LIVRE III. CHAPITRE VI
« treuverez notre biau sire le troisième dimanche « après l'avent, vers l'heure du salut, à Tencontre « de votre ville au lieu que dict est Croix de l'As- « somption et le recognoîtrez à son cry, sa croix, « son arme, sa bannière, sa devise et son oisiau, et « pour ce déprions Dieu et la benoiste vierge Marie « qui le porta à ses coustés et toute la compagnie « du paradis pour ceux qui loyale justice maintience dront, les mauvais usages abatront pour que diez « les péchés les pardoyent et relâchoyent leurs pey- « nés à ceux qui en purgatoire sont. *
« Signé, LES CHEVALIERS DE LA CROIX. »
La noblesse de ce pays sauvage est naturellement crédule et ignorante ; elle n'a pas participé aux progrès des lumières qui ont civilisé la noblesse française qui habite des pays plus favorisés. La première se compose de gentilshommes à lièvre, de chevaliers de la bécasse et de nobles verriers revêtus de vieux noms , et imprégnés de vieilles doctrines. Parmi les idées fixes du parti, nulle n'a plus d'attraits que la Terre -Sainte, non comme objet religieux, mais comme souvenir d'une grande expédition politique. Ce fut là le temps du pbas grand développement de la puissance féodale. Il faisait bon vivre alors. On avait des vassaux, des justices,
* Art. fin. de la T. A. coutume de Bretagne.
des prisons, des armées, on battait monnaie, on guerroyait pour ou contre son roi, suivant l'intérêt du moment. On partait pour la Terre - Sainte , on exterminait quelques milliers de mécréans, on renversait le soudan, on délivrait les captifs, on prenait Jérusalem, et on revenait au château couvert de gloire et de renommée.
Les habitués du casino, l'âme remplie de ces souvenirs héroïques , espérant voir renaître les temps qu'ils rappelaient, envoyèrent au jour et au lieu indiqués, une députation pour reconnaître et recevoir le personnage mystérieux que la dépêche annonçait être Arthur de Lusignan.
Cette députation le trouva assis au coin d'un buisson avec sa bannière et son bourdon, buvant dans une coquille de pèlerin du vin de l'Ermitage , qu'il faisait passer pour eau du Jourdain. La députation lui cria, du plus loin qu'elle l'aperçut : « Notre dame Bourbon!» A quoi il répondit : «Dom diez aje »/ Ce cri n'étant pas celui des croisés, mais le cri ordinaire des ducs de Bretagne , la députation poussa un second cri : a Notre dame Mon- Joie! » A quoi il répondit : « Au plus dru! » Comme ce n'était pas encore là la réponse que l'on attendait, on lui cria : a Au plus vaillant la recousse! » Et, sur ce, il répondit : « Diez ilvelt! » sur ce cri, qui était véritablement celui des croisés, on l'acosta, on visita son armure, sa bannière, sa devise, ses armoiries. On reconnut qu'il portait : « de sino-