AVEC LES NOTES AUTOGRAPHES D'ANTOINE DE LA SALE
A Monsieur Max Prinet
Nous voudrions attirer à nouveau l'attention sur un manuscrit connu du Petit Jehan de Saintré qui porte à la Bibliothèque nationale le n° 100o7 des nouvelles acquisitions françaises. Il a été étudié, d'une manière soigneuse, par M. Gaston Raynaud dans un article paru dans la Roniania en 190:2 : Un nouveau manuscrit du Petit Jehan de Saintré. M. Gaston Raynaud a approché de très près la vérité. Il tient ce manuscrit pour le dernier état du texte d'Antoine de La Sale. Il dit encore (p. 537) : a Les corrections au texte de Saintré tenues continuellement à jour par La Sale sur notre manuscrit (nous le ferons voir plus loin) montrent que ce manuscrit est resté entre les mains de l'auteur jusqu'à son dernier jour. La signature de Marie de Luxembourg, petite-fille de Louis de Luxembourg, qu'on y lit au dernier feuillet, prouve que le volume était devenu la propriété du comte de Saint-Pol à la mort d'Antoine de La Sale, lequel, par conséquent (vers 1462), était encore au service de la maison de Luxembourg... » M. Gaston Raynaud ajoute (p. o^S) : « Une autre série de notes insérées dans le manuscrit, d'une petite écriture fine et pointue que nous voudrions pouvoir attribuer sûrement à La Sale lui-même, sont purement calligraphiques. Elles se rapportent à la division de l'ouvrage en paragraphes, à la ruhrication de certains passages, enfin à tout changement pouvant matériellement améliorer le manuscrit, dont l'exécution initiale ne semble pas avoir satisfait l'auteur, qui, pour cette raison sans doute, a renoncé à l'offrir à Jean d'Anjou et l'a gardé par devers lui pour recevoir les corrections qu'il jugerait nécessaires et pour servir de manuscrit-type aux copies qu'il en ferait faire... »
11 y a beaucoup de vrai dans ces assertions; et il y a des choses un peu vagues. On voit en particulier que M. Gaston Raynaud, tout en reconnaissant qu'il s'agit d'un manuscrit d'auteur, hésite à se prononcer sur la valeur du manuscrit considéré traditionnellement comme autographe.
6 LE MANUSCRIT D'Al'TEl'R DU PETIT JEHAN DE SAINTRÉ
La description qu'en a donnée M. Oniont dans le Catalogue gcncral des manuscrits français... noui'e/lcs acquisitions françaises (IV, p. 13), est plus satisfaisante dans sa brièveté: « Manuscrit orij^inal, avec corrections et additions autographes.» La présente étude a pour but de l'illustrer et de la justilier.
Mon attention a été attirée sur ce manuscrit })ar une souscription (fol. 198) dont l'écriture caractéristique m'avait frappé :
Vostre très humble et très obéissant serviteur Anthoine de la Sale.
Cette souscription se lit sous la signature autographe de Marie de Luxembourg.
Qui est Marie de Luxembourg? " La petite-fille de Louis de Luxembourg", dit M. Gaston Raynaud. Il est facile de vérifier que nous avons sous les yeux la signature de « Marie de Luxembourg », comme nous la voyons sur une quittance de Marie de Luxembourg, comtesse de Vendôme, donnée, le 23 juillet 1498, au trésorier des finances pour le don royal de 2000 1. destiné à acquitter les dettes de feu Monseigneur le comte de Vendôme, son époux (Bibl. Nat., pièces originales, 1778, pièce 99). C'est la fille de Pierre II, qui avait épousé François de Bourbon, comte de Vendôme, et mourut en 1546. (La Chenaye- Desbois, Dict. de la Noblesse, IX, 227.) Le manuscrit du Saintré était donc resté dans la maison de Luxembourg.
Antoine de La Sale était entré au service de Louis de Luxembourg peu de temps avant le 19 juin 1448, abandonnant le service du roi René après avoir fait l'éducation de son fils Calabre. Il était précepteur-né. Il fut chargé par Louis de Luxembourg de l'éducation des trois premiers enfants qu'il avait eus de Jeanne de Bar : au Ghàtelet-sur-Oise il rédigea la Salle, un traité de morale et de pédagogie, daté du 20 octobre 1451, le Saintré qui date du 6 mars 1456, le Réconfort de M"" Du Fresne qui est daté de Vendeuil-sur-Oise, le 14 décembre 1458. La dernière mention d'Antoine de La Sale est donnée par la dédicace du beau manuscrit de Bruxelles 9287, une magnifique transcription de la Salle présentée au duc de Bourgogne à Bruxelles, le 1" juin 1461. Antoine de La Sale avait alors plus de soixante-dix ans.
.Mais, suivant M. G. Raynaud, la souscription que nous publions, signée Anthoi.ne de la Sale, serait de la main du copiste (p. 537).
C'est ce qui m'a paru bien peu vraisemblable. Aussi ai-je été incité à analyser les lettres caractéristiques et l'esprit général de ces deux lignes d'écriture, en les comparant avec les notes marginales du manuscrit. Ma curiosité
a été bientôt récompen.sée. L'A capital d' Anthoine, si particulier, p2-' je le