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nôtre. Je comparai ses moyens moraux et les nôtres. Je vis que nous les avions tous, et qu'ils n‘en avait point. Son expédition était un misérable coup de tête, dont il devait prévoir d'avance la catastrophe, et l‘on est bien faible quant on prévoit d‘avance sa déroute.
Je cherchai les meilleurs points d'attaque, je jugeai la portée de nos batteries, et j‘indiquai les positions où il fallait les placer. Les officiers expérimentés les trouvèrent trop dangereuses, mais on ne gagne pas de batailles avec de l'expérience. Je m‘obstinai; j‘exposai mon plan à Barras: il avait été marin : ces braves gens n‘entendent rien à la guerre, mais ils ont de l‘intrépidité. Barras l'approuva, parcequ'‘il voulaiten finir. D'ailleurs la convention ne lui
demandait pas compte des bras et des jambes, mais du
succès.
Mess artilleurs étaient braves et sans expérience ; c’est la meilleure disposition pour les soldats. Nos attaques réussirent : l'ennemi s‘intimidait ; il n‘osait plus rien tenter contre nous. {1 nous envoyait bêtement des boulets, qui tombaient où ils pouvaient, et ne servaient à rien. Les feux que ie dirigeais allaient bien mieux au but. J‘y mettais beaucoup de zèle, parceque j‘en attendais mon avancement : j'aimais d'ailleurs le succès pour lui-même. Je passais mon tems aux batceries ; je dormais dans nos épaulemens. On ne fait bien que ce qu'on fait soi-même.
Les prisonniers nous apprenaient que tout allait au diable:
dans la place. On l'évacua enfin d‘une manière effroyable.
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Nous avions bien-mérité de Ja patrie. : On me fit général de brigade, Je fus.employé, dénoncé, destitué, ballorté par les'intrigues et la faetion. Je prisen horreur l’anarchie qui était alors à gon comble, et je ne me suis jamais ras commodé avec elle. Ce gouvernement maffacreur mtétait d‘autant plus antipathique qu'il était absurde et se devorait luismême. C'était une révolution perpétuelle, dent les
-meneurs ne cherchaient pas seulement à s‘établir dune manière permanente.
GENERAL, maïs fans emploi, je fus à Paris, parcequ‘on: ne pouvaiten obtenir que là. Je m‘attachai à Barras,. parceque je n‘ÿ connaissais que lui. Robespierre était mort ; Barras jouait un rôle, il fallait bien m'‘attacher à.
quelqu'un et à quelque chose.
L'ArrAIRE des sections se préparaït :: je n°y mettais pas. un grand intérêt, parceque Je m‘occunais moins de politique que de guerre. Je ne pensais pas à jouer un rôle dans cette affaire ; mais Barias me proposa de commander sous. lui la force armée contre les insurgés. Je préférais, en: qualité de général, d'être à la tête des troupes, plutôt. qu'à me jetter. dans.les rangs des-sections, où je n‘avais sien à faire. ie
Nous n'avions pour garder la salle du manége, qu'‘une,. poignée d‘hommes, et deux pièces de quatre... Une colonne de sectionnaires vint nous attaquer pour son malheur., Je fis mettre le feu à mes.pièces, les: sectionnaires
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Czr évenement, si petit en A eut de. Séaies
gonséquences : il empêcha la révolution de rétrograder. Je mfattachai naturellement au parti pour lequel ; je venais
de me battre, et je me trouvai lié à la cause de la révolution. Je conmençai à la mesurer, et je restai convaincu qu 'elle serait victorieuse, parcequ'elle avait pour elle l'opinion,. le ombre et l’ audace.
: L'asrazre des sections m'éleva au dde de général de division, et me valut une sorte de célébrité. Comme le paiti vainqueur était inquier de sa victoire, 1] me garda à Paris malgré moi, car je n'avais d’autre ambition que celle de faire la guerre dans mon nouveau grade.
Je restai donc désœuvré sur le paré de Paris. Je D'Y & vais' pas de relation; je n‘avais aucune habitude de la 50ciété, et je n‘allais que dans celle de Barras, où j'étais
bienreçu. C'est là où j'ai vu, pour la première fois, ma .
femme, qui a eu une grande influence sur ma vie, et dont
Ja mémoire me sera toujours chère. RMI Je n'étais pas insensible aux charmes des femmes, mais
jusqu'alors elles ne m’avaient pas gâté ; et mon caractère
me rendait timide auprès d'elles Madame de Beauliaré | C NE dites due
(19 ) pais est la première quim'ait rassuré. Elle m'adressa des choses flatteuses sur mes talens militaires, un jour. où je me trouvais placé auprès d'elle; cet éloge m’éaivra 3: je m'adressai. continuellement à elle; je'la quivais par-tout ; j'en étais passionément amoureux, et notre société le. sa- vait déjä,: que j'étais encore Joiri d’oser le lui dire.
Mon sentiment sébruita ; Barras m'en parts. ‘Je n'a vais pas de raison pour le nier. “ En ce cas, me dit-il, il faut que vous épousiez Mme. de Beauharnais. Vous de vez une grade et des talens à faire valoir ; s mais vous êtes | isolé, sans fortune, sans relation ,—]1 faut vous marier. Cela donne de l’aplomb. Mme. de Beauharnais est agrée ‘able et spirituelle, mais elle est veuve,'cet état ne vaut plus
rien aujourd'hui ; 5 les femmes ne jouent plus de rôle ; il | faut qu'elles se marient pour avoir de la consistance, Vous
avez du caractère ; vous ferez votre chemin; — Vous lui | CONVENEZ j°=— Voulez-vous me charger de cette e mgre tion ? ? | J’arrenpis la répone avec anxiété. Elle fut favorable : Mme. de Beauharnais m'accordait sa main, et s'il yaeu
des momens de bonheur dans ma vie, c’est à elle que je : les ai dûs. nas \ x
Mox attitude dans:le monde changea mobs mon mar riage. [1 s'était refait, sous le directoire, une manière d'ordre social dans lequel j'avais pris une place aflez élevée.. L'’ambition devenait raisonable chez moi ; je pou ‘ais aspirer À tout.
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