LIVRE IV. CHAPITRE U 3l
sont nécessaires pour lever la luette, faire tomber les verrues, échapper les vents, et sortir les épines du pied; que, si vous êtes mariés et curieux de savoir comment vos épouses se gouvernent lorsque vous êtes absens , je vous conduirai chez une autre femme qui, par le moyen de plusieurs colimaçons enchantés, vous indiquera ce que vous voulez savoir , et ce que peut-être vous serez fâchés d'apprendre; que, si vous êtes tourmentés par des maux d'un autre genre, nous trouverons un peu plus haut les bohémiennes qui , de leur souffle, apaisent les douleurs les plus vives et guérissent les maladies les plus incurables; que, si vous voulez être initiés dans les hautes cabales et connaître à fond les grands mystères, vous monterez à la grotte la plus élevée, et vous y trouverez notre souverain maître et seigneur, le grand Rose-Croix, qui fera paraître devant vous le roi Hérode, et qui, après avoir conféré quelques instans avec Moïse, jugera si vous êtes dignes d'être initiés; mais je vous préviens que vous ne parviendrez à l'être qu'après beaucoup d'épreuves et de mortifications.
Nous montâmes droit à la grotte, nous traversâmes tout le village, et chacun sortit pour nous voir passer. Le grison donna en nous voyant un mouvement accéléré à sa queue , la chèvre de Nostradamus bêla, les colimaçons enchantés levèrent leurs cornes, les serpens sifflèrent, les vieilles firent lesabat,lessomnambulessautèrent,les ventriloques
3l8 MANUSCRIT DE M. JEROME.
firent entendre des voix sépulcrales et les possédés vinrent à notre rencontre en se livrant à mille affreuses contorsions. Nous éprouvâmes cette sorte d'horreur qui, saisissant les hommes par l'extrémité de leurs cheveux, reçoit le nom à'horripilation. Ce village nous sembla être une antichambre de l'enfer; il nous restait à en voir le Pluton.
Arrivés à la grotte habitée par le vénérable Rose- Croix, nous i trouvâmes l'homme le moins infernal qu'on puisse imaginer. S'il a quelque commerce avec le diable , il n'en emprunte que l'esprit. « Je vous ai aperçus de loin , Messieurs , nous dit-il , et lorsque j'ai vu l'un de vous affublé d'un capuchon, je me suis dit : voilà un confrère qui nous arrive; mais lorsque plus rapprochés de moi , j'ai pu apercevoir le costume de l'Institut et l'uniforme de la chirurgie militaire décorer les paremens de vos habits, j'ai quitté les miens, je suis sorti de mon souterrain, et je suis venu vous offrir de vous rafraîchir chez moi. Ce sera tout naturellement, si vous le trouvez bon, et il n'y aura ici d'autre enchantement que celui que votre présence y occasionnera. Ce n'est pas à des hommes comme vous qu'on pourrait en imposer. On y perdrait son temps et sa peine. Voici, nous dit-il , lorsque nous nous mîmes à table, des vins de Montefiascone, je les dois à la munificence de monseigneur l'évêque lui-même *
* Le cardinal Maury.