‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 111 sur 233 · LIVRE II. CHAPITRE X. '2l · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE X. '2l

sa taillanderie , donnant une hache pour premier prix, une serpette pour second prix et un eustache comme accessit.

Durant ces solennités, cinquante jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de fleurs portaient dans des corbeilles et distribuaient à tous les assistans des pains au safran, des meringues à la fraise, des gâteaux de miel, des oublies aux anis et des macaronis au fromage de chèvre; et cinquante jeunes gens portant des ceintures faites avec les rameaux du salix aurea versaient à chaque spectateur des liqueurs composées avec la baie du prunier sauvage , le fruit de l'arbousier et les graines du myrtil. Tout le monde convint que cette manière de nourrir et d'abreuver une grande multitude réunie était préférable à celle qui consiste en fontaines d'eau rougie et en loteries de chapons gras où l'on ne peut gagner qu'un poulet maigre.

Lorsque tout ce peuple fut rafraîchi et repu, maître Jacques se détacha de son siège de granit , précédé par une hirondelle, présage des beaux jours dont il espérait désormais jouir, et il alla dans tous les rangs, donnant des fleurs d'églantier aux enfans, la rose pompon aux jeunes vierges, la sensitive aux vierges timides, la rose panachée aux vierges douteuses, et la mandragore aux matrones; et il distribua aux jeunes gens en qui il avait remarqué des passions trop vives et trop im-

pétueuses, des bouquets où l'on voyait les larmes de Job entre les belles de jour et les belles de nuit, la podagraire entre les juliennes et les cupidones. D'autres bouquets offraient la delphinette en pyramide et se terminaient par la quarantaine.

Et il disait aux hommes forts : Dieu vous a fait forts pour secourir les faibles ; aux hommes riches ; Dieu vous a fait riches pour assister les pauvres; et aux hommes instruits : Dieu vous a donné des lumières pour éclairer les ignorans. Aidez-vous, pardonnez - vous , tolérez - vous mutuellement si vous ne pouvez vous aimer. Aujourd'hui habitans de la montagne, demain vers de terre , pauvres pèlerins qui ne faisons que passer, n'insultons ni la coquille ni le bourdon de ceux qui , par d'autres chemins que nous , accomplissent leur pèlerinage.

Et il s'aperçut qu'un peloton de jeunes sœurs novices avait quitté leur mère pour se faire voir par toute l'assemblée, et sous le prétexte de faire une quête. Mes sœurs, leur dit-il, on sait assez sur la montagne que vous êtes aimables, allez rejoindre vos compagnes ; vous avez donné vos cœurs à Dieu ; en vous montrant , vous ne laissez pas la liberté aux nôtres.

Puis il alla avec son maître maçon , qui tranchait de l'architecte , poser la première pierre d'un lavoir que lui avaient demandé toutes les femmes du village. Celui-ci lui présenta pour être placée sous cette pierre une inscription portant son propre

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