LIVRE III. CHAPITRE VII. 27 I
dans la rue un âne italien portant une croix de Lorraine dessinée sur sa peau, croit lire sur le dos de la bête un commandement du ciel. Il l'enfourche , il se place dans le cortège , mais il arrive que la bête crucifère, marchant à la suite d'une jument Alzane, s'emporte à sa poursuite, grimpe sur la Normande et jette le roi de Jérusalem en croupe de l'échanson.
On en jase, on en rit, on trotte, on chevauche, et tant bien que mal on arrive. On signale , du haut des tours du château, l'arrivée du cortège; on arbore le pavillon des croisés , on bat aux champs , on donne du cor , on baisse le pont. Le seigneur châtelain court à l'étrier du prétendant et tombe à ses genoux; on le conduit en grande fanfare dans la salle du trône et il s'assied sur le même fauteuil où s'était assis Saint -Louis. Une compagnie fort nombreuse avait été convoquée pour fêter sire Arthur; toute la noblesse des contrées environnantes s'y était rendue. Cette assemblée avait quelque chose de majestueux et sentait la croisade.
On y remarquait le sire Raoul de Tournemine , baron de la Garnache, et sieur de la Bretelle. Le Vidame Thierry de Passecaille , sieur de Vaudebont et des trois Chamailles. Le sire Ajax des Andouillets, sieur de Gourgouran. Le commandeur de Bedondaine dont les aïeux s'étaient distingués dans l'extermination desVaudois. Le damoiseau, Hercule des Gimblettes, dont le noble trisaïeul avait été
décapité pour avoir trahi son roi. Le sénéchal de Kermanfroi, descendant dé l'illustre Sigismond de Plusquerack, pendu, comme félon, sous le roi Jean. Le seigneur espagnol Don Fernando Mata Candella, neveu du grand inquisiteur des deux Castilles et des grandes Indes. Le Vavasseur Vatenville , surnommé marquis de Quart-Bouillon, parce qu'il avait servi dans les gabelles de Normandie. Le sire Achille de Bonvouloir, appelé le comte de Scaferlati, parce qu'il avait été employé par M. Devaynes dans les tabacs du Piémont. ( Ces deux seigneurs avaient été réhabilités par le souverain légitime à son retour, et reconnus comme liges et chevaliers à trois poils. )
Dans le même cercle , on distinguait la sénéchale Christine d'Angoulevent et la belle châtelaine de Passevelours avec leurs hommes Liges,, faisant pour elles pièges d'amour. La dame Jeanne de Hurepoix , dont les aïeules furent conseillères à la cour d'amour,sous la présidence de lareine Berthe; et plusieurs gentes pucelles au doux corsage , au minois fripon, avec leurs damoiseaux, chevaliers servans et pourfendeurs, protecteurs de la vertu et de la beauté.
On introduisit dans le cercle et on présenta successivement à sire Arthur les trovères,les troubadours, ménestrels, jongleurs, devins et enchanteurs, lesquels racontèrent des fabliaux, exécutèrent des syrvantes, représentèrent des farces