‹ Le manuel des parents chrétiensChapitre 39 sur 78 · SAPIN · texte numérisé non relu

SAPIN

Les parents en présence des enfants

Puisque l'exemple des parents a tant d'influence sur les enfants, il vous faut, pères et mères, être leurs modèles en toutes choses : (dans vos discours, dans votre conduite, dans ce qui rez irde la charité, la foi, la chasteté.» (1) C’est pourquoi n'oubliez jamais que dans votre famille, vous occupez la place de Dicu. |

Soyez l'exemple de vos enfants dans vos discours. Ne parlez jamais mal du prochain: évitez les jurements, les sacres et les malédictions, les paroles déshonnêtes où à double sens. et même toute expression grossière et impolie. À propos des paroles contre la pudeur, rappelez-vous que (lon doit avoir pour les enfants un respect sans bornes.» (2)

Vous devez tenir un langage chrétien, afin que vos enfants: pensent et parlent en chrétiens. Ainsi, ne vantez jamais la prospérité mondaine, les richesses, les plaisirs, le luxe, les divertissements du monde. L’Evangile et les promesses de leur baptême défendent de s'y attacher.

‘e dites jamais un tel est bien heureux : il a une belle

(1) E Tim., IV, 12.

(2) Paroles de Senèque.

terre une” magnifique maison, la fortune et la santé, car le bonheur consiste à servir Dieu fidèlement. Ce langage est païen plutôt que chrétien, et de nature à fausser leur jugement sur ce point. Ne les mettez pas sous l’impression, par votre manière de parler et d’agir, que les affaires humaines, si elles n'ont pour fin la gloire de Dieu et le bonheur du prochain, méritent qu'on s'y intéresse beaucoup, et peuvent entrer en comparaison avec les intérêts de l'éternité. Affirmez votre conviction, chaque fois qu'il y a lieu, que Dieu permet et dirige tout ce qui arrive. Ainsi, vous venez de semer ; répétez cue ce grain, confié à la terre, est sous la garde de Dieu, qui le fera fructifier ou mourir, selon qu'il lui plaira. Priez-le chaque soir, en famille, de bénir cette semence, afin d’habituer vos enfants à ne compter que sur la Providence. «C’est Dieu qui couvre le ciel de nuées, qui prépare la pluie pour la terre, qui produit le foin sur les montagnes, et fera croître l'herbe pour l'usage de l’homme ; qui donne aux bêtes la nourriture qui leur est propre, et qui nourrit les petits des corbeaux qui invoquent son secours. » (1)

Avez-vous une belle récolte en perspective, dites que vous espérez que Dieu, «qui nourrit les petits oiseaux du ciel», (2) le fera mûrir. Si elle a mauvaise apparence, ne laissez paraître aucune inquiétude, mais rappelez à votre famille que Dieu est le maître absolu de toutes choses, et que s’il ne juge pas à propos de vous donner nne bonne récolte, il saura bien tout de même pourvoir à votre nourriture, si vous le servez fidèlement; «car votre Père céleste, qui est au ciel, sait que vous en avez

(1) Ps. CXLVI, 8,'9.

(2) S. Matt., VI, 26.

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besoin.» (1) Quand vous aurez engrangé vos grains, invitez vos enfants à remercier Dieu et à le prier de les préserver de tout accident. Vous arrive-t-il de peräre un animal, de voir consumer par le feu votre maison ou votre grange, de vous estropier, gardez-vous de murmurer. Paraissez, au contraire, parfaitement résignés, comme des chrétiens convaincus que tout arrive par la volonté de Dieu, pour notre plus grand bien. Dites donc à vos enfants : Dieu l’a permis ainsi par une providence toujours adorable, et répétons comme le saint homme Job : «Dieu m'avait tout donné, et il m’a tout ôté, que son saint nom soit béni. » (2)

Vous ne sauriez trop insister sur le fait que Dieu dirige tous les événements, et que rien n’arrive sans sa volonté, excepté le péché ; parce que, nos cultivateurs mêmes, qui sont les véritables enfants de la Providence, l’ignorent trop souvent, comptent trop sur leur habileté, leurs talents, leur industrie et leur prudence, croient pouvoir se passer de l'intervention du ciel, ou que Dieu ne se préoccupe nullement de ces détails.

Quand vous parlez des biens et des intérêts temporels, que votre famille comprenne qu'il ne faut pas trop les estimer, parce qu'ils sont périssables, que mille accidents peuvent en déposséder, et que d’ailleurs ils sont incapables de procurer le bonheur. Pour convaincre vos enfants que les biens de ce monde sont impuissants à remplir le cœur humain, citez-leur l'exemple du roi Salomon auquel Dieu, à part la sagesse et l'intelligence pour gouverner son peuple, avait donné la richesse et la renommée.

(1) S. Matt (2) Job, 1, 2:

La prospérité sous son règne, était telle que l'or et l’argent étaient devenus, à Jérusalem, aussi communs que les pierres. Cependant, après n'avoir rien refusé ni à sun Cœur, ni à ses yeux, après avoir savouré toutes les jouissances, Salomon s'écrie: (j'ai reconnu qu'il n'y a que vanité et afliction d’esprit dans toutes ces choses, et que rien n’est stable sous le soleil. » (1)

Recommandez donc à vos enfants d’avoir toujours à l'esprit cet avertissement de saint Paul : (Le temps est court. Que ceux qui pleurent, soient comme s'ils ne pleuraient pas ;: ceux qui possèdent, comme s’iis ne possédaient rien ; ceux qui usent des choses de ce monde, comme s'ils n'en usaient point. Car la figure de ce monde passe.» (2) Ce détachement des choses de la terre qui est le secret du bonheur, est nécessaire pour vivre chrétiennement. A plus forte raison, évitez les jurements, les sacres, les imprécatiors et, en général, toute parole contraire à la bonne éducation. Je ne puis concevoir qu’un homme, et une femme surtout, puisse tenir pareil langage à l'adresse de ses enfants et même simplement en leur présence. On remarque partout que l:s gens de bonne éducation évitent la compagnie de ces personnes mal élevées, qui parlent ia langue des démons.

J'ai entendu des mères de famille jurer et sacrer en reprenant leurs enfants coupables de ces intempérances de langage. C’est jeter de l'huile sur le feu et perdre votre temps. Vos enfants suivront vos exemples, et ne feront aucun cas de vos réprimandes. Après avoir été repris cent fois, ils continueront de jurer et sacrer. Ils ne s’amenderont pas tant que vous ne vous corrigerez pas

(1) Ecclé., II, 11.

(2) 1 Cor., VII, 29, 30, 31.

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vous-mêmes. (Les enfants sont semblables aux échos, » dit saint Alphonse. (Ils répètent ce qu’ils entendent dire. »

De plus, il est déshonorant pour un père et une mère d'avoir de pareils enfants, et d'entendre dire : Ce sont les enfants d'un tel qui parlent ainsi. Ils répètent ce qu'ils entendent chez eux. On peut dire que lies enfants ressemblent un peu aux enseignes des auberges. Ils manifestent le langage que l'on tient dans la famille, comme l'enseigne d'une auberge indique que l'on y débite des lueurs enivrantes.

Les imprécations contre les enfants sont chose tellement grave, qu'il est inconcevable que des parents puissent s'oublier à ce point. Les pères et les mères coupables de telles paroles, ignorent sans doute que, semblables à l'huile, elles pénètrent jusqu'à la moelle des os, selon l'énergique comparaison du Prophète royal. Pour l'amour de Dieu et le bien temporel et spirituel de vos enfants, ne dites donc jamais, même sans en désirer la réalisation, des paroles comme celles-ci : {que le diable t’emporte. Oh! si tu étais mort ! Si tu pouvais te casser un bras ! » et autres paroles semblables. Craignez que Dieu ne vous prenne au mot, comme ils est arrivé quelquefois.

Venez, après avoir proféré de tels souhaits, vous plaindre que vos enfants sont désobéissants, sans affection, vicieux et libertins! Ce sont eux qui sont à plaindre. Quant à vous, (vous récoltez ce que vousavez semé.» (1) Bénissez vos enfants, et ils vous béniront et vous feront honneur. Je demande pardon de supplier les parents d'éviter toute parole déshonnête en présence de leurs enfants. Îl est vraiment inexplicable que des pères et des

LD) Gal. VI S8.

mères aillent jusqu'à se permettre des paroles, des badinages, des allusions, des mots équivoques, susceptibles d'allumer, dans des cœurs encore purs, le feu d’une passion qui damne tant d'âmes. Ont-ils done oublié le jour malheureux où une parole imprudente leur révéla ce qu'ils auraient dû toujours ignorer, la tesnpête qui bouleversa leur pauvre cœur, le naufrage aui suivit, et les plongea dans cet état lamentable où ils sout encore? Ils ne feront croire à personne, en effet, que leur cœur est pur, puisque (la bouche parle de l'abondance du cœur.» (1)

Si, du moins, un reste de pudeur leur faisait respecter l'enfance, et tenir fermée une bouche que le Psalmiste qualifie de sépulcre. S'il leur plaît de vivre dans cette impure atmosphère, que la pitié les empêche d’empoisonner les enfants et les jeunes gens. Je les supplie donc de ne pas leur apprendre ce qui leur a peut-être fait commettre des fautes innombrables.

Les femmes et les mères, en particulier, ne sauraient, en pareille matière, pousser trop loin la délicatesse. Qu'’elles ne tolèrent jamais en leur présence, en encore moins devant leurs enfants le moindre mot qui blesse la pudeur. Le respect qu'elles se doivent, l'exige. Celles qui goûtent ces plaisanteries ou les permettent, sont sur la pente du vice, et trébucheront à la première pierre d'achoppement.

Mais on dira peut-être : Parce qu’il se trouve avec nous, gens mariés, des enfants ou des jeunes gens, nous ne pourrons plus ni rire, ni nous amuser ! Si réellement, il y a des gens incapables de s'amuser autrement, ils sont à plaindre et fort méprisables. Je préfère croire qu'ils

(1) S. Luc, VI, 45.

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(Nous avons appris avec bien de la douleur, dit Monseigneur de Saint-Vallier, qu'un grand nombre de personnes, surtout des jeunes garçons, se donnent la liberté de proférer en toutes rencontres des paroles déshonnêtes, ou à double entente. ce qui cause dans les mœurs une corruption qu’on ne peut assez déplorer, nous voulons que les pasteurs et les confesseurs usent de tous les moyens qu’ils jugeront propres pour déraciner cette licence empestée, qu’ils se comportent à l'endroit des personnes

bituées à ces infâmes discours comme envers les impudiques d'habitude et même scandaleux, et qu'ils ne leur accordent l’absolution qu'après qu'ils auront donné des preuves suffisantes de leur contrition, par le retranchement de ces paroles impures, pendant un temps raisonnable, » (1)

Combien sont coupables les pères et les mères qui disent ou tolèrent dans leurs maisons, ou en présence de leurs enfants, des paroles qui causent dans les mœurs une corruption qu’on ne peut assez déplorer, qualifiée de licence empestée, de discours infâmes, et qui rendent indignes de recevoir l’absolution.

Soyez donc pour vos enfants des modèles impeccables. Mais pour cela, vigilance continue sur vos actions, vos paroles, et soyez pour eux la règle vivante de ce qu'ils doivent penser, dire et faire.

Sans doute, la tâche d’élever chrétiennement une famille est délicate, périlleuse, exige du dévouement, mais inutile de se lamenter.

Les parents, en entrant dans l’état du mariage, en ont assuiné les obligations. Illeur faut doncs’en acquitter

(1) Ordonnance du 16 février 1691,

à tout prix, sous peine de damnation ; car c’est à eux, en premier lieu, que s'adressent ces paroles: ‘ Gardez-vous bien de mépriser un seul de ces petits enfants que je me suis acquis par la foi: car je vous dis que leurs anges dan, le ciel voient continuellement la face de mon Père céleste. Malheur à celui qui donne à quelqu'un sujet de se scandaliser ; son crime est si détestable à mes yeux, qu'il eût mieux valu pour lui n'être jamais né ou, qu'aussitôt après être venu au monde, on lui eût attaché une meule de moulin au cou, et qu’on l’eût en cet état, précipité au fond de la mer...”’(1) Ils sont évidemment à plaindre les parents qui scandalisent ou iaissent scandaliser ieurs enfants.

Certains parents faussent leur conscience jusqu'à s'imaginer que leurs enfants sont trop jeunes pour comprendre, ou que, occupés à jouer, ils n’entendent et ne remarquent rien. Ilsse trompent doublement: les enfants sont extrêmement curieux et impressionnables, et s’ils ne comprennent pas tout immédiatement, ils retiennent tout. Dans le moment même où un enfant semble absorbé par autre chose, il entend ce que l’on dit, voit ce que l’on fait; et comme son esprit et sa mémoire sont très vifs, il note tout. On entend souvent des petits enfants répéter des paroles entendues une seule fois, et rappeler des actions dont ils ont été les témoins à un âge où on les pensait incapables de remarquer quoique ce soit.

Soyez done convaincus que vos enfants entendent, vojent et comprennent tout ce Qae vous faites,et que, tôt ou tard, il seront dans leur conduite l'écho de leurs parents.

(1) S. Mati., XVIIL 6, 10.

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Veiller sur l'innocence des enfants

Rien, il me senible, n'est plus captivant que la vue d'un petit enfant dont la physionomie respire la naïveté, l'innocence et le bonheur. Il faut lui ressembler, à dit Jésus-Christ, pour mériter le ciel. En effet, qui ne serait ému en regardant cette figure épanouie que les passions n'ont pas flétrie!

En tout cas, est-ce trop exiger de vous demander de la conserver aussi soigneusement que votre santé, vos biens, vos animaux mêmes ? Me taxerez-vous de rigorisme si je vous oblige de vous y intéresser autant qu'à ce champ ensemencé, protégé par une elôture; autant qu'a ce jardin que vous sarclez et que vous arrosez régulièrement; autant qu’à cette grange qui contient votre récolte, et que vous prenez garde d’incendier.

Il ine fait peine de recourir à ces comparaisons quand il s'agit de l'innocence des enfants; mais il le faut bien pour secouer l'indifférence et l'apathie des parents. Demandez, en effet, à cette mère, que la perte de l’innocence à l'âge où sont ses enfants, devrait empêcher d'oublier les périls qu'ils courent, où ils sont à tel moment ? Elle ne répondra pas comme Caïn: ‘“ Je ne suis pas la

gardienne de mes enfants ‘’;(1) mais elle ignore où ils sont allés jouer. Elle ne se préoccupe nullement de ces petits garçons et de ces petites filles qui s'amusent seuls dans le bocage, dans la grange, ou ailleurs.

Les anges s'ils avaient des corps, ressembleraient sans doute aux petits enfants. Contemplez ce sourire angélique, cette joie pour un simple joujou, cette parole naïve, cet abandon candide. Qu'ils sont charmants, du moins pour les cœurs qui ne sont pas encore blasés! Précieuse et admirable innocence! c’est toi qui charmes dans ces petits enfants. C'est avec des larmes de sang qu'il faudrait pleurer le malheur d’avoir perdu l'innocence baptismale, ou le crime, pire que l'assassinat, d'être la cause directe ou indirecte qu'elle a été perdue par un enfant. Les parents, en pareil cas, devraient être inconsolables. Cependant, la mort corporelle de leurs enfants les affecte beaucoup plus que la mort spirituelle; elle les plonge parfois dans une espèce de désespoir, parce qu'ils oublient que seule la mort de l’âme est un véritable mul. Il ne devrait pas être nécessaire de recommander aux pères et mères de veuiller sur l'innocence de leurs enfants encore plus que sur leurs biens.

Les recommandations des parents aux enfants ne suffisent pas pour écarter tout danger et calmer leurs inquiétudes. D'ailleurs, pères et mères imprudents, en agissez-vous ainsi quand vos intérêts personnels sont en jeu? Si, dans le voisinage d'une grange, vous avez un abatis à faire brûler, vous n'oserez en charger vos enfants comptant que vos recommandations préviendront tout accident, seront écoutées, et que si une étincelle vole sur la grange il sauront la protéger. Vous savez bien qu’on

(1)Gen., IV, 9

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