‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 137 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE VI

« pie à la croix éléchée , gringolée , pommelée de « gueule avec quatre oiseaux de proie becqués , «membres, portant sonnettes greletées avec une « étoile de sable et la devise à Lusignan Palestine. » On examina son oisiau; on reconnut un cormoran de haut vol, qui annonçait une entreprise héroïque au-delà des mers. On voulut goûter le vin du pèlerin. Il offrit une gourde remplie de la véritable eau du Jourdain, qui, par sa couleur, ressemblait beaucoup à l'eau du Rhône.

On amena le croisé à la réunion qui s'était formée pour le recevoir au casino. Une commission est nommée pour vérifier la généalogie et les titres du prétendant , et le comité ordinaire diplomatique, fut chargé d'examiner l'opportunité et les moyens de l'expédition. La commission fit , séance tenante, son rapport, et elle reconnut que le prétendant descendait en ligne naturelle, directe et légitime de Guy de Lusignan , fils de Hugues , couronné roi de Jérusalem, par suite et en vertu de son mariage avec Sibille , fille aînée d'Amaury, roi dudit royaume; qu'à la vérité, le susdit Guy avait troqué le susdit royaume avec Richard , roi d'Angleterre , contre le royaume de Chypre ; mais que cet échange se trouvait frappé de nullité par le schisme de Henri VIII , et en vertu de -la maxime qu'on n'est tenu à aucune foi envers les hérétiques.

Le comité diplomatique reconnut, dans son rap-

port, avec une noble franchise , que si l'expédition projetée pour la Terre -Sainte devait engager une guerre de la France contre les Turcs, nos bons et nobles amis, il fallait ajourner indéfiniment la croisade et conserver les liaisons sympathiques qui nous unissent avec cette grande et héroïque nation ; mais qu'en assurant au divan la conquête et la possession de la Morée et du Péloponèse , et en chassant les Jacobins établis en congrès à Napolidi-Romani , il était extrêmement probable que la Porte renoncerait à tous ses droits sur la Palestine, et qu'elle nous en assurerait la jouissance.

Après ce grand développement des principes du droit des gens, on n'hésite plus. On reconnaît dans le pèlerin l'héritier légitime du royaume de Jérusalem, on l'entoure, on s'empresse autour de lui, on lui forme une cour, on lui crée une maison, on lui consacre une chapelle, on lui nomme des écuyers, des chambellans, des chapelains. On ouvre une souscription pour lui créer une liste civile. On l'habille , on l'équipe , on l'arme , on s'enrégimente , on se croise. L'argent arrive , le trésor grossit. On écrit à toute la noblesse piémontaise, lombarde , génoise , sarde et sicilienne , qu'il ne s'agit rien moins que de recouvrer un royaume et de reconquérir la Terre-Sainte. Tous les vieux noms et les vieilles barbes de la vieille Italie répondent à cet appel. La noblesse française, mieux élevée, moins crédule et plus prudente, se tient coite.

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