LIVRE V. CHAPITRE IV
on reconnaît, disait- il, les symptômes à l'œil gras, à la sabure blanche, à la diminution du suint, à la sécheresse de la laine, et enfin à une tumeur indolente que Ton nomme barbue.
Il fut ensuite consulté à l'occasion de plusieurs bêtes à laine affectées de l'enflure ou météorisation du ventre, occasionnée par le dégagement des gaz qui s'exhalent dans la digestion des herbes fraîches avalées avec trop d'abondance ou de précipitation. Il fit sur-le-champ ouvrir le ventre à plusieurs des malades, et on vit sortir par l'ouverture un courant d'air qui les soulagea subitement , il administra à plusieurs autres malades un verre d'eau chargé d'alcali volatil qui opéra avec un succès moins prompt, mais aussi constant. Quant au claveau ou à la clavelée,il prétendit que cette maladie est chez les moutons ce qu'est chez les hommes la petite-vérole, et que chez eux comme chez nous, il y en a une espèce bénigne et une maligne. Il signala ainsi les symptômes précurseurs de l'invasion de ce virus, les extrémités du corps du malade rapprochées entre elles, tête basse, queue entre les jambes, soif ardente, sommeil comateux, défaut d'appétit et de rumination.
Il indiqua l'inoculation comme préservatif de cette contagion. Ce moyen , découvert dans le haut Languedoc, a été introduit en Suède, dit- il ; j'ai observé de fort près ses excellens effets. Le claveau a perdu toute sa malignité en Suède, en Nor-
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wège, en Finlande, depuis que mon père et mon oncle ont prescrit successivement, par leurs édits, l'inoculation. Inoculez, mes chers amis , inoculez ; ce n'est pas seulement un artiste vétérinaire qui vous le conseille, c'est un roi qui vous l'ordonne, et les échos de la montagne répondirent pendant plusieurs minutes : « C'est un roi qui l'ordonne , ordonne..., donne.»
Nous descendîmes dans le fond de la vallée où se tient le marché des chevaux. Nous vîmes dans cet hyppodrome rustique, et au milieu d'un nombre considérable de mulets et de chevaux, un écuyer à tournure élégante , portant deux petits fers à cheval d'argent suspendus à ses oreilles , et caracolant sur un Arabe richement caparaçonné. Il était suivi de deux ou trois piqueurs parlant Allemand, ayant des têtes de cheval dessinées sur les housses de leurs selles et des flammes en sautoir brodées sur leurs habits. Cet appareil signalait , d'une manière conforme aux usages du pays, le maréchal-ferrant ou expert, mais l'écuyer entrait dans une grande colère lorsqu'on l'appelait par ce nom. Le maréchal, disait-il, est chargé de la chaussure des chevaux , et il est tout-à-fait inconvenant de réunir sous la même appellation le cordonnier et le médecin. Du reste, il paraissait très versé dans toutes les branches de la science hyppiatrique , et toutes les fois que l'on soumettait un cheval à son examen pour avoir son avis , il examinait dans sa