‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 140 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE VII

joyeuses, chantèrent des lais, virelais, vauxdevires; ballades , rondeaux et triolets. On passa la nuit dans le château à deviser , à raconter les galanteries de la cour du roi Arthur. On dit les amours de Lancelot et de la Royne Genèvre, ceux de Tristam et de la belle Issorte. On raconta les épisodes les plus intéressantes du roman deTurpin, archevêque de Reims, des romans de Sangréai, de Robert de Rroon, de Palmerin d'Olive, de Palmerin d'Angleterre , et de plusieurs autres où Ton voit

Tant de châteaux forcés , de géans pourfendus > De chevaliers occis , d'enchanteurs confondus.

On s'aperçut que la pâleur gagnait le visage de sire Arthur , et que son cuer royal défaillait par l'effet que produisaient en lui les aveux charmanset les gentes œillades de la sénéchale d'Angoulevent. Alors un troubadour s'avança respectueusement auprès de lui, et accompagné par un luth à trois cordes, fabriqué à Bethléem, il lui chanta cette romance :

En lui toutes fleurs de jeunesse

Apparaissaient ; Mais longue barbe, air de tristesse

Les ternissaient.

Si de jeunesse on doit attendre

Beau coloris , Pâleur qui marque une âme tendre

À bien son prix.

a 74 MANUSCRIT DE M. JEROME,

Pour chasser dé la souvenance

L'ami secret , On 'ressent bien de la souffrance

Pour peu d'effet.

Une si douce fantaisie

Toujours revient , En songeant qu'il faut qu'on oublie

On s'en souvient.

Le sire Arthur ne voulant pas demeurer eîl reste de galanterie , et désirant montrer qu'il était maître passé en science amoureuse , adressa à la sénéchale le triolet suivant :

Le premier jour du mois de mai Fut le plus beureux de ma vie, Le beau dessein que je formai Le premier jour du mois de mai 1 Je vous vis et je vous aimai; Si ce dessein vous plaît, Sylvie, Le premier jour du mois de mai Fut le plus heureux de ma vie.

À peine ce triolet eut-il été récité , que toute la cour se leva et proclama la sénéchale dame du cuer royaL On aurait craint de lui donner le nom de maîtresse en titre, parce que, dans la simplicité des mœurs chevaleresques, on n'imaginait pas encore qu'on dût ériger de telles fonctions à titre d'office, ni soumettre l'amour à un monopole par un brevet ad hoc.

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