RÉPONSE
« Paris , le i% novembre.
« A coup sûr , le voilà guérie , ma chère Loyse ,
« puisque tu apprécies ce pédant d'Emmanuel. Oh ! « que tu fais bien de le mépriser , ce petit monsieur- « là 1 C'est à merveille. J espère que tu nous revien- « dras, l'esprit entièrement délivré des obsessions « de ton fol amour. Jamais niaiseries n'ont été plus « prétentieuses et ridicules 1 ]M. deLorgeray le corn- « parait l'autre jour à un ministre protestant sorti « tout frais émoulu de la faculté de IMontauban. « Après sa conduite envers toi , tu serais une indigne « de le recevoir avec quelque distinction ; je t'en « voudi-ais de cette lâcheté : mais j'attends mieux « de ton caractère.
« Il y a encore des femmes qui l'admirent dans « le monde : le sentiment devient à la mode; on en « fait volontiers à perte de vue : mais le diable n'y M perd rien, ou plutôt il y gagne. Que jamais de M piquantes anecdotes à te conter! elles feraient rire u ta mélancolie elle-même : mais ne faut-il pas te M rendre compte de la commission que tu m'as don- M née ? J'ai vu Emmanuel chez la duchesse de D***; « je lui ai parlé de son manuscrit, sans le lui deman- « der toutefois; il s'est hâté de me dire qu'il conte- « nait des particularités de la vie de sou père, des « secrets de famille. Il avait flairé mon intention : lu u sens bien que je n'ai eu garde d insister. On forma « cercle ; la causerie allait çà et là insigufiantc et « vagabonde ; on parla de toi, et son visage pâle , (' altéré se contracta douloureusement. On vint à