SCÈNE III PORTIA, NÉRISSA, BASSANIO, ANTONIO, GRATIANO
Bassanio, tendant les bras à Portia.
Vous !
Gratiano, recevant Nérissa dans les siens.
Toi!
Portia.
Toutes les deux
Au devant de nos amdureux !
Bassanio, tendrement, à Portia.
Chère âme !
Gratiano, à Nérissa.
Douce amie !
Bassanio, présentant Antonio à Portia.
Et c’est Antonio
A qui je dois le joyau
Merveilleux que vous êtes, Et qui de tous mes jours a fait des jours de fêtes !
Portia, donnant sa main à baiser à Antonio.
Je sais !... Et pour cette douce raison Monsieur, vous serez chez vous dans notre maison...
Antonio.
Merci... C’est sûrement un palais enchanté.
Nérissa, continuant une discussion qu’elle avait à part
avec Gratiano.
Non! Non!... Vous arrangez la chose à votre guise!
Gratiano.
Mais c’est la simple vérité !
Portia.
Quel désaccord déjà vous divise?
Nérissa, simulant l’étonnement et la colère.
Madame, jugez de mon émoi :
La bague passée à son doigt, Il ne l'a plus !
J’en ait fait présent, vous dis-je.
Au jeune clerc du juge qui nous assista,
Nérissa !
Nérissa.
Qu'est-ce qui m'oblige A le croire?... Vous deviez jusqu'au tombeau
Garder cet anneau...
C’est à quelque femme Que vous l’avez donné!... Qu’en pensez-vous, Madame?
Portia.
Je te plains, Nérissa...
Si mon amant m’avait fait ça,
J’en serais folle!
Mais je sais què pour tout l'or du Pactole
Bassanio ne se fut séparé
De ce gage sacré !
Bassanio. à part.
Je ne suis pas très rassuré...
Gratiano.
Ce soi-disant emblème,
Son anneau,
C’est justement parce que Bassanio
Au jeune juge l'offrit én cadeau,
Que j’ai donné le mien de même!
Portia, simulcmt la surprise.
Que dit-il?
Bassanio.
Eh bien, oui
Pour reconnaître le service.
Le service étonnant, inouï, Du jeune juge, j’ai fait le sacrifice
De ce gage, pourtant à mes yeux
Si précieux!
Portia, simulant la colère.
Mensonge ! C'est une femme qui possède
Ma bague!... Et Dieu me damne si je cède
A votre désir, désormais !
Nérissa, même jeu, à Gratta no.
.le vous déteste, vous que j’aimais!
Portia.
Tristes lendemains de fiançailles...
Nérissa.
Je rêve de représailles!
Portia.
Bien ne pouvait mieux m’outrager!
.le songe à me venger!
Il refusait le numéraire,
Comment faire?
Antonio.
Quel chagrin d’être responsable
Du malentendu lamentable !
Gratiano.
Qu’on ne nous parle plus avec solennité
De l’accent de la vérité!
Portia, simulant la colère.
Pour ne pas, en fait d’offrande,
Agir moins généreusement
Si ce jeune juge me le demande,
il sera mon amant !
Bassanio.
De grâce !
Nérissa, même jeu, à Gratiano.
Il est clair
Que votre généreux geste
M’obligerait d’offrir au jeune clerc
Après la bague, le reste !
Gratiano.
Aux yeux l’évidence saute :
Tout cela c’est de ma faute !
Gratiano, à Nérissa.
Il venait de nous tirer
D’un mauvais pas redoutable...
Bassanio, à Portia.
Devions-nous pas déférer
A son désir acceptable?
Antonio, s’interposant.
Je jure, Madame, que c’est la vérité :
Ce jeune juge m’a sauvé la vie, A vous de décider s’il avait mérité Le seul paiement qu’exigeait sa fantaisie.
Portia.
Soit! Je vous prends comme caution.
Monsieur, et j’accepte l’explication...
Donnez à votre ami cette bague nouvelle,
Qu’il la garde mieux que celle
Qui fit naître ce dangereux
Désaccord amoureux!
Elle donne une bague à Antonio qui la passe lui-même à Bassanio.
Bassanio reconnaissant la bague.
Par Dieu ! C’est celle que j’ai donnée
Au jeune docteur !
Nérissa, donnant une bague à Gratiano.
De même je vous redonne de bon cœur
Ce signe de notre hyménée...
Gratiano, ^lit^fait.
C’est la même bague aussi !
Bassanio, même jeu.
Que veut dire ceci?
Portia, joyeusement.
Que notre tour à réussi !
(Désignant Nérissa.)
Voici le clerc !
Nérissa, montrant Portia.
Voici le juge...
Portia.
Envoyé par Bellario
Juger l’affaire Antonio!...
Que pensez-vous de ce subterfuge?
Bassanio, stupéfait.
Quoi?... Vous étiez, sous cette tenue...
Portia.
Balthazar!
Bassanio.
Et je ne vous ai pas reconnue !
Il court à Portia.
Vous, Nérissa?...
Nérissa.
J’étais le jeune clerc !
Gratiano, la rejoignant viremeiil.
Nous avons manqué de flair!
Antonio, ému. à Portia.
Sauvé du supplice, et mon sort affermi, Qu’est-ce qui m’a valu l'appui d’un bon ange ?
Portia, souriant, désignant Bassanio.
Vous étiez son ami...
(Apercevant Lorenzo et Jessica qui viennent.)
Et pour que tout s’arrange
Aujourd’hui, Venez aussi, vous deux, pour qui le bonheur lu il : Jessica ! Lorenzo! D’une aubaine opportune
Remerciez tous deux le sort :
Shylock vous lègue sa fortune
Sans avoir besoin d’être mort!
(Tous les personnages sont alignés sur le devant du théâtre.
Antonio, au public.
I n amoureux très à plaindre
Avait au loin ses amours ;
Un ami s'arrangea pour
Qu’il put enfin les rejoindre...
Car il faut...
Tous.
Car il faut...
Antonio.
Que l’Amour
Ait le dernier mot!
Tous.
Que l’Amour ait le dernier mot!
Nérissa, C’était presque une servante
Qu’adorait un noble amant...
Gratiano.
Il a suivi... la suivante,
Et l’anoblit en l’aimant...
Car il faut...
Tous.
Car il faut...
Gratiano.
Que l’Amour ait le dernier mot !
Lorenzo.
Un homme aimait une belle
Qu’on retenait en prison...
Jessica.
Sur le mur de la maison
L’Amour posa son échelle...
. Car il faut... *
Tous.
Car il faut...
Jessica.
Que l’Amour ait le dernier mot!
Bassanio
De la plus parfaite amante
Tout séparait l’amoureux ;
L’Amour souffla la tourmente
Pour lui faire un ciel heureux...
Car il faut...
Tous.
Car il faut...
Bassanio.
Que l’Amour ait le dernier mot !
Portia.
Le bonheur d’une amoureuse
Dépendait de trois coffrets :
L’Amour eut la main heureuse
Sans en savoir les secrets 1,
Car il faut../.
Tous.
Car il faut...
Que l’Amour ait le dernier mot!
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