‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 38 sur 80 · G LE MARCHAND MALGRE LUI · texte numérisé non relu

G LE MARCHAND MALGRE LUI

Je le saurai !

(Haut.)

Claudine est partie 1 — Ah ! — causons !

Causons de tout, de rien, de vers et de chansons. Je le ferais causer pendant une semaine...

Ainsi te voilà donc sur le chemin qui mène A la postérité, — route de l’Opéra?

RENÉ

Si l’œuvre réussit t

CLAUDE

Elle réussira !

Je connais ton talent. Te voilà presque un maître !

Si j’avais persisté, j’en serais là, peut-ctre.

Heureux, heureux artiste I

RENÉ

Heureux marchand ! — Sais-tu Tout ce qu'il m’a fallu de force? de vertu ?

De nuits sans feu ? de jours sans pain? — Dix-huit années D’héroïsmes secrets, de luttes obstinées.

De dégoûts, de rebuts, d’attente, de dédain,

Pour faire un opéra qui tombera demain !

CLAUDE

Oh!

RENÉ

Peut-être ! — La foule impitoyable ignore Si l’ouvrage est mauvais, tout ce qu’il coûte encore, Et ce qu’il faut de temps et d’àpre volonté Pour conquérir déjà la médiocrité.

Non, tu triompheras ! — Heureux René, te dis-je ! Crois-moi, ne te plains pas d’un passé qui t’afflige, C’est la pierre de touche où s’éprouve l’esprit ;

Moi, j’en suis envieux, car je ne t’ai pas dit,

Tu n’as pas deviné combien de fois à l’heure Où, sur un rêve mort lame s’accoude et pleure,

J’ai revu, défilant devant mes yeux voilés,

Le cortège joyeux de mes jours envolés 1 Combien j’ai regretté, durant mes nuits fiévreuses. Nos soucis de vingt ans, nos misères heureuses,

Dans la pauvre mansarde à trente francs par mois, Meublée en tout d’un lit et d’une table en bois !

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