‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 25 sur 80 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Comprends-tu? — réunir dans une immense salle Ce qui fait de Paris, la grande capitale,

Toutes les royautés légitimes, des noms,

Du talent et de l’or, — avec ou sans blasons, —

Jeunesse au cœur vaillant, femmes au doux sourire. Vieillards pensifs, les fous, les sages... et se dire,

C’est moi chétif qui fais, sous les archets penseurs, Pleurer tous ces beaux yeux et battre tous ces cœurs!

Va, pour moi, maintenant, ô Claudine, la gloire N’est plus ce vain hochet dont se raille l’histdire,

C’est la possession de mon rêve divin.

C’est la gloire I — et l’argent, — c’est notre amour enfin ! Hier, j’ai fait espérer un triomphe à ton père.

Et si mon œuvre obtient le succès que j’espère,

Je puis, moi qui gagnais si durement mon pain,

Sans scrupules d’honneur, lui demander ta main!

CLAUDINE

Oh 1 merci, mon René, de ces bonnes paroles,

Hier, je craignais encor... mes craintes sont frivoles :

Aujourd’hui, je craignais les sévères refus

De ma mère. — Aujourd’hui, René, je ne crains plus :

Je crois en ton génie, et j’entends dans ma tète,

D’avance, bourdonner ton œuvre, ô mon poète!

Mais je m’en vais, voici mon père... et j’aurais peur Qu’il ne lise en mes yeux les rêves de mon cœur.

(Elle sort.)

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