C PRÉFACE
la société, d'affirmer qu’eu sacrifiant trop à ce nouveau culte, on peut rencontrer le malheur. Non certes, et pour beaucoup, Claude Champin ne sera pas puni. 11 a été béni dans sa fortune et dans sa famille ; mais toutes ces justes jouissances valent-elles pour lui les enthousiasmes de sa .jeunesse? Ne les regrettera-t-il pas à l’heure où, devant son piano, il se convaincra lui-méme de son impuissance.
D’ailleurs, nous avons cru qu’après les glorifications exagérées du notariat et de la bonnet-de-cotonnerie, faites sur le théâtre dans ces dernières années, il était sain et juste de protester au nom des intelligences heurtées au choc des idées utilitaires. Nous avons eu le bonheur d’être compris par la jeunesse lettrée, et nous sommes profondément émus de ses chaleureux applaudissements qui s’adressaient, nous en sommes certains, plus à l’idée en elle-même qu’à sa traduction inexpérimentée. La petite bourgeoisie, elle aussi, a parfaitement senti qu’il n’y avait dans notre comédie aucune virulence préméditée, et qu’en peignant les douleurs d’un homme supérieur, devenu inutile à tous et à lui-même de par les exigences forcées de la vie, — et c’est là ce que nous ayons voulu mettre en relief, — nous n’avions poursuivi qu’un but honnête et rationnel. Le talent de nos interprètes, il faut l’avouer, à beaucoup contribué au succès du Marchand malgré lui.
M. Laray, en artiste consommé, a su trouver les nuances exactes d’un rôle multiple et fatigant. 11 est bien le Claude Champin que nous avions entrevu. M. Guichard est le plus jeune amoureux et le plus sincère qu’on puisse voir. M. Saint-Léon, dans le rôle d’Eustachc, a prouvé, *une fois de plus, son expérience de vrai comédien. Mademoiselle Ramelli a donné au rôle de Laure un cachet de haute comédie, par la sobriété de sa voix, sa justesse d’intonation, et son intelligence de gestes. Elle a conquis la sympathie universelle par son talent autant que par sa beauté, et nous ne sommes que l’éclio du public en affirmant que dans aucun théâtre aucune actrice n’eût pu tenir ce rôle avec autant de distinction. La toute charmante mademoiselle Debay, a fait de Claudine un idéal poétique de jeune fille. Mademoiselle Mosé est la plus fraîche grisette qu’on puisse trouver au delà des ponts. MM. Kime et Thiron, qui