‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 204 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE IV

sième et même au deuxième degré, et quant au premier degré, il déclara que le traitement nécessaire à la guérison était plus dispendieux que la valeur même du malade. Lorsqu'on s'aperçoit qu'un cheval est atteint de la morve, disait-il, il faut le tuer, désinfecter les écuries, purifier ou détruire les harnois. Tel était l'ordre que j'ai fait constamment exécuter en Westphalie. Il n'y avait là point de privilège pour un malade : un cheval morveux était à mes yeux un cheval mort; qu'il fut destiné à traîner un tombereau jusqu'à la voirie , ou à porter sur sa croupe une majesté qui courait le cerf, un même sort l'attendait. Tuez , leur disais-je; et ce que je recommandais à mes West-phaliens, je le recommande aussi à vous-mêmes : ce n'est pas seulement un maréchal-expert qui parle , c'est un roi qui l'ordonne.

Non loin de l'hippodrome était un marché où les habitans des montagnes étalaient les herbes aromatiques , qu'on appelle en Italie thé suisse ; dans les Alpes-Juliennes , genepi ; dans diverses parties de la France, vulnéraire d'Auvergne; et en Allemagne, Fall-trank. Ces vulnéraires ou thés sont achetés par des colporteurs qui les vendent dans toutes les parties de l'Europe. Au milieu de ce marché était une dame arrivée aux bains de i 26

Briggs, après beaucoup de voyages et d'aventures diverses : elle avait successivement visité Jérusalem et Alger, les pachas de Barbarie et les gardiens du Saint-Sépulcre : le jardin des Olives et les mosquées , les restes de Tyr et de Carthage, et, après avoir vu beaucoup de ruines , elle était venue aux eaux pour réparer les siennes. Elle examinait, avec le secours d'une loupe et toutes les attentions de détail que réclame la science, les herbes qui étaient en vente dans le marché ; elle les retirait des cornets ou des corbeilles dans lesquelles elles étaient renfermées ; elle connaissait la valeur usuelle et le caractère spécial de chacune d'elles, et elle en parlait moins en herboriste qu'en professeur.

Voici , disait-elle , à un de ces marchands , Valchmilla vulgaris , qui appartient à la pentendriconogynie, que vous nommez pied de ly on, et que chez nous on nomme lady s-mantle , et je vous ferai remarquer à ce sujet que, comme vulnéraire , Talchmilla-montana , qui appartient à la même classe, au même genre , et que vous nommez perce-pierre, et nous pars ley-part> lui est infiniment préférable. Au lieu de cette pervinca vulgaris qui est du même genre , j'aurais aimé à trouver ici le vinca minor, chez nous perwinkle. La différence entre ces deux plantes est facile à saisir. Cette dernière porte une corolle plus petite , une tige plus rampante et les feuilles lancéolées sont attachées à de courtes pétioles. Cette brunelle qui est de la didynamis gym-

Page 1