‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 162 sur 233 · LIVRE IV. CHAPITRE T. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE T. 3l

abîmes y parlent , les sorciers y montent avec les oiseaux nocturnes, et, placés sous leurs ailes, ils exploitent à leur profit le domaine inépuisable de la crédulité populaire.

Telle fut autrefois la Béotie, pays de cavernes et de superstitions. Le mensonge s'était emparé de tout le pays. Chaque antre avait un oracle, chaque fleuve un dieu, chaque bosquet des faunes ou des sylvains. Les objets de superstition sont changés , mais l'esprit superstitieux est toujours le même. Le loup-garou a succédé au dieu Pan, et les sorciers aux augures. Le bon sens n'entre dans les cervelles humaines que par une étroite ouverture. La sottise, conduite par la peur, y entre par toutes les portes.

Nul village dans les Alpes ne jouit d'une réputation de sorcellerie aussi brillante que celui qui est généralement connu sous le nom de Jean-Leblanc *. Cette appellation ornithologique , porte déjà en elle-même quelque chose de triste et de sinistre. Comme autrefois en Egypte tout était dieu; là, tout est sort ou prestige. On y naît, on y vit, on s'y reproduit , on y guérit ou on y meurt, non d'après les lois générales de la nature, mais en vertu de certains enchantemens. C'est le pays des tireurs d'horoscope, des interprètes de songes, des astrologues, bohémiens, jongleurs, nécro-

* Falco gallicus de Buffon.

3l6 MANUSCRIT DE M. JEROME.

inanciens, tourneurs de baguette, et enchanteurs de loups. C'est la Rome des sorciers. Curieux de voir cette métropole, nous y allâmes en pèlerinage. Arrivés au pied de la rampe (qu'on nomme dans le pays l'Echelle des Lutins ) , et qui conduit au village, nous trouvâmes un cicérone qui nous offrit de nous servir de guide et de nous faire connaître tous les agrémens du pays. Si vous venez ici, nous dit-il, pour trouver des choses perdues ou pour découvrir des trésors cachés, je vous mènerai chez le tourneur de baguette, qui est propriétaire de la véritable verge d'Aaron ; que si c'est pour des douleurs dont vous ne connaissiez pas la cause, nous irons chez le somnambule qui verra votre mal au travers de votre corps, comme on voit un poisson au fond d'une eau claire , et le grison magique qu'il a dans son écurie, vous indiquera, par les mouvemens de sa queue ce que vous devez faire pour votre guérison; que, si vous voulez connaître tout ce qui vous arrivera dans le cours de votre vie, je vous introduirai chez une vieille qui fait le sabbat sur un manche à balai, et qui possède une chèvre blanche, laquelle fut, dit-on , nourrice de Nostradamus. Un peu plus loin , et à l'enseigne du Grand- Basilic, sont les enchanteurs pour les cauchemars, les fistules et les lombagos; ils vous diront les mots qu'il faut nécessairement répéter pour la guérison de ces maladies, et tous ceux encore qui

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