‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 156 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE XI. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE XI. 3o

faire explosion à la première circonstance favorable. Cette circonstance peut être plus ou moins éloignée, mais il faut que tôt ou tard elle arrive. A quoi a-t-il tenu durant la Ligue que la France n'ait passé sous la main de la maison de Lorraine? cela a tenu aux talens et au courage d'un grand roi. À quoi a-t-il tenu que la France ait adopté la réforme? cela a tenu à la politique de ce monarque. Pourquoi n'avons-nous par dicté la paix à la Russie et imposé la loi au monde? parce qu'un accès de fièvre a saisi un grand capitaine sur le champ de bataille de la Moskowa.

Ce qui fait la prospérité d'un état, amène successivement sa destruction. Son principe de vie est en même temps son principe de mort. Un homme bien constitué vit trois quarts de siècle, un état bien gouverné en vit quatorze ou quinze. Il n'existe pas en Europe un gouvernement plus ancien. Une vieille société tombe en poussière et se recompose. Le corps humain se dissout par la chaleur même qui lui donne la vie, et ses débris servent à la création d'êtres nouveaux. La régénération des vieux peuples par les lois, et le rajeunissement des vieillards par la fontaine de Jouvence , sont deux chimères, leur temps est marqué, et rien ne peut échapper à sa faulx. Il vient une époque où le vieux bonhomme et le vieux bon peuple succombent de caducité. — Mais à quoi bon , M. le préfet, l'exhibition d'utie doctrine si désespérante? L 20

3o6 MAJNUSCRIT DE M. JEROME,

lui ditun des convives. — A mettre, répondit le préfet , sur le compte des siècles ce qu'on met trop légèrement et avec beaucoup d'injustice, sur le compte des contemporains; à réconcilier les gouvernés entre eux; à déterminer les gouvernans à soigner la santé d'une société vieille et malade, à prolonger sa durée par un régime doux, à soutenir sa caducité par un régime fortifiant, à faire dire aux uns, dans ces mémorables catastrophes : tel est l'ordre naturel des choses, il faut se soumettre comme homme; et aux autres : tels sont les irrévocables décrets de la Providence, il faut s'y soumettre comme chrétien.

Ceux qui se trouvent au début des révolutions f sont, en quelque sorte, les légataires des évènemens qui les ont amenées. Il est injuste de leur en faire supporter le poids. Ils sont plutôt témoins passifs, qu'instrumens actifs, ils ne font que donner acte de l'état dans lequel ils trouvent la société. Avant qu'ils parussent, ses destinées étaient déjà accomplies.

Mais enfin, M. le Préfet, lui dit -on, que voulez-vous de nous, et pourquoi nous avez -vous appelés auprès de vous? Ce que je désire, leur répondit-il, c'est que vous vous tolériez entre vous, si vous ne pouvez vous aimer, que vous vous rapprochiez, si vous ne pouvez vous réunir, et quel vous m'aidiez, s'il est possible, dans les travaux! d'une administration que vos exaspérations ren~

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