‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 112 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE X

nom et celui du propriétaire. «Il ne s'agit point ici, lui dit M. Robinier, de mon nom qui n'est pas grand'chose, et du vôtre qui n'est rien. Je fonde un établissement utile à la santé et à la propreté des habitans, et à côté de ce motif que signifie l'immortalité d'un maître maçon ?

Et ici la muse des glaces descend de nouveau de la montagne pour m'inspirer, et elle veut que je dise que le grand blondin qui s'était toute la journée amusé à contempler cette scène de famille, craignant la jalousie d'une épouse surannée, avait déjà pris sa chemise purpurine et s'était précipité dans la couche nuptiale ; mais j'aurai plus tôt fait de dire qu'il était nuit close , et que ce fut alors qu'on vit éclater sur la montagne tous les prodiges d'une ingénieuse pyrotechnie.

Le chimiste avait fait dans ses charbonnières une abondante provision de gaz hydrogène. Il en avait placé le réservoir dans une caverne de laquelle il s'écoulait par autant de conduits qu'il y avait d'établissemens dont il voulait éclairer le faîte; et, en effet, on vit au même instant l'hydrogène se développer en fleur de lys sur le château de M. le baron, en Saint-Esprit sur l'ermitage , en aigle sur la demeure du capitaine , en caméléon sur celle de l'auditeur, en rose double sur celle de la déesse raison, en pipe sur celle du quaker, en hache sur les taillanderies, en volcan sur les hauts-fourneaux et en étoile sur l'habitation de maître Jacques ; et en même

temps, on vit éclore toutes brillantes de lumière une multitude de tulipes dans les prés , de renoncules sur les rochers, et l'hydrogène pénétrant jusque sous les eaux, toutes les grenouilles devinrent en un instant lumineuses.

La fête se termina par une ascension brillante. On vit un frère quêteur, ayant le capuchon et le sarrum rempli d'hydrogène , s'élever dans les airs. Il était entouré d'une volée de chauves-souris éclairées par des verres de couleur et accompagnant sa révérence dans les cieux.

Cependant on continua les jeux une partie de Ja nuit encore. Une joie vive les anima, l'ordre ne fut pas un instant troublé, et comme on avait dîné sans assistance de commissaire, on dansa sans escorte de gendarmes; et chacun, en se retirant, disait : « Maître Jacques est l'homme le plus puissant de la vallée , le plus obligeant des voisins , le plus intelligent des propriétaires et le meilleur des hommes. »

C'est ainsi que s'écoulaient les jours et les nuits dans le domaine de M. Robinier, au milieu des fêtes et des conspirations , des brouilleries et des réconciliations, des factions toujours prêtes à en venir aux mains et de la diversion continuelle qu'il offrait à leur activité. Toutes ces passions assouplies et dirigées par des mains habiles devenaient des élémens de prospérité , de perfectionnement et de découvertes nouvelles. Le domaine florissait; l'agriculture, les mines, les forges et le commerce

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