‹ Le manuel des parents chrétiensChapitre 16 sur 78 · LA CONNAISSANCE DES INCLINATIONS DES ENFANTS · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE DES INCLINATIONS DES ENFANTS

Pour connaître les mauvaises inclinations de vos enfants, n'attendez pas qu'ils aient grandi et soient capables de raisonner, car vous n’aboutiriez à rien surtout avec les caractères dissimulés. Supposant même que vous réussissiez à voir clair, il serait, peut-être, trop tard pour les corriger, parce que leurs mauvais penchants, trop enracinés, semblables à ces arbres qu'on à laissés grandir, et dont les racines se sont enfoncées profondément dans la terre, ne peuvent plus être arrachées. Les inclinations mauvaises deviennent, avec l’âge, comme une seconde nature ; et il est alors bien difficile de les maîtriser.

Le temps favorable pour commencer ce travail, c'est lorsqu'un enfant dit tout hant ce qu'il est et ce qu'il pense, naïvement et sans artifice. Dieu le permet ainsi, afin que les parents puissent aisément s'orienter à son égard. Alors, il fait aussi aisément un bon ou un mauvais compliment ; il dit, sans gêne, tout ce qui lui passe par la tête ; il met son âme à nu. Mais, ne le gênez point, ne le grondez pas, car vous l'empêcheriez de dire ce qu'il est. Soyez d’une douceur et d’une bonté parfaites envers lui. Laissez-le dire tout ce qu'il pense. Cependant ne l’approuvez pas, quand ses paroles sont mauvaises, ne riez point de ses malices ; cette ccnduite serait dangereuse. Il est bon de le contredire quelquefois pour connaître s’il tient à ce qu'il dit, ou si ce n’est qu'une idée passagère. Refusez-lui aussi de temps en temps des choses qu'il paraît désirer ; cette contrariété montrera s’il est entêté ou non. ÆExaminez comment il se comporte avec ses frères et sœurs. Faites semblant de ne pas remarquer ce qu'il dit ou ce qu'il fait, afin de ne point le gêner ; mais écoutez et regardez bien.

Ne vous prononcez pas trop vite sur les inclinations de votre enfant. Prenez votre temps, car Salomon vous avertit que : qui va trop vite, tombera, c'est-à-dire, se

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trompera. Ce ne sera peut-être qu'après des observatio continuées pendant des années, que vous jugerez av certitude que votre enfant a tel bon ou tel mauv: penchant.

Ne soyez pas du nombre de ces pères et mères qui veulent pas laisser leurs enfants remuer, et qui voudraie les immobiliser comme des momies. (C’est le moyen fausser leur naturel et de les rendre dissimulés. Laisse les gambader, courir et s'amuser innocemment. Le santé et leur âge l’exigent. Sans cet exercice corpor ils seraient des hommes sans force, sans vigueur et sa énergie, et c’est une des raisons pour lesquelles les enfar de nos campagnes sont plus robustes que ceux des vill Mais ce bruit, ces cris, ces courses vous cassent la têt Je le crois bien. Cependant, prenez patience, car € une des misères de votre état. Imitez la conduite saint Philippe de Néri. Un seigneur rorain, qui all souvent lui faire visite, entendit un jour les jeunes ge que le saint réunissait chez lui, faire un tel vacarn qu’il ne pût s'empêcher de lui en témoigner son mécc tentement. ‘* Comiment, lui dit-il, pouvez-vous suppor ce tintamarre ? ” ‘“ Pourvu qu'ils n’offensent pas Diet lui répondit en riant le vénérable vieillard, je leur perm trais de me fendre du bois sur le dos.”

Je ne vous conseille pas de pousser la condescendar aussi loin ; mais, au moins, permettez à vos enfants tapager à certains moments de la journée. Ayez seu ment l'œil sur eux pour qu'ils ne se fassent pas de m ou n’offensent pas Dieu, comme dit saint Philippe ; m: que tout soit fini, quand ils auront suffisamment joué.

Après vous avoir indiqué comment il vous faut a envers vos petits enfants, pour leur fournir l’occasion laisser percer leurs bonnes ou mauvaises inclinations

me reste à vous faire connaître les signes auxquels +.

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LA CONNAISSANCE DES INCLINATIONS DES ENFANTS 59 les discernerez. Mais avant d'entrer dans les détails, je dois vous prévenir qu'il m'est impossible, sans dépasser les limites d'un ouvrage tel que celui-ci, de vous indiquer tous les signes des germes pernicieux que peut recéler le cœur des enfants. Les penchants du cœur humain étant aussi variés que les traits du visage, on peut dire qu’on ne saurait trouver deux enfants qui aient les mêmes inclinations bonnes où mauvaises.

La connaissance de soi-même met vite sur la piste, Examinez donc quels sont vos penchants et vous vous tromperez rarement, en supposant que vos enfants en ont de semblables. Car c’est une loi générale de la nature, que les enfants ressemblent à leurs pères et mères, non seulement par les traits du visage, mai: aussi par les inclinations. ‘“* Ne louez aucun homme avant sa mort, car on connaît un homme par les enfants qu'il laisse après lui!” (1) De là le proverbe populaire : “ tel père, tel fils ; telle mère, telle fille.”

Vous pouvez donc espérer que si vous êtes patissants, bienfaisants, chastes et honnêtes, le seront également, Si, au contraire, vous êtes portés à la colère, vos enfants auront le germe de ce défaut : si vous êtes entêtés, opiniâtres, voleurs, ivrognes, débauchés, vains et orgueilleux, vos enfants auront probablement les mêmes mauvais penchants. L'exemple suivant confirme cette parole de Salvien : ‘“ On hérite des mauvais penchants de ses parents ”’, ou comme s'exprime M. Audin : “les vices d’un père sont de la nature des maladies organiques qui se transmettent avec le sang! ” (2)

Une famille de républicains s’était fixée à Nantes pendant la Révolution. La plus grande jouissance de le

doux, comvos enfants

(1) Eccl., XI, 30 (2) Histoire de Henri VIII

60 Lk MANUEL DES PARENTS CHRÉTIENS

mère était de passer ses matinées sur la place où

égorgeait les royalistes. Elle aimait à insulter aux

times jusque sur l’échafaud ; maïs ce qui la ravis surtout, c'était le dernier cri que poussaient les supplic A ce moment, ses veux brillaient comme ceux du ti elle trépignait, en criant : mort, mort aux royalist Cette femme devint la mère d’une fille, ou plutôt « monstre. Idiote, elle ne savait que le cri des moura et une effrayante manie le lui faisait répéter à cha instant. A table, le jour, la nuit, ses parents sont damnés à l'entendre. C'est en vain qu'ils essaient d faire taire. Pour éviter leurs coups, elle n’ose fuir deh elle sait l'horreur qu'elle inspire. Alors elle passe journées, cachée dans un coin obseur, et le soir venu, sort de la maison, et va s’asseoir sur les ruines d’un calv: Pour se distraire, elle chante ; sa voix, lugubre et mé colique, répète sans cesse le chant de sa mère : mort

sang ! il faut du sang !

La conclusion de cet exemple, pris exir® mille, celle-ci : on hérite ordinairement des penchants de mère. |

Quelles tristes et douloureuses réflexions ne devra donc pas faire les pères et mères dont la jeunesse a débordée et qui n'ont jamais travaillé à corriger | mauvais penchants ; qui les ont transmis à leurs enfa et qui se trouvent dans la triste nécessité de les en pu: Oh ! bienheureux ceux qui sont nés de parents honn et vertueux et qui ont reçu, avec la vie, les ger d’inclinations chastes et vertueuses !

Maintenant, queis sont les signes particuliers pro à vous faire connaître les mauvais penchants de erfants? Les marques extérieures des mauvaises i nations, vous feront toucher le mal du doigt. e

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La manifestation des caractères

Il y a des caractères opiniâtres et colères, hardis et effrontés, cachés et dissimulés, foncièrement mauvais ; ainsi que des caractères gais et légers, francs et ouverts, sombres et mélancoliques, doux et compatissants, bons et dociles.

Voyez cet enfant qui trépigne si on lui refuse quelque chose ; qui ne veut jamais céder, qui prétend toujours l'emporter sur les autres : qui jette, à la tête de celui qui lui déplaît, ce qu'il a sous la main : qui boude celui qui le contrarie, qui verse des larmes accompagnées de cris aigus, entrecoupés ; qui, le lendemain d'un mécontentement, en garde encore le souvenir : qui ne peut rien supporter ; qu'une mère ne saurait faire tenir en repos ; c'est un caractère opiniâtre et col° ve

Regardez ce petit garçon dont les yeux sont étincelants ; qui brave vos regards, qui ne s'effraie de rien : qui ne pleure qu'après avoir été longtemps gonflé

; dont Îles larmes rugis:

en quelque sorte ; qui se moque de tout

} et qui affronte tout, même les corrections ; qui nie effron-

tément ses fautes : qui aime les jeux bruyants, les batailles, et qui crie à tue-tête, ce bambin est d’un caractère hardi et effronté.,

ü2 LE MANUEL DÉS PARENTS CHRÉTIENS Exuminez cette petite fille à mine noise, qui si petut frere qu'elle berce ; qui le | Qi pbroch L crier ù a oil au guet dans elle ma inv sucrerie volée : qui fait pl r sa js ur, et deuniande. à haute voix, ce qui la chagi i ser inge quand on la regarde, et qui épie le moment ire apereue de personne pi un Mi ) latte s nore en sû prés se moque d a] ré l ent d'aller où man l à défen:

le nie sans 1 qui feint de pleurer lorsque sa me: Nr re mille protestations d'amitié à une « pagne qi méprise ensuil jui a l'apparence « ange, et est vrai nt cette petite malheur a un caractere c] ssimulé Avez-vous aperçu ce petit garçon toujoi mécont qui demande une irtine. li jeti par re à s € pris une bouchée, et lemande une autre ; qui | petites sort rit ir pleurer: qui leur a es il ins ün et q les aiment, et :« b e en quant de leurs ‘armes ui donne un cou son petit re, et tri mphe de | oir l sé quand sa iaman le gronde, et continue se se fâche on le corrige, et 1 pourquoi on tu; qui n'ai pas même sa cureuse re volé ; qu on ne pre amäauouci 1€ : par la douceur, ni jar les présent it petit rçon abi era ses par le ch:

viennent à bout : corl nn arac Les enfants d'u e gai cf ‘r sont connaîlre, st s conten e bonne hum ils rent et s an nt ement ; il uen! je laissent atissito E üicni itré, quais à lonnent un mor Ils an à irir. saut

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