‹ Le marchand d'antiquitésChapitre 37 sur 37 · CHAPITRE LXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXII

Le lendemain matin, quand ils |)urent s'entretenir avec plus de calme , le maître d'école et le vieux garçon firent à leurs compagnons le détail des derniers instants de la pauvre Nelly.

Elle était morte dans la matinée du jour qui avait précédé l'arrivée de M. Garland et de son ami. M. Marten et le vieux garçon, sachant que sa fin approchait, avaient passé près d'elle toute la journée précédente, et ne l'avaient pas quittée delà nuit. Tantôt ils lui parlaient, tantôt ils lui faisaient une lecture. Elle s'endormit vers le commencement de la nuit, rêva tout haut; mais d'après le peu de mots qu'ils entendirent , ils virent que ses rêves ne lui retraçaient rien de fâcheux ni de pénible, et quand elle s'éveilla au bou' de trois ou quatre heures, elle causa tranquillement avec eux, sans que SOI) esprit parût s'égarer. Elle leur parla de Rit, et (lit qu'elle aurait bien voulu le revoir. Elle sommeilla encore au point du jour, et en s'éveillant elle les pria de l'embrasser encore une fois. Elle tendit ensuite les bras à son aïeul , qui se pencha sur son lit; elle les lui passa autour du cou, et elle resta si long-temps dans cette attitude , que

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ses deux autres amis en furent surpris. Ils s'approchèrent d'elle: elle n'existait plus.

Presque aussitôt que la clartédu jour succéda à la nuit où était arrivé M. Garland , le jeune enfant qui avait été le favori de Nelly, arriva avec quelques unes de ces fleurs qui bravent les rigueurs de 1 hiver, et demanda qu'on les lui plaçât sur la poitrine. C'était lui qui avait parlé au fossoyeur la nuit précédente, et il parla encore de son rêve, qui était que Nelly se portait bien , et qu'il se promenait avec elle dans les champs. Il demanda à ia voir, disant qu'il serait bien tranquille; qu'il avait passé toute ia jouriiée prés de son frère quand il était mort, et que l'idée d'être si près de lui avait adouci son chiigrin. On lui accorda sa demande , et on îe laissa entre^ dans la chambre de la défunte.

Dès que le vieillard vit le jeune favori de sa petite-fille, on remarqua en lui une émotion qu'il n'avait pas encore ïnontrée. Il lui fit signe d'appro- (^her de lui, lui montra Nelly, et, pour ia première fois, fondit en larmes. Ses amis voyant que la vue de cet enfant lui faisait du bien , le laissèrent seul avec lui, et à compter de ce moment l'enfant fit du vieillard presque tout ce qu'il voulait.

Dans ia matinée du jour quia vait été fixé pour les funérailles de la pauvre Nelly, l'enfant vintlepren dre pour lui cacher l'instant où il allait perdre tout ce qui restait «le sa petite-fille; il lui proposa d'aU

1er chercher des fleurs et cueillir des feuilles vertes pour reniplacer celles qui étaient fanées sur son lit, et le vi(*illard y consentit. Kn traversant la nie , ils rencontrèrent j)lusieurs passants. Les uns otaient leur chapeau avec un air de compassion ; les autres lui serraient la main en levant les yeux au ciel 5 la plupart murmuraient à demi-voix : — Que Dieu ait pitié de lui !

Voyant la mère de son jeune guide à la porte de sa chaumière , il s'arrêta près d'elle , et lui dit : — Voisine , pourquoi donc tout le monde est-il en deuil aujourd'hui? Je ne vois personne qui ne porte un crêpe ou un ruban noir.

— Je n'en sais rien , voisin.

— Mais vous-même , vous avez un voile noir. — Pourquoi cela?

La bonne femme garda le silence. '^

— Il faut retourner à la maison, ^-s'écria le vieillard. — Je veux savoir ce que tout cela signifie.

— Non , non , — dit l'enfant en le retenant ; — souvenez-vous de ce que vous m'avez promis. Il faut que nous allions sous les arbres verts où elle aimait tant à se promener.

— Oîi est-elle à présent ? — Dites-moi seulement cela.

— Ne le savez-vous pas? Nous venons de la quitter.

— Ah! oui. Nous l'avons laissée endormie , n'est-

ce

pas

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Il appuya une main sur son Iront, et comme s'il eût été frappé d'une nouvelle idée, il passa toutà-coup de l'autre côté de la rue, et entra chez le fossoyeur. Il était assis près du feu avec le vieillard sourd qui lui servait d'aide, et tous deux se levèrent dès qu'ils l'aperçurent. L'enfant leur fit à la hâte un signe expressif. Ce fut l'affaire d'un moment; mais ils le comprirent , et cela suffit.

— Avez-vous un enterrement aujourd'hui? — ■ demanda le vieillard.

— Un enterrement, monsieur! Qui aurionsnous à enterrer?

— Ci est ce que je vous demande; qui auriezvous à enterrer? Personne n'est mort dans la paroisse.

— ^ C'est jour de repos pour nous, monsieur; nous n'avons rifn à faire aujourd'hui.

— En ce cas , j'irai où vous voudrez — dit le vieillard à l'enfant; et il suivit son jeune guide.

Une heure après , le son funèbre de la cloche de la paroisse annonça le moment des funérailles , et tous les habitants se réunirent près de la maison que Nelly avait habitée, lî^i la décrépitude de la vieillesse, ni les soucis de l'Age mur, ni la gaieté de la jeunesse, ni la légèreté de l'enfance, ne retinrent personne. Quatre jeunes filles vêtues en blanc , et ornées de rubans noirs, tenaient les cordons du dais qui couvrait le cercueil, et la foule les suivit jusque dans la vieille église, où on le déposa dans la

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chapelle baronniale, à lerulroitoù elle s'était si souvent assise pour lire la Bible, et où une toiube avait élé creusée. T.e vieux ministre lut, d'une voix tremblante et les yeux humides, le service de Téglise; on descendit le cercueil dans la fosse , le fossoyoïnet son aide le couvrirent de terre, et pendant qu'on plaçait par-dessus la pierre funéraire que le mnîfîe d'école avait fait préparer, la foule se retira dans un recueillement grave et mélancolique; et enfin les amis de Neliy la quittèrent à leur tour, et la laissèrent seule avec Dieu.

Il était tard quand le vieillard rentra. L'entant, en revenant, l'avait conduit chez sa mère sous quelque prétexte ; il s'était assis an coin du feu , et, fatigué par une si longue promenade, il s'endormit profondément. On ew soin de ne pas interrompre son sommeil, et quandils'éveilla, la lunebrillaitdéjà.

Son frère , inquiet de sa longue absence , était à la porte , attendant son arrivée. Des qu'il le vit paraître, il alla à sa rencontre, obtint de lui, non sans peine, qu'il s'appuyât sur son bras, et le conduisit à pas lents vers la maison. Dès qu'il y fut arrivé, il traversa la chambre d'entrée sans s'y arrêter un instant , et se rendit dans la seconde. N'y ayant pas trouvé ce qu'il cherchait , il retourna dans celle où éîaient ses amis , tourna de tous cotés ses yeux égarés, en sortit , entra dans la maison du maître d'écoie , et en parcourut tous les appartements en appelant jNeliy à haute voix.

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Ses amisravaient suivi, et ils parvinrent à h; la. mener clans l'autre maison. Là, après avoir tâché de le préparer à la cruelle vérité qu'il fallait bien lui apprendre, et l'avoir assuré que Nelly, quoique éloignée de lui, était heureuse, — plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été, — ils lui dirent qu'elle était morte. Ce mot était à peine sorti des lèvres de M. Marten,que le vieillard tomba par terre, comme s'il eût eu le cœur percé d'une balle.

Ils crurent pendant plusieurs heures que le terme de son existence était arrivé; mais le chagrin ne tue pas tout d'un coup , et il fat rappelé à la vie.

A compter de ce moment , tout souvenir qui ne se rattachait pas à Nelly fut entièrement effacé de son esprit. Jamais il n'eut l'air de reconnaître son frère. Si l'on cherchait à le distraire en faisant tomber la conversation sur quelque sujet qiii n'eût aucun rapport à Nelly, il écoutait d'abord avec patience, puis il se levait, et se mettait de nouveau à la chercher partout; car il paraît qu'il conservait un espoir vague de la retrouver , et cet espoir étant trompé chaque jour, il en devenait plus triste et plus accablé. L'enfant aux volontés duquel il s'était presque soumis pendant les premiers jours, n'avait plus aucune influence sur lui. Il lui permettait encore quelquefois de l'accompagner , mais le plus souvent il le priait de le laisser seul, et cherchait à lui échapper. Eu un mot , il n'avait plus d'affection pour personne, ou pour mieux II. 20

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dire tout ce qu'il en avait était renfermé dans la tombe de Nellv.

Un matin , le maître d'école en se levant, — car M. Gariand et le frère du vieillard logeaient au presbytère , — s'aperçut qu'il était déjà sorti. Il apprit bientôt qu'on l'avait vu dans la rue au point du jour , une valise attachée sur ses épaules, et tenant à son bras le chapeau de paille de Nelly et le petit panier qu'elle avait porté si constamment en voyageant avec lui. Il en fit part à ses amis , et ils se mirent tous trois à sa recherche , étant bien sûrs qu'il ne pouvait être bien loin. Comme ils s'informaient partout si quelqu'un l'avait vu , un enfant leur dit qu'il l'avait vu ouvrir la porte de l'égHse et y entrer au lever du soleil. Ils s'y rendirent surle-champ, et le virent dans la chapelle baronniale , assis devant la tombe de sa petite-fille, et ayant l'air d'un homme qui attend avec patience. Ils ne se montrèrent pas , mais ils le surveillèrent tour à tour pendant toute la journée. Il ne changea d'attitude que pour manger quelques provisions qu'il avait prises dans son panier ; mais quand la nuit commença à tomber, il se leva pour retourner chez lui, et on l'entendit dire en sortant de l'église, qu'il eut soin de fermer : — Elle reviendra demain.

Il ne parla de cette visite à aucun de ses amis , et ils gardèrent le même silence ; mais il la recommença le lendemain , et en fit autant tous les jours suivants sans jamais y manquer.

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Enfin y par un beau jour du printemps , ses amis, ne le voyant pas rentrer à l'heure accoutumée, allèrent le chercher dans l'égHse. Ils l'y trouvèrent , mais étendu sur la pierre funéraire qui couvrait sa petite-fille : — il était mort. ^

Quelques jours après , il fut placé à coté de celle qu'il avait tant aimée.

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CIIAIMTRE LXXIII.

Nous sommes arrivés à la fin de notre voyage. Il ne nous reste qu'à dire quelques mots sur les principaux personnages qui ont figuré dans les pages qui précèdent.

M. Sam son Brass et son aimal^le sœur nous paraissent avoir les premiers droits à notre attention.

Nous avons vu que le magistrat devant lequel le procureur avait été conduit avait subitement conçu une telle affection pour lui, qu'il n'avait pas voulu s'en séparer , et il le logea dans un appartement très commode où le soleil ne pouvait l'éblouir, ni aucun importun venir le distraire de ses méditations, avec l'agrément additionnel d'une petite cour pavée pour s'y promener. Ce logement , malgré tous ses agréments, ne plaisant point à M. Brass, il demanda à retourner chez lui , en promettant de venir voir le magistrat quand celui-ci le désirerait. Mais le magistrat , craignant qu'il ne tînt pas cette promesse , exigea que l'exécution en fut garantie par un caution fiement de quinze cents livres sterling;. Mais Samson n'ayant pu trouver pour le cautionner que deux individus , sans doute aussi respectables que lui-même, mais dont toutes les

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propriétés réunies ne s'élevaient pas à quinze schelline^s, le magistrat ne voulut pas les accepter pour cautions, et M. Brass fut obligé d'habiter l'appartement qui lui avait été destiné, jusqu'au moment où douze habitants de la cité de Londres, formant ce qu'on appelle un jury, furent priés d'examiner son affaire et le déclarèrent coupable de fraude et de parjure; sur quoi un homme en grande perruque l'invita à aller passer dix ans dans une possession transatlantique de la Grande-Bretagne. Samson, qui n'aimait pas les voyages, fit valoir qu'il avait lui-même fourni des armes contre lui d'après les promesses d'indulgence et de pardon qui lui avaient été faites ; et après quelque hésitation , on lui permit de rester en Angleterre, à condition qu'il passerait ces dix années dans une grande maison où l'on était logé et nourri aux dépens du public , et où, comme on ne pouvait en sortir, on prenait, dix heures par jour , un exercice salutaire en montant sur une échelle sans fin , c'est-à-dire sur une roue qui tournait toujours , comme celle d'un écureuil dans sa cage. Son nom fut rayé de la liste des procureurs , ce qui n'a lieu que dans des cas extrêmes, comme on peut en juger d'après certains noms qui y figurent encore.

Quant à Sally Brass, ce qu'elle devint n'est pas aussi bien constaté. Le bruit général fut qu'elle avait pris des habits d'homuie pour se soustraire aux recherches; mais les uns disaieiU qu'elle s'était

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engagée comme matelot à bord d'un bâliment de commerce, tandis que d'autres prétendaient qu'on l'avait vue un soir dans une guérite du parc Saint- James, appuyée sur un mousquet, et portant l'uniforme du 2*" régiment d'infanterie. Un fait certain, c'est que, dix ans après , on voyait tous les soirs , dès, que la nuit approchait, un vieillard et une femme, couverts de haillons, sortir des ruelles les plus sales et les plus iiifectes du quartier Saint-Gilles pour solliciter la charité des passants, et chercher dans les immondices jetées au coin des maisons, des feuilles de choux et de laitues , et tout ce cjui pouvait servir à apaiser la faim. Ceux qui les avaient connus autrefois , disaient tout bas que c'étaient le ci-devant procureur Samson Brass et sa sœur.

Le corps de Quilp fut trouvé dans l'endroit où l'eau l'avait jeté. Le procès de Samson avait fait connaître le rôle qu'il avait joué dans le complot dont Kit avait manqué d'être victime, d'autres détails de sa scélératesse étaient devenus public, et Tom Scott ayant été appelé comme témoin lors de l'enquête faite par le juge coroner, et ayant rapporté la dernière conversation qu'il avait eue avec son maître, les jurés furent convaincus qu'il avait voulu se soustraire aux poursuites de la justice par une mort volontaire. Il fut donc déclaré suicide, et son corps fut enterré dans un carrefour, un pieu enfoncé dans la poitrine.

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Tom Scott, se trouvant au dépourvu par la mort de son maître, se joignit à une troupe de saltimbanques , et gagna sa vie en marchant sur ses mains et en faisant des sauts périlleux.

La petite niistress Quilp hérita de toute la fortune de son mari, car il n'avait aucun parent et il n'avait pas fait de testament; s'il en avait fait un, elle aurait été pauvre. Elle l'avait épousé par le bon plaisir de sa mère; elle consulta le sien pour son second mariage , et choisit un jeune homme qui eut assez de jugement pour y mettre pour condition préalable qu'une pension serait payée à rnistress Jiniwin pour qu'elle vécût séparément. Aussi passèrent-ils heureusement leur vie, sans avoir plus que le taux moyen des querelles qui ont ordinairement lieu entre mari et femme.

M. et mistress Garland et M. Abel continuèrent à vivre comme par le passé, sauf un changement qui eut lieu dans leurs arrangements domestiques, comme on le verra tout-à-l'heure ; et quelques années après, M. Witherden prit Abel pour associé. Il y eut à cette occasion un grand bal; M. Abel y dansa avec une jeune et jolie personne dont il devint amoureux , et à laquelle il ne déplut pas, et peu de mois ensuite il l'épousa , et s'établit à Londres avec elle.

M. et mistress Garland ne restèrent pourtant pas tête à tête; car leur frère, le vieux garçon, après la mort du ministre, son ancien ami, qui eut lieu en-

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viron un an après les événements rapportés dans le chapitre précédent, vint demeurer avec eux.

Quant au frère cadet de l'aïenl de Nelly, que nous avons toujouîs nnnnné — le genfleman, — il pfissa une couple d'années à chercher tous ceux qui' avaient rendu quelque service ou avaient montré de l'amitié à son frère et à sa nièce : Short, mis- Iress Jarley , la jeune pensionnaire de l'école de miss Monflather, même l'homme qui alimentait le feu d'une fournaise; il les découvrit tous, et tous trouvèrent en lui un ami et un bienfaiteur. Il fit de vains efforts pour déterminer M. Marten à quitter son école et à venir demeurer avec lui à Finchley, où il s'était établi près de M. Garland. Mais M. Marten était une sorte de philosophe à qui le monde faisait peur ; il avait du goût pour les humbles fonctions qu'il remplissait depuis tant d'années, et il ne voulut pas y renoncer; mais grâce à la libéralité de son nouvel ami , il ne fut plus un pauvre maître d'école.

Frédéric Trent avait été obligé, comme on Ta vu plus haut, de quitter volontairement l'Angleterre, de peur d'en être congédié d'une manière plus désagréable. Il se rendit à Paris, où il vécut quelques années en chevalier d'industrie, tantôt dans l'abondance , tantôt dans la plus affreuse misère. Enfin un Anglais qu'il avait connu autrefois, se trouvant dans cette capitale , et passant devant la Morgue, y entra par curiosité, et l'y reconnut :

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son cadavre avait été trouvé dans les filets de Saint- Cloiid. L'étranger garda le secret jusqu'à son retour à Londres, et Frédéric fut enterré sans que son corps eût été réclamé ni reconnu.

Richard Swiveller, après une longue convalescence, n'étant plus égaré par les conseils intéressés et l'exemple pernicieux de son faux ami, et se trouvant en possession d'une petite fortune par suite du legs que lui avait fait sa tante, et de trois billets de banque de cinq cents livres sterling chacun qu'il reçut sous enveloppe un beau matin sans savoir qui les lui envoyait, mais qu'on soupçonna d'être un présent — du gentleman, — pour le récompenser de sa conduite dans l'affaire de Kit, devint un jeune homme aussi rangé qu'il avait été dissipé. Il n'oublia pas le dévouement de — la Marquise — et les services qu'elle lui avait rendus; et comme elle n'avait pas de nom, et qu'il lui en fallait un, il se détermina pour celui de Sophronie Sphynx, comme n'ayant rien de commun, et sentant quelque peu le mystère. Ce fut sous ce nom qu'il la mit dans une pension, où elle n'entra qu'en pleurant, et où il ne manqua jamais d'aller la voir une fois par semaine. Son intelligence naturelle fit qu'elle profita rapidement de l'éducation qu'elle y reçut, Swiveller l'y laissa trois ans. Au bout de ce temps, il lui vint dans l'esprit, — et ce n'était pas la première fois de lui demander si elle voulait l'épouser. Quels que fussent les termes de sa réponse, il

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ne s'y trouva point de négation. Quinze jours après ils furent mariés, et ni l'un ni l'autre ne s'en repentit jamais.

L'histoire de Kit, ou pour mieux dire de CliristopheNubbles,fit du bruit, et lui procura une fouie de nouveaux amis. Les jurés qui l'avaient déclaré coupable voulurent lui prouver combien ils avaient changé d'opinion en lui donnant un grand dîner auquel ils invitèrent toute sa famille et tous ceux qui avaient contribué à faire reconnaître son innocence. Ils ne s'en tinrent pas là ; ils sollicitèrent le ministre de lui donner une marque publique d'estime et de confiance en l'appelant à quelque poste lucratif: et une place d'inspecteur des douanes étant vacante en ce moment, le ministre crut ne faire qu'un acte de justice en la lui accordant sur-le-champ. Rit ne songeait pas à quitter le service de M. Garland; mais le digne vieillard, sa femme et son fils furtéut les premiers à le presser deprofiter d'une bonne fortune qui avait pris sa source dans ses souffrances, comme il le dit luimême bien des fois.

Une fois installé dans cette place, Rit passa-t-il sa vie dans le célibat? — Non vraiment. Et qui aurait-il épousé, si ce n'eût été son amie Barbe? Le jour de ce mariage fut le plus beau jour de toute la vie des deux mères, qui prirent alors la résolution de ne pas se quitter, et de passer ensemble le reste de leurs jours. Quelques années après, quatre

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enfants jouaient déjà e/emble chez M. Nubbles, au nom duquel onajoutt alors le titre — Esquire. L'aîné était une fille qWavait les traits de sa mère, comme elle en portable nom; et le second un garçon, qui était le w fac-similé de son oncle le petit Jacob. Venaient/nsuite un petit Abel, dont le fils de M. Garlan^/ avait été parrain, et enfin un petit Dick, favoi] spécial de M. Richard Swiveller.

Kit, — nous avon/de la peine à oublier le nom sous lequel nous l'apns connu si long-temps, — aimait à leur racontr l'histoire de la pauvre Nelly, dont il ne parlait jaiais sans avoir les yeux humides. Un jour il voullt les conduire dans la rue où elle avait demeuré, our leur montrer la maison qu'elle avait habitée Mais on y travaillait au percement d'une nouvJle rue; cette maison et celles qui en étaient voisijes n'offraient plus qu'un amas de décombres, et ij ne put même en reconnaître exactement l'emplaèment. — C'est ainsi que tout 'finit dans le monde comme une histoire qui arrive à son dénouement.

Fllf DU TOiHE SECOND ET DERNIER.

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