‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 205 sur 233 · LIVRE V. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE IV

nospermi, a été cueillie dans les plaines, et je vous demande la permission de vous faire observer qu'il y a sur la montagne une variété très remarquable et dont la corolle a un volume double de celui que présente la brunelle des vallées. Au lieu de ce polygonum aviculare, plante insignifiante, que nous nommons common knott grass, vous auriez dû cueillir le polygonum bistorta que nous nommons snake weed; parce que sa qualité vulnéraire est beaucoup plus active, et il est facile de distinguer ce dernier polygone du premier, parce qu'il ne croît naturellement que sur une hauteur de quatre ou cinq cents toises, et que ses feuilles supérieures sont sessiles et amplexicaules. En général, je trouve que vous vous contentez, pour composer vos thés, des herbes qui croissent dans les vallées, tandis que vous devriez toujours les cueillir sur les sommets les plus élevés. Les plantes qui végètent au pied des glaciers sont toutes odorantes, aromatiques et vulnéraires, à quelque famille et à quelque espèce qu'elles appartiennent. La véronique de nos plaines a peu de valeur; cueillie à une hauteur de huit cents toises, elle rivalise avec les thés de Chine les plus vantés. Le même lithospermum qui porte, dans la plaine et au bord des ruisseaux, sa tige insignifiante et inodore, contracte une vertu et un parfum particulier, s'il respire l'air vital des hautes montagnes. Les renoncules, les violettes, les gentianes et jus-

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qu'au chou, auquel le botaniste Richer a donné son nom, semblent demander au ciel sur la hauteur les vertus qu'ils n'ont pas dans la plaine.

Puis cette dame se penchant vers un gros homme à moustaches qui l'accompagnait comme son maître dans les sciences naturelles: N'est-il pas vrai, M. le baron , lui dit-elle , que le chenopodium que nous avons cueilli ensemble sur le Schreek-Horn , avait un parfum délicieux? Non miricordo, reprit le gros Italien. Puis, reprenant le fil de la conversation, et s'adressant aux marchands et aux marchandes qui vendaient les thés: «Vos herbes n'auront un grand débit et n'obtiendront un succès complet que lorsque vous prendrez la peine de les aller chercher sur les plus hauts sommets des Alpes. Ce n'est pas seulement une herboriste qui vous le conseille , c'est une reine qui l'ordonne. »

Il y avait dans le champ de foire une suite de baraques en planches dans lesquelles les petits merciers et colporteurs des Alpes étalaient les objets de curiosité ou de luxe que produit le pays. Une dame, venue des eaux comme la précédente, considérait ces objets avec une grande attention. Elle critiquait tout avec beaucoup de science et de vivacité , et elle achetait tout sans marchander et à des prix fort exagérés. Voici, disait-elle, des

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