‹ Le marchand d'antiquitésChapitre 31 sur 37 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

M. Swiveller s'éveilla fort tard le lendemain malin , et en s'éveillant il entendit plusieurs personnes parler avec vivacité, mais à voix basse, dans sa chambre. ïïntr'onviant ses rideaux, il vit M. Garland , son fils , M. Witherden, et le genlleman qui avait logé chez M. Brass, debout autour de la Marquise, et causant avec elle à demi-voix, sans doute de peur de Tévciller. Il ne (arda point à leur apprendre que cette précaution n'était pas nécessaire, et le vieux M. Garland fut le premier à lui tendre kl main cl à lui demander comment il se trouvait.

Richard allait réj>ondre qu'il se trouvait beaucoup mieux, quoiqu'il fut aussi faible que la veille^ quand la Marquise, comme si elle eût clé jalouse que d'autres qu'elle s'approchassent de son malade, repoussa tout le monde et lui apporta son déjeuner. Swiveller , qui n'avait rêvé toute la nuit que de côtelettes de mouton et de porter, ne dédaigna pas une fasse de thé faible et deux rôties sans beurre, car sa petite garde ne lui avait donné que ce qu'il pouvait manger sans danger dans le commencement de sa convalescence.

— Vous m'excuserez, messieurs^ — dit-il; —

un lioiiimo (|iii iTa i len mangé depuis trois semaines a besoin de reprendre des forces avant de songer à parler. A présent , je me sens moins fail)le et en étal de converser avec vous. — Nous sonunes à court de cliaises, messieurs; mais j'espère que deux de vous voudront bien s'asseoir sur mon lit.

— Que pouvons-nous faire pour vous? — hii demanda M.Garland.

— Si vous pouviez faire une véritable marquise de cette marquise qui prend là-bas du thé qui doit être froid , debout devant celte table , je vous en serais fort obligé ; mais comme vous ne le pouvez pas , je désire que vous me disiez ce que vous pouvez faire pour un homme qui a sur vous plus de droits que sur moi. — En est-il encore temps ?

— Oui, — répondit M. Garland.

— C'est principalement pour ce motif que non» sommes venus vous voir, — dit le gentleman; — nous savions que vous seriez inquiet jusqu'à ce que vous lussiez infornié des mesures que nous comptons prendre, et nous venons pour vous en faire part. Nous n'avons aucun doute de la vérité de ce que la Providence vous a appris d'une manière presque miraculeuse.

— Vous voulez dire lui a appris? — dit Richard , montrant la petite servante.

— Sans doute; et nous ne doutons pas qu'au moyen (ie sa déclaration nous n'obtenions sur-lechamp la mise en liberté de Christophe Nubbles;

d'antiquités. a4«^

mais nous craignons qu'elle ne suffise pas pour atteindre Quilp, le principal moteur de cette scélératesse; et vous conviendrez que, lui laisser la nioindie chance d'échapper à la justice, si nous pouvons l'en priver, ce serait une monstruosité. Si quelqu'un doit échapper à la justice, que ce soit plutôt quelque autre que lui.

— Sans doute , s'il faut que quelqu'un lui échappe; mais , quant à moi , je voudrais que tous fussent punis.

Le gentleman lui expliqua alors cpie leur dessein était d'user d'adresse, et de chercher à extorquer un aveu à miss Saily Brass. — Quand elle saura ce que nous avons appris, et comment nous l'avons appris, — ajouta-t-ii, — et qu'elle verra qu'elle est déjà fortement compromise, nous croyons que, pour se tirer d'affoire, elle sacrifiera les deux autres sans balancer.

— Elle! — s'écria M. Swivelier, — vous ne la connaissez pas. C'est un dragon femelle, un cœur d'airain; si elle a résolu de se taire, elle se couperait la langue avec les dents plutôt que de parler. Vous viendriez à bout deQuilpIui-méme plus aisément.

Mais il eut beau dire, ses amis avaient pris leur parti, et ils persistèrent dans leur résolution. M. Garland, le notaire et le gentleman se retirèrent; mais M. Abel resta avec Richard. Il regardait à chaque instant à sa montre, et seud^lait écouter

ft^6 LE MAnrfTAWD

s'il n'entendait aucnn bruit snr i'cscnlier. Enfin le pas lourd d'un homme s'y fit entendre , et en arrivant sur le j)alier, il sembla décliai'ger ses épanles iVun objet pesant, (pii, en tombant sur le plancher, ùl trembler toutes les fioies d'apolhicairc qui se trouvaient sur la table de W. Swiveller.

M. Abel ouvrit la porte sur-le-chamj), et Ton vit entrer un vigoureux porteur avec un grand panier qu'il déposa dans la chambre, et qu'il se mit à déballer avec l'aide de M. Abel. Et que de trésors n'en vit-on pas sortir ! <îu tlié, du café, des oranges, du raisin, du sucre, des gelées , des confitures , une volaille froide , deux antres prêtes à être mises dans le pot ou à la broche, du sngou, de l'ai'row-root, douze bouteilles de vin au fond du panier, en un mot, tout ce qui pouvait contribuer à rétablir les forces d'un convalescent. La petite servante, qui n'avait jamais vu une telle profusion de bonnes choses, dont quelques unes lui étaient même inconnues, était immobile d'admiration et de surprise, et l'eau lui en venait à la bouche comme aux yeux. Tout-à-coup on vit se remuer avec agilité dans la chambre une bonne vieille dame, qui y arrangeait aussi bien qu'il était possible tout ce qui venait d'être déballé : c'était mistress Garland , et elle était arrivée à si petit bruit, qu'on aurait pu croire qu'elle était aussi sortie du panier. Elle ôla l'écorce de deux oranges, les coupa en quartiers , les mit sur une assiette, et la présenta au conva-

lescent avec nne tasse pleine de gelée de pieds de veau. Elle força irième la petite servante à boire un verre de vin et à manger un morceau de volaille fioicle. Tout cela était si inattendu, si meiveilleux , que ]M. Swiveller pensa encore un moment aux 3fi//e et une Nuits, et crut voir en mistress Garland une fée bienfaisante.

Pendant ce temps, le gentleman, le notaire et M. Garland étaient allés dans un café voisin, et y avaient pris une cbambre particulière; et de là le premier envoya à miss Sally Brass une lettre courte , conçue en termes mystérieux, pour l'informer qu'un ami la priait instamment de venir le trouver sur-le-cliamp en cet endroit, attendu qu'il désirait la consulter sur une affaire importante et urgente. Dix minutes après le départ du messager, on annonça miss Brass.

^^ Asseyez-vous, je vous prie, miss Brass, ^^ dit le gentleman , qu'elle trouva seul.

Elle s'assit d'un air froid et roide,et ne parut pas peu étonnée en voyant que son iocalaire et son correspondant mystérieux étaient la même personne. •^ — Vous ne vous attendiez pas à me voir, — <lit le gentleman.

— Je ne pensais pas à vous, — répondit-elle; — mais je suj)posais que c'était pour une affaire ou une autre. C'est, sans doute, relativement à votre appartement? Si vous voulez le quitter, il faut que -vous ^n donniez rogulièremerit congé à mon frère.

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Jusque là vous en devrez le loyer, et je sais que vous êtes bon pour le payei*.

— : Je vous remercie de votre bonne opinion , et je peiise comme vous à cet égard; mais ce n'est pas ce dont il s'agit en ce moment.

— Oh! Eh bien, de quoi s'agit-il? je suppose que c'est une affaire litigieuse?

— Vous ne vous trompez pas.

— Fort bien, mon frère ou moi, c'est la même chose. Je puis recevoir vos instructions et vous donner mes avis aussi bien qu'il le ferait lui-même.

— Comme j'ai deux amis intéressés dans la même affaire , — dit le gentleman en se levant , — il est à propos que je les appelle; — et ouvrant une porte communiquant à une chambre voisine, il ajouta : — Messieurs , miss Brass est ici.

Le notaire et M. Garland entrèrent d'un air grave, prirent des chaises, et s'assirent aux deux côtés du gentleman, formant une haie autour de miss Brass, qui se trouvait comme enfermée dans un coin. Son frère Samson, dans une pareille situation, aurait certainement paru confus et inquiet; mais elle conserva tout son calme, tira de sa poche sa tabatière d'étain, et prit une prise.

— Miss Brass, — dit le notaire, — nous autres qui sommes à peu près de la même profession, nous nous entendons en peu de mots quand nous le voulons. — Vous avez mis, il y a quelque temps, un avertissement dans les journaux

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relativement à uncj servante qui s'est enfuie de chez vous?

— Eh bien ? — demanda Sally^ ses joues se couvrant d'une légère rougeur.

— Eh bien, elle est trouvée.

— Qui Ta trouvée?

— Nous trois, — hier soir seulement ; sans quoi, vous auriez eu plus tôt de nos nouvelles.

— Eh bien, j ai eu de vos nouvelles à présent, — répliqua Sally en croisant les bras d'un air aussi ferme que si elle eût été résolue à nier un fait jusqu'à la mort. — Il semble que vous avez dans la tête quelque chose de relatif à elle, — dites-le , et prouvez-le, voilà tout. — Vous l'avez trouvée, dites-vous? — En ce cas je puis vous dire que vous avez trouvé la créature la plus artificieuse, la plus menteuse, la plus voleuse, en un mot la plus infernale petite coquine qui ait jamais existé. — Est-elle ici? — demanda-t-eile en regardant autour d'elle.

— Non, — répondit le notaire; — mais elle est en lieu de sûreté.

— Ah! — s'écria Sally, prenant une autre prise de tabac, — elle sera en toute sûreté avec moi, je vous en réponds.

— Je le crois; mais saviez-vous, quand elle s'est enfuie de chez vous , qu'elle avait une double clef de la porte de la cuisine, où vous pensiez qu'elle était bien enfermée tous les soirs, et qu'au moyen de cette double clef elle pouvait rôder chaque nuit

clans loMtc vofrc jnnison , of ontcnrlre vo<i (*ntrrticns coiifidoiiliols avec voiro frrr,'? (:\\st ainsi qu'elle entendit la conversation que vous eûtes enseni!)le la nuit qui précéda le jour où un jeune homme innocent fut accusé de vol ])ar suite d'un abominable complot qui mérite toutes les épi- Ihèfesque vous avez appliquées à cette petite créatnre, et quelques unes encore plus fortes. Elle répétera aujourd'hui celle histoire devant un magistrat, et vous aiu'ez l'occasion de Tenlendre.

Sallj prit encore une prise. Sa physionomie était étonnamment calme; mais il était évident qu'elle avait été prise par surprise , et que si elle i?*était attendue à quelque accusation de la part tle sa ser? Vante, c'était sur un sujet tout-à-fait différent.

— Allons, allons, miss Brass, — dit le notaire, — vous avez beaucoup d'empire sur votre physio* nomic; mais je vois que vous sentez que, par une chance qui ne s'était jamais présentée à votre imagination, cet infâme complota été mis au grand jour, et que deux de ceux qui en ont été complices doivent être livrés à la justice. Je n'ai pas besoin de vous dire quel châlimefit vous attend , vous le savez aussi bien que moi ; mais j'ai une proposition à vous faire. Vous avez l'honneur d'être sœur d'un des phis grands coquins qui soient encore à pendre, et si je puis parleraiiisi à une dame, vousétes parfaitement digne de lui. Mais indépendamment <jé vous deux , il existe iit! tiers, un «célérattîOmmé

d'antiruités. s5i

Quilp, qui a été le premier moteur de ee complot dinbolique, et qui, je crois, a en lui encore plus (le méchanceté que vous n'en avez à vous deux. Par amour pour vous , miss Brass, faites-nous le plaisir de nous révéler toute l'iiistoire de cette abominable afflurc. En agissant ainsi, vous vous mettrez en sûreté, et vous ne nuirez pas à votre frère, car nous avons déjà contre lui, comme contre vous, des preuves suffisantes. Je ne vous dirai pas que nous vous conseillons cette mesure par compassion pour vous , car vous ne nous en inspirez aucune; c'est une nécessité à laquelle nous sommes réduits, et la politique doit vous engager à suivre notre avis. — Dans une affaire comme celle-ci le temps est extrêmement précieux, — ajouta M. Witherden en tirant sa montre , — faites-nous donc connaître votre détermination sans délai.

Miss Sally les regarda successivement tous trois, un sourire sur les lèvres; prit deux ou trois prises de tabac coup sur coup, et répondit : — • Faui-il que je vous dise oui ou non sur-le-champ?

— Oui, — dit M. Witherden.

Cette aimable créature ouvrait la bouche pour répondre,quandla porte s'ouvrit, et la tétedeSamson Brass s'y montra. Il portait attaché au haut de son front un grand garde-vue vert qui lui couvrait presque tout le visage. Les troisamis firent un mouvement de surprise à cette apj)arition ; mais sans avoir Tairdes'en apercevoir, Bra,ss entra, referma la porte,

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les salua delà manière la plusservileel la plus abjecte.

— Sally, — dit-il en entrant, — taisez-vous, et laissez-moi parler. — Messieurs, si je voulais vous exprimer le plaisir que j'éprouve en me trouvant ici avec trois hommes honorables, unis par une heureuse similitude d'opinions et de sentiments, vous pourriez à peine me croire; mais, quoique j'aie été infortuné, je dirai même criminel, si une expression si dure peut être admise dans une société comme celle-ci, j'ai ma portion de sensibilité connue un autre. '

— Gardez le silence , idiot que vous êtes ! — s'écria Sally.

— Paix, ma sœur, je sais ce que je dis et ce que je dois dire. — Relativement ;i votre conversation avec miss Brass , messieurs , je l'ai entendue depuis le commencement. J'ai rencontré ma sœur venant ici; étant natuî^ellement curieux, j'ai voulu voir où elle allait; je l'ai suivie jusqu'ici, et s'il faut l'avouer, j'ai écouté à la porte.

— Si vous n'avez pas perdu l'esprit, n'en dites pas davantage! — s'écria encore sa sœur.

— Comme nous avons l'honneur d'être membres de la même profession, monsieur Witherden, — continua Brass sans s'inquiéter de cette nouvelle interruption , — pour ne rien dire de ce gentleman qui a été mon locataire, et qui a en quelque sorte reçu l'hospitaiité sous mon toit, je crois que vous auriez pu commencer par m'offrir à moi-même

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raiternative que vous avez pioposée à ma sœur. Oui je le crois. — Et maintenaiil, messieurs , — ajouta-t-ii en soulevant le garde-vue qui lui cachait presque toute la figure, — si vous voulez me (aire le plaisir de me regarder, et que vous me demandiez qui a été cause des blessures et des meurtrissures dont tout mon visage est couvert, je vous répondrai : — Quilp ! — Quilp ! — Ouilp !

Les trois amis se regardèrent, mais ne dirent rien.

— Oui, messieurs, c'est Quilp qui m'a attiré pendant la nuit dans son antre infernal , qui m'y a forcé à avaler du feu liquide, qui m'a congédié sans lumière par une obscurité profonde, et qui éclatait de rire en m'entendant tomber à chaque instant sur des planches hérissées de clous et sur des monceaux de bois et de vieilles ferrailles;, — Quilp, qui dans toutes nos relations d'affaires ne m'a jamais traité que comme un chien; — Q'iilp? que j'ai toujours haï de toute mon âme; — Quilp enfin qui, après avoir imaginé et inventé le plus lioir complot, veut aujourd'hui m'en laisser toute la responsabilité. — A quoi tout cela doit-il me conduire, messieurs?

Personne ne répondit, et il continua.

— Je vais vous le dire, puisque la vérité est connue, et la vérité est ime chose grande et sublime , messieurs; — il vaut mieux l'accuser moi-même, que d'attendre qu'il m'accuse. S'il faut un déuonciatei\r pour le triomphe de l'innocence, pourquoi ne le seraisje pas? — Comparaùvement parlant,

îi<)4 It MAHCI1A.MU

VOUS èles en sùroté, Sally, et par conséquent c est à moi cjue je dois songer.

Après avoir ainsi parlé, Biass raconta toute Thistoire depuis son origine, faisant tomber tout le blâme sur celui qui l'avait mis en œuvre, se représentant comme un saint, quoique sujet, dit-il, aux faiblesses humaines.

— Je ne suis pas homme à faire les choses à demi, messieurs, — conlinua-t-il. — Comme dit le proverbe^ — y étant pour un penny, autant vaut y être pour une guinée. Faites donc de moi ce qu'il vous plaira, et conduisez-moi où vous voudrez. Si vous désirez avoir par écrit la déclaration que je viens de vous faire, je suis prêt à la rédiger. Vous aurez quelques ménagements pour moi, j'en suis siir, car vous êtes des iiommes d'honneur; mais punissez Quilp ; îrailez-le sévèrement ; foulez-le aux pieds, il m'en a fait autant bien des fois.

— U.t voilà mon frère! — s'écria missBrass, relevant la léte , qu'elle avait jusqu'alors appuyée sur ses deux mains; — voilà mon frère! — ce frère pour qui j'ai si long-temps travaillé, et en qui jç croyais qu'il y avait quelque chose de mâle î

— Prenez garde, ma chère Sally 1 vous êtes désappointée; vous ne savez plus ce que vous dites, et vous risquez de vous compromettre.

— Misérable lâche! — s'écria-telle en lui lançant un regard de mépris, — vous aviez peur que je ne prisse l'avance sur vous. Mais croyez-vous

donc qu'ils eusiieat tiré (!e mot un btui mut ? Vingt ans (le menaces et de promesses n'y auraient pas réussi.

— Vous pensiez peut-être ainsi dans Torigine, n)ai3 vous auriez changé d'avis si je n'étais arrivé, et vous auriez volontiers acheté votre sûrelé aux déj)ens de la niieîjne. — Parlez, messieurs, que désirez-vous que je fasse?

Les trois amis se consultèrent quelques instants, après quoi le notaii*e dit à Samson que s'il voulait faire une déclaration par écrit, il y avait sur la table, plumes, encre et papier. Mais il ajouta qu'il faudrait aussi queSamson les accompagnât chez un magistrat, etque par conséquent il nedevait consulter qric lui-même sur ce qu'il avait à dire et à faire.

— Messieurs, — dit Brass, s'approchant de la table^ et s'apprctanl à écrire, — je vous prouverai que je mérite les ménagements que je suis sûr que vous aurez pour moi, par une véracité franche et à toute épreuve.

Pendant que son frère était à écrire, la charmante Sally se promenait dans la chambre, ayant toute l'allure d'un homme, tantôt les bras croisés sur sa poitrine, tantôt les mains derrière le dos. Enfin elle parut se lasser de cet exercice, et s'asséyant sur un fauteuil près delà porte, elle eut l'air de s'endormir. Nous disons — elle eut l'air, — parce qu'on supposa ensuite avec assez de \rai~ semblance qu'elle n'était pas véritablement cndor-

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mie, car on s aperCj-iit tout-à-LOiip qu'elle élait sortie fort adroitement sans que personne s'en dontât, et elle ne; revint pas.

Le soir arrivait quand M. Brass eut (ini sa lâche. Les trois amis firent alors venir un fiacre, et le conduisirent chez un magistrat. Celui-ci , après avoir entendu le compte que M. Wilherden lui rendit de l'affaire, et avoir lu la déposition de l'honnête procureur, fit conduire ce dernier en lieu sûr, afin d'être certain qu'il aurait le plaisir de le revoir le lendemain. Il congédia ensuite les trois amis avec l'assurance satisfaisante qu'un mandat d'arrêt serait décerné le jour suivant contre Quilp; et que, dès que le secrétaire d*Etat ministre de Tintérieur serait dûment informé de toutes les circonstances de cette affaire , la mise en liberté de Christophe ISubbles ne pouvait souffrir ni retard ni difficulté.

Cette besogne terminée , les trois amis retournèrent prèsdeM.Swiveller, quis'étaittrouvé en étatde se lever une demi-heure. Mistress Garland était partie, mais M. Abel était encore avec lui, ayant promis à son père d'attendre son retour. Après qu'on eut informé Richard de tout ce qui s'était passé, M. Gariand, son fils et le gentleman se retirèrent le laissant avec M.Witherden et la petite servante.

— Puisque je vous trouve si bien , — lui dit le notaire, en s'asseyant près de son lit, — je crois pouvoir me hasarder à vous aiiorcndre une ;rju-

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velle dont je dois la connaissance à ma profession. Ces derniers mots ne firent pas naître des idées fort agréables dans l'esprit de M. Swiveller ; car, ayant beaucoup (ie petites dettes, il s'imagina surle-champ qu'il s'agissait de quelque poursuite commencée contre lui à la requête d'un de ses créanciers, et avant sa maladie il avait déjà reçu plusieurs lettres qui l'en menaçaient.

— Certainement , monsieur, — répondit-il; — j'espère que ce n'est rien d'une nature très désagréable.

— Si je le croyais, j'attendrais un moment plus convenable pour vous en parler. Je vous dirai d'abord que nos amis qui sortent d'ici n'en sont pas instruits, et que les bontés qu'ils ont eues pour vous ont été entièrement gratuites et désintéressées.

— Je n'en doute pas, monsieur, et je leur en suis très obligé.

— J'avais déjà fait quelques recherches pour vous découvrir, et je ne me doulais guère que le hasard vous offrirait à mes yeux dans des circonstances si extraordinaires. — Vous êtes neveu de miss Rébecca Swiveller, demeurant à Cheselbourne, comté de Dorset, où elle est décédée le...

— Décédée, monsieur!

— Oui. Elle dit dans son testament que, si vous vous étiez mieux conduit, vous auriez recueilli toute sa fortune, qui était de vingt-cinq mille livres ster-

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