‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 66 sur 233 · LIVRE I. CHAPITRE IX. lZ · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IX. lZ

Il semblait en effet que tous ces gens accourus du fond des provinces ne fussent venus que pour tourmenter le monarque et affliger ses vieux jours par des demandes absurdes, indiscrètes ou frivoles.

L'un demandait sa maison qu'on avait rasée, l'autre son bois qu'on avait coupé, un autre son parc dont on avait fait une promenade publique, un autre ses jets d'eau qui étaient devenus des fontaines utiles , d'autres enfin demandaient leurs fiefs , leurs lièvres, leurs paysans, leurs justices , leurs vassaux et leurs poteaux , et tous criaient à la fois : «Restituez-nous, indemnisez-nous ou ren- « voyez-nous. »

Tous ceux qui avaient eu autrefois des charges à la cour revinrent avec leurs anciens diplômes. Les commensaux qui avaient beaucoup maigri demandaient les tables de l'ancienne cour pour se refaire. Le grand et le petit vol demandaient à être réintégrés au château duquel ils avaient été si injustement bannis. Les caudataires aspiraient à reprendre ce qui autrefois les faisait vivre. La vénerie demandait le rétablissement de la curée chaude sans laquelle aucun trône, disait-elle, ne peut se flatter d'être durable. Les menus faisaient un train horrible, ils soutenaient que le royaume ne pouvait être gouverné sans menus. Enfin la bouche^ le gobelet, le chenil, la garde-robe, les grandes et les petites écuries étourdissaient de leurs bruyantes clameurs un peuple qui n'entendait plus leur lan~

l44 MANUSCRIT DE M. JEROME.

gage , et affligeaient un monarque plein de bonté qui sentait au fond de son cœur qu'il était rappelé sur son trône , non pour eux , mais pour ses peuples. Lui seul au milieu de sa cour paraissait savoir qu'un grand siècle avait passé sur le monde ; que les vieux jouets et les antiques routines, brisés dans la tourmente, étaient livrés au ridicule; qu'après de longues et nombreuses déviations le bon sens national avait repris son empire , et que ce bon sens, appréciant toute chose suivant son utilité réelle , réduisait à zéro toutes les fantaisies anciennes et toutes Içs clameurs nouvelles à un bruit importun

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