LIVRE III. CHAPITRE XI. 3o
et de la plus haute noblesse, appartinrent à ce parti, et les parlemens tolérèrent l'impression et la circulation de Y Encyclopédie. • — Eh bien! ce sont les écrivains du siècle qui précéda celui-là, ceux qui décrièrent les jésuites, pour qu'on pût un jour les détruire, ceux qui livrèrent à la risée publique les hommes du rang le plus élevé dans la société, ceux qui exposèrent sur le théâtre la noblesse et le clergé, et qui firent jouer le Bourgeois gentilhomme et le Tartuffe. — Louis XIV, Montansier, Dangeau, Colbert, Labruyère, furent du parti des rieurs ; le duc de Bourgogne , le divin Fénélon appartinrent au parti qui désirait une sage réforme. — Mais il fallait écouter M. de Louvois, le Tellier, le père Lachaise et Bossuet lui-même, plutôt qu'un homme de rien comme Colbert , un rêveur comme Fénélon, un impie comme l'auteur du Lutrin, un cerveau brûlé comme Pascal, d'indignes farceurs comme Dancourt et Molière. — Vous assurez donc que Louis-le-Grand a manqué de grandeur dans sa cour? — Nous ne disons pas cela; mais nous disons, en remontant plus haut, qu'on était bien sous le règne des derniers Carlavingiens, et qu'on aurait dû demeurer dans cet état; que l'on était mieux encore sous Clovis, et qu'on aurait bien fait de s'y arrêter. — Vous voyez par là, messieurs, que la cause première delà révolution est déjà fort éloignée, et que pour atteindre les vrais coupables, il faut aller les chercher par
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delà douze siècles. — Ce n'est pas encore assez, dit un ecclésiastique, la véritable cause de la révolution française et de toutes celles qui, dans ce moment, ravagent les quatre parties du monde, est dans ce débordement de vices et de crimes qui couvrit la terre après le déluge, et ce débordement fut lui-même la conséquence du premier péché commis par nos premiers parens. — Vous voyez, messieurs, dit le préfet, que nous voilà arrivés dans l'antiquité la plus élevée, et s'il est vrai que les choses humaines reçoivent du temps une certaine illustration : la révolution française
ne manque pas de noblesse , puisque la souche primitive de ce gros tronc se cache dans le paradis terrestre. La noblesse des croisades est bien moderne auprès de celle-là. Mais permettez-moi de vous le dire, messieurs, ajouta le préfet, ce n'est jamais ni un homme ni un événement, ni quelques hommes ni quelques évènemens qui amènent les révolutions. Ce sont des intérêts qui ont changé de place, de nouvelles existences qui veulent se placer à côté des anciennes , des croyances et des doctrines noiiv elles qui ont succédé aux premières. Si la révolution française n'eût pas éclaté à la fin du dernier siècle, elle se serait manifestée au commencement de celui-ci. Tous lesélémens agglomérés par les temps étaient réunis en une seule masse. Il est contraire à la nature de ces élémens de demeurer en repos, ils fermentent sans cesse pour