‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 36 sur 80 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

CLAUDINE

Mon père,

Vousm’avez fait venir?..

* CLAUDE

Çà! que t’a dit ta mère?

CLAUDINE

Rien !

CLAUDE, s’asseyant à droite.

,Rien du tout !.. Alors, petite, approchez-vous, Et, comme deux amis, bavardons entre nous.

Je croirai que tu n’es encor qu’une gamine!..

Comme te voilà grande, à présent, ma Claudine!

Que les jours gais pour toi, pour moi seul ennuyeux, Te font vitement belle et moi vilement vieux !

Mais puisque te voilà si jolie et si grande.

Apprends que l’on m’a fait, ce matin, la demande De ta main.

CLAUDINE, A part.

Ce matin ! Oh ! c’est René l

Rien à dire?

c LA UD E.

Tu n’as

CLAUDINE

Je veux tout ce que tu voudras !

CLAUDE.'

Tu vas jouer un jeu — qui n’a pas de revanche!

Ton bonheur en dépend, ma tille; ainsi, sois franche. Celui dont je te parle et qui t’est destiné N’est plus jeune et pourtant n’est pas vieux.

CLAUDINE, A part.

C’est René

CLAUDE

* Il t’aime, je le sais.

CLAUDINE, à part.

C’est René; je suis lâche Devant tant de bonheur.

CLAUDE

En un mot c’est Eustache.

CLAUDINE, se levant.

Eustache !

CLAUDE, courant à Claudine.

Qu’as-tn donc, t» pleures? suis-je sot!

Claudine, mon enfant, n’en vas pas croire un mot! Eustache ton mari ! cher ange, c’est un conte !

Eh ! je me moque bien d’Ëustache au bout du compte! Va, reprends tou front pur et ton rire joyeux,

On ne te mariera qu’avec un amoureux !

(il l’embrasse.)

O consolation de mes heures moroses !

Oiseau toujours chantant au milieu de mes proses. Pardonne ! en vieillissant on devient très-mauvais;

Je n’ai plus rien au cœur de tout ce que j’avais,

Rien, — sinon le souci servile de mes vices :

Je te sacrifiais à mes lâches caprices,

Pour reprendre au plus tôt mon rêve d’insensé! Aime-le, cher enfant! — toujours ! — Je suis pressé De te faire oublier mes sermons de Cassandre,

Et d’effacer les pleurs que je t’ai fait répandre;

J’ai souffert dix-huit ans, je puis encor souffrir.

CLAUDINE, l'embrassant.

Oh ! non ! je ne veux pas !

CLAUDE, à pari.

Elle en pouvait mourir!

(Haut.)

C’est fini, n’est-ce pas, et notre paix est faite,

Et maintenant, dis-moi, ma belle Juliette,

Le nom du Roméo? — Qu’il est heureux celui Qui fait pleurer ces yeux où tant de grâce luit !

Tu peux me dire tout. — Ton bonhomme de père N'en saura rien. — Je suis ton complice, et j’espère Que nous l’attraperons bel et bien à nous deux.

Ce Géronte ennuyé qui devient ennuyeux.

CLAUDINE

Oh ! je te comprends, moi, tu souffres !

CLAUDE

Chère fille !

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