivi de religion , en développant les vérités indiquées dans un catéchisme confié à sa mémoire , exigeant de son élève, lorsqu'il en est capable, la rédaction d'un cahier (J.' analyses qui a le double avantage d'obliger Télève à un travail intérieur , tout au profit du développement de ses facultés intellectuelles et morales, et de fournir au pasteur une donnée pour apprécier l'intelligence et les progrès du disciple.

Le jeune homme ou la jeune personne qui , pendant cette instruction , reçoit le titre de catéchmnène , contracte ainsi , pendant un temps assez long , des habitudes de travail et de réflexion dirigés vers les sujets les plus élevés de la science évangélique, auxquelles viennent

s^unir aussi les habitudes , plus salutaires encore , de la piété domestique et de la fréquentation assidue du culte public. C'est une année bénie pour les jeunes gens de l'Eglise, et plusieurs jettent, plus tard, un souvenir mêlé de plaisir et de regret sur une époque de leur existence qu'ils ne craignent pas d'avouer comme la plus sainte et la plus heureuse. Le monde n'avait pas encore essayé sur eux ses ruses et ses séductions ; alors leur opinion sur les hommes n'était pas désenchantée par de cruelles expériences ; les passions n'avaient pas encore torturé ces jeunes âmes , ni les larmes sillonné ces jeunes fronts ; la piété leur apparaissait dans tous ses charmes, sans qu'ils pussent encore se convaincre , par leur propre expérience, que ses douceurs doivent s'acheter par des combats et des sacrifices ; ils avaient trouvé dans leur pasteur un ami, méconnu jusqu'alors , mais désormais accepté , reçu par le cœur , comme un guide , un conseiller , auprès duquel on se réunit pour prêter une oreille attentive à ses instructions , qui , plus ',ard , sera appelé à dispenser des conseils, des consolations peut-être, dans le sein duquel on aura à confier des douleurs, des aveux, et que, toujours, on retrouvera compatissant , aimant et dévoué. Aussi l'instruction religieuse est-elle générale-

ment suivie avec beaucoup d'assiduité et d'intérêt, et les jeunes gens qui en ont profité conservent pendant leur vie entière un souvenir à la fois utile et doux des leçons qu'ils ont reçues de leurs pasteurs.

Avant d'être admis à la ratification du baptême , les catéchumènes subissent quelques épreuves qui ont pour but, soit par un examen public de doctrine , de s'assurer qu'ils sont capables de se rendre compte de leur foi , soit par le témoignage de leurs parents , de constater la pureté de leurs mœurs. Les membres du Conseil presbytéral profitent de cette précieuse occasion , qui les met en contact avec les chefs des familles pour leur adresser des conseils affectueux et leur donner d'utiles directions. Les catéchumènes eux-mêmes sont quelquefois appelés à recevoir des admonestations et des censures , lorsqu'on a reconnu quelque irrégularité dans leurs mœurs ou quelque défaut capital- dans leur caractère.

Ces diverses épreuves terminées, les catéchumènes se rendent au temple , les jeunes filles vêtues de blanc, les jeunes gens avec un costume simple et décent , entourés de leurs parents et de leurs amis ; des places convenables leur sont assignées , et ils s'y rendent en silence. Le service religieux commence; le pas^

teuT appeU^ qopunativement diaque catédiumène , q\\\ 9e lève aussitôt, -r II annoace à l'assemblée le but de la réunion ^ et il prie pQpr c^ jeiioa troupeau qui va entrer dans TEglise de Christ. Après les chants d'usage, le pa^tei^r adres^ aux catéchuinânes une exhortatipp dans laquelle il dirige leur attention sur la gi^vité des proipesâes qu'ils vont contracter, sur les privilèges inappréciables que le Seigneur promet à $es dispiples, sur les devoirs des chréti^p^, les difficultés et les encouragements qu'ils rencoptreront daps la vie ; c'est un père qui parle à ses enfants , leur teniant le langage de l'expériencie et 46 la tendresse ; ses paroles sont brèves , fripantes ; elles sortent dHin ccBur profondément ému ; il est rare qu'elles ne produisent pa^ , dans les jeunes âmes auxquelles elles sept adressées , une émotion corrpspondaBt;e.

Apr^^ un dernier et chaleureux appel à la conscience de ses jeunes auditeurs, le pasteur s'écrie :

« Leve?-Y0P9 » catéchumènes I

p Vous, qui souhaitées d'être admis à la sainte cène, qui ave2; éjié instruits des vérités de l'Evangile , ète^-vous si bien persuadés de ces vérités qi;e rien pp puisse vous faire renoncer à la religion chrétjeppe , et que vous soyez prêts à

tout souffrir plutôt que d'en abandonner la proîessÀon ? »

Les catéchumènes donnent leur assentiment.

Le pasteur : « Vous êtes-vous éprouvés vousmêmes , et êtes-vous résolus à renoncer au péché et à régler toute votre vie sur les oonamandements de Dieu ? »

Les catéchumènes : « Oui. »

Le pebstewr : «c Comme dans le sacrement de la sainte cràe, nous faisons profession d'être tous un même corps : voxilez-vous vivre dans la paix et dans la charité , aimer sincèrement vos frères et leur en dopner des marques dans toutes les occasions t »

Las ôatéehumènes c « Oui. »

Le pasteur : a Pour affermir toujours plus votre foi et votre piété, promettez- vous de vous appliquer avec soin à la iecture et à la méditation de la Parole de Dieu et à la prière ; de fréquenter assidûment toutes les saintes assemblées, et d'employer tous les autres moyens que la Providence vous fournira pour avancer votre salut? y>

Les catéchumènes : « Oui. »

Le pasteur : t Que Tun de vous , au nom de tous, confirme donc le vœu du baptême. »

Un catéchumène : « Nous confirmons et nous ratifions le vœu de notre baptême ; nous re-

noDçons au diable et à ses œuvres , au monde et à sa pompe , à la chair et à ses convoitises ; nous promettons de vivre et de mourir dans la foi chrétienne et de garder les commandements de Dieu tout le temps de notre vie. »

Le pastewr : « En conséquence de ces déclarations et de ces promesses , je vous admets , en présence de cette assemblée, à participer à la cène du Seigneur, afin que vous jouissiez de tous les privilèges de la nouvelle alliance que Dieu a traitée avec nous par son flls Jésus- Christ. »

Le pasteur termine cette partie du service par une touchante prière , dans laquelle il adresse à Dieu des vœux en faveur des catéchumènes' et de l'Eglise universelle , qui voit en ce jour s'accroître le nombre de ses membres.

Dans la plupart de nos Eglises , les catéchumènes assistent, immédiatement après leur réception , à la célébration de la sainte cène. On voit, par ce qui précède, que cette réception est considérée parmi nous comme chose sérieuse : elle réclame une part considérable du ministère évangélique ; elle exige de la part des familles des sacrifices de temps et une constante sollicitude qui sûrement ne seront pas vains devant le Seigneur s'ils sont sincèrement accomplis pour sa gloire.

G. La sainte cène.

Faites ceci en mémoire de moi \

Luc,XXll,19.

Toutes les fois que vons mangerez de ce pain et qae tous boirez de cette eonpe tous annoncerez la mort da Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne.

i Cor.. XI. 26.

Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle. . . La ehair ne sert de rien : c'est l'Esprit qui vivifie; les paroles que je vons dis sont esprit et vie.

Jean, VI, 54, 63.

Christ ne s'offre pas plusieurs fois ; s'étant offert one fois pour ôter les péchés de plusieurs, il paraîtra une seconde fois sans péché à ceux qui l'attendent pour obtenir le salut.

HéB.. IX,28.

Nous qui participons au même pain , nous ne faisons qu'un senl corps.

Les passages qui composent l'épigraphe placée à la tète de ce chapitre exposent en abrégé la doctrine protestante de la sainte cène.

La sainte cène , ou communion chrétienne , est le souvenir sacramentel de la mort de Jésus-Christ. Cet acte solennel consiste à rompre et à manger du pain qui , par la consécration , devient l'image symbolique du corps meurtri du Sauveur, et à boire en commun du vin contenu dans une coupe, qui devient la coupe

d'alliance au sang de Christ répandu pour la rémission de nos péchés.

La communiofl û'eëi point lé renouvellement du sacrifice de Jésus-Christ , puisqu'il est écrit positîvemeût que Christ s'est offert une seule fois.

Le pain et U vin ne changent point de substance après la consécration , et Christ n'y est pas contenu d'une manière charnelle, puisque CSiriei est assis k îa droite du Père et que l'Eglise doit confinoer à communier en mémoire de lui^ jusqu'à ce qu'il vienne y et qu'il déclare lui-même que ce qu'il dii de^ sa chair et de son sang doit se prendre dans ttù sens spirituel.

Dans la communion , accomplie avec foi , Cïirist se communique au fidèle , de telle sorte que céldi-ôi vit de sa vie, en attendant qu'il partage sa gloire céleste. C'est la foi qui est le trftit d'union ; la coinmunion efn est lô sceau et la confirmsttion extérieufè.

Pour le fidèle y la coâittitfiiion est uû û(Aé de repmkmoe dans le sentimèfnt de ses péchés qui ont réndn la mort de Jésus-Christ nécessaire , de f&i dans le salut gratoit apporté au monde par le Rédempteur, de ùonsécration à son service , en action de toutes ses grâces , de frater^ niiéi de pardon et d'amowt envers ceu?i qui participent ao même banqucft.

Le pain doit être rampti et matigê ; Ift eaupë ne doit pas être réi^Vée mx miîà&iTëd neiAë , mais tooâ les fidékfs doivent y pelfticiper .

Touchante eommémoration d» sacrifice i^anglaoat de Jésus -Christ, gage de son dêvonetnènt et de la puissance de son amour , banqUët Mternel dressé par les mains de notte céletîrte Ami , côinmonion intime et mystigtid de l'âtne du fidèle avec son Diea , acte de foi^ de repentance ^ de charité, d'espérance chrétienne, occasion soleliDelk de saintes résoltrtions , de pieux désirs, la sainte cène doit participef , dans la célébration de ses rites^ extérieufi^ , à là simplicité de la pensée chrétienne qui la domiïie , et de la doctrÎBe évangéliqae qui la conslHttel. Le service liturgique adopité dans Êfos Eglises en fournit le témoignage ôondtant.

La sainte cène est dispensée , parmi lious, aux fêtes scflenaelles de Noël ^ vendredi saint , Pâques i Pentecôte , et le premier dimanche de septembre. Les fidèles sont dans Tudage à'etnr ployer d'une manière spéciale quielqucô jours pour se préparer à la participation à la sainte cène, chacun selon la mesure de la profondeur et de la spiritoallité de sa foi. Cette préparation consisté principalement en méditations, en prières et en lectures^ Pendant ce temps la vie du fidèle devient plus sérieuse, plus retirée et

plus conforme aux saintes pensées qui président à la communion. Quelques-uns y ajoutent l'observance du jeûne extérieur , coutume que nous devons juger avec l'esprit large et tolérant que l'Evangile lui-même parait y avoir attaché, désirant que ceux qui s'abstiennent du jeûne le fassent par conscience , et que ceux qui l'observent le fassent sans superstition, sans idée qu'il y ait aucun mérite à le faire. Toutefois, nous ferons observer que la sainte cène ayant été instituée après le souper ^ rien n'indique que le jeûne soit commandé comme préparation indispensable à la communion.

Au jour solennel , la table sainte , qui est d'ordinaire placée immédiatement au-devant de la chaire , est couverte d'une nappe blanche ; un plat d'argent contient le pain que les diacres de. l'Eglise ont disposé d'une manière convenable à la distribution ; deux coupes d'argent contiennent le vin. Après le service d'usage et un sermon adapté à la circonstance , le pasteur rappelle, dans le service liturgique, la manière dont notre Seigneur Jésus -Christ institua la sainte cène la veille de sa mort, et, à cet effet, il lit les paroles de saint Paul (1 Cor. , XI). Après cette citation , le pasteur exhorte les fidèles à un examen consciencieux de leur vie passée , au retour à Dieu , à l'amour de sa loi , au

pardon et à la charité envers leurs frères ; il leur rappelle que Dieu n'exige pas de nous une sainteté parfaite , à laquelle il nous est impossible de parvenir pendant les jours de notre chair, mais qu'il subviendra lui-même à notre faiblesse, nous accordant des secours efficaces dans cette communion même, à laquelle il nous convie par son Fils Jésus-Christ. Il rappelle, en termes clairs et propres à produire sur les âmes une profonde impression, les privilèges accordés aux chrétiens qui communient de cœur avec leur Sauveur , et la rémission entière de leurs péchés par le sang de l'Agneau. Une prière pleine d'onction et de vie termine ces exhortations et achève de disposer les âmes des fidèles à l'acte saint auquel elles vont participer.

Alors deux pasteurs en robe se placent derrière la table sainte , et chacun consacre l'un . des .éléments de la cène.

Le premier pasteur, après avoir exposé le pain aux yeux du peuple, le rompt , le bénit, et s'écrie : « Le pain que nous rompons est la communion au corps de Jésus-Christ notre Seigneur , qui à été rompu pour nous. »

Le second pasteur élève les coupes, les bénit, et dit : « La coupe de bénédiction que nous bénissons est la communion au sang de Jésus- Christ , le sang de la nouvelle alliance qui a

été répaûdtï pour nous, » Après que les detfx pafitef>r9 ont eommunié eûi^mMé , lés fidèles s'c^j^pifùcheût de la table deux à deUl, les bôfmmeS' d'aborti, tes femme» suivent; ils reçoivétit successivement des'taâins dés deux pââteurs le painf et le vin consacrés , et recueillent en leur âme des passages scfipturôifeà (jui leur soût adressé» , et (Jue les p^tetfriS ont Sôift d'appliquer, fttitoirt ^tie possible, aux cîrcùnfstâùcës particulières dé» fidèles^ que lôur pieux: et charitable minîitèi'e leur fait cotonaitre d'une manière intime. Ces paroles sont graves, émouvantes, et propres à se graver pour jamais dans l'esprit des fidèles qui les écoutent dans le recueillemeïit.

La communion terminée , le pasteur ofiBdant monte en chaire, exhorte le peuple à conserver soigneusement les dons de Bien , à revêtir des « entrailles de miséricorde , à se supporter et à s'aimer les uns les autres , comme Christ nous a aimés et pardonnes. » Il adresse à Dieu une dernière prière , courte et pressante , et l'assemblée, debout, termine pair le chant du cantique de Siméon , qui dépeint si bien les trésors des di«pensatfOns évangéliques et l'avenir de l'humanité.

Laisse-moi désormais , gei^neor , aHer en paix ;

Tu fois voir à mes yeux

Le salut glorieux

Que f attendais sans ce^se.

Salut , qu'en Tunivers , Tant de peuples divers Voht récevoîf et croire ; llé8S(Hi#Cè dès petits, Lumière des Gentils, Et dlsraei la gloire.

D'abondantes aumônes pour les pauvres sont recueUÏîes, selon l'usage, à la porte de la maison de Dieu.

D. Excommunication.

QuiMicme mutilât dé oé pain et bole deeètM conpe indignement , mange et boit sa condam-

1 Cor., XI.

L'excommuûication est l'acte pai* lequel une Eglise retranche de sa communion leâ personnes qui s'en sont elleâ-mêmes sépai'ées par leur incrédulité ou par leur inconduite. Chez les protestants , cet acte esl! tout s|riri(uel et intérieur, et ne touche en rien à la vie cîvîle et extérieure.

Il ne faut donc pas confondre l'excôttimunication protestante avec l'acte politico-reKgiôux du même nom qui , dans le ftiôyen âge , jetait le

trouble parmi les nations et mettait en péril les trônes eux-mêmes.

Chez nous la liberté ayant introduit l'élément précieux d'une grande sincérité en ce qui concerne les actes religieux, l'excommunication reste , pour ainsi dire , sans effet , parce qu'elle reste sans application. Le formalisme a peu de prise sur le peuple protestant; les hommes étrangers de cœur aux convictions évangéliques ne se croient pas obligés d'en prendre les apparences extérieures ; ceux qui sont indignes de participer à la cène du Seigneur se font justice '

à eux-mêmes et s'abstiennent. Il y a peu à gagner aujourd'hui à afficher les dehors de la j

piété, quand on en a chassé de son cœur les I

douces et salutaires influences. Aussi, chez |

noiis , l'excommunication est un avertissement ^

général qui est placé dans le service même de la sainte cène, et qui est ainsi conçu : « Ceux qui ne sont pas membres de l'Eglise , ou qui la déshonorent par leur conduite, ne doivent point être admis à cette cérémonie. C'est pourquoi , au nom et en l'autorité de notre Seigneur Je- I

sus- Christ, et selon la règle qu'il nous a laissée 4 dans sa Parole, j'excommunie, c'est-à-dire je déclare indignes de participer à ce saint sacrement tous les impies , les incrédules , les pé- "^ cheurs obstinés, tous ceux qui vivent dans la

déréglement; je leur déclare que, s'ils ne se repentent et ne sont résolus à changer de conduite , ils ne sauraient avoir communion avec Jésus-Christ, et qu'ainsi ils doivent s'éloigner de cette sainte table , de peur de la profaner. »

Cette déclaration solennelle , qui renvoie chacun à sa propre conscience , suffit , sans doute , pour l'instruction générale du peuple ; celui-ci est par là averti du saint respect qu'il doit à une cérémonie qui scelle ou notre grâce ou notre condamnation. Quant aux cas de conscience d'une nature plus particulière, qui pourraient troubler l'âme des fidèles, le ministère des pasteurs y pourvoit ; et il se montre , dans ces circonstances comme en toute autre, suffisant par l'efficace de la Parole de Dieu , pour éclairer, encourager, consoler, et , quand il le faut , pour avertir, censurer et reprendre.

La discipline de notre Eglise a conservé de précieuses indications sur les cas où l'on appliquait jadis l'excommunication. Précieux documents qu'il convient de conserver, parce que si jamais les formes extérieures de la religion reprenaient, comme jadis, la prééminence sur la piété intime , pour en marquer les imperfections si ce n'est l'absence totale , il conviendrait de rétablir l'exercice d'un droit dont l'Eglise n'a jamais pensé se départir.

RemarquoDs, en terminant, que la table sainte, dans nos Eglii^s , est accessible aux chrétiens de toutes les dénominations ou sectes protestantes évangéliqnés, qui s'y présentent dans un esprit de foi et sous leur propre responsabilité personnelle.

SortflideBabylonel B8Aii,XLin,90.

Abjuration! ce mot réveille d'ordinaire la ^

méfiance et l'appréhension. La pensée se porte ;

en effet aussitôt sur des souvenirs de conversions achetées à prix d'or ou extorquées par la terreur. Et ce qu'on trouve odieux de la part d'une religion dominante, on ne l'approuve ^

pas davantage de toute autre Eglise. Je me hâte donc de dire que notre principe protestant , qui n'attache de valeur à la foi qu'autant qu'elle est consciencieuse et libre, repousse de la manière la plus éclatante et la plus absolue "^

toute tentative de lui gagner des adhérents autrement que par des convictions sincères et ^ éclairées. Et si nous considérons l'établissement de l'Inquisition, la révocation de l'éditde Nan-

tes, comme de diaboliques maobinatiofils , noua ne craignons pâs de^ dire tout haut que nous croyons que Calviw a péché eu approuvant la condamnation de Michel Serve! ; que s'il est des monarques proféstaûts qui usent de mesures restrictivérs contre les chrétiens dissidents , ils sont en contradiction flagrante avec ïe principe de leur religion nationale, et que tout autre acte d'oppression spirituelle, de quelque côté qu'il vienne, est entaché d'injustice et même d'impiété...

Toutefois, ce principe de liberté de conscience , nous l'acceptons dans toutes ses conséquences; et si , sous le bienfait de son application la plus large, nous voulons que chacun soit libre de rester dans la religion qu'il croit la meilleure, nous voulons que chacun soit également libre de choisir k religion qu'il préfère. Ce dicton populaire partout répandu : Il faut mourir dans la religion oxi on est né, nous a toujours paru une tyrannique absurdité. — Mourir dans la religion de ses pères? Oui, si elle est vraie; non, si l'on découvre qu'elle est fausse. Autant vaudrait dire qu'il faut mourir dans l'ignorance , dans les vices, dans les crimes de ses pères. Nul ne peut accepter cette fatalité de la naissance sans une espèce de suicide moral. Le principe de ce dicton proverbial est l'absence

de tout principe; cet attachement aveugle à une religion de naissance est l'absence de toute religion, car il réduit la religion à une position, à un nom, à une apparence. C'est ainsi que l'on condamne des nations entières à l'hypocrisie en les maintenant dans la profession extérieure d'un culte qu'elles ne pratiquent plus, de principes qu'elles ne croient plus. L'observation la plus superficielle prouve que les nations les plus religieuses sont celles où il est entendu que chacun choisit le culte qui lui convient quand il est assez éclairé pour choisir par lui-même, et que si les cultes officiels peuvent perdre à cette indépendance de la pensée , la religion y gagne en sincérité, en lumière, en influence moralisante. Si donc nous méprisons l'homme qui abandonne le culte de sa naissance à la légère, par intérêt, par peur, nous estimons celui qui , faisant usage de toutes les lumières qui lui ont été départies, examine sérieusement ce culte dans son principe fondamental, et n'hésite pas, quoi qu'il puisse lui en coûter en sacrifices d'affection et de position, à embrasser la croyance qui lui parait le «plus en harmonie avec les besoins de sa conscience et les lumières de sa raison.

Nous allons plus loin encore , et nous pensons que tout homme convaincu doit s'efforcer

de convaincre les autres ; que celui qui a dans la tête une bonne pensée , dans son cœur un bon sentiment, dans son âme un bon principe, n'a pas le droit de tenir ces trésors enfouis, qu'il doit les répandre autour de lui , et qu'il n'a pas besoin, pour exercer ce ministère fraternel, d'être revêtu d'une charge ofiRcielle. Il y a dans l'humanité une solidarité si étroite, que chaque homme est responsable vis-à-vis de son frère des lumières qu'il aurait pu lui communiquer. Ce que nous disons des individus, nous le disons à plus forte raison des Eglises ; elles sont atteintes de mort lorsqu'elles renoncent à s'étendre; elles abandonnent leur principe, elles se réduisent au silence, elles n'ont plus de raison d'être lorsqu'elles ne cherchent pas à envahir le monde. Lorsqu'elles sont dans la vérité, elles emploient pour s'étendre des moyens conformes à la vérité :

la prédication , l'instruction , la persuasion , la douceur, la prière, l'amour. Lorsqu'elles ne craignent pas d'employer la ruse, la politique, les séductions, les actes de violence , nous n'hésitons pas à dire qu'elles sont dans les sentiers de l'erreur et d'une flagrante infidélité.

Il y a diverses manières de juger un homme qui abandonne la religion dana laquelle il est né pour embrasser un autre culte.

Qu*un homme renie la foi de ms père» par la crainte d'un blâme public, par fausse honte, sous le vent de la persécution, eu présence des douleurs du martyre , il est permis de dire de cet homme qu'il n'est qu'un lâche renégat.

Qu'un homme abjure son culte par motif d'am- Mtion humaine, pour se concilier la feveur des grands, l'appui du pouvoir, les richesses et les honneurs du monde, on peut dire de cet homme qu'il est un hypocrite.

Qu'un homme passe successivement d'un culte dans un autre par inconstance, par inquiétude d'esprit, pour essayer d'une situation nouvelle , on peut dire de cet homme qu'il se fait un jeu de tout ce qu'il y a de plus sacré parmi nous.

Mais qu'un homme sérieux, sincère , pieux , reconnaisse les erreurs attachées au culte dans lequel il a passé soh enfance; guidé par la raison, par sa conscience, ou plutôt par les lumières certaines que nous fournit la révélation divine, qu'il ait le courage de s'afifiranehir du joug de l'erreur et d'affronter, s'il le faut, les moqueries du monde , les persécutions des fanatiques, la défaveur des grands : que n'écoutant que la conscience et le devoir, il embrasse la vérité évangélique..., un tel homme a droit à notre estime et à notre bienveillance, L'Eglise réfor-

mée ne repoussera pas un tel homme; elle n*est pas jalouse de s'en ae^détir d'autres.

L'admission d'un prosélyte dans l'Eglise réformée de France, diffère, quant à sa forme, selon les circonstances. S'il s'agit d'un homme qui ait été constamment étranger aux rites chrétiens, je veux dire un païen, un mahométan, un juif, il va sans dire qu'il devra recevdiry avant tout , le sceau du baptême. Si le prosélyte est né et a été élevé dans une des branches de la grande famille chrétienne^ un catholique, un grec, par exemple, une commission consistoriale est chargée de s'enquérir de son instruction religieuse et de ses mœurs ; elle s'entoure de toutes le§ lumières propres à lui faire connaître les convictions intimes du néophyte, et, sur des reiiseigùemeïits favorables , le conseil presbytéral accepte le nouveau frère , après qu'il a déclaré lui-même fonnellemeht renoncer aux erreurs de sa naissance , et désirer être admis dans notre Eglise , en communion d'esprit, d'amour et de foi. Il devra déclarer aussi qu'il n'a été mu dans sa décision par aucun motif d'intérêt ni de pression extérieure, et que cette importante démarche est l'effet d'une conscieùce libre et éclairée. Cette réception eifet accomplie sans éclat et dans un esprit de prière.

Le mariage est honorable pour tous.

Hfe.,xni.4.

Le mariage a été institué de Dieu, lorsque déclarant qu'il n'est pas bon powr l'homme d'être seul, il lui donna une compagne.

En retirant Eve de la propre chair d'Adam , il a établi l'union qui doit exister entre le mari et la femme.

En ne donnant qu'une seuje femme au premier homme, il a institué^la monogamie et condamné parla le concubinage et la polygamie. Si la Bible parle de patriarches qui ont eu plusieurs femmes, ce n'est point pour les approuver, mais pour raconter avec fidélité l'histoire du genre humain, qui est, hélas! le plus souvent, l'histoire de ses faiblesses.

Si le divorce était permis dans la loi de Moïse, c6 n'était que sous certaines conditions exceptionnelles; Jésus-Christ, en déclarant que cette permission avait été donnée aux enfants d'Israël à cause de la dureté de leur cœur, exclut, par cela même, sauf le cas d'adultère, cette rupture d'un lien sacré au milieu du peuple de

Dieu formé sous la nouvelle alliance , qui est une alliance de sainteté autant que de miséricorde.

Jésus-Christ a sanctionné le mariage soit en en rappelant l'institution primitive, soit en assistant aux noces de Gana avec sa mère et ses disciples, soit en condamnant l'adultère, le divorce et l'impureté , soit en comparant la venue du royaume de Dieu à des noces , et son union intime avec l'Eglise à ce lien béni.

Saint Paul déclare « que le mariage et le lit sans souillure est honorable entre tous les hommes; qu'il aurait eu, comme les autres apôtres , le droit d'emmener avec lui une femme d'entre ses sœurs. » Si, dans son épître aux Corinthiens, il dit « que celui qui se marie fait bien, mais que celui qui ne se marie pas fait mieux, » il a soin d'ajouter que son conseil il le donne de lui-même et à cause de la dureté des temps , c'est-à-dire des persécutions atroces qui sévissaient contre les chrétiens (1).

L'Ecriture, en racontant la guérison de la belle-mère de Pierre , constate que cet apôtre était marié , et saint Paul annonce comme un siècle d'hérésie celui où l'on défendra le mariage.

(1) 1 Cor., vil , 26.

D'après Ibs préceptes de la Parole de Kou et Tesprit de TEvangUe , les protestants considèrent le mariage et le célibat comme également autorisés, la décision enti^e ces deuii: états élant al^andonoée au libre choix de chacun seloa ses inclinations individuelles. 11$ n'attachant aucune idée de sainteté siupérieure au célibat, ni d'infériorité momie à l'état du ojariage. Il est des circonstances de fortune , de position sociale , de santé qui rendent le mariage peu désirable et même quelquefois impossible; mais nous croyons que l'épouse Adèle, la bonne mère de famille, est plus digne d'estime, et renjplit plus fidèlement la tache de la femme chrétienne que celle qui, dans les vues d'une dévotion mal éclairée, se renferme dans la stérile et ^oïste condition du célibat. Ajoutons, pour compléteç notre pensée , que nous considérons comme attentatoire aux droits de la souveraine Providence et à la dignité de l'humanité tout ordre humain qui condamna au célibat une classe quelconque d'hommes, à qui d'ailleurs Dieu a accordé , comme à tous les autres , le droit et le doux privilège du mariage chrétien.

Nous n'appelons par le mariage un sacrement parce que nous réservons ce titre aux cérémonies, signes extérieurs d'une grâce cachée, or-

doaaeesf de Jésus- Chri8t à tous les chrétiens comme gage de salut.

Nous approuvoas pteinement la loi française, qui veut que le mariage civil précède le mariage religieux, parce qu'il y a des iatérêts civils dans h mariage dont la société et le magistral; qui la représente doivent s'occuper spécialement , et que rendue, de tels intérêts dépendants de6 croyances religieuses individuelles et secrètes des hommes , ce serait abandonner les intérétô de la société et de la famille à des variations incessantes ou à des conditions insaisissables ; ce serait aussi imposer à chacun un joug religieux légal. Une fois le mariage civil accompli, le contrat liaj;Lt les époux à la société dans les conditions sociales , ceux-ci restent libres de donner à leur union le cachet religieux qui convient à leurs convictions. Ce sceau nous parait indispensable au chrétien, qui ne peut attendre aucun bien d'une union que Dieu lui-même ne cinaenterait pas de sa bénédiction.

Nous voyons avec douleur, sans les défendre absolument^ les mariages mixtes , je veux dire ceux où les époux appartiennent à des communions différentes. Nous les croyons favorables à l'indifférence religieuse et fertiles en froissements douloureux ; mais quand ils sont

contractés , nous en respectons les conditions , et nous considérons comme coupable toute tentative (fui tendrait à inquiéter l'un des deux époux à l'occasion de ses convictions religieuses.

Chez nous, la célébration religieuse du mariage consiste en une cérémonie simple, grave et empreinte d'un caractère évangélique, comme tout ce qui se pratique dans nos Eglises. Les époux se rendent au temple avec leurs parents et leurs amis, en plein jour et en présence de l'Eglise assemblée. Le ministre, revêtu de son costume pastoral, rappelle aux époux l'institution du mariage ; il leur adresse de pressantes exhortations, il les appelle à contracter de solennelles promesses. « Vous , » dit-il au mari , « vous déclarez avoir pris pour votre épouse N.N. , ici présente ; vous promettez de l'aimer , de l'entretenir, dans la maladie et dans la santé , dans la mauvaise fortune comme dans la prospérité, et de lui demeurer fidèle jusqu'à la mort, comme c'est le devoir d'un mari chrétien envers son épouse, et comme Dieu vous le commande dans sa Parole. » Après une déclaration à peu près semblable de la part de la femme envers son mari, le pasteur joint les mains des époux, après leur avoir remis l'anneau nuptial et après avoir imploré, par une ardente prière,

la bénédiction de Dieu sur leurs nœyds légitimes et sacrés. Enfin, il leur présente un exemplaire de la sainte Bible. Ce volume devient la Bible de mariage , premier monument du culte, de famille , et souvenir sacré d'un jour à jamais solennel.

Vi»ite aux. malade».

J'étais malade et vous m'avez visité.

Matth. ,XXV,36.

Donnée de Dieu aux hommes pour détacher leurs affections d'un monde qui périt, et pour les diriger vers le salut et la vie, la religion devient surtout pour eux une source de consolation et de force. Il faut donc s'attendre à re* trouver auprès du lit des malades les ministres de la Parole, chargés de l'administrer à tous selon leurs besoins. Cette partie de leur pieux ministère leur a toujours paru digne de leurs soins les plus assidus , de leur plus sérieux intérêt. On comprend tout d'un coup que la visite des pasteurs aux malades ne peut être assujétie à une forme liturgique et sacramentelle. Elle consiste, selon l'occasion, en conseils, en exhortations, en lectures et en prières. Cette fonc-

lion exige, plus que toute autre, l'exercice d'une graode discrétion et d'une charité à toute épreuve. C'est ici surtout que se manifeste le chrétien de cœur. Attentif aux souffrances de ses frères, il accourt à leurs cris; que dis-je ! il devance souvent leur appel. Ceux qu'il a bénis dans la ratification du vœu baptismal ou dans la sainte joie du mariage , ne viendrait-il pas encore les bénir au milieu de la souffrance et de l'angoisse ! Ce spectacle de douleurs déchire son cœur d'ami; mais il sait que Dieu sanctifie pour plusieurs ces heures d'épreuves ; il profite donc de ces moments favorables où Dieu semble adresser aux hommes de nouveaux appels et des avertissements plus solennels, pour disposer les âmes qui lui sont confiées à répondre à cette voix céleste par un entière soumission.'

Ceux des fidèles qui comprennent toute Timportance des consolations évangéliques au milieu des douleurs de la vie, se hâtent d'appeler leur pasteur aussitôt que la main de l'affliction s'appesantit sur eux ; mais , hélas ! trop souvent, par une contradiction dont il n'est pas aisé de rendre compte , il en est qui , redoutant que l'apparition d'un homme grave et sérieux dans leur maison ne porte l'épouvante dans l'âme du malade , n'appellent le pasteur auprès

de lui qu'à la dernière extrémité , c'est-à-dîre lorsque ses dernières angoisses démontrent qu'il lui reste trop peu de sensibilité pour qu'il soit fortement ému par les événements extérieurs, et encore assez de vie pour que le pasteur soit dispensé du scandale d'administrer les secours de la religion à un cadavre inanimé.

Dans les temps les plus orageux pour l'Eglise , les pasteurs ne se sont jamais ralentis dans les soins qu'ils donnaient aux malades , et souvent on les vit affronter les plus grands dangers , se glisser furtivement dans l'ombre , et , à l'aide d'un déguisement , s'introduire dans la maison d'un frère expirant, pour lui fermer pieusement les yeux. Et nos aumôniers en Crimée et en Italie n'ont pas failli à leurs périlleux devoirs.

Aujourd'hui , les progrès de la piété donnent à ces soins religieux un intérêt plus grand encore. Le préjugé qui attribue un effet sinistre à la première visite de l'homme de Dieu dans la maison du fidèle s'efface de plus en plus. On demande du pasteur des visites plus fréquentes, plus longues , et par conséquent plus fructueuses, et, dans plusieurs familles, on n'attend plus que le malade soit arrivé au dernier période de souffrance ou d'atonie pour lui faire entendre la Parole du salut. Dans ces circonstances, les ministres de la Parole ne manquent

pas de profiter du momeot favorable pour râp^ peler à leur frère malade l'état do péché et de misère dans lequel tous les en&nts d'Adam sont plongés » et la nécessité où ils se trouvent tous de se convertir et d'être régénérés pour entrer dans la vie. Les pasteurs annoncent ces grandes vérités avec tous les ménagements que commande 1a charité , mais au^i avec toute la fidélité que le devoir leur impose. Il ne s'agit pas d'endormir une âme malade > il s'agit de la réveiller et de la ^érir. Mais , après avoir ainsi annoncé les exigences de la loi , les ministres de la Parole se h&tent d'exposer le» trésors de la miséricorde divine* Ils purlent du IMeu peutient y lent à la colère » abondcmt en grâoes^ ; ils annoncent le Seigneur Jésus oh^sant pour les pécheurs, crucifié à leur place, les appelant , les sollicitant , les attirant , les liant à lui par des cordmiMc d'amour. Ils ouvrent aux yeux du mourant la glorieuse perspective de la vie à venir, la splendeur d'un ciel préparé et habité par Jésus ; puis ils prient , ils assiègent le trône de sa gloire &si faveur de ce fidèle qui se débat contre la mort, et qui, peut-être quelques ijistants après , comparsdtra devant son Juge suprême. Ils demandent à Dieu de l'éclairer , de le convertir , de le sauver , de lui multiplier les dons de son Bsprit. Ils prient aussi pour les

membres de sa &miile» pour ses enlsnts qu'il va laisser orphelins, pour sa femme qu'il va laisser veuve, pour tous les chrétiens qu'un sentiment de pieuse compassion avait réunis autour du lit <ie douleur ; et, en se retirant, ils laissent dans la maison d'affliction un par* fum d'espéremee et de paix évangélique que la foi chrétienne peut seule et donner et com* prendre.

XXVIU.

KjWi eonfeaslon et l'abfM>liitIoii«

Si noai disons que noas n'aTons pas de p6- ^ , nous lens «édidnmi a«iifr*Biîa[iM. et la vérité n'est point en nons. Si nous confessons nos péebés . il est iidftle et jnflU potr nons les pardonner et pour nons purifier de 4Dnte ini^té.

Cette parole , adressée aux Eglises par Tapô*tre saint Jean , constate an fiiit important : c'est que si Dieu , dans sa miséricorde infinie en lé* sus^Christ, veut pardonner au pécheur, il veut aussi que te pécheur ait le sentiment de la valeur de ce pardoiD , que , sentant ses misères spirituelles, il en fesse un aveu complet. S'il se croit sans péché, il se tix)mpe : il ment à sa propre conscience , et rien ne le porte à chercher sa délivrance , à désirer le salut , à croire

en un Sauveur dont après tout il pense gu'U n*a que faire. S'il sent sa misère spirituelle et sa culpabilité , il en gémit , il la déteste ; il a recours à la source de toute miséricorde, il sai* sit avec empressement la promesse de réconciliation , il se jette avec abandon dans les bras de son libérateur ; et en retour Dieu lui donne l'assurance de son pardon ; il fait descendre dans le cœur de son enfant justifié une paix indicible, gage certain et avant-goût précieux d'un bonheur saqs mesure et sans fin.

Cet aveu de la part du pécheur, c'est la confession ; cette assurance de pardon dispensée de Dieu , c'est V absolution.

Le péché étant une transgression de la loi de Dieu , et par conséquent une affaire qui se passe entre l'homme et Dieu, et dans laquelle Dieu est l'offensé et l'homme l'offenseur , nous devons confesser notre péché à Dieu lui-même, qui , présent partout , est toujours prêt à nous écouter, et qui, connaissant tout, ne saurait jamais être trompé. C'est à ce juge suprême que les Moïse , les David , les Daniel , les Manassé , et plus tard les péagers repentants , le Larron converti sur la croix , l'Enfant prodigue , confessèreçit leur faute sans avoir recours à d'au-, très intermédiaires. Devons-nous nous confes- ' ser aux hommes ? Oui , s'il s'agit d'une offense

dont nous nous soyoAs rendus coupables envers eux. Oui, devant un père ou une mère qui , chargés de notre éducation , ont le droit de nous demander compte de notre conduite. Voilà pour les relations sociales et la vie de famille. En ce qui concerne notre état spirituel ou nos relations- avec Dieu, nous pouvons, par un élan spontané et libre, rechercher l'intimité des chrétiens plus avancés que nous dans l'expérience de la vie chrétienne et de la connaissance de l'Evangile ; nous pouvons leur ouvrir notre cœur, leur faire part de nos doutes, de nos chutes mêmes , et réclamer les leçons de leur sagesse, la communion de leurs prières, la consolation de leur sympathie fraternelle... ; témoignage libre et fraternel de l'union qui existe entre les membres de l'Eglise de Jésus- Christ et auquel un apôtre fait allusion quand il exhorte les lecteurs de ses épitres à confesser leurs fautes les u/ns aux autres , tout aussi bien qu'il leur demande de prier les uns pour les a/utres (1).

Mais ce chrétien auquel on ouvre son cœur en recourant à sa sympathie et à sa longue expérience , doit-on le considérer autrement que comme un frère ; faut-il le regarder comme un

(l).Jacq., V, 16.

juge » un arbitre officiel ? Les protestants repoussent cette idée de la manière la plus positive, comme attentatoire à la gloire du Père, seul souverain de nos âmes , à la gloire de Jésus-Christ , notre seul juge suprême , à la gloire du Saint-Esprit, qui seul connaît ce qui est dans le cœur de l'homme et dans le cœur de Dieu.

L'absolution étant l'acte par lequel nous recevons l'assurance de notre entier pardon, Dieu seul peut la donner ; saint Jacques l'appelle « le seul législateur qui peut sauver et qui peut détruire (1). » L'absolution est Tœuvre spéciale du Saint-Esprit ; saint Paul nous l'enseigne quand il écrit aux Romains (2) : « C'est ce même Esprit qui rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu ; » toute l'Ecriture est pleine de déclarations par lesquelles nous pouvons constater la réalité et les conditions de cette précieuse assurance du salut. Méditez , et recevez dans votre cœur les passages suivants :

« Quiconque croira en Jésus-Christ recevra la rémission de ses péchés en son nom (3). Sachez, mes frères, que c'est par Jésus-Christ que vous est annoncée la rémission des péchés,

(1) Jacq., IV, 12. — (2) Rom., VIU , 16. — (3) Actes , X, 43,

et que c'est par lui que tous ceux qui croient sont justifiés (i). ^ quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père , savoir : Jésus-Christ, le juste (2). Etant donc justifiés par la foi , nous avons la paix avec Dieu (3). Il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (4), Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage de Dieu en soi-même , et voici quel est ce témoignage : c'est que Dieu nous a donné la vie étemelle, et cette vie est en son Fils (5). »

Après ces déclarations si claires et si formelles , pourquoi irions-nous chercher auprès des hommes des assurances qui ne rassurent pas , des absolutions qui n'ont rien de certain ni d'absolu ? pourquoi irions-nous réclamer auprès des hommes , pécheurs comme nous , des grâces qu'ils ne peuvent se donner à eux-mêmes?

Tout au plus , comme nous l'avons dit plus haut , pourront-ils exercer auprès de nous un ministère fiatemel de conseils, de consolation, d'encouragement ; mais ils ne sauraient aller plus loin sans se rendre coupables de présomp- ^ tion et sans usurper les droits du Saint-Esprit , qui seul produisant en nous la véritable con-

(1) Actes, 38, 39. — (2) 1 Jean, II, 1. - (3) Rom., V, 1. — (4) Rom., Vffl , 1. — (5) 1 Jean , Y, 11, 12.

viction du péché , peut seul faire descendre dans nos âmes la paix de Dieu dont il est le céleste dispensateur.

Mais^ dira-t-on, Dieu n'a-t-il pas institué des hommes qu'il a revêtus d'un pouvoir plus étendu qu'un simple ministère fraternel et auquel il a dit d'une manière formelle : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés , ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez , ils leur seront retenus (1) ? y* Ces hommes étaient les premiers disciples et les apôtres, exerçant un ministère accompagné de miracles nécessaires au premier établissement du christianisme dans le monde. Alors l'Ecriture , « toute inspirée de Dieu, » n'avait pas encore été rédigée pour faire connaître au monde les conditions de l'alliance de grâces et les sources de l'absolution qui vient de Dieu. Ces conditions étaient enseignées par le ministère direct des apôtres, qui, en recevant le pouvoir d'accomplir des miracles , de parler des langues étrangères et d'annoncer la vérité par inspiration , avaient aussi reçu le don de « discerner les esprits , » et par conséquent d'apprécier l'état des âmes au point de pouvoir leur donner l'assurance qu'elles étaient dans la voie du salut ou qu'elles étaient enga-

(1) Jean, XX, 22.

gées dans celle de la perdition. Ce pouvoir d'absolution conféré aux disciples directs du Sauveur n'avait aucun rapport avec la confession ; l'Ecriture ne nous montre aucun chrétien allant se confesser aux apôtres; elle nous montre ceux-ci lisant directement dans l'âme d'Ananias, de Saphira et d'autres pécheurs, sans qu'il ftit nécessaire de les interroger sur leurs pensées secrètes. Or , ce pouvoir de discerner les esprits et de sonder les cœurs sans confession et de leur appliquer les conditions du salut d'une manière infaillible a cessé avec les apôtres. Ceux-ci n'ont point eu de successeurs. Il e^t écrit que Dieu donne « les uns pour être apôtres , d'autres pour être prophètes , d'autres pour être évangélistes , d'autres pour être pasteurs et docteurs (1). » Cette déclaration établit des distinctions importantes. Elle constate que les pasteurs ne sont pas des apôtres , et que si le Seigneur a conféré des dons spéciaux à ceux-ci , il ne s'ensuit pas du tout que ceux qui sont pasteurs ou se disent tels aient hérité de ces dons. Ce qui prouve d'ailleurs qu'ils ne les possèdent pas , c'est que ceux qui prétendent absoudre les péchés se trouvent dans la nécessité de confesser les pécheurs avant de les

(i).Ephés,, IV, 11.

absoudre; ce qui, montrant leur impuissance à connaître ce qui se passe dans les cœurs ^ démontre en même temps leur impuissance à leur appliquer d'une manière certaine et absolue les conditions de Tétemel salut.

Et s'appuyant sur les principes ci-dessus exposés , les protestants repoussent la pratique de la confession obligatoire , détaillée , provoquée par voie d'interrogation. Ils repoussent l'absolution prononcée par un homme d'une manière absolue, autorltative , judiciaire et sacramentelle.

Ils pratiquent la confession générale dans le culte public.

Ils ont recours à leurs pasteurs comme à des amis , comme à des frères pieux et avancés dans l'expérience de la vie chrétienne, pour recevoir de leur pieux ministère les conseils, les consolations, les encouragements que ceux-ci leur donnent à l'aide de la Parole de Dieu, notre code suprême. Les protestants ne cherchent pas ces secours spirituels exclusivement auprès de leurs pasteurs : ils ont recours aussi à tous les chrétiens qui leur paraissent dignes de leur confiance ; car il est bien entendu qu'il ne s'agit pas ici d'un acte officiel , mais d'un ministère tout fraternel.

Les protestants croient qu'à l'aide de la Pa-

rôle de Dieu et par la foi , ils peuvent acquérir la certitude qu'ils sont enfants de Dieu, rachetés de Christ et pardonnes de leurs péchés ' d'une manière bien autrement sûre qu'ils ne pourraient le faire par les jugements des hommes , toujours incertains et faillibles.

Enterrements.

Le corps retourne dans la pondre.

EcGLÉs., Xn,7.

L'Evangile nous annonce qu'après la mort vient le jugement : le jugement de Dieu , irrévocable, éternel. La vie avait été donnée à l'homme pour son temps d'épreuve ; mais la mort le &it passer dans un état définitif de rémunération. Nous croyons qu'après la mort les méchants sont abandonnés sans retour aux fatales conséquences de leurs souillures, et nous croyons aussi que bienheureux sont ceux qui meurent au Seigneur; car dès maintenant, dit V Esprit, ils se reposent de leurs travaux, et leurs œuvres les suivent (Apoc, XIV, 13). Nous croyons aussi qu'enseigner , contrairement à la Parole de Dieu , qu'il peut y avoir encore , pour les

pécheurs enlevés à la vie, quelque espoir dans les prières des vivants , serait risquer d'encourager le péché et Timpénitence finale, et dresser un piège funeste à la faiblesse humaine.

Voilà pourquoi nous n'avons pas de prières pour les morts.

Toutefois , nous honorons leur mémoire , et nous profitons du moment solennel où leur dépouille mortelle est rendue à la terre pour diriger l'âme des vivants vers les grandes réalités de la vie, de la mort et du jugement. Négliger ce devoir , c'est manquer une occasion précieuse de répondre aux besoins des âmes émues à l'aspect d'une grande scène, et disposées à la réflexion par la tristesse et la douleur. Si les services funèbres ne sont pas encore en usage dans toutes les Eglises réformées de France, on les pratique dans la plupart d'entre elles , et on en recueille toujours des fruits excellents.

On conçoit , tout d'abord , qu'un service religieux de cette nature n'est point un panégyrique du défunt. Ce n'est point en présence de notre vanité et de notre poussière que le ministre de l'Evangile doit faire l'étalage de nos pauvres vertus et de nos misérables actions. Ces fonctions du pasteur pourraient, dans certaines circonstances , devenir assez délicates pour être

impraticables ou dangereuses ; car le panégyrique est un discours plutôt politique que religieux. Le service funèbre sera un appel à la conscience des vivants , l'exposé des doctrines vitales du salut, et l'annonce simple et touchante des miséricordes du Seigneur. A ce titre, loin d'encourager la superstition ou l'orgueil chez les faibles , il laissera dans les âmes des impressions profondes , dont le souvenir se rattachera pour toujours à celui d'un événement qui ne s'oublie jamais.

Les Eglises qui célèbrent un service funèbre ont adopté diverses formes ; nous en combinons plusieurs ensemble, pour en proposer une qui reproduit leurs traits les plus saillants.

Le cercueil est déposé dans la terre ; les assistants se groupent en silence autour de la fosse ; le pasteur prononce les paroles suivantes :

€ Mes Frères !

» En présence de ce cercueil qui renferme la dépouille d'un frère que nous rendons ^à la terre , recueilloùs-nous devant Dieu et recevons dans des cœurs dociles et sérieux les enseignements de la Parole.

» Ecoutez d'abord les sentences de la loi :

» L'homme est de courte vie et rassasié d'agitation.

)) Il s'élève comme ime fleur» puis il est coupé ; il disparait comme une ombre qui ne s'arrête point.

y> Nous n'avons rien apporté dans ce monde :

c'est pourquoi nous n'en pouvons rien rapporter.

» Le salaire du péché est la mort. Tous ont péché : c'est pourquoi tous doivent mourir*

» Il est arrêté que tout homme meurt une fois ; après la mort vient le jugement.

» Chacun recevra selon ce qu'il aura fait, soit bien , soit mal » pendant qu'il était dans son corps.

» Dieu ! si tu prends garde à nos iniquités , qui est-ce qui subsistera devant toi?..*

» Ecoutez maintenant les promesses de la grâce :

» Le corps retourne en la terre d'où il a été tiré ; mais l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné.

» Celui qui croit au Fils de Dieu a la vie éternelle, et il ne périra pas à toujours. Je suis la résurrection et la vie, dit le Sauveur, et chacun de ses disciples peut dire avec confiance : « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et lorsque mon corps aura été rongé des vers, je ver-

rai Dieu de ma chair, je le verrai moi-même et mes yeux le verront. »

» Le corps semé corruptible ressuscitera incorruptible; il est semé méprisable, il ressuscitera glorieux ; il est semé infirme , il ressuscitera plein de force; il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel.

» Bienheureux sont ceux qui meurent au Seigneur ; oui, pour certain , dit l'Esprit, Us se reposent de leurs travaux , et leurs œuvres les suivent.

)» Il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ.,

, » mort ! où est toa aiguillon ? sépulcre !

où est ta victoire ? Grâces soient rendues à Jésus-Christ , par qui nous avons la victoire. »

Ici le pasteur prend une pellée de terre , et pendant qu'il la laisse tomber sur le cercueil , il prononce les paroles suivantes :

« Puisqu'il a plu à Dieu , Prince de la vie , de retirer de cette vie d'épreuve notre frère bien-aimé, nous confions son corps à la tombe , la cendre à la cendre, la poussière à la poussière, dans l'attente de la résuirection qui transformera notre corps mortel en un corps glorieux fait à l'image de Jésus- Christ , auquel, comme au Père et au Saint-Esprit, soient honneur, louange et gloire. Amen. »

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