I.E MARIAGE
Mariage! sainte et douce cérémonie quand le cœur se donne , quand on demande des jours heureux pour l'être adoré qu'on sent là , près de soi , frémissant d'une joie pure. Alors les cierges illuminent le sanctuaire d'une clarté qui porte au recueillement , les paroles sacramentelles résonnent tendrement à lame ; on croit qu'elles descendent du ciel quand un prêtre à cheveux blancs , d'une figure patriarcale, vous invite à vous aimer. Et cette bourse qu'on donne à sa femme , cette promesse de pourvoir aux besoins de sa vie 1 ce simple anneau d'or qu'on lui met au doigt et qu'elle gardera toujours ! O douce cérémonie ! On ne prévoit ni malheurs, ni chagrins, ni maladies cruelles, ni larmes au chevet, ni sanglots étouffés, ni dernier adieu à peine entendu, ni vêtement funèbre attaché avec un désespoir ter-
rible.... Imprudent! on se livre à la vie comme à l'amour ; tout est beau , tout émeut , surtout si c'est par un jour brillant d'avril, oii le besoin d'aimer se réveille. On a un voile sur la tête , des illusions charmantes devant les yeux....O douce cérémonie!
Mais quand le cœur ne se donne pas, quand c'est un marché qu'on vient de conclure ; quand une jeune fille, mourant d'amour pour un autre et d'effroi pour sa destinée , se laisse conduire sur le fatal priedieu.... oh! alors, horrible cérémonie! la flamme des cierges brûle rougeâtre , l'air pèse ; on ne voit pas, on n'entend pas ; chaque acte de la blurgie vous semble un des anneaux de la chaîne de fer qui vous attache au malheur.... Horrible, horrible cérémonie !
Loyse tournait les feuillets de son riche missel; mais toujours un nuage passait entre elle et les mots sacrés. Et pourquoi aurait-elle prié, elle, pauvre victime , dévouée à de longues tortures appelées mariage ? Comment aurait-elle prié , elle qui n'avait pas foi à la religion qui consacrait son malheur?
En s'asseyant, elle avait remarque la place d'Emmanuel. Auprès d'elle, des groupes de jeunes gens chuchottaient et riaient du mari , si impuissant à porter le fardeau de son bonheur; les douairières lisaient la liturgie de la messe; les jeunes femmes causaient à mi-voix de la toilette de la mariée, des